Forum RPG basé sur la série The Tudors
 
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 Le lac des songes.

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Aaron Lawford

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MessageSujet: Le lac des songes.    Mer 11 Jan - 3:53

C'était une journée comme les autres, un jour de plus qui commençait comme le précédent et qui devait fatalement se dérouler de la même façon. Mais ce jour là Aaron n'était pas d'humeur à exécuter un énième commencement de sa routine habituelle. Parfois nous vient à tous l'envie de nous couper du monde, d'échapper à notre quotidien ne serait-ce qu'un instant, de souffler un bon coup. C'était le cas du jeune maître d'armes qui en cette journée d'hiver était résolu à assouvir ses envies d'évasion. Aujourd'hui il n'irait pas passer des heures à forger quelconque arme, ni même s'entraîner avec ses demoiselles aiguisées. Non, aujourd'hui il partirait en promenade, loin de Londres et de son activité débordante, loin de ses habitants constamment pressés et surtout loin de toutes ces nuisances sensorielles. Habituellement il vivait sereinement avec toutes ces contraintes. Il était parfois même plaisant d'écouter telle ou telle chose mais dans l'immédiat il avait envie de quiétude, et tous ces petits détails lui empoisonnaient alors l'esprit. Pour être un combattant hors pair il fallait avant tout se sentir bien dans sa peau, aussi il s'accorderait une journée de repos pour la survie de son bien-être.

Aaron se prépara en revanche d'une façon tout à fait identique que lorsqu'il s'apprêtait à passer une journée de travail. Évidemment il ne passa pas outre à ses petits exercices matinaux qui le réveillait pleinement autant qu'ils le maintenaient en forme. Quelques étirements plus tard vint l'heure de son rasage matinal, chose qu'il exécutait avec le plus grand soin, on ne plaisante pas avec les cheveux, qu'ils soient sur la tête ou sur le visage ! D'ailleurs il sortait, raison de plus pour paraître le plus présentable possible. Qui sait, peut-être croiserait-il une jolie fille ou encore mieux des amis du Roi si ce n'était le Roi en personne. Avec cette idée en tête Aaron ne put que s'habiller d'une façon distinguée. S'il n'était pas un noble il avait tout de même une famille aux revenues plus que satisfaisantes alors de beaux vêtements, il en avait. Il enfila donc un costume en accord avec la mode du moment, un peu de fourrure sur les épaules pour braver le froid ainsi qu'un chapeau pourvu d'une longue plume blanche. Voilà qu'il était fin prêt à sortir, résistant face aux froides conditions d'hiver et plus que présentable pour ces dames et ces altesses. Après une bonne heure passée à s'être préparé il sortit enfin de chez lui avant de filer direction les écuries.

Là-bas l'attendait sa fidèle monture, le même étalon noir qui l'avait emmené pour le première fois à Londres il y avait trois ans de cela. Aaron le scella et lui offrit une douce caresse sur le museau avant de monter sur son dos. Rude épreuve que de circuler à cheval à travers les rues étroites de monde mais plus grand encore était le plaisir lors que celle-ci était surmontée. S'en suivirent donc d'interminables minutes à se faufiler entre la foule plus agitée que jamais. Mais enfin le cavalier arriva aux portes de la capitale et put à loisir galoper sans gêner quiconque. Le vent froid qui soufflait ne lui était absolument pas désagréable au contraire, il inspirait cette brise de pureté avec joie. Guidé par la seule fougue de sa monture Aaron ne se préoccupa pas de savoir où elle le mènerait, seul le voyage l'importait, cette sensation délicieuse d'échapper aux désagréments citadins. Son cheval foulait rapidement le sol, lui fermait par moment les yeux, s'extasiant pleinement de cette bouffée d'air désirée depuis son réveil. Ses paupières s'ouvrirent lentement et ce fut un paysage tout autre que le jeune homme put contempler. Des arbres à perte de vue, de l'herbe non souillée, la verdure régnait sur les environs. Qu'il était agréable ce nouveau silence, bercé par les murmures de la nature. A chaque fois qu'il partait en ballade c'était toujours comme un renouveau, un plaisir de redécouvrir les joies de la quiétude solitaire.

Aaron avait mis sa monture au pas et dirigeait celle-ci d'une façon totalement hasardeuse. Il eut bien fait car un magnifique spectacle s'offrit à ses yeux. Le cavalier galopa joyeusement jusqu'au bord d'une vaste étendue d'eau scintillante. Il n'avait jamais vu ce lac mais était bien heureux de le découvrir , que rêver de mieux pour une retraite d'un jour ? Il bondit de sa monture qui elle s'en alla boire l'eau fraîche puis observa les environs si calmes. Un léger sourire planait sur son visage soigné et instinctivement ses yeux se levèrent jusqu'au ciel. Il garda longuement la tête ainsi dans les nuages puis se mit soudainement à genoux avant de joindre ses mains. S'il était arrivé jusqu'à ce charmant endroit c'était sans conteste grâce à l'aide de Dieu qui dans son infinie bonté l'avait dirigé jusqu'à ce coin de paradis pour sa journée de repos. Il était donc tout à fait normal de prier et louer ce seigneur qui depuis sa naissance lui faisait vivre d'agréables moments. Que pensait-il de toutes ces réformes que subissait la religion en ces moments de trouble ? Lui ferait-il un jour parvenir à la gloire tant rêvée ? A quoi ressemblerait son prochain élève ? Une vague de questions toutes différentes des autres lui vinrent à l'esprit. Mais l'ambiance était si paisible que cela ne l'irrita point de ne pas avoir de réponse. L'étalon qui s'était abreuvé s'était par la suite allongé sur l'herbe tendre et Aaron s'adossa à sa monture. Serein comme jamais le sommeil l'emporta et il sombra dans une douce sieste. Près d'un lac il s'était endormi. Quand soudain, parfumant l'atmosphère et venant d'à côté, surgit un lys doré.
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Eloïse du Mauroi


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MessageSujet: Re: Le lac des songes.    Mer 11 Jan - 12:27

Languissamment étendue sur les nombreux coussins de son lit, Lady Eloïse offrait une image charmante, aux accents orientaux. Elle tenait un petit livre d’une main, tandis que son autre bras était replié et posé avec douceur sur son ventre. On aurait pu la croire somnolente, mais en réalité, elle portait un très vif intérêt à sa lecture. Elle souhaite finit son chapitre. Cela nous laisse amplement le temps de faire quelques réflexions au sujet de la toute-puissance du narrateur sur son lecteur, chers amis. Oh, ne vous fâchez pas tout de suite et attendez d’entendre mes explications. Qui suis-je ? Une voix qui résonne dans votre esprit dès le premier instant où vous avez commencé à lire ces lignes. Votre seule chance de m’échapper serait de fermer le livre, mais vous ne le ferez guère, cher lecteur, car je viens de piquer votre curiosité, d’une part, et d’autre part, vous attendez de savoir ce qu’Eloïse fera après avoir achevé sa lecture. De ce fait, je suis dans votre tête. Et je peux y mettre des images et des sensations sans que vous ne puissiez rien pour m’en empêcher… Voyez plutôt :
Notre héroïne finit par poser son livre à côté d’elle, puis elle tourna la tête du côté de la fenêtre. Le soleil, timide, demeurait pudiquement caché derrière un voile de nuages fins et étirés. Le ciel était donc d’un bleu très pâle, un bleu glacé. Inconsciemment, cette idée la fit frissonner et elle tira lentement la couverture sur elle. Son regard doré parcourut les jardins. De fines gouttes de rosée demeuraient suspendues aux pétales des fleurs et aux branches des arbres. L’endroit paraissait ainsi irisé comme la robe d’une courtisane. Eloïse éprouva l’envie d’être couverte de rosée, elle aussi. Elle s’imagina un instant ouvrir cette fenêtre, se glisser pieds nus dans le jardin, et s’étendre dans l’herbe scintillante jusqu’à ce que sa chemise blanche lui colle à la peau, jusqu’à ce que ses cheveux humides prennent l’odeur de toute cette verdure cristallisée, jusqu’à ce qu’elle sente sur ses lèvres le baiser frais d’une brise matinale tombée des nues.

Elle fut soudainement prise d’une vague de chaleur, et repoussa donc la couverture. Puis elle décida qu’elle avait assez rêvé et qu’il était temps de se lever. Elle appela Nanon, qui l’aida à s’habiller après avoir fait sa toilette. Elle passa une robe de soie fine, d’un blanc intense, puis elle demanda à Nanon de lui mettre de la rosée dans ses cheveux. La domestique se mit à rire en entendant cette demande quelque peu enfantine et surréaliste, et parsema les longs cheveux bouclés de sa maîtresse de perles nacrées. Une fois préparée à sortir, la jeune femme demanda à Nanon : « Raconte-moi quelque chose… Une histoire sur l’Angleterre, comme quand j’étais petite ». Nanon se souvenait fort bien qu’elle racontait jadis à Eloïse des contes et légendes française et anglaises… Parfois même, elle en inventait, pour l’aider à faire de beaux rêves. Elle demeurait néanmoins surprise d’une telle demande venant de la jeune Lady, sachant qu’elle ne lui en avait plus raconté depuis qu’elle était partie au couvent. Elle s’éclaircit la voix et commença à raconter : « Eh bien, mademoiselle, il y a un lac, non loin de Londres. Ce lac se situe au cœur d’une vallée. On a longtemps cru qu’il était hanté, car, depuis le bord du lac, on peut parfois entendre le murmure des vents venus des collines environnantes, et les plus crédules pensaient jadis qu’il s’agissait des cris des aïeux trépassés… Mais en réalité, il n’en est rien. J’y suis moi-même allée il y a quelques années, quand je suis venue à Londres avec votre mère, et je vous assure que ce lac n’est qu’enchantement. Ses eaux sont limpides et fraiches. S’y désaltérer est un réel plaisir, je peux vous l’assurer. Vous n’allez peut-être pas me croire, mais, quand j’y suis allée, j’ai même cru voir une fée, jaillissant quelques instants de l’eau puis replongeant immédiatement. Ses ailes semblaient faites de cristal et elle était de loin la plus gracieuse créature qu’il m’ait été donnée de voir dans toute mon existence… après vous, bien sûr, mademoiselle ! ». Elles se mirent toutes deux à rire, aux derniers mots de Nanon. Puis, retrouvant son sérieux, Eloïse déclara : « Je vais trouver ce lac aux fées, Nanon, aujourd’hui ». Et Nanon répliqua : « Vous ne le trouverez que si vous vous couvrez bien, car si vous sortez ainsi, vous allez tomber malade, et les fées ont une peur bleue des maladies ».

C’est donc couverte d’une longue cape de velours blanc dont la capuche était ornée d’une belle fourrure immaculée que notre Eloïse se glissa hors du château en compagnie de sa jument favorite, qu’elle montait en amazone. Elle savait à peu près de quel lac parlait Nanon, et c’est au galop qu’elle s’y rendit. Sa jument, taillée pour le saut d’obstacle, avait de longues jambes et exécutait des foulées souples et rapides, si bien qu’elle arriva en assez peu de temps à l’endroit tant espéré. Elle fit un nœud à ses rennes de sorte à laisser sa jument déguster l’herbe grasse et douce de la vallée sans risquer de se blesser en marchant dessus, puis descendit de sa monture. Elle abandonna ses chaussures au bord du lac, et, soulevant sa robe d’une main, elle se glissa dans l’eau jusqu’à ce que l’onde rafraichissante lui monte bien au-dessus de la cheville. Elle ferma les yeux et rejeta la tête en arrière, laissant un frisson de plaisir remonter le long de son dos. Elle se mit à rire (d’un petit rire pointu et enchanteur) en songeant qu’elle risquait bien de hanter ces lieux souvent, et alors, les gens du peuple auraient raison de dire qu’il y avait une âme errante au bord du lac. Elle prit de l’eau dans le creux de sa main, et en fit tomber quelques éclats dans sa chevelure. Ainsi, des gouttes de rosée se mêlèrent aux perles de nacre, et les méandres de ses cheveux dorés auraient pu faire penser à un océan de lumière.

Elle demeura ainsi en songeant aux fées et aux nymphes, jusqu’à ce que son regard se pose sur un objet insolite, à une trentaine de mètres d’elles, sur l’autre rive. On aurait dit un cheval, un grand cheval noir. Mais que faisait-il là tout seul ? Fort heureusement, la jeune femme n’était pas superstitieuse, sans quoi elle aurait peut-être pris cette apparition pour un mauvais présage. Elle sortit de l’eau et entreprit de faire le tour du lac. Au pieds de l’étalon, elle vit… un homme. Elle eut soudain peur que le ténébreux animal ait jeté à terre son cavalier, et que celui-ci soit tombé inconscient sur le rivage. Elle se précipita auprès de l’homme, se jeta à terre à côté de lui, et posa sa main gauche sur son cœur. Il battait. Cela la soulagea et l’encouragea à ramener ce pauvre cavalier à la réalité.
E L O Ï S E – « Monsieur, est-ce que vous m’entendez ? Souffrez-vous beaucoup ?... Oh, j’espère qu’il m’entend… »
Elle avait tellement peur pour cet inconnu qu’elle n’avait pas envisagé une minute la possibilité qu’il soit entrain de dormir. Elle commençait à se demander sérieusement ce qu’elle ferait s’il demeurait inconscient. Il était grand et musclé, elle n’arriverait donc jamais à le hisser sur sa monture pour l’amener en ville. Malgré la panique, elle remarqua qu’il était assez élégamment vêtu, et qu’il avait des traits fins quoique son teint était légèrement hâlé. Elle ne l’avait jamais vu à la Cour, cependant. Elle porta son regard vers le sommet des collines environnantes. Personne ne pourrait lui venir en aide. Mais alors qu’elle cherchait un moyen d’obtenir un quelconque secours, le jeune homme sembla sortir de sa torpeur…
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Aaron Lawford

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MessageSujet: Re: Le lac des songes.    Jeu 12 Jan - 2:45

Aaron était de ces hommes qui sombrent facilement dans un sommeil profond. Il ne lui avait suffit que de trouver un endroit calme et paisible, de fermer les yeux de se le laisser aller à des songes de gloire pour qu'il court dans les bras de Morphée. Lorsqu'il s'endormait avec tant de sérénité, ses rêves étaient toujours des plus plaisants. D'ailleurs il aimait les façonner, ses rêves, en construire le début avant que son inconscient ne prenne définitivement le dessus. Et pour ne pas faillir à ses habitudes, ce fut d'un énième duel riche en difficulté dont rêva le maître d'armes. Des claquements de lames, des cris de la foule, des gouttes de sueurs qui perlaient sur les front des deux combattants, tout était là. Aaron fixait gravement son rival, prêt à lui asséner le coup fatal mais soudain celui-ci lui demanda s'il l'entendait. Est-ce qu'il se fichait de lui ? "Souffrez-vous beaucoup" qu'il lui dit pour l'humilier un peu plus. Ah il était en rogne le jeune homme. Qu'on ose se moquer ouvertement de lui en plein combat, quel toupet ! C'était lui qui allait souffrir, il verrait cet arrogant chevalier.

Le rêveur irrité bondit sur sa proie et planta sa lame en plein cœur de son adversaire. Hélas dans la réalité il venait de sauter sur la jeune fille qui avait voulu l'aider et s'était retrouvée plaquée à terre par le somnambule. Avec difficulté il ouvrit enfin les yeux et arqua aussitôt un sourcil en voyant qu'une femme se trouvait dans ses bras, enfin plutôt sous lui. Il se redressa avec horreur. Ils n'avaient tout de même pas... Aaron dévisagea avec affolement l'inconnue avant de pousser un soupir de soulagement. Il s'était aperçu que tous deux avaient encore tous leurs vêtements, il n'avait donc pas fait chose pareille. C 'aurait été un comble, que cela se produise alors qu'il pensait perforer le corps d'un ennemi. Il se mit à rire, d'une parce qu'il était heureux que rien de regrettable ne se soit passé et de deux parce que tout de même, la scène avait du être drôle à voir.

« Pardonnez-moi j'ai tendance à vivre un peu trop concrètement mes duels imaginaires ! »

Ah oui c'était fort amusant ! Mais au fait, c'était qui cette jeune fille ? Aaron regarda soudainement avec méfiance l'inconnue, comme si elle était devenue une concurrente. Il se releva brusquement sur ses deux jambes et porta machinalement sa main à l'épée qui était accrochée à sa ceinture. Allons bon, voilà qu'après avoir craint d'avoir touché une femme sans en être conscient il allait la tuer parce qu'il ne la connaissait pas ! Il s'exaspérait lui-même par moment et il poussa un soupir de désespoir. Il croisa les bras, laissant finalement son arme bien au chaud dans son fourreau et toisa son étrange compagne du regard. Elle était drôlement élégante, bien habillée donc sûrement noble ou bourgeoise. Elle était très jolie mais elle semblait bien jeune. D'ailleurs si beaucoup d'hommes les préférait presque enfantines, Aaron quant à lui avait tendance à apprécier les femmes un peu plus mures. Sans vraiment s'en rendre compte il dévisageait la jeune fille comme si elle était une quelconque marchandise que l'on lui proposait. En somme rien de très glorieux pour lui qui avait déjà eu une attitude peu convenable.

« Vous vous êtes perdue ? Qu'est-ce que vous me vouliez ?»

Oh il fallait lui pardonner d'être si peu accommodant. Qui n'est pas un peu bourru lorsqu'on le tire de force de ses songes ? Et puis il allait bien vite s'en rendre compte que sa conduite n'était pas vraiment digne des bienséances. D'ailleurs sans que personne ne sache pourquoi, il tira une jolie révérence à la demoiselle. Aaron avait ôté son imposant chapeau d'une main et s'était penché en avant d'une façon courtoise. Pourquoi avait-il décidé de faire une chose pareille à ce moment là, cela restait un mystère. Peut être bien parce que justement il n'avait pas été des plus polis pour le moment et qu'il daignait enfin donner de l'importance à cette jeune fille. Eh bien oui, imaginez un peu qu'elle soit une proche du Roi, il aurait été rayé à vie de la liste des invités s'il n'était pas agréable avec elle ! Il fallait se rattraper de son comportement odieux, et vite. Le jeune homme toussa, se redressa convenablement et garda son dos bien droit alors qu'un sourire à peine forcé vint éclairer son visage.

« Aaron Lawford, maître d'armes et apprenti forgeron. J'espère ne pas vous avoir effrayé. Avez-vous besoin de quelque chose, Madame ? »


Et si elle s'était réellement perdue ? Il venait de se souvenir que ce n'était pas lui mais son cheval qui avait décidé de la destination. Voilà qu'il était dans de beaux draps, encore. Il retint un soupir pour ne pas se faire un peu plus mal voir par cette jeune inconnue. Mais aussi, quelle idée pour une proche du Roi de venir se promener seule ici  ! Et puis qui avait dit qu'elle était une proche du Roi si ce n'était son imagination un peu trop débordante ? Était-il seulement réveillé...? Cette fois le soupir s'échappa d'entre les lèvres du jeune homme qui se faisait tourner la tête tout seul. Alors qu'il venait d'essayer d'être le plus courtois des hommes, ce fut d'un ton absolument désagréable qu'il questionna la jeune fille, comme s'il la dénigrait.

« Et donc vous êtes... ? »

Épuisé ! Il était nerveusement épuisé. D'ailleurs il était seul fautif pour s'être inventé des histoires aussi abracadabrantes. Sans attendre la réponse il se laissa retomber sur le sol et glissa son dos contre son cheval toujours tranquillement allongé. C'était presque s'il allait se rendormir sous les yeux de son interlocutrice. Mais à la bonne heure, il daigna garder les yeux ouverts pour observer d'un regard étrange la jeune fille. De toute façon il n'avait rien à craindre, les femmes n'étaient point dangereuses. Faibles et tout à fait inoffensives qu'elles étaient... Fort heureusement ses pensées restèrent dans sa tête et ne furent pas prononcées à haute voix. Quoi que...

« Dangereuses non, empoisonneuses si ! »

S'exclama soudain Aaron en réponse à ses propres songes. Il s'enfonçait un peu plus, il allait même passer pour un fou mais il ne s'en rendait pas compte le pauvre homme. Et puis sa phrase ne devait avoir aucun sens aux yeux de sa compagne qui il espérait ne lisait pas dans les pensées. Mais tant mieux si elles n'avaient pas de sens car si elle savait le sens réel elle ne serait guère contente. Mais s'il n'avait pas de sens il passerait pour un illuminée mais... Aaron grommela, il s'embrouillait l'esprit et s'ennuyait lui-même. Il se serait bien crié de se taire mais ses voix étaient intérieures, peut être était-il vraiment devenu fou après tout ! Tout cela à cause d'une jeune fille présumée proche du Roi.

« Vous n'êtes pas une empoisonneuse vous, si ? »

Demanda-t-il comme si de rien n'était, comme si sa phrase était totalement justifiée et qu'elle était seule fautive à ne pas comprendre ses paroles. Après tout c'était de sa faute s'il en était arrivé là, pauvre de lui. Elle lui avait réellement empoisonné l'esprit, sans même avoir dit un traître mot, ah c'était fort ! Aaron touchait le fond du fond, bientôt il creuserait sa propre tombe, mais pour l'heure il somnolait encore à moitié, la mort viendrait après la paresse.
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Eloïse du Mauroi


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MessageSujet: Re: Le lac des songes.    Jeu 12 Jan - 12:07

Eloïse était entrain de s’imaginer attacher les jambes du jeune homme avec une corde, et l’autre extrémité de la corde serait attachée à la selle de son cheval, et elle l’amènerait ainsi au village en le traînant. Elle écarta bien vite cette solution en songeant au sol rocailleux du chemin. Elle n’eut pas réellement le temps de forger d’autres possibilités mentalement, car, tout à coup, le jeune homme se jeta sur elle et la renversa en arrière. Son premier réflexe aurait été de crier, mais elle se souvint qu’ils se trouvaient au milieu d’une vallée relativement éloignée de Londres. Ses cris seraient vains et l’auraient inutilement épuisée. Non, il vaudrait mieux qu’elle cherche à le frapper. Elle vit une pierre à un mètre d’eux… Elle ne pourrait jamais l’attraper : le jeune homme avait tellement de force, il la maintenait au sol avec tant de brutalité et de… de haine. Comme si elle était un ennemi dangereux et nuisible. Elle aurait pu en venir à regretter son altruisme, mais une autre idée, plus forte que les autres, emprisonnait son esprit et resserrait un étau autour de son cœur. Elle fut projetée quelques années en arrière. Au crépuscule. Elle était dans sa chambre, étendue sur son lit. Le Vicomte des Estrilles était arrivé comme une tornade. Il avait l’air égaré, furieux, et blessé. Elle s’était redressée, le voyant arriver avec l’air d’un animal enragé, mais il la plaqua bien vite sur son lit. A travers le flou de ses larmes, elle regardait le soleil agoniser par la fenêtre, éclaboussant le ciel d’un rouge incandescent, tandis que le bleu dévastateur de la nuit gagnait du terrain sur le jour, qui n’était plus qu’un songe.

L’espace d’un instant, elle se demanda pourquoi le ciel la haïssait à ce point, pour quelle raison elle devrait se voir infliger un tel supplice une seconde fois. Et puis, comme par miracle, le jeune homme sembla changer d’avis. Il prit même un air étonné. Il… pardon, mais est-ce qu’il était entrain de rire ? Eloïse demeurait interdite. Elle devait avoir affaire à un fou. « Pardonnez-moi j'ai tendance à vivre un peu trop concrètement mes duels imaginaires ! », dit-il. Ses quoi ? Ses duels imaginaires ? Il était donc entrain de rêver. Il rêvait qu’elle était un duelliste. Elle se demanda comment il pouvait confondre une jeune femme de dix-neuf ans avec un cruel adversaire armé. Quant à le pardonner… Le pauvre, Eloïse était fort rancunière. Elle profita du fait que le jeune homme avait desserré son étreinte autour d’elle pour rouler de côté, attraper la pierre, et la lui lancer le plus fort qu’elle put. La pierre heurta la jambe du jeune homme. Dommage, songea-t-elle, car elle avait visé la tête. Elle se mit debout tant bien que mal, tout en se frottant les mains pour retirer la terre que la pierre y avait laissé. Elle chancelait, prête à défaillir. Mais il était hors de question de tomber inconsciente en ce lieux, avec cet insensé prêt à la découper en morceaux. Elle eut besoin de tout son courage (et, malgré son aspect chétif, elle n’en manquait guère) pour récupérer un regard profondément hautain et une allure assurée. Pendant qu’elle opérait cet effort sur elle-même, le jeune homme continuait à parler. Elle avait pour le moment le souffle court, et ne pouvait pas lui répondre, mais il ne paierait rien pour attendre, ce moins que rien, ce goujat, ce… Ah, « maître d’armes et apprenti forgeron » ! Voyez-vous cela ! Il n’a rien de noble, même si ses vêtements auraient pu le faire passer pour un grand bourgeois. Elle remarqua qu’il ne savait pas quel ton adopter avec elle. Il était tantôt poli, tantôt impertinent, parfois présomptueux, à d’autres moments repentant. Elle songea que, tant qu’il ne savait pas à qui il avait affaire, il ne devait pas savoir comment se comporter. Si elle lui disait : « Je suis la Princesse Mary Tudor, fille du Roi », ce misérable asticot s’étoufferait probablement avec sa propre salive… La chose serait certainement amusante, mais Eloïse n’était absolument pas d’humeur à plaisanter.
E L O Ï S E – « Je suis Eloïse du Mauroi, Baronne de Montmouth et Courtisane à la Cour de sa Majesté Henry VIII… Et c’est vous qui devriez être effrayé, monsieur. »

La jeune femme avait désormais repris ses esprits et s’était remise de sa frayeur. Elle regarda quelques instants du côté de sa jument, qui s’était d’ailleurs installée à côté de l’étalon du maître d’armes. Elle se souvint qu’elle avait mis dans une sacoche accrochée à la selle une petite dague que son père lui avait offerte après l’incident avec le Vicomte. C’était un bon moyen de défense. Elle se dit que si l’homme tentait de nouveau quelque chose, elle n’aurait que trois pas à faire et serait à son tour armée… D’ailleurs, elle trouvait un peu ridicule la façon dont il avait posé la main sur son épée tout en la dévisageant. Que voulait-il qu’elle lui fasse ? Il avait deux têtes de plus qu’elle et bien davantage de forces. Et puis, l’homme avait semblé se souvenir qu’une femme n’est qu’une vulnérable petite créature. C’est du moins ce dont Eloïse avait l’air. En réalité, nombre de courtisans expliqueraient volontiers au maître d’armes que la Baronne est une adversaire redoutable. Mais, seulement, pas avec des armes. Elle sait comment s’introduire dans les esprits, y mettre une toute petite idée, et l’encourager à grandir. Elle garde l’apparence de l’innocente tout en jouissant d’une délectable culpabilité. Les deux jeunes gens semblaient sur la même longueur d’onde en cet instant, lorsque le maître d’armes s’exclama : « Dangereuses, non, empoisonneuses, si ! ». Puis il la regarda d’un air suspicieux et lui demanda si elle était une empoisonneuse. La jeune femme, pour toute réponse, lui adressa un sourire adorable tandis que ses yeux se mirent à flamboyer avec étrangeté.

Le jeune homme s’allongea de nouveau près de son cheval, ce que la demoiselle trouva fort impoli. Il semblait de nouveau somnoler quelque peu. Notre héroïne fit quelques pas en direction de sa jument, sortit sa dague de la sacoche, puis alla remplir une gourde d’eau claire. Elle fut de retour auprès du jeune homme avant même qu’il ne se soit rendu compte qu’elle était partie. Là, elle déversa le contenu de la gourde sur la tête de l’impertinent, tout en pointant sa petite dague vers lui.
E L O Ï S E – “La paresse est un péché, monsieur, l’ignorez-vous ? Je vous interdis de vous rendormir en ma présence… cela vous évitera peut-être de vous montrer de nouveau aussi vil à mon égard ! »
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Aaron Lawford

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MessageSujet: Re: Le lac des songes.    Sam 14 Jan - 3:07

Aaron s'était en quelque sorte rendormi, enfin il avait plutôt somnolé quelques minutes. Assez de temps pour que la malicieuse petite Eloïse s'empare d'objets dangereux. Son réveil fut d'ailleurs hélas fort brutal. Hop, toute une gourde d'eau dans la figure, une voix stridente qui lui interdisait de dormir et pour finir une petite lame pointée dans sa direction. Le jeune homme grommela fortement avant de s'essuyer le visage. Il se frottait autant pour retirer le liquide désagréablement froid que pour se réveiller complètement. Il fixa par la suite celle qui le menaçait avec des yeux noirs et mécontents. Lui aussi il l'était, mécontent. Non mais quelle peste celle-là, déjà par deux fois elle troublait sa paisible sieste. Baronne ? Et alors ! On ne trouble pas le repos du guerrier, qu'on soit une courtisane ou une princesse ! Et puis elle exagérait la jeune fille aussi, il n'avait pas été vil, il l'avait par accident maintenue quelques secondes au sol, ce n'était pas si dramatique que cela, il s'était excusé tout de même. Aaron daigna finalement se mettre debout avant de dévisager son adversaire... Devait-il la prendre au sérieux ? Soit elle était un peu trop courageux soit elle était complètement stupide, à voir.

« Vous tenez mal votre dague, Baronne de Montmouth. Vous ne feriez pas peur à un chat.»

Oui il était désagréable mais elle l'était aussi, et puis elle l'avait cherché. D'ailleurs il avait parfaitement raison, elle tenait son arme comme on tiendrait une bougie, la petite créature. Ce regard qu'elle lui lançait était en revanche très impressionnant. Elle semblait tellement sûre d'elle et pourtant ils savaient tous les deux qu'elle était en position de faiblesse. Pourtant elle ne flanchait pas et d'un côté c'était admirable. Mais évidemment il ne lui dirait jamais, elle qui le menaçait. Pourquoi faire au juste, le tuer ? Quelle blague, elle n'y parviendrait jamais. Et elle avait le culot de lui dire qu'il était celui qui devrait être effrayé. Tout cela parce que madame était une fille de haut rang ? Un léger sourire étira les lèvres du jeune homme qui s'approcha tout doucement de celle qui lui faisait face.

« Courtisane, votre cour ici n'est plus. Seule la nature nous entoure et hélas si vous criez de toutes vos forces, personne ne vous entendra. N'est-il pas imprudent de menacer quelqu'un qui vous a dit enseigner les armes ? Ici vous n'êtes pas baronne mais une pauvre petite chose dont je peux ne faire qu'une bouchée. Attaquez-moi, je riposterai avec cent fois plus de force. Essayez donc de fuir, je vous rattraperai. Qui sait ce que je ferai de vous ensuite... »

Évidemment il ne comptait réellement rien lui faire. Mais elle l'avait agacé et il avait le désir de lui faire peur. Oui, de lui faire très peur, jusqu'à ce qu'elle regrette d'avoir osé lui jeter de l'eau. Et même sil elle était courtisane à la cour du Roi comme elle le disait, il s'était déjà comporté en véritable goujat avec elle et elle ne manquerait pas de dire du mal de lui. Alors après tout, autant l'embêter un peu plus et l'indigner cette jeune fille. Il fit mine de la prendre soudainement au sérieux, comme si elle fut une concurrente redoutable et il plongea son regard dorénavant imperturbable dans le sien. Aaron plia légèrement les genoux et tendit les mains vers l'avant, comme s'il allait de nouveau se jeter sur elle. Il faisait de légers pas chassés et tentait petit à petit de la contourner même si elle pivotait certainement avec lui pour toujours lui faire face. Il n'avait pas dégainé sa lame car dans le fond il ne voulait lui faire aucun mal et même s'il pouvait la désarmer d'un coup rapide il avait peur de lui blesser la main.

Ce fut donc à mains nues qu'il décida de rendre sa proie un peu plus inoffensive. Sans crier gare il fonça sur elle et alors qu'il avançait comme s'il allait lui enserrer la gorge, il attrapa ses poignets d'un geste vif. Il les tint fermement de façon à ce qu'elle ne se libère pas même si elle se débattait. Plus il resserrait sa prise, plus il sentait la jeune jeune fille défaillir et lâcher son arme. Heureusement qu'elle le fit d'ailleurs sinon il allait vraiment finir par lui faire mal et il s'en serait voulu. Une fois que la jeune fille fut totalement sans défense Aaron la fit tourner sur elle-même, comme s'il la faisait danser. Il passa ensuite ses mains autour de sa taille et la pressa doucement contre lui, son dos contre torse. C'était une sorte d'étreinte un peu forcée en somme. Il chuchota alors à son oreille d'un ton peu rassurant :

« La paresse est certes un pêché mais la colère l'est aussi, le saviez-vous jeune fille ? Or vous m'avez recouvert d'eau dans un excès d'énervement je me trompe ? Vous allez vous attirer les foudres du Tout-Puissant en plus des miennes, vous êtes dans une bien coriace situation ma chère Eloïse.»

Aaron hésita à dégainer son arme pour la glisser sous la gorge de sa proie. Mais tout de même, il ne fallait pas la traumatiser la pauvre enfant. Jugeant lui avoir suffisamment fait peur comme cela il écarta finalement ses bras et libéra la jeune fille de son étreinte avant de la pousser doucement dans le dos, l'air de dire "Va, tu es libre.". Mais il n'en dit rien, il se contenta de rire. Un rire fort et franc, il s'était bien amusé à victimiser sa petite et courageuse trouvaille. Il reprit donc d'une voix qui avait perdu toute once d'hostilité à son égard :

« Dans mon immense bonté je vous pardonne. Dieu puisse le faire à son tour, madame. »

Dit-il en lui offrant une deuxième et ironique révérence. Elle allait certainement fuir maintenant qu'elle était de nouveau libre de ses mouvements. Il espérait tout de même que sa blague de mauvais goût ne lui attire pas d'ennui. Elle avait l'air débrouillarde malgré son côté enfantin, pourvu qu'elle n’alerte pas une quelconque armée à son retour chez elle. Cette pensée ne sembla pas plus que cela perturber le jeune homme qui s'étira de tout son long avant de pousser un long soupir. Il retourna ensuite près de son cheval, ramassa son chapeau qu'il avait fait tomber par terre puis le remit bien comme il faut sur sa tête. Il arqua un sourcil en voyant que la jeune fille n'était toujours pas partie. Elle semblait attendre quelque chose mais quoi ? Des excuses ? Elle pouvait toujours courir, à cause d'elle il risquait d'attraper froid et de tomber malade !

« Au fait, si je meurs dans les prochains jours, ce sera de votre faute. Déguerpissez maintenant, avant que je ne vous martyrise à nouveau ! »
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MessageSujet: Re: Le lac des songes.    Sam 14 Jan - 17:37

C’était à croire que le maître d’armes ignorait qu’il était dangereux de brutaliser et de pousser à bout une âme au désespoir, à qui la vie avait déjà causé tant de blessures ! Eloïse avait une relation particulière avec les armes, en général, et avec cette petite dague ne particulier. Quand son père la lui avait offerte, c’était pour qu’elle puisse se rassurer, songer qu’elle avait un moyen de défense en cas d’une autre attaque du genre de celle qu’elle avait subie. Il n’avait pas imaginé qu’offrir un tel objet à une jeune fille qui traine son existence avec douleur pourrait lui mettre des idées sombres en tête. Parfois, elle sortait la dague et l’observait avec un regard dément. Elle faisait glisser le tranchant de la lame contre son cou, sur sa gorge, effleurant doucement sa peau blanche avec cet objet mortel. Elle fermait les yeux et se demandait ce que cela ferait si elle appuyait fort. Serait-elle plus heureuse ? Manquerait-elle à quelqu’un ? Ce genre de question la taraudait. Elle n’avait beau ne pas pouvoir faire peur à un chat, elle jouait parfois à s’effrayer elle-même. Mais l’heure n’est pas à de telles pensées… Le maître d’armes lui faisait face, arborant un sourire désarmant d’assurance. Il lui parlait. Que disait-il ? Elle était partie si loin dans ses songes ! La nature… Il disait qu’ils étaient seuls ici, quelque chose dans ce goût là… « Attaquez-moi, je riposterai avec cent fois plus de force. Essayez donc de fuir, je vous rattraperai. Qui sait ce que je ferai de vous ensuite… ». Ces dernières paroles lui firent froid dans le dos. Elle savait qu’il voulait lui faire peur, se doutant vaguement que, s’il avait voulu l’agresser, il n’aurait pas eu besoin de lui dire tout cela d’abord, mais le problème était de savoir jusqu’où il irait pour la rendre plus docile. Elle n’avait que son orgueil qui la retenait de tomber évanouie à ses pieds. Tout cela pour un peu d’eau, n’avait-il pas honte ? Soudain, elle songea qu’il n’était peut-être pas ce qu’il avait prétendu être… Peut-être était-il en fait un bandit plutôt qu’un maître d’arme ? Peut-être qu’il allait en fait la tuer pour un peu d’argent et les bijoux qu’elle avait sur elle ? La demoiselle s’angoissa elle-même avec de telle pensées bien davantage que ne l’avait fait le jeune homme avec ses paroles.

Il lui tournait maintenant autour en faisant de petits pas chassés assez ridicule. Il avait l’air d’exécuter une drôle de danse à laquelle Eloïse ne connaissait rien. Tout à coup, il bondit sur elle. La jeune femme crut qu’il allait l’étrangler, mais en réalité il attrapa ses poignets et les serra si fort qu’elle poussa un petit glapissement de douleur et finit par lâcher son arme. Sans qu’elle n’ait le temps de comprendre ce qu’il se passait, elle se retrouva entre les bras puissants du maître d’armes, qui s’était placé dans son dos et lui enserrait désormais la taille. Il ne se rendait pas compte qu’elle manquait de souffle, que les cordes de son corset lui donnaient l’impression de lui rentrer dans les entrailles, et qu’elle était, enfin, tellement effrayée que c’était à peine si elle pensait à respirer. Tout cela conjugué, la voici littéralement à sa merci, petit objet fragile entre les bras de celui qu’elle considérait maintenant être une sorte de pirate sanguinaire. Un maître d’armes ne serait pas aussi déloyal et peut-être même que l’honneur lui interdirait d’utiliser la force contre une femme. Il lui susurra à l’oreille quelques paroles au sujet de Dieu et de sa colère. Avec l’énergie du désespoir, la jeune femme trouva à répliquer quelque chose, et, quoique le ton était moins assuré qu’elle ne l’aurait voulu, elle semblait cependant avoir l’esprit parfaitement clair (alors qu’en réalité, en cet instant, tout tournait en elle au ralenti dans une sorte de stupeur glaçante) :
E L O Ï S E – « Qui êtes-vous pour parler au nom de Dieu ? Que savez-vous de sa colère ? Que savez-vous de la mienne ? Je ne suis pas votre « chère » et il n’existe qu’un nombre très restreint de personnes que j’autorise à m’appeler par mon prénom. Vous n’êtes probablement qu’un misérable pirate, et même si vous souhaitez me tuer, je suis pour vous « Mademoiselle du Mauroi » ou « Mademoiselle la Baronne », jusqu’à mon dernier souffle. Maintenant je vous conseille de me lâcher ou d’en venir au fait ; votre haleine de phoque m’indispose. »

Il parla de son « immense bonté » et la relâcha en effet. Lorsqu’elle fut libre, elle crut qu’elle allait tomber, car elle s’aperçut vite que ses jambes ne la soutenaient plus. Elle n’avait été maintenue à la verticale que parce que le jeune homme la retenait captive entre ses bras. Désormais, c’était comme si elle n’avait plus aucun sens de l’équilibre. Elle vacilla dangereusement pendant quelques instants, puis eut l’idée de se tenir à la selle de sa jument, le temps de retrouver toutes ses facultés. Elle l’entendit l’accuser de sa maladie prochaine, ce qui eut pour effet de la faire hausser des épaules d’un air indifférent (que pouvait-elle bien en avoir à faire, au juste, qu’il soit malade ?), puis il lui conseilla de « déguerpir ». La prenait-il pour une domestique qu’il a le droit de congédier à sa guise ? De quelle droit lui parlait-il de la sorte ? Elle sentit la colère la piquer de l’intérieur, gronder en elle comme rugit l’ouragan. C’en était trop pour qu’elle puisse le supporter.
E L O Ï S E – « Mais qui pensez vous être, à la fin, pour oser me parler de cette manière ? Je ne parlerais pas même à mes chiens d’une telle façon. Vous pensez que vous pouvez me menacer, me brutaliser, puis me jeter comme si de rien était ? Où vous a-t-on appris à respecter autrui ? Si vous n’êtes pas un bandit – ce que visiblement vous n’êtes pas puisque je suis toujours de ce monde – alors vous êtes un rustre, ce qui est bien pire, en réalité ! Vous parlez de votre « bonté » mais en fait vous devriez appeler cela de la lâcheté. Vous osez battre une femme mais vous ne voulez pas de son noble sang sur les mains. Si je suis si odieuse, allez jusqu’au bout de vos conviction, monsieur ! Sinon, je veux que vous me fassiez des excuses. Si vous ne les faites pas ici j’irai demander au Roi de vous les extorquer. »

Fort heureusement pour elle, le jeune homme ne la connaissait pas et était visiblement étranger à la Cour. Il ne pouvait donc qu’ignorer que le Roi ne portait pas la demoiselle du Mauroi dans son cœur. Si elle allait le trouver pour lui dire qu’un homme s’est montré brutal envers elle, le Roi en voudrait à cet homme et serait probablement furieux, mais certainement pas pour l’amour d’Eloïse. Ce serait seulement une question d’honneur. La jeune fille baissa le nez vers ses poignets. Le tour en était encore rouge, mais elle pensait que la couleur allait vite s’atténuer. Elle l’espérait, du moins, car cela était fort disgracieux. Et puis, il y avait quelque chose au fond d’elle. L’espace de quelques instants, la terreur lui avait vraiment fait croire que le jeune homme allait lui ôter la vie. Et, curieusement, cette idée de l’avait pas complètement dégoûtée. C’était comme si elle s’y était en quelque sorte résignée. Mais ce sentiment s’évapora bien vite, la laissant comme une coquille vide. Toutes ses maigres forces l’abandonnèrent tout à coup. Elle se souvint qu’elle n’était pas que pur esprit, et s’aperçut que sa tête lui faisait mal comme si elle était prête à exploser, que son cœur, à force de battre, semblait s’essouffler, et enfin, que son corset continuait de lui compresser la taille d’une façon fort cruelle. Elle avait du courage, certes, mais il y avait des limites à la témérité. Elle se laissa glisser à terre, à bout de souffle.
E L O Ï S E – « Je… J’étouffe… », souffla-t-elle les yeux mi-clos.
Elle aurait pu dire “j’expire” que cela ne lui aurait pas paru plus terrible. Il y avait un bourdonnement assourdissant dans ses oreilles et sa vision commençait à se troubler comme si elle était entrain de défaillir. Elle avait terriblement chaud et pourtant ses mains étaient glacées. Au bout de quelques instants, elle ne se souvenait plus de l’endroit où elle se trouvait. Elle s’évanouit.

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MessageSujet: Re: Le lac des songes.    Sam 14 Jan - 21:50

Vraiment c'était incompréhensible. Elle était là, debout devant lui, comme si son âme avait subitement quitté son corps. Était-ce le calme avant la tempête ? Reprenait-elle des forces pour parvenir à lui hurler toute sa haine profonde l'instant d'après ? Aaron pensait qu'elle réagirait de cette manière. Elle qui lui avait déjà montré combien elle était courageuse pour avoir osé le remettre à sa place d'une voix déterminée alors qu'elle était dans les bras de son agresseur. La jeune fille, non, jeune femme même, avait prouvé qu'elle méritait amplement d'être appelée baronne. Hélas celle-ci s’effondra sous les yeux du maître d'armes qui resta un moment interdit. S'il s'était attendu à une chose pareille ! Dès lors que son esprit eut assimilé la gravité de la situation il courut auprès du corps immobile avant de s'agenouiller aux pieds de celui-ci. Il glissa ensuite une main sous le dos de la jeune courtisane et de l'autre porta délicatement sa tête qui ne semblait plus tenir toute seule. Quelle sensation affreuse, il avait l’impression de tenir un cadavre entre ses bras. Il n'avait jamais voulu cela, il avait simplement voulu la taquiner. Savait-il seulement jouer cet imbécile ? Il était brutal de par nature. S'il ne maniait pas les armes, il frappait le fer brûlant à l'aide d'un marteau. La douceur la connaissait-il ? Il se vantait de combattre avec fluidité mais même s'il manipulait ses épées avec grand soin elles servaient au final à tuer. Il dorlotait des meurtrières et il avait voulu titiller une si gracile créature ? Imbécile.

« Mademoiselle... »

Souffla-t-il avec désespoir. Que faire, la secouer ? Il venait de la brutaliser, il n'allait tout de même pas continuer sur cette lancée. Elle avait dit étouffer, devait-il lui ôter ses vêtements trop oppressants ? Et puis quoi, après l'avoir violenté il passerait de surcroît pour un violeur si jamais elle se réveillait. Hors de question. Mais l'important restait qu'elle ouvre de nouveau les yeux cette frêle jeune fille. La tête commençait à lui tourner, Aaron n'avait aucune idée de comment s'y prendre. Il s'entraînait depuis son enfance à tuer, pas à sauver. Ses visites à l'église lui suffisaient pour qu'il pense être un homme de foi, un homme bien. Finalement la jeune baronne n'avait peut être pas tort, il était un rustre qui battait son monde. C'était absolument vrai dans le fond, oui, elle avait été pertinente, elle devait certainement l'être d'ailleurs. Hélas malgré son imposant caractère elle n'en restait pas moins une jeune femme qui comme toutes avait ses faiblesses. Il l'avait brusquée, s'était amusé de sa peur et s'en mordait maintenant les doigts. Que faire... L'agresseur culpabilisant laissa le corps qu'il tenait encore dans bras s'étendre de tout son long sur le sol. Il retira son imposante fourrure et la glissa sous la tête de l'endormi pour lui constituer un oreiller de fortune. Il se leva ensuite, chercha du regard la gourde qu'elle lui avait jeté à la figure, s'en empara et courut la remplir au bord du lac. C'était une tentative désespérée mais après tout l'eau était un tel symbole de pureté, peut-être que par la grâce de Dieu elle sauverait cette innocente victime. Aaron fit machinalement le signe de la croix avant déchirer sans réfléchir un pan de sa veste et de l'humidifier pour au final tamponner doucement le front de la jeune fille.

« Haïssez-moi, dénoncez-moi, mais pour l'amour de Dieu vivez ! »

Était-elle seulement encore vivante ? Crétin, il n'avait même pas pensé à vérifier une chose aussi cruciale. L'apprenti sauveteur se munit du poignet de l'évanouie, puis collant son index à son majeur il prit son pouls. Il poussa un soupir de soulagement, par chance elle respirait encore même si elle avait visiblement beaucoup de mal. En revanche ses mains étaient affreusement glaciales. La réchauffer oui mais elle avait dit étouffer, quelle situation compliquée ! Aaron se résigna, tout ce qu'il pouvait faire était d'attendre. Faire venir quelqu'un serait bien trop long, fallait-il encore qu'il parvienne à trouver un médecin d'ailleurs. Et il n'osait strictement rien faire car il avait une peur bleue d'empirer les choses déjà qu'elles avaient atteint un haut sommet. Il prit donc les mains de la jeune femme dans les siennes, s'il pouvait au moins réchauffer celles-ci de par ce contact, c'était déjà cela. Elle avait ordonné des excuses un peu plus tôt, il lui en donnerait bien jusqu'à être à bout de souffle que cela ne changerait rien. D'une elle ne lui pardonnerait jamais, de deux il s'en voudrait lui aussi toute sa vie et pour finir il devait passer pour un fils de rien aux yeux du divin Seigneur. Mais tant qu'elle vivait, tant qu'elle vivait... il pourrait bien supporter ce lourd fardeau. Il délaissa l'une de ses mains pour venir poser la sienne contre le joue de l'endormie.

Elle était si jeune, si jolie, elle n'allait tout de même pas réellement mourir de peur ? Il était parvenu à faire sombrer cette créature aux cheveux lumineux dans de profondes ténèbres sans même le vouloir. Il se répétait inlassablement la scène dans son esprit et culpabilisé un peu plus chaque fois. Mais il pouvait bien être le plus peiné des hommes que cela ne changerait pas la situation catastrophique. Le maître d'armes plongea dans ses souvenirs. Il avait combattu tellement de monde qu'il était fatalement arrivé qu'un jour une personne soit plus que blessée. Il avait donc déjà tué oui, mais ces fois-là il ne les regrettait pas car elles avaient été dans le cadre d'un duel équitable et qu'il avait triomphé légitimement. Hélas aujourd'hui c'était une femme qu'il avait violenté, qu'il avait terrifié en voulant seulement s'amuser. Il se souvint soudainement que lorsque des graves blessés étaient soignés l'on disait qu'il fallait sans cesse leur parler pour qu'ils gardent un contact avec le réel. Mais le jeune baronne était endormie, cela était-il possible qu'elle l'entende ? Et puis même si elle l'entendait, elle rejetterait sûrement ses paroles et voudrait encore moins réanimer ce corps immobile. Aaron décida qu'il essayerait malgré tout. Il se pencha vers son visage qu'il couvrit d'une deuxième douce et chaude caresse puis souffla quelques mots en espérant qu'ils atteignent l'esprit disparu de l'évanouie.

« Mille excuses Mademoiselle du Mauroi. Je vous en ferai jusqu'à m'évanouir à mon tour mais réveillez-vous. Ne serait-ce que pour me punir, n'y prendriez-vous pas un immense plaisir ? Vous êtes plus forte que vous n'en avez l'air, prouvez-le encore une fois. »

Un énième soupir et il leva les yeux au ciel. Aaron se jura intérieurement que si par miracle elle se réveillait, il la protégerait jusqu'à son retour chez elle, que ce soit avec ou sans l'accord de la belle endormie. Dans l'ombre ou au grand jour il veillerait à ce qu'aucun malheur de plus ne lui arrive dans sa journée qu'il avait gâché.
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MessageSujet: Re: Le lac des songes.    Dim 15 Jan - 0:03

N’était-ce pas injuste ? Elle était venue pour voir les fées. Il était rare que la demoiselle cherche à renouer avec son enfance de la sorte. Du moins, pas aussi directement. Elle s’était dit, elle avait plus ou moins consciemment pensé que, peut-être, si elle faisait aujourd’hui le même genre d’excursion que celles qu’elle aimait faire jadis, elle se souviendrait de quelque chose d’ancien. Peut-être aurait-elle pu ressentir les mêmes émotions, les mêmes sensations de liberté et de sublime que lorsqu’elle se promenait avec Nanon. Ou même avec le Vicomte… Lorsqu’ils étaient jeunes, ils s’amusaient tant ! Et alors, retrouvant la jeune fille qu’elle était au détour d’un chemin, elle aurait pu discuter avec elle. Elle lui aurait demandé pourquoi elle était heureuse. Et la petite aurait répondu : « Parce que je suis libre ». Et elle lui aurait encore demandé : « Et moi, suis-je libre ? ». La petite aurait fait non de la tête. Comment retrouver une telle liberté ? Une telle facilité dans les jeux et une telle candeur dans les propos ? On dit aux enfants qu’ils doivent devenir grands et forts. Une fois adulte, on se demande comment redevenir rêveur.

Ainsi donc, notre Eloïse, pauvre évanouie exsangue, vidée de ses forces, avait l’impression de s’évaporer de son propre corps et de se regarder de l’extérieur. Qu’était-elle devenue ? Elle n’était plus une enfant et certainement pas une femme. Elle avait l’insoumission et la vivacité d’esprit d’une enfant, le courage et le sens des responsabilités de l’adulte, mais elle était totalement dépourvue de ce qui fait habituellement le genre humain. Elle était esclave, à l’intérieur. Avilie, blessée, morte. De la même manière, elle avait constaté que les hommes la traitaient soit comme une enfant, soit comme une femme, mais jamais comme une humaine. Elle n’avait aucun souvenir de ce qu’étaient la tendresse, la passion, ou la confiance. Il s’agissait de mots sur lesquels elle s’arrêtait, lorsqu’elle les trouvait parfois dans des livres. Ils avaient certes une définition. Elle pouvait en imaginer la signification mais pas l’impacte réel. Quelquefois, la petite fille laissait derrière elle, sur le chemin, des fragments de ce qu’elle avait été. Elle les ramassait comme des objets précieux. Ils avaient l’air de morceaux de miroir brisé. Lorsqu’elle les regardait, elle voyait se refléter dessus le coin de son œil, ou bien l’aile de son nez, ou encore une partie de ses lèvres. Mais rien n’était jamais complet et le puzzle devenait impossible.

Ainsi poussée vers de nouveaux rivages, notre héroïne refusait de se réveiller. Elle savait que le monde l’attendait, mais, par enfantillage, elle espérait que la nuit se prolongerait pour ne plus avoir à supporter le jour. Les ténèbres lui paraissaient rassurants. Le peu de lumière qui s’immisçait sous ses paupières mi-closes lui déchiquetait la rétine. Elle voulait se bercer d’illusion, rester un moment de plus allongée et languissante. Peut-être que la mort allait venir et ainsi calmer ses peines ? Elle se trouvait sur une barque qui l’emmenait vers un au-delà meilleur. Elle voulait sentir le baiser mortel d’une quelconque délivrance sur ses lèvres froides. Elle attendait. Comme suspendue entre deux eaux. Soudain, il s’échappa un vague murmure de l’onde environnante. Les chuchotements lui parvenaient avec difficulté. Elle avait tellement mal à la tête, ne pouvaient-ils par parler plus fort ? Elle se concentra. Une aura chaude se glissa autour d’elle et l’illumina. Les ombres se dissipèrent tout autour. Eloïse venait d’ouvrir faiblement les yeux. La lumière lui faisait mal, mais quelque chose la réconfortait dans cette douleur, sans qu’elle ne sache pourquoi. Elle essaya de regarder autour d’elle. Les deux sphère dorées de ses yeux roulaient difficilement dans leurs orbites. Le lac. Elle avait jeté l’ancre. Elle était en vie.

Tournant doucement la tête de l’autre côté, elle vit son agresseur. Trop faible pour montrer le moindre signe d’effroi, elle l’observa d’un air indifférent et lointain. Il ne la voyait pas, il venait de baisser la tête, comme s’il tâchait de faire une prière intérieure. C’était lui qui lui parlait. Il l’avait attirée vers lui, vers la vie. Pourquoi ? La jeune femme n’y comprenait rien. Il avait prit ses mains sans les siennes. Elle n’eut pas la force de les retirer. Elle referma les yeux pour se concentrer, et tenter de recouvrer quelques forces. Il avait de la force dans les mains, mais celles-ci étaient plus douces qu’elle ne l’aurait cru. Elles étaient plus douces que lorsqu’elles s’étaient agrippées à ses poignets, du moins. C’est peut-être l’intention que l’on met dans ses gestes qui les rendent plus ou moins agréables, somme toute. Il faut pardonner notre Eloïse pour ses pensées confuses. Nous rappelons à notre gentil lecteur que la pauvre était à moitié morte de peur.
A A R O N – « Mille excuses Mademoiselle du Mauroi. Je vous en ferai jusqu'à m'évanouir à mon tour mais réveillez-vous. Ne serait-ce que pour me punir, n'y prendriez-vous pas un immense plaisir ? Vous êtes plus forte que vous n'en avez l'air, prouvez-le encore une fois. »

La jeune femme avait gardé les yeux fermés, pendant que le maître d’armes prononçait ces mots. Elle en était tout à fait surprise, à tel point qu’elle se demanda s’il s’agissait bien de la même personne que celle qui lui avait fait du mal jusqu’à ce qu’elle perde conscience, quelques instants plus tôt. Elle songea quelques instants qu’il devait la croire morte et s’en réjouir intérieurement, mais que, pour ne pas paraître coupable aux yeux de Dieu, il faisait cet éloge funeste de dernière minute. Et puis, quelques accents de sincérité dans l’inflexion navrée de sa voix, quelques mouvements qui ne trompent point (comme par exemple le fait qu’il ait cherché à lui faire une sorte d’oreiller avec sa cape ou encore celui qu’il tentait de réchauffer ses petits doigts glacés entre ses mains) lui firent réviser son jugement hâtif. Il avait en réalité l’air parfaitement meurtri. Un si grand remord ne pouvait qu’inspirer le pardon. Que pouvait-elle faire d’autre, de toute manière ? La haine envenime tout, asphyxie les sentiments les plus purs et les réduit en cendres. Il est inutile de porter en son cœur un tel venin. Eloïse rouvrit doucement les yeux et toussota.
E L O Ï S E – « Vous évanouir à votre tour, murmura-t-elle d’une toute petite voix à l’adresse du jeune homme, je vous prie de vous en garder. Je pense vous avoir suffisamment sauvé la vie pour aujourd’hui, monsieur. Elle fit une pause pour respirer à plein poumons, puis ajouta : Et de quoi cela aurait-il l’air au juste ? Vous en pauvre évanoui et moi dans le rôle de votre chevalier servant… je refuse de me prêter à un jeu de rôle aussi grotesque… »

Elle parlait avec difficulté et préféra donc ne rien ajouter à cela. Elle se méfiait toujours de l’homme et redoutait de le voir de nouveau changer de visage tel un Janus moderne. Mais ces paroles, sans être amicales, étaient du moins vaguement ironiques, et il faut savoir que la jeune femme ne plaisante qu’avec les personnes envers qui elle est, sinon reconnaissante, du moins redevable. Car, après tout, il aurait très bien pu choisir de l’abandonner là, au milieu de la vallée, la laissant pour morte, les pieds dans les glaïeuls. Et il est certain qu’elle serait morte, ainsi esseulée, à moins qu’un miracle ne se soit produit et qu’une tierce personne bienveillante ne lui soit venue en aide. Mais fort heureusement, il n’en était rien, et, peut-être dans le but de se racheter, le jeune homme avait choisi de rester à son chevet jusqu’à son réveil. Quelque soit le but recherché, Eloïse était contente qu’il ne se soit pas enfui comme un assassin. Mais, à présent, elle était transie de froid. Elle songea qu’elle devrait probablement rentrer au château, mais elle savait que, pour l’heure, elle serait tout simplement incapable de tenir en selle. Tout ce qu’elle pouvait faire dans l’immédiat, c’était respirer avec autant de régularité possible et se réjouir à l'idée d’être vivante.

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MessageSujet: Re: Le lac des songes.    Dim 15 Jan - 23:00

Les quelques minutes silencieuses que passa Aaron lui semblèrent interminables. Les mains jointes sous son menton, il avait fermé les yeux si forts que la tête lui était tournée. Il avait prié dans sa tête inlassablement pour que la jeune fille reprenne conscience. Que Dieu le châtie mais qu'il sauve au moins cette innocente femme prise d'un mal qu'il ne comprenait toujours pas. Le maître d'armes avait murmuré quelques paroles à l'endormie dans l'espoir que celle-ci ouvre les yeux. Et c'est ce qu'elle fit ! Difficilement elle battait des cils comme si elle se réveillait d'un cauchemar invraisemblable puis finalement elle lui parlait. D'une voix faible certes mais elle lui parlait, elle était vivante. Aaron était suspendu à ses lèvres comme si chaque mot qu'elle prononçait était une merveille dont il n'aurait su se passer. Il étira chaleureusement ses lèvres et posa une regard doux sur la jeune fille, heureux qu'elle donne enfin signe de vie. Il aimait sa manière de dire les choses, il fallait lire entre les lignes. Elle ne lui hurlait pas dessus parce qu'elle n'en avait pas la force certes mais aussi sûrement parce que dans le fond, elle lui pardonnait un petit peu. Du moins l'espérait-il, peut être qu'il faisait complètement fausse route et qu'elle lui planterait un poignard dès qu'il aurait le dos tourné. Sa dernière remarque le fit sourire et il ne put s'empêcher de rétorquer sur le même ton :

« Vous me considérez donc comme votre sauveur et chevalier servant, j'en suis flatté mademoiselle la baronne. Oh et ne me criez pas tout de suite dessus, vous risquez une rechute...»

Il plaisantait mais il avait réellement très peur qu'elle lui refasse le coup. Non pas qu'il tienne à elle mais tout de même, il était en partie responsable. Et puis elle n'avait pas l'air si désagréable cette fille dans le fond. Même s'ils étaient vraiment très mal partis pour une entente cordiale elle avait l'air de le supporter pour le moment, c'était tout ce qui comptait. De toute façon c'était très simple, après s'être comporté imbécilement comme un monstre il tâcherait d'être un prince. Il cherchait le pardon de la jeune fille et tant qu'elle ne lui demandait pas de déguerpir il se montrerait aimable avec elle. Même si elle le lui demandait d'ailleurs, hors de question de la laisser dans cet état. D'ailleurs il allait lui en faire part, à sa façon...

« Quand vous vous sentirez mieux je vous raccompagnerai chez vous. Ce serait dommage que vous tombiez de votre monture pour attirer mon attention et que je ne sois pas là. »

Pourquoi ne pas dire les choses simplement ? Dire qu'il avait peur pour elle, qu'un autre accident lui arrive, que ce soit de sa faute ou non. Eh bien tout simplement parce qu'il ne s'en sentait pas le droit. Il avait failli la tuer, comment pouvait-il se permettre de vouloir la protéger durant son retour ? Et puis il avait toujours été comme cela, sans jamais dire les choses comme elles étaient. C'était toujours facile et rassurant de passer par phrases qui faisaient sourire. Son sérieux il le gardait pour tuer, les femmes il leur donnait son rire et pourquoi pas son corps de temps à autre. Mais cela n'était pas envisageable avec celle-là évidemment ! Imaginez un peu qu'il la séduise alors qu'elle venait tout juste de s'évanouir de peur qu'il la viole. Ce serait de mauvais goût, vraiment, sans mauvais jeu de mots... Aaron croisa d'ailleurs le regard de la baronne, ses joues virèrent instantanément au rouge écarlate et il se releva comme s'il était soudainement très pressé. C'était bête mais il avait peur qu'elle lise en lui, si jamais c'était le cas elle le trouverait définitivement incorrigible. Mais après tout, il ne pensait pas à mal et de toute façon elle n'avait pas des pouvoirs surhumains ! En avait-elle... ? Pour faire croire qu'il s'était levé pour faire quelque chose eh bien il fallait qu'il fasse réellement une action logique. Il resta donc un bon moment debout sans bouger à chercher ce qui aurait le plus de sens même s'il avait perdu toute crédibilité.

« Je reviens, je vais chercher... »


N'attendez pas la suite il n'y en aura pas car le jeune homme sauta sur sa monture sans terminer sa phrase et s'éloigna au galop. Il ne l'abandonnait pas non plus, il faisait quelque chose de logique. Enfin logique à ses yeux certes mais tout de même, il n'allait pas se rasseoir sans avoir rien fait, il serait passé pour un idiot. Qu'elle le croit idiot ou définitivement fou, il avait fait son choix. Ce fut donc sans but précis que le maître d'arme chevaucha autour du lac. Il pouvait tenter de trouver quelqu'un, au moins son action aurait eu un sens. Hélas personne à l'horizon, il fallait donc lui ramener quelque chose ! Cette idée de génie lui redonna toute sa confiance déjà fort grande habituellement. A vrai dire le temps qu'il réfléchisse à quoi emporter à la jeune femme il eut le temps de repasser devant celle-ci. Il avait fait un tour complet de la vaste étendue d'eau sans même s'en rendre compte. Une deuxième idée digne d'un intellectuel reconnu lui vint. Des fleurs bien sûr, voilà qui satisfaisait toujours les femmes. C'était d'un banal et alors, il ne risquait pas de trouver autre chose et il était hors de question de rentrer bredouille de sa... sa promenade insensée, appelons la comme ceci. Aaron poussa un long soupir alors qu'il avait arrêté sa course prêt d'un buisson. Les fleurs il n'y connaissait pas grand chose, à vrai dire il ne savait pas faire la différence entre une feuille et une branche mais passons. C'est donc avec amour que le jeune homme cueillit une charmante poignée d'herbes, d'herbes oui vous avez bien lu. Il bomba la torse, absolument fier de sa trouvaille et remonta en selle pour retourner au près la courtisane esseulée. Et comme s'il lui offrait des diamants, il lui donna sans lui demander son avis son tas de verdure dans sa main. Il savait quoi dire, il avait eu une vision lui remémorant un souvenir lointain durant son retour.

« Plantes médicinales ! Vous vous frottez avec et vous serez sur pied d'ici quelques minutes. »

Un délicieux sourire fleurit sur ses lèvres. Il se frottait les mains autant pour s'essuyer que parce qu'il était fier de son entourloupe. Oui il était très content l'idiot. Comme s'il ne l'avait déjà pas assez embêté la pauvre, mais ce serait terriblement amusant de la voir s’enduire d'herbe dans l'espoir d'être pleine d'énergie. Mince, il aurait peut être du dire qu'elles se mangeaient, c'en n'aurait été que plus drôle. Il sous-estimait un peu les capacités de la jeune fille, il pensait qu'elle croirait bêtement tout ce qu'il disait. Mais il était comme cela, trop fier pour douter de lui. Et son piège était d'une telle ingéniosité, qui pourrait percer à jouer sa perfidie ? Il se demanda soudain pourquoi il lui tendait un piège. Il avait même oublié le pourquoi il était parti brusquement sur son cheval. Aaron haussa les épaules, après tout qui s'en souciait, tant qu'elle vivait ! Il scruta donc la jeune fille, impatient qu'elle prenne une douche de verdure et le remercie pour cela. Hélas son triomphe ne vint jamais car elle ne sembla pas mordre à l'hameçon un peu trop voyant. Les femmes étaient soit trop malignes soit il était simplement trop idiot. Évidemment à ses yeux ce ne pouvait être que la première proposition.

« C'est fort dommage... »

Dit-il presque tristement alors qu'elle se débarrassait certainement du tas d'herbe qu'il lui avait plus obligé à prendre qu'offert généreusement.
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Eloïse du Mauroi


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MessageSujet: Re: Le lac des songes.    Mer 18 Jan - 17:57

Notre douce Baronne allait ouvrir la bouche pour répliquer quelque chose de cassant à l’intention de son soi-disant « sauveur », mais il lui conseilla de se taire. Elle n’avait aucun conseil à recevoir d’un misérable de son espèce, voilà ce qu’elle aurait aimé lui dire. Mais, en réalité, elle était trop épuisée pour dire quoique ce soit pour le moment. Elle garda donc une apparence de docilité (et ce, de fort mauvaise grâce, il faut l’avouer) et tomba dans un état de mutisme qui ne lui ressemblait guère. Elle avait horreur de cela. Remettre les gens à leur place, c’était quasiment ce qu’elle faisait de mieux au monde. Du moins, c’était son point de vue de jeune femme qui ne s’apprécie jamais à sa juste valeur. Elle ne s’accordait que très peu de qualités, et cette particularité de son caractère, que beaucoup auraient pu considérer comme l’un de ses rares défauts, était ce vers quoi elle se tournait toujours quand elle avait besoin de se sentir protégée. Elle n’était pas naturellement quelque de venimeux qui apprécie de le fait d’aboyer sur autrui. Non, ce détail avait été acquis au prix de beaucoup d’entraînement et de réflexion sur soi. Quoiqu’il en soit, le jeune homme fit de nouveau une remarque qu’il trouvait peut-être humoristique… Elle ne releva pas la plaisanterie et se contenta de hausser les épaules, arborant un air lugubre. Mais, subitement, lorsqu’elle daigna relever les yeux vers lui, elle vit qu’il rougissait. Il n’avait pas l’air d’un jeune damoiseau inexpérimenté, et s’il rougissait en présence d’une dame, ce n’était certainement pas à la simple et innocente idée que celle-ci lui plaisait. La jeune femme songea qu’il devait avoir de bien méchantes idées, pour que son visage le trahisse de la sorte. Sa réaction fut de se redresser en position assise et de remettre sa cape, qu’elle ferma bien de sorte à cacher le décolleté en ovale de sa robe. Il ne manquerait plus qu’il lui saute dessus de nouveau ! Faible comme elle l’était actuellement, elle ne s’en sortirait jamais… C’était l’un des raisons pour lesquelles elle se méfiait toujours des hommes. On ne peut se trouver en leur présence sans qu’une once de séduction ne s’immisce dans la conversation. La jeune femme laissa échapper un soupire de lassitude à cette pensée.

Le jeune homme se leva brusquement. Eloïse leva sur lui un regard d’incompréhension mêlé à un peu de surprise et de méfiance. Où allait-il donc, cet insensé ? Il se mit en selle et partit au galop sans demander son reste. Il lui lança par-dessus son épaule qu’il allait chercher quelque chose. Sa tête, peut-être, et s’il parvenait à la trouver le monde s’en porterait sans doute bien mieux. Eloïse prit un air d’adolescente boudeuse et regarda l’excentrique faire trois fois le tour du lac au galop. Elle était venue chercher des fées et elle se retrouve avec un farfadet, voyez-vous cela ! Mais le voici de retour. La demoiselle arqua un sourcil d’un air soupçonneux lorsqu’il lui prit la main. Son air de grand héros d’épopée avait quelque chose de comique, mais notre Eloïse ne s’était pas encore assez remise de ses émotions pour pouvoir rire. Il fit tomber dans sa main des brindilles, non : de l’herbe. Il les appela « plantes médicinales ». Elle allait lui rétorquer de ne jamais chercher à prononcer des mots de plus de trois syllabes car il était évident qu’il n’en avait pas les capacités intellectuelles… Mais elle se retint de lui lancer une telle pique. En réalité, elle songea qu’il devait la prendre pour une idiote, s’il la croyait capable de s’enduire d’herbe d’un air convaincu et crédule.

Elle hésita quelques instants sur la façon dont elle devait réagir. Elle n’avait pas la force de lui servir une longue tirade sur la bêtise humaine, et, d’ailleurs, elle doutait fort que la philosophie serait compréhensible pour un simple maître d’armes. Ainsi décida-t-elle de faire quelque chose d’incroyable, de merveilleux, d’inconcevable, d’inimaginable : elle fit semblant de le croire sur parole. Elle parut se ranimer dès l’instant où il lui mit l’herbe dans la main. Elle se para d’un sourire candide et reconnaissant, battit des cils, fit mine de se troubler, de bredouiller, elle était toute sensible, toute tremblante, toute enfantine… En un mot elle lui fit un numéro d’actrice des plus époustouflants, et c’est avec une petite voix câline qu’elle prononça ces mots :
E L O Ï S E – « Monsieur, je m’en remets à votre évidente connaissance du monde, et je ne saurais jamais assez vous remercier de ce que vous faites pour moi. Il est clair que vous savez comment vous comporter avec élégance, en présence d’une dame. »

Et la voici qui commença à relever les manches de sa robe et à se frotter les bras avec l’herbe, avec conviction et application et le plus grand sérieux du monde. Elle s’en mit même quelques brins dans les cheveux (pour achever de peindre le dramatisme du tableau qu’elle offrait, peut-être). Quand elle estima que le jeune homme avait dû suffisamment rire intérieurement, elle s’arrêta net. Elle poussa un cri aigu, un cri affreux qui ne dura qu’une seconde mais qui sembla rebondir en écho sur les pentes des collines environnantes, comme la plainte de mille Eloïse se tordant de douleur. Le cri déchira le silence un instant, et fit sembler celui qui lui succéda tout ce qu’il y avait de plus troublant. Elle retomba soudainement sur le sol, inerte, livide, sans vie.

Elle retenait sa respiration pour se donner l’apparence de la mort. Elle rira bien quand le jeune homme croira l’avoir tuée en lui conseillant de s’enduire d’herbe. Elle espérait que la mort d’une innocente lui causerait un peu de remord, à ce méchant qui avait voulu se jouer d’elle. Elle demeura la joue posée sur l’herbe verte, les cils baissés, une larme de douleur perlant encore au coin de son œil. Oh oui, pour être douée elle l’était. Le pathétique du tableau dont elle venait de donner la dernière touche lui paraissait jouissif et délectable. C’était une assez bonne vengeance. Peut-être pas la meilleure qu’elle ait orchestrée jusqu’à ce jour, mais au moins le jeune homme était puni par là où il avait péché, en quelque sorte. Et c’est la simplicité même de cette vengeance qui lui paraissait fort appréciable. Il avait cru qu’il pourrait la faire passer pour un idiote qui prendrait de l’herbe pour un remède… Voyons s’il n’allait pas se rendre idiot à croire que l’herbe constituait un poison mortel.

Elle attendit un peu, de sorte à ce qu’il soit suffisamment mortifié et repentant à son goût. En attendant, cette petite plaisanterie avait rendu à Eloïse quelques forces, et elle s’était presque complètement rétablie de son évanouissement précédent. Elle s’obligea à oublier sa frayeur et à profiter de son petit talent d’actrice jusqu’au bout. Et puis, comme si de rien était, elle se redressa, se mit debout, et secoua doucement sa robe pour que les brins d’herbe qui y étaient restés attachés tombent par terre. Elle regarda ensuite le jeune homme et se mit à rire en voyant sa mine contrite.
E L O Ï S E – « Oh, soyez donc beau joueur, monsieur ! Vous avez du bien rire en me voyant m’enduire d’herbe sur vos conseils… Laissez-moi rire de votre air, à présent. Et, si cela peut vous apporter un quelconque réconfort, songez que personne ne gagne jamais, à jouer de la sorte avec moi… »

Elle retourna auprès de sa jument et vérifia la sangle. Visiblement, elle n’avait pas l’intention de s’éterniser ici davantage. C’est avec un sourire narquois illuminant son visage qu’elle salua le jeune homme et monta en selle. Non, vraiment, elle était contente d’elle…

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MessageSujet: Re: Le lac des songes.    Jeu 19 Jan - 16:43

La jeune fille sembla changer d'avis, elle le remercia même de s'être occupé d'elle tout ce temps. Elle flattait l'ego du jeune maître d'armes qui ne put que bomber le torse à l'entente de toutes les qualités qu'elle lui offrait. Il la croyait atrocement naïve mais quand il s'agissait de vanter les mérites de monsieur celui-ci était plus aveugle que quiconque. Ses lèvres s'étirèrent en un narquois sourire alors que la baronne faisait comme sa toilette avec la poignée d'herbe qu'il lui avait ramené. C'était qu'il culpabilisait presque qu'elle marche aussi facilement dans son piège enfantin. Mais finalement c'était bien trop amusant pour avoir des remords. Elle paraissait si contente, si crédule! Aaron étouffa un rire alors qu'elle ajoutait quelques brins dans ses cheveux en guise de décoration. Il fallait rester le plus neutre possible mais face à une telle scène cela était assez difficile vous en conviendrez. Mais le fourbe déchanta bien vite. Il sursauta lorsque la jeune femme poussa soudain un cri qui lui glaça le sang. Son corps ne fit qu'un bon et voilà qu'il était totalement paralysé. Ses yeux se posaient sur le corps de nouveau inerte de la courtisane sans qu'il ne puisse esquisser le moindre mouvement. Oh non pas encore ! Avait-il cueilli une plante venimeuse sans le savoir ? Cela existait-il au moins ? Il commença à paniquer et même si son cerveau réfléchissait à toute vitesse aucune solution digne de ce nom ne lui venait. Idiot qu'il était, cela faisait maintenant deux fois qu'il ôtait la vie à cette pauvre fille qui avait par malheur croisé sa route.

Le jeune homme se mit à quatre pattes et marcha avec lenteur, tel un prédateur auprès du présumé cadavre. Comment la réveiller cette fois-ci, si seulement elle n'était pas morte auquel cas il aurait du mal à la réanimer. La réanimer ! C'était cela qu'il fallait faire. Aaron se pencha vers le visage de sa victime et prit une profonde inspiration. Il n'était pas très savant dans la médecine mais il savait tout de même comment lui donner de l'air. En avait-elle seulement besoin d'ailleurs ? La première fois elle s'était plainte d'étouffer mais là elle avait juste crié avant de s'effondrer... D'ailleurs il n'avait aucune envie de donner un baiser à un corps sans vie même si celui-ci avait pour but de la réanimer. Quelle situation embarrassante, il cumulait aujourd'hui et il s'en mordait les doigts. Heureusement il n'eut pas le temps d'offrir à la jeune femme un baiser miraculeux car celle-ci se redressa et se mit sur pieds. Cette fois ce fut Aaron qui cria, plus par peur que par douleur dans son cas. Il fit un bond de deux mètres en arrière et regarda la baronne comme si elle revenait d'entre les morts. Il la fixait d'un air ahuri, il ne comprenait absolument pas. Mais elle ne tarda pas l'éclairer et lui annonça que tout comme lui, elle s'était fichue de sa figure. Rah, quelle peste celle-là ! Son cœur avait bien arrêté de fonctionner à cause d'elle. La vengeance, c'était une arme pour les faibles, surtout utilisée de cette façon...

« On ne joue pas avec la mort ! »

Osa-t-il la sermonner alors qu'il la prenait pour une idiote depuis leur rencontre. Mais elle lui avait très peur, pour avoir réussi son coup, elle l'avait réussi cette sournoise jeune fille. Et cette mine satisfaite qu'elle affichait joyeusement, il ne la supportait pas. Oui Aaron avait horreur de perdre, quelque soit le domaine. Si elle pensait s'en tirer comme cela, elle faisait erreur, naïve créature. La jeune femme monta alors sur son cheval, prête à partir après avoir donné la peur de sa vie à son "agresseur". Partir si facilement ?Sûrement pas, hors de question même. Le maître d'armes se précipita vers elle et s'accrocha à la selle, comme un enfant qui ne veut pas voir sa mère partir. Ou plutôt comme un idiot qui désire redorer son blason qu'il s'était entaché lui-même. Il fronça subitement les sourcils alors qu'il dévisageait la cavalière sur le point de partir. Il venait effectivement d'avoir une idée brillante. C'était un homme qui aimait les défis et par dessus tout les gagner, que ce soit pour se battre ou autre chose. Oui, cette malicieuse Eloïse ne l'appréciait guère, elle avait d'ailleurs toutes les raisons. Quoi donc de plus difficile que de se faire aimer par celle-ci ? C'était un grand challenge, et il savait qu'en persévérant, on arrivait à tout. Un jour cette fille ne pourrait plus se passer de sa présence ! Il posa son regard maintenant tout gentillet sur celui de la jeune femme et avant de dire d'une voix mielleuse à souhait.

« J'ai promis de vous raccompagner vous souvenez-vous ? Allons allons mademoiselle, laissez-moi vous prouver que je ne suis pas un méchant homme. Je ne veux que vous gardiez une image si sombre de moi. Descendez donc de votre cheval et venez échanger quelques paroles avec moi. Vous verrez, je peux être quelqu'un de fort agréable ! »

Aaron prit un air de chien battu histoire qu'elle ne puisse pas lui résister plus longtemps, du moins l'espérait-il. De toute façon il ne la laisserait pas partir même si elle le voulait. Ou bien alors il monterait à son tour sur sa monture et il la suivrait partout où elle irait, en voilà une bonne idée. Même si elle galopait, son cheval était rapide et il pourrait à loisir lui faire une discussion forcée tandis qu'elle cherchait désespérément à rentrer chez elle. Le jeune homme était têtu, voire borné d'ailleurs et quand il avait une chose dans la tête il était pratiquement impossible de la lui retirer. La sympathie d'une femme valait tout autant le sang d'un guerrier. Oui c'était décidé, mademoiselle Eloïse du Mauroi finirait par l'apprécier ! On ne pouvait forcer une personne à nous aimer, il emploierait donc des moyens bien plus ingénieux, s'il en était seulement capable. Il avait fait la brute depuis le début, il pouvait se comporter en parfait gentleman dès à présent. Et puis elle ne pouvait que l'admirer non ? Il était plutôt bel homme, fort et... intelligent dans certains domaines.

Aaron secoua la tête, mauvaise idée, elle venait de lui démontrer qu'elle n'était pas si naïve qu'elle en avait l'air. Oh et puis après tout ils devaient bien avoir quelque chose en commun, il aurait bien une chose qui rendrait sensible la demoiselle. Il se rendit compte d'une chose : il n'avait jamais vraiment eu de réels amis. Tous les garçons avec qui il avait passé plus ou moins de temps étaient des rivaux qu'il avait voulu mettre à terre dès leur première rencontre. Ceux qu'il côtoyait à présent étaient des élèves qu'il entraînait, pas vraiment de bons vieux amis. Et les femmes n'en parlons pas, s'il en avait fréquenté cela n'avait jamais été pour discuter, du moins pas très longtemps. Aaron poussa un profond soupir mais ne se laissa pas pour autant abattre. Un défi ne s'abandonne pas, quelque soit la nature de celui-ci. Eh c'était un homme lui, un vrai !

« Vous avez bien un peu de temps ? Que veniez-vous faire ici avant de tomber sur un dormeur que le réveil rendit aigri ? Si vous cherchiez quelque chose je peux vous aider. Si vous désirez le calme ma présence est apaisante. Une ballade ? J'adore me promener ! »

Ainsi donc il s'imposa à la jeune fille. Au moins il lui laissait le choix de l'activité, n'était-il point un homme charmant ?
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MessageSujet: Re: Le lac des songes.    Ven 20 Jan - 14:10

Les hommes sont tous irrévocablement de grands enfants. Ils peuvent être grand, forts ou courageux, cela ne changent rien au fait qu’ils se plieraient en quatre pour recevoir un compliment venant d’une femme. Peut-être qu’ils sont toute leur vie en quête de la figure maternelle idéale, qui sait ? En tout cas, ce n’est certainement pas auprès d’Eloïse qu’il risquait de trouver un havre de tendresse et de compassion. La demoiselle voulait croire qu’elle avait un cœur aride, et tâchait de se comporter tout comme. Elle ne songea pas une minute qu’elle avait été prête à se jeter sur un inconnu qu’elle avait cru blessé, pour lui venir en aide. Non, elle ne gardait jamais en mémoire les actes qui la rendaient humaine ou sensible. Le jeune homme s’agrippait à la selle de sa monture, comme dans l’espoir de l’empêcher de partir. Il avait peut-être de la force, mais certainement pas celle d’un cheval. La jeune femme fut tentée de partir au galop, juste pour voir. Elle ne le fit pas, trop occupée à observer la mine du jeune homme. Il la regardait en contre bas avec des yeux brillants de poisson hors de l’eau. Il ne manquait plus que cela ! En l’espace d’une heure, il lui aura vraiment tout fait ! Elle aurait bien aimé être dans sa tête pour l’entendre penser : « Un jour cette fille ne pourrait plus se passer de ma présence ! ». Voilà qui aurait déclenché son hilarité, et elle ne se serait pas privée de lui faire remarquer que c’était lui et non elle qui était accroché à la selle de sa monture. Néanmoins, il n’était pas possible, dans l’immédiat, de sonder l’esprit du jeune homme.

La demoiselle fit la moue. Cela la rendait mignonne, même si elle voulait prendre l’air sceptique et vaguement agacé. Il lui proposait maintenant de se promener avec elle ou de l’aider à trouver ce qu’elle cherchait. Elle n’avait pas l’intention de lui dit qu’elle était venue chercher les fées. Il n’y comprendrait rien et finirait par croire qu’elle était vraiment idiote. Est-ce qu’elle avait du temps ? Les courtisans se définissaient par le temps qu’ils avaient de libre, mais de là à désirer le perdre… Elle se demanda l’espace d’un instant ce qui pouvait faire qu’un maître d’armes désire passer du temps avec une presque-inconnue qu’il avait presque-tuée deux fois. Se faire pardonner ? Non, car la ramener chez elle et lui présenter de plates excuses suffirait à peu près. Eloïse n’était pas très exigeante en terme d’excuses, du moment qu’elle avait pu se venger. Alors peut-être qu’il espérait quelque chose de sa part ? Qu’elle le fasse entrer à la Cour, par exemple. Oh, elle n’était certainement pas la bonne personne pour cela. Si le Roi la logeait à la Cour, c’était par égard pour les parents de la demoiselle, qui avaient été amis avec son père. Si cela ne tenait qu’à sa gracieuse Majesté, Eloïse dormirait dehors.

Elle lança au maître d’arme un regard suspicieux, mais malgré ses efforts, elle ne pouvait savoir ce à quoi il songeait. Quoiqu’il en soit, la pauvre était curieuse, et rien que pour savoir de quoi il s’agissait, elle voulait bien accorder une seconde chance au jeune homme. Elle mit pied à terre et commença à marcher doucement, d’un pas de promenade. Elle tirait sa jument par a bride, car, si le jeune homme tentait de nouveau quelque chose sur elle, elle n’aurait qu’à sauter en selle et partir loin d’ici au galop. Comme à chaque fois qu’elle se devait d’avoir une interaction sociale avec autrui, la jeune femme chercha à quoi cela pourrait lui servir, qu’est-ce que cela pourrait lui apporter. Si l’égoïsme entrait dans ses calculs, c’était simplement pour ne pas mourir d’ennui. Quand un vieux barbon d’homme de Cour décidait de lui faire la conversation, elle se demandait quels étaient ses titres avant de l’éconduire poliment. Cela étant, le jeune homme qui se tenait à ses côté n’avait rien d’un vieux gâteux. Elle l’observait discrètement du coin de l’œil, tout en continuant de marcher. Elle ne l’avait pas encore remarqué mais il n’est que justice d’avouer qu’il était plutôt bel homme. D’abord il était grand. Ou peut-être pas tant que cela mais il était beaucoup plus grand qu’Eloïse en tout cas. Elancé, voilà le mot. Bien entendu, les heures qu’il devait passer à s’entraîner une épée à la main entretenaient chez lui une forme athlétique. Ce idée lui fit venir à l’esprit l’image des statues grecques dont on lui avait parlé. Evidemment, elle n’en avait jamais vu de ses yeux car ces pauvres Grecs polythéistes sont haïs et leurs œuvres incomprises. Quoiqu’il en soit, un bel Apollon de marbre en tête, la demoiselle rougit et essaya de penser à autre chose. Tout ce qui concerne la sensualité lui était étranger, et, pourtant, elle avait un goût d’esthète et savait reconnaître et apprécier les belles choses, quand elle les voyait. Malgré tout, elle venait de trouver ce à quoi le maître d’armes pourrait éventuellement lui servir. Voilà longtemps qu’elle avait forgé une telle idée, mais elle n’avait jamais eu l’occasion de la concrétiser. Et pourtant, plus le temps passait plus elle se disait que c’était peut-être vital pour elle. Il fallait qu’elle n’ait plus peur.
E L O Ï S E – « Je ne crois pas que vous soyez méchant. Vous êtes juste mal poli. Et je veux bien croire que vous êtes navré pour l’incident de tout à l’heure… Par ailleurs, vous dites que vous êtes maître d’arme, monsieur. Etes-vous très doué pour votre art ? Je veux dire… seriez-vous capable d’apprendre quoique ce soit à une néophyte comme… moi ? L’idée peut vous paraître stupide –moi-même je la trouve incroyable— cependant je ne veux pas savoir attaquer, mais juste me défendre. C’est important, je crois… Un jour, si vous le voulez bien, peut-être pourriez-vous m’aider à faire peur au moins à un chat avec cette dague ? »

Elle essaya de rire un peu à sa propre plaisanterie, mais en réalité elle était plus sérieuse qu’elle en avait l’air. Elle avait conscience qu’elle était moralement et intellectuellement très forte. Mais tout la menait à croire que cela ne suffisait pas. Elle ne comprenait pas pourquoi le sort s’acharnait sur elle, ni pourquoi les hommes prenaient toujours des libertés avec elle, mais voilà quelques temps qu’elle avait pris conscience qu’il était intolérable de se savoir sans défense. L’éventualité d’être attaquée l’angoisserait nettement moins si elle se savait capable de dissuader l’ennemi, au moins. Ainsi avait-elle trouvé comment redonner sa chance au jeune homme et comment en profiter elle-même. Elle ne serait pas vexée qu’il refusait d’accéder à sa demande car rien ne l’y obligeait, mais elle espéra qu’il accepterait de lui venir en aide. Elle aurait certainement une meilleure opinion de lui s’il acceptait, d’ailleurs. Les hommes se plaisent à dire qu’il est de leur devoir de protéger les femmes, mais quand il s’agit de les aider à se défendre elles-mêmes, il faut croire que leur orgueil en prend un coup car ils se montrent plus réticents.

La demoiselle tourna son regard du côté du lac. Elle se demanda si, l’un dans l’autre, sa matinée avait été bonne ou mauvaise. Une chose était sûre : elle avait fait une rencontre des plus inattendues en ces lieux idylliques. Elle n’avait certainement pas vu de fée, mais peut-être qu’il est plus réconfortant de rencontrer une personne de chair et de sang plutôt que de vagues chimères au goût d’antan…
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MessageSujet: Re: Le lac des songes.    Mer 25 Jan - 0:21

Son air de pauvre homme esseulé cherchant un peu de compagnie sembla fonctionner puisque la demoiselle descendit de sa monture et accorda un peu de son temps à Aaron. Elle attrapa la bride de son cheval et il en fit donc immédiatement de même, il aurait été bête de la laisser partir seule. Ce fut donc d’un pas lent et modéré que les deux jeunes gens commencèrent à marcher côte à côte. Si la jolie baronne paraissait lui avoir un peu pardonné elle restait pourtant muette comme une carpe. Était-ce une façon détournée de se moquer de lui ou bien autre chose de genre là ? La jeune fille semblait totalement ailleurs, elle devait être en train de réfléchir à quelque chose qu’Aaron n’aurait su comprendre. En revanche il capta son regard et releva une certaine gêne. Ses joues s’empourpraient légèrement alors qu’elle l’avait regardé du coin de l’œil. Voilà de quoi faire bomber une nouvelle fois le torse au maître d’armes qui croyait évidemment ne pas laisser indifférente sa jolie compagne. Il pensa donc tout naturellement qu’elle devait le trouver séduisant, il n’aurait alors pas de mal à se faire aimer d’elle, c’était une bonne chose à savoir. Le jeune homme eut l’air soudain très confiant et ses pas se firent comme conquérants. Qu’elle reste silencieuse si cela lui plaisait, après tout il comprenait qu’on puisse aimer le contempler, il ne prenait pas soin de son apparence pour rien.

S’il l’avait prise pour une petite peste insupportable au premier abord il reconsidérait maintenant la jeune fille qui se tenait à ses côtés. Si l’on cherchait bien elle avait son charme, plutôt mignonne oui mais un peu trop enfantine par moment. Il aimerait simplement la voir dans un autre genre de situation pour se faire une idée concrète. Sans passer directement à la couche –les femmes peuvent être plaisantes dans d’autres domaines tout de même– il se demandait bien à quoi elle pouvait ressembler dans des activités disons plus féminines. Quand elle dansait tiens par exemple, était-elle du genre jeune femme indomptable que l’on voulait s’approprier ou bien d’un genre plus réservé, jeune fille à l’allure mystérieuse que l’on souhaitait découvrir ? Aaron observa donc la courtisane d’un regard perplexe. Tout ce qu’il voyait pour le moment était cette malicieuse insolente qui avait voulu prouver ses talents de comédienne. Certes il lui avait fait peur mais elle avait quand même faillit lui faire avoir une attaque… La douce et piquante Eloïse se mit enfin à parler, brisant ce silence qui devenait un peu trop pesant pour le maître d’armes. Il n’était pas méchant mais malpoli, quelle insulte pour ce pauvre jeune homme qui s’efforçait chaque jour de renvoyer une image digne d’un prince ! Navré, navré, il l’était de moins en moins face à cette fille qui n’était pas en reste quant aux défauts à énumérer. S’il était doué ? A cette question Aaron leva fièrement son menton l’air de dire qu’il était l’un des meilleurs… toujours selon lui évidemment. Mais soudain il brisa toutes les espérances de la baronne. Il lui rit littéralement au nez, croyant naïvement que celle-ci plaisantait. Il la regarda, encore hilare mais non, son regard tout comme la suite de sa phrase lui firent entendre raison : Mademoiselle voulait apprendre à manier une arme pour se défendre, très sérieusement. Elle ne reçut en guise de réponse qu’un long et profond soupir qui en disait bien long sur les pensées du jeune homme. Il s’arrêta brusquement, ordonnant à son cheval d’en faire de même il suggéra la même recommandation à la jeune fille qu’il fixa d’un air grave. Et ce fut comme s’il allait lui annoncer la mort de quelqu’un qu’il prit la parole, froidement.

« N’avez-vous pas, comme toutes les femmes, d’autres préoccupations que celle de vous défendre ? Ce n’est pas un jeu que de manier une arme et ce n’est pas non plus comme si vous vous serviez d’une aiguille à coudre le comprenez-vous ? Et sachez, madame la baronne courtisane que la meilleure défense, c’est l’attaque. Aussi je dois vous apprendre à vous battre pour que vous puissiez riposter en cas d’attaque. Ce qui veut donc dire vous entraîner, ce qui veut dire par conséquent enseigner l’art de la guerre à une… femme. »

Conclut-il avec une légère pointe de dégoût. Eh oui il était de ces hommes qui jamais ne pourraient concevoir qu’une dame puisse se battre, que ce soit avec ces poings ou avec des armes. Lui qui chaque jour depuis son enfance s’entraînait d’arrache-pied dans l’espoir de devenir le meilleur dresseur...de lames, il avait même enseigné cette passion à d’autres mais jamais il ne pourrait le faire aussi facilement avec une femme. Il n’avait d’ailleurs jamais pensé à le faire oui, c’était inconcevable, vraiment, elle lui demandait une chose particulièrement difficile. Non pas qu’il la trouve inférieure à lui, quoi que, mais seulement que les hommes et les femmes avaient normalement des centres d’intérêts bien distincts. Oui, les hommes combattaient puis festoyaient, les femmes s’occupaient du foyer et… dansaient. Aaron haussa les épaules puis reporta son regard un tantinet récalcitrant sur celui de sa charmante mais trop imaginative compagne. Un second soupir, un léger tapotement du sol avec son pied puis il croisa les bras et fit une étrange grimace qui rassemblait à peu près toutes ses émotions contradictoires. Celles-ci disaient dans les grandes lignes : « Je veux qu’elle m’apprécie » puis « Hors de question d’accéder à son désir ! » Pauvre garçon qui se mit à tourner sur lui-même comme si par cette danse bizarroïde il allait trouver solution à ses songes. Un énième tour circulaire puis brusquement, le maître d’arme pointa son doigt en direction de la jeune fille, de la même façon qu’il l’aurait fait s’il avait une épée en main.

« Pour vous défendre des messieurs trop entreprenants ! Vous ne sortirez votre dague qu’en cas de nécessité urgente, gravissime et obligatoire ! Je vous aide à mordre, pas à dévorer… est-ce clair ? »

S’il apprenait qu’un jour cette Eloïse du Mauroi se prenait pour une folle guerrière, il l’arrêterait sûrement de ses propres mains… mains dont auparavant les ongles des doigts auraient été rongés jusqu’au sang. Le jeune homme devenu légèrement ronchon joignit ses mains comme s’il allait exécuter une quelconque prière puis s’approcha de sa –à contrecœur- future et temporaire disciple. Il hocha la tête en la regardant, elle ne sembla pas comprendre, il soupira avec désespoir et fronça les sourcils.

« Eh bien allez-y, sortez moi votre ridicule outil, histoire que vous sachiez au moins le tenir avant de rentrer chez vous. Tout à l’heure votre regard sombre était parfait, en revanche vous me menaciez comme si vous teniez un balai… merci donc de faire un léger effort cette fois-ci… très chère… restons-en à mademoiselle, si je vous appelais élève cela aurait un peu trop l’air… officiel. »

Aaron accorda à la jeune Eloïse un bref sourire qui ressembla plus à grimace qu’autre chose puis il mouvait ses mains comme s’il chassait l’air, lui intimant simplement l’ordre de s’exécuter pour qu’il lui apprenne, hélas, la base des bases.
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MessageSujet: Re: Le lac des songes.    Ven 3 Fév - 10:39

De vaguement gênée la jeune femme passa à très à l’aise et décomplexée. En fait, c’était la mine réjouie du jeune homme qui la rassurait. Celui-ci avait fièrement bombé le torse, en remarquant que la demoiselle le regardait. Elle aurait pu en mourir de honte dans l’instant s’il avait fait les gros yeux, mais son air exagérément satisfait risquait plus de déclencher l’hilarité de Lady Eloïse que ses mortifications. Pour éviter de lui rire au nez, elle regarda du côté du lac et tâcha de songer à autre chose. Il avait bien de la chance, pour vous dire la vérité, car Eloïse ne se privait que fort rarement de mettre le doigt sur les petits défauts ridicules et élans de vanité chez autrui. Ou alors, on peut aussi penser qu’elle ne voulait pas s’étendre sur le sujet davantage. Car, après tout, elle l’avait effectivement regardé d’une façon que beaucoup d’hommes pourraient apprécier. Elle parvenait à peu près à comprendre en quoi il pouvait se sentir flatté, mais elle avait horreur de faire des compliments malgré elle. Ainsi garda-t-elle le silence un moment, le regard perdu quelque part à la surface du lac aux reflets irisés. Des fragments de soleil s’y baignaient tranquillement, étincelant sur l’onde lisse comme de petites flammes liquides. Eloïse avait l’étrange envie d’en tenir une dans sa main. Ce serait comme posséder l’impossible. Quelque chose (vous appelleriez cela la plus pure logique scientifique) lui dit qu’elle ne pourrait pas s’en saisir, qu’elles s’échapperaient toujours. C’était peut-être cela, les fées ?

Elle fut arrachée à ses rêveries par le ton plein de reproches du jeune homme. Elle tourna de nouveau la tête vers lui et ouvrit de grands yeux surpris. Il est vrai qu’elle lui avait posé une question… Mais elle n’aurait pas imaginé recevoir en retour un flot de paroles comme celui dont l’aspergea le maître d’armes. Diantre ! Mais que disait-il ? Ah, « comme toutes les femmes » ! Il pourrait bien s’arrêter de parler maintenant, car en si peu de mots il lui assénait un coup fatal. Elle n’avait rien de commun avec les autres femmes. Du moins rien de commun avec les autres courtisanes (mais Eloïse ne connaissant aucune femme du peuple, elle n’avait que cette comparaison). En fait, il y avait bien une chose qu’elle partageait avec elles : l’orgueil. Et encore ! c’était de l’orgueil pour elle et de la vanité chez les autres. Lesdites courtisanes aimaient leur corps et la façon dont elles attiraient l’attention sur elles. Eloïse aimait son esprit et la façon dont l’attention était attirée vers elle. A partir de là, toute comparaison semblait une insulte. Notre demoiselle serra les dents pour laisser au jeune homme le temps de terminer son discours hautement spirituel. Comment diable voulait-il qu’elle ait d’autres préoccupations que celle de se défendre quand lui-même n’avait pas su se tenir ? Si le moindre inconnu rencontré au cours d’une simple promenade lui sautait dessus, que pouvait-elle espérer venant d’un homme un peu plus lubrique que lui ? Et les hommes étaient au fond toujours un peu lubriques. Certains savaient se retenir voilà tout… Il n’y a qu’à voir la façon dont même un Duc se comporte… Un Duc dont l’épouse n’est autre que la sœur du Roi. Mais Charles Brandon n’est pas le seul exemple, il est simplement le plus fameux à la Cour, et celui qui fait tourner le plus de têtes. Et Aaron venait de se taire, clôturant sa réplique par le mot « femme », qui semblait avoir du mal à passer ses lèvres tant il l’indisposait. Il ignorait donc qu’être une femme, c’était avoir chaque jour à s’excuser de sa propre nature ? Devoir se taire lorsque le désir d’hurler souhaitait l’emporter sur tout le reste ? Porter un masque de douceur alors que mordre aurait été plus efficace ? Que croyait-il ? Qu’il était le seul à se battre ? Bon sang, à côté d’une femme, ce maître d’armes avait l’air d’un enfant avec une épée en bois !

Eloïse demeura un moment comme sonnée. Elle était devenue pâle, mais cette fois ce n’était pas son fabuleux jeu d’actrice qui était la cause de ce teint livide. La colère. Oui, le jeune homme avait mis le doigt dessus au début de leur rencontre. La demoiselle avait quelque chose d’effarouché en elle. C’était un grave péché, mais elle le préférait à ceux de luxure et d’envie. Elle n’avait pas fière allure, tout pâlotte. En réalité, elle essayait de se calmer intérieurement. Et puis elle se demandait ce qu’était entrain de faire son compagnon. Il avait l’air d’un pantin désarticulé, dessinant des vrilles, croisant les bras, soupirant, tapant du pied. Il avait l’air bien plus perdu qu’elle ne semblait furieuse. Et puis tout à coup, il se tourna de son côté et la pointa du doigt (encore une preuve flagrante de son manque d’éducation). Ah !... Enfin ! Il avait compris. La demoiselle commençait à se demander si elle allait devoir lui faire un dessin. Oui, les « messieurs trop entreprenants », comme il disait… Elle les aurait plutôt appelés les « goujats écœurants » ou encore les « porcs immondes », mais passons. L’essentiel était qu’il voyait là où elle venait en venir. La demoiselle haussa les épaules lorsqu’il parla de « nécessité gravissime et obligatoire ». Que voulait-il qu’il lui arrive ? Que du jour où elle saurait se servir de cette dague, elle soit prise d’une folie meurtrière et tue veaux, vaches, cochons et couvée ? Voyons, ce n’est pas sérieux. Eventuellement, c’est plus à elle-même qu’elle pourrait faire du mal, mais cela ne regardait absolument pas le maître d’armes.
A A R O N – « Eh bien, allez-y, sortez-moi votre ridicule outil, histoire que vous sachiez au moins le tenir avant de rentrer chez vous… »

Eloïse eut peut-être l’air de dire : « Quoi ? Ici ?! », mais le jeune homme semblait insister. Après tout, ils étaient au milieu d’une vallée, il est vrai que personne ne les verrait, au moins. La demoiselle pensa à Nanon, sa domestique, qui pousserait les hautes cris si jamais elle savait que sa précieuse petite Eloïse guerroyait gentiment avec un inconnu, en pleine nature. Et sa mère, n’en parlons pas. Finalement, cette idée plaisait bien à notre demoiselle, qui se tourna du côté de son cheval pour sortir la dague de sa sacoche. Lorsqu’elle se retourna vers lui, le jeune homme grimaçait comme s’il avait mal au ventre, et levait ses mains vers le ciel. Elle se demanda si c’était là un protocole officiel pour tous les soldats ou si ces gestes curieux n’étaient exécutés que par cet excentrique. Elle fut tentée de l’imiter mais elle ne se voyait vraiment pas grimacer de la sorte, et elle se dit qu’après tout elle n’était pas un soldat donc elle avait l’autorisation de s’en dispenser. Elle prit un air concentré, mais celui du jeune homme (qui semblait bien malheureux à l’idée de lui apprendre quoique ce soit) la fit sourire. Elle secoua la tête et songeant que tout cela n’était peut-être que folie, mais au fond elle s’amusait beaucoup.
E L O Ï S E – « Voyons, je sais bien que cela a dû nécessiter votre vie entière, pour apprendre à manier une arme… Mais ne vous en faites pas : j’apprends vite, pour par part, ainsi je vous embêterai-je pas longtemps. »

Elle lui lançait cette petite pique sans trop de méchanceté. C’était sa façon assez étrange de dédramatiser la situation. Bon, trêve de paroles. La demoiselle prit sa petite arme mais, tout d’abord, elle ignorait comment la tenir. Contrairement à ce que semblait penser le maître d’arme, Eloïse n’avait jamais touché un balai de sa vie. Ainsi, cela aurait été déjà bien qu’elle sache tenir cet objet comme on se servait d’un balai. Que savait-elle tenir correctement ? Une plume à écrire, des couverts de table, les rennes de son cheval. Les mains d’une dame n’ont l’occasion de toucher que fort peu de choses, c’est pourquoi elles demeurent si blanches et si douces. Eloïse aimerait volontiers avoir de moins jolis ongles et plus de confiance en elle. Elle leva son regard doré vers le jeune homme. Visiblement, cette histoire la rendait perplexe.
E L O Ï S E – « Comment voulez-vous que je la tienne, au juste ? Comme ceci ? (et elle la tenait comme une bougie, la lame vers le haut). Ou comme cela ? (et là, elle la tenait la lame vers le bas, un peu plus comme un poignard, mais avec un tel air sceptique qu’elle n’effraierait certes personne). »

La deuxième solution lui paraissait meilleure, car avec la lame vers le haut, elle avait peur de tomber et de se la planter dans l’œil. Se mettre en danger soi-même alors que le but était de se défendre lui semblait paradoxal, donc, elle se contenta d’attendre les directives du maître d’armes, immobile comme une statuette de marbre, de peur de fait un faux mouvement et de tuer l’un d’eux par inadvertance.

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Aaron Lawford

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MessageSujet: Re: Le lac des songes.    Dim 5 Fév - 5:07

Visiblement la suggestion du maître d'armes quant à s'occuper à autre chose que de se défendre déplut fortement à la baronne. Ou bien était-ce ses propos peu flatteurs qu'il avait énoncé vis-à-vis des femmes ? Eh quoi, Aaron était un homme du peuple, un vrai, les femmes restaient à la maison ou bien gardaient les cochons voilà tout. Peut être pas celle-là puisque mademoiselle était d'un rang au dessus du sien, il n'empêche qu'elle restait du sexe dit faible. N'était-il point étrange d'apprendre ce genre de chose à une courtisane ? Qu'elle le comprenne aussi, ce pauvre maître d'armes. Elle était bien pâle soudain, comme si elle allait exploser. Si la colère pouvait lui permettre de se battra avec fougue après tout... Car oui, finalement il céda, ah, que ne ferait-il pas par... par quoi au juste ? Et puis pourquoi il était encore là à discuter avec cette fille, pourquoi ne pas l'avoir laissé partir ? Ah oui, monsieur le grand avide de défis en tout genre avait voulu se faire apprécier de la donzelle. N'était-elle pas assez heureuse qu'il ait dit oui ? Certes s'il ne lui apprenait rien cela ne servait pas à grande chose mais l'idée le rebutait. Bien bien, il donnerait une leçon à mademoiselle : il lui dicterait comment tenir son coutelas, elle sourirait bêtement, très fière d'elle puis rentrerait chez elle après avoir dit à son instructeur ô combien il était aimable et admirable. Voilà, c'était un plan parfait que celui-ci, il aurait gagné son pari et elle... eh bien elle serait contente. D'ailleurs il lui demanda de la ressortir, sa fameuse dague. La jeune femme le regarda d'un air si surpris que Aaron se demanda s'il avait dit une chose qui aurait pu être mal interprétée. Évidemment qu'ils allaient faire cela ici. A quoi s'attendait-elle au juste, qu'il l'invite à faire la dînette chez lui et lui offre "Comment se servir d'une arme : Volume premier.?" ? D'ailleurs hors de question de reporter l'affaire à une autre fois, c'était maintenant ou jamais auquel cas il risquait fort de revenir sur sa décision. Elle aurait beau faire des caprices monsieur était têtu, voire borné et n'en démordrait point.

Pour l'heure il était temps que la jeune Eloïse se munisse de son objet tranchant. Chose que Dieu merci (car il était pressé d'en finir) elle fit enfin. Il sembla à Aaron apercevoir sa nouvelle élève esquisser un sourire. Il en fut très heureux, elle était motivée, en voilà une bonne chose. Car oui, jamais ô grand jamais il ne serait douté un seul instant qu'elle puisse se moquer intérieurement de lui. Il est vrai qu'il était assez ridicule avec sa gestuelle on ne peut plus étrange mais elle était seule fautive pour le mettre dans cet état. Il commettait le sacrifice ultime, enseigner à une femme, elle n'avait pas l'air de s'en rendre compte, du sérieux de cette décision qu'il avait prise, rien que pour ses beaux yeux. D'ailleurs celle-ci commit l’irréparable... elle osa se moquer ouvertement de lui. Comment osait-elle ? La peste, l'ingrate ! Alors qu'il s'était au moins déchiré l'âme en deux pour lui apprendre quelques coups. Aaron était du genre très (trop) susceptible, et fort dommage pour elle il était aussi de ceux qui répondent à la plus infime provocation. Son visage se décomposa, outré qu'on se moque ainsi de tous les efforts qu'il avait fait pour parvenir à son niveau. Il lui aurait bien tranché la gorge sur le champ, rien que pour lui montrer qu'il fallait de l'expérience dans le domaine pour asséner des gestes aussi vifs et précis. Mais il n'en fit rien, hélas, il se contenta de faire la moue et de lui répondre avec dédain tout en la menaçant pour couronner le tout.

« Vous apprenez si vite que si je vous attaque à nouveau vous saurez esquiver, ayant appris de notre précédente altercation ? ...C'est bien ce qu'il me semblait. Contentez-vous de braquer votre arme sur moi, j'essaierai d'avoir l'air effrayé. »

Il lui parlait comme à une connaissance de longue date mais après tout elle l'avait provoqué. Elle était bien insolente la jeune fille, cela ne plaisait guère à notre ami qui aimait se faire respecter à défaut de se faire aduler. Quoi qu'il en soit elle s'exécuta tout de même, l'interrogeant sur la façon dont tenir son arme. Aaron grimaça de nouveau. Mais par tous les dieux que faisait-elle ? Que la lame soit en haut ou en bas, elle agissait comme si elle tenait un drapeau. Oui elle serait certainement plus douée à brandir le blason royal qu'à jouer à la guerrière mais il était tout de même là pour lui enseigner la défense que diable. Elle le fixait bêtement, incertaine de ce qu'elle faisait (et elle avait de quoi) comme si elle attendait qu'il la guide. C'était effectivement ce qu'il était censé faire mais le jeune homme qui poussa un long soupir sans s'en cacher était désespéré avant l'heure. C'était comme apprendre à quelqu'un comment danser alors que celui-ci ne savait même pas marcher. Eh bien, elle avait intérêt à apprendre vite comme elle l'avait dit car sinon ils étaient encore là jusqu'à la tombée de la nuit, et encore, c'était gentil. Quoi que, il fut un moment tenté de lui dire que sa position était absolument parfaite car comme cela il pourrait aussitôt rentrer chez lui. Mais non, il ne le fit point, Aaron était un homme de parole, certes il parlait beaucoup (un peu trop parfois) mais il tenait surtout ses engagements. Il braverait tous les dangers, avec courage il apprendrait à cette novice comment effrayer les méchants, il serait là pour aider cette âme apeurée, il était Aaron, Aaron le fier et... et il manqua de s’étouffer en la voyant s'exercer à tenir sa dague. Bien il était urgent de faire quelque chose. Pour la guider il fallait qu'il lui montre commet faire, pour lui montrer comment faire il fallait malheureusement qu'il la touche et pour qu'il la touche eh bien cela risquait d'être compliqué. Puisqu'il l'avait malencontreusement agressé (c'était un bien grand mot tout de même) elle ne risquait pas de lui faire confiance de sitôt. Mince à la fin, il fallait manier cette fille avec des pincettes tout en lui apprenant comment se battre, vraiment, c'était aussi paradoxal que ridicule. Soudain le maître d'armes leva les mains en l'air tandis qu'il s'approcha à pas feutrés de la demoiselle, l'air de dire "Je viens en paix".

« Je ne serai pas long. »

Il eut comme un doute quant à ce qu'il venait dire. Non, tout de même, il fallait avoir vraiment l'esprit tordu... Quoi qu'il en soit Aaron se plaça derrière la jeune fille. Après l'avoir longuement regardé pour lui faire comprendre qu'il n'allait pas lui sauter dessus il posa doucement sa main sur la sienne avant d'ensuite refermer sa prise de façon à l'aider à ce qu'elle empoigne fermement le pommeau de sa dague. Chose faite il étira son bras, et donc par conséquent celui d’Éloïse, d'un geste vif, comme s'ils venaient tout deux de transpercer quelqu'un.

« La lame ne doit être maintenue ni trop haut ni trop bas. Il faut un juste milieu. La meilleure défense c'est la l'attaque. Aussi pensez toujours à viser le cœur. Si vous le touchez votre adversaire mourra certainement. Mais n'ayez crainte, de toute façon vous le raterez. »

Dit-il avec une certaine gravité, ayant retrouvé tout son sérieux d'instructeur malgré ses dires sarcastiques. Il la relâcha aussitôt, pressé de défaire ce contact. Contact qui ne le dérangeait pas avec des élèves disons normaux mais il ne fallait pas oublier qu'elle restait avant tout une femme et vous en conviendrez tout rapprochement comme celui-ci peut souvent porter à confusion. Toujours est il qu'elle était pour le moment sa disciple aussi ne pouvait-elle lui tenir rigueur d'avoir fait cela. Aaron se remit devant elle et croisa les bras tout en relevant légèrement le menton. Moment tant attendu, voyons si mademoiselle était aussi douée qu'elle le prétendait.

« Refaite maintenant la même chose, montrez-moi tout votre talent, Votre Altesse. Oh et pensez à changer de regard, vous semblez si peu sûre de vous que le même chat que vous aviez voulu effrayer vous attaquerait. Pensez donc à la personne que vous aimez le moins sur cette terre et que aimeriez poignarder sur le champ.»

Espérons qu'elle ne pense pas à lui auquel son envie d'être appréciable à ses yeux tombait à l'eau. Aaron la regarda comme s'il était ennuyé, il fit semblant de bâiller comme pour montrer qu'elle était extrêmement lente. C'était sa façon à lui de la provoquer en douceur, même si c'était absolument puéril, il avait besoin de l'irriter à son tour.
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MessageSujet: Re: Le lac des songes.    Dim 5 Fév - 14:02

Eloïse ne s’était jamais vraiment demandé quelle était son opinion au sujet de la position des femmes par rapport aux hommes. Ce n’était pas dans l’air du temps que de songer à de telles choses, que voulez-vous ? En d’autres temps, peut-être aurait-elle été féministe, mais pour l’heure, cela aurait semblé fort anachronique. Elle ne trouvait pas révoltant qu’une femme demeure à la maison, tout simplement parce qu’elle n’avait jamais eu matière à croire que c’était fort pénible. Si les hommes exigeaient de leurs épouses qu’elles abattent un travail de titan pendant qu’eux seraient oisifs, là, elle trouverait cela fort anormal. Elle était pour une répartition des tâches entre homme et femme parce que cela avait quelque chose de pratique, voilà tout. En revanche (et c’est là que notre demoiselle se différenciait de bien des autres femmes de l’époque) elle raisonnait volontiers en terme d’individus et de liberté. Voilà qui était plus dans l’air du temps ! Avec tous ces humanistes courant les rues… Ainsi, elle ne voyait pas pour quelle raison saugrenue une femme ne pourrait pas apprendre à manier les armes, si cela lui faisait plaisir, de la même manière qu’elle ne trouverait rien de choquant à voir un homme se mettre à la broderie, s’il en avait le goût. Ce qu’elle n’appréciait pas, c’était que l’on fasse deux grandes catégories distinctes : « toutes les femmes doivent faire ceci » et « tous les hommes ont le droit de faire cela ». Comme si toutes les femmes avaient le même esprit, les mêmes goûts, les mêmes envies. Comme si tous les hommes avaient les mêmes aptitudes, les mêmes désirs, les mêmes aspirations. Elle voulait croire que chacun était unique. Et faire de telles classifications entravait les libertés de chacun.

Mais trêve de bavardages. Notre Eloïse venait de s’apercevoir que le monsieur prenait fort mal sa petite pique. Il avait l’air vexé. Jamais elle n’avait croisé homme si susceptible ! Mais il faut dire que les courtisans ont l’habitude des joutes verbales. Ils ne se mettent pas en colère pour le moindre petit mot prononcé d’un ton narquois. La demoiselle songea qu’il fallait qu’elle réfléchisse davantage avant de s’adresser au maître d’armes. Visiblement, il ne comprenait pas ce genre de plaisanterie, et cet être au sang chaud risquait fort de l’étrangler si elle continuait sur cette lancée. Mais après tout c’était normal que les différentes strates de la hiérarchie n’aient pas le même humour. Elle pouvait le comprendre, et se garderait à l’avenir de picorer l’amour propre du jeune homme (du moins si elle parvenait à s’en empêcher). Mais elle, elle était bonne joueuse, et son « j’essaierai d’avoir l’air effrayé » prononcé d’un ton sarcastique ne vexa pas la demoiselle. Elle trouva cela drôle, mais elle avait peur d’en rire, car peut-être croirait-il qu’elle continuait à se moquer de lui. Donc, elle prit l’air sage et modeste dont elle se parait lorsqu’elle était au Couvent, et qu’une sœur la réprimandait. Elle avait beau vouloir lui répondre qu’elle était stupide, qu’elle manquait d’esprit et d’éducation, elle ne répondait rien à la dame en noir, car à quoi bon prouver sa supériorité d’esprit sur une si faible créature ? Elle ne saurait pas même en apprécier la démonstration.

Le jeune homme semblait désespéré. Elle ne s’en fâchait point. Elle ne pouvait comprendre l’effort qu’il faisait pour lui apprendre la base de son art, mais elle lui était reconnaissante de s’armer de patience avec elle. Mais il semblait vouloir lui montrer comment faire. Elle fit mine de lui donner sa dague, mais, visiblement, ce n’était pas la façon dont il avait l’intention de procéder. Il vint lentement dans sa direction, comme un berger qui craint d’effrayer le plus jeune de ses agneaux par un geste trop brusque. Elle ne bougea pas. Il dit que cela ne lui prendrait pas trop de temps. Elle l’espérait car elle retenait sa respiration et elle avait peur de suffoquer si cela devait être long. Il vint se placer derrière elle. Elle ne put s’empêcher de le suivre du regard, mais il semblait vouloir lui dire qu’il n’allait pas lui faire de mal. Ainsi regarda-t-elle de nouveau devant elle, légèrement rassurée. Avec précaution, il posa sa main sur la sienne, et lui fit serrer plus fort le pommeau de son arme. La seule chose qui lui vint à l’esprit fut une constatation des plus sommaires, à savoir qu’il avait les mains chaudes, et cette idée sans grand intérêt lui fit songer que c’était peut-être elle qui avait froid. Vous devez vous demander pour quelle raison étrange elle pensait à de telles choses en un moment pareil ; Elle tâchait toujours de penser à des choses sans grandes valeur, lorsqu’elle était mal à l’aise, et de focaliser son esprit dessus de sorte à garder une apparence extérieure de concentration et de sérénité relative. Le jeune homme, d’un mouvement vif, lui fit fendre l’air avant qu’elle n’ait le temps de comprendre ce qu’il allait faire. Mais elle pensait avoir compris le geste. Il suffisait d’un coup sec et bien placé, semblait-il. Et puis il fallait tenir fermement cette arme (elle en avait presque mal aux doigts, à vrai dire). Cela n’avait rien de compliqué. Mais c’était bouleversant.

Le maître d’armes s’éloigna prestement. Il se mit devant elle et lui demanda de refaire le geste toute seule. Il lui donna de brefs conseils, que notre néophyte n’imprima que trop bien. Penser à la personne qu’on aime le moins au monde. Eloïse pensa à l’homme qu’elle aimait le plus sur terre. Cela revenait absolument au même. Elle le haïssait du plus profond de son être, elle lui voulait du mal. Elle aimerait qu’il souffre à cause d’elle autant qu’elle avait souffert à cause de lui. Mais en même temps, son amour pour lui la terrassait toujours, c’était presque de l’idolâtrie. Elle savait qu’elle lui appartenait, corps et âme, et pour cela, elle voulait se venger. Pauvre Vicomte ! La voici armée face à vous, que dites-vous de cela ? Elle n’est plus sans défense, et si elle pouvait enduire cette lame d’un venin mortel, elle n’hésiterait pas. Un voile semblait s’être posé sur le regard d’Eloïse. Elle ne voyait plus le maître d’armes. Elle voyait Alexandre. Et elle était folle de rage. Elle voulait lui déchiqueter le cœur avec ses ongles. Au lieu de cela, elle visa correctement, contrairement à ce que monsieur Lawford avait promis. Il ne devait pas se douter de ce dont est capable une créature désespérée. Elle entendit la lame transpercer l’air, le son était comme amplifié, il l’assourdissait. L’objet scintillant alla se loger dans la poitrine de son amour. Les beaux yeux noirs du Vicomte se ternirent instantanément. La vie s’éteint comme on souffle une bougie. Il y avait du sang partout, la robe de la jeune femme était écarlate et gluante. Et au lieu de se sentir mieux, elle se sentit vide. Son âme fanée avait perdu tous ses pétales en un instant. Elle était morte avec lui.

Eloïse avait à peine porté le coup fatal qu’elle lâcha immédiatement la dague, avec un geste de dégoût. Elle regardait par terre un corps qu’elle seule pouvait voir, tandis que le sien était pris de soubresauts. Elle imaginait le Vicomte dans une mare de sang noirâtre. Elle n’avait plus conscience de la réalité. Elle pleurait sans s’en apercevoir, en silence. La tête lui tournait. Qu’avait-elle fait ? L’irréparable, vraiment ? Elle deviendrait folle et se donnerait la mort à son tour, si cela était bien vrai. Il lui fallut un moment pour se rendre compte que sa dague à la lame immaculée était à ses pieds et non plantée dans le corps de son ami. Quand elle revint à elle, elle était convaincue d’être folle et moralement criminelle. Elle tourna la tête vers le seul homme présent dans cette vallée. Elle reprenait des couleurs mais les spasmes ne passaient pas.
E L O Ï S E – « C’est… affreux. C’était une très mauvaise idée. Vous aviez sans doute raison… Je vous remercie, enfin je suis désolée. Je voudrais… Je veux rentrer chez moi. Je laisse cette chose ici. »

Elle avait fait un vague mouvement pour désigner la dague, sans la regarder. Non, elle n’allait pas y toucher. Cette seule pensée lui donnait des haut-le-cœur. Elle devait avoir l’air bien torturée. Tout tournait autour d’elle. Elle voulut remonter sur son cheval, mais arrivée devant le destrier, elle s’aperçut que sa selle d’amazone avait disparue. Il lui fallut quelques secondes pour s’apercevoir que ceci n’était pas son cheval mais celui du jeune homme. Son existence était dramatique. La mener la fatiguait. A chaque fois qu’elle voulait aller de l’avant, tout la tirait toujours en arrière. Elle poussa un soupire de lassitude et récupéra les rennes de sa propre monture. Non, vraiment, tout cela était grotesque.
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Aaron Lawford

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MessageSujet: Re: Le lac des songes.    Lun 6 Fév - 3:25

Après lui avoir montré comment asséner un coup perforant Aaron demanda à la jeune fille de reproduire ce geste sans son aide. Sans avoir idée des conséquences que ce conseil empoisonné allait engendrer, il avait suggéré à la novice de penser à l'être qu'elle détestait le plus sur cette terre. Devait être bien triste l'homme ou la femme à qui un tel regard était dédié. Elle avait changé de visage en instant, l'espace d'une seconde et il ne la reconnaissait plus malgré leur toute récente rencontre. Il s'était moqué d'elle un peu plus tôt, lui disant qu'il ferait semblant d'être effrayé mais cette fois en revanche il n'avait pas vraiment besoin de jouer la comédie. Elle était bien sombre tout à coup, la douce Éloïse qu'il croyait candide. Le maître d'armes était curieux de savoir qui pouvait bien se cacher derrière cet inconnu haït par la jeune fille. Mais avant tout il était bien peiné pour cette personne car la baronne semblait vraiment lui vouer un malheur sans fin. Il n'était pas le plus malin des hommes mais il était observateur et malgré tout il était bien difficile de ne pas s'apercevoir de cette rage qui rongeait peu à peu la frêle demoiselle. Lui-même n'avait jamais eu des yeux si ténébreux. D'ailleurs avait-il un jour détesté quelqu'un ? Oui il avait bien eu de la colère pour certaines personnes, en particulier ses rivaux tout aussi orgueilleux que lui mais de là à désirer la mort d'un homme en dehors d'un contexte de duel, jamais. Il n'était pas un méchant homme dans le fond, juste un peu trop sensible aux provocations d'autrui mais jamais au point de ressentir de la haine profonde. Car la jeune fille au regard obscur était même plus que haineuse. Comment une femme à l'apparence si angélique avait pu en arriver là ?

La créature céleste tomba d'ailleurs en enfer, elle eut le diable au corps, le temps d'un battement de cils. Elle poignarda le vent, d'un coup si sublimement porté que le maître d'arme douta soudain quant au fait qu'elle soit une novice en la matière. Ou bien apprenait-elle seulement très rapidement, comme elle le lui avait dit avec une pointe de mépris. Toujours est il qu'elle venait de toucher en plein cœur son ennemi invisible, s'il avait été là à ce moment il serait mort sur le champ, Aaron en était persuadé. La baronne lâcha sa dague sur le champ, celle-ci se planta dans le sol, transperçant une nouvelle fois l'obstacle qui lui faisait face. Il l'aurait bien félicité, il était même prêt à applaudir celle qu'il avait traité plus tôt d'ingrate par la pensée. Et pourtant, elle parut si décontenancée dès lors, un trouble indescriptible l'envahissait, comme si quelque chose de très grave venait de se passer. Avait-elle seulement conscience qu'elle n'avait pas attaqué une cible réelle ? Probablement pas car elle réagissait comme si elle venait d'assassiner sa première victime, et la première fois est souvent très difficile, il ne le savait que trop bien. Voilà qu'elle se mettait à pleurer, figée sur place, le regard définitivement noirci par un mal qu'il ne comprenait pas. Pourquoi avait-elle une telle réaction, avait-il encore fait quelque chose de mal à ses yeux ou s'était-elle seulement mis en tête qu'elle avait tué une vraie personne ? Oh il était attristé pour elle, le maître d'armes qui ne savait quoi faire. Il n'osait venir la réconforter et se maudissait pourtant de ne pas essayer de le faire. Mais qui était-il au fond pour s'accorder ce mérite, pouvait-il seulement faire disparaître la cascade de larmes qui s'écoulait en torrent sur le pâle visage de la jeune femme ? Oui Aaron restait interdit face à cet étrange spectacle dont il était hélas incapable de saisir l'histoire. Il ne fut apte à de dire qu'une seule chose, cette même phrase que l'on utilise dans ces circonstances malgré son inutilité flagrante.

«  C'est fini. »

C'était dit, allait-elle sortir de sa torpeur pour autant, pensait-il vraiment que ses mots pourraient la réconforter, l'idiot ? Que ce soit grâce à ses paroles ou non, la livide jeune femme sembla peu à peu retrouver une part de ses moyens. C'est affreux lui dit-elle avant de lui donner raison quant à la mauvaise idée que c'était de lui enseigner ce genre de chose. Il aurait pu aisément se moquer d'elle, prouver une nouvelle fois qu'il avait raison, comme à chaque fois. Mais il n'en fit rien, évidemment, cela serait criminel de dire à cette fille qu'elle venait de se ridiculiser à pleurer pour un rien. Ce serait de la pure méchanceté, gratuite de surcroît. Elle l'avait un moment agacé, pour l'heure elle le touchait, elle le peinait. Il voulait faire quelque chose pour lui venir en aide, il voulait savoir comment aider cet être visiblement torturé, mais que faire ? Aaron se sentit soudain bien inutile, lui qui se vantait chaque jour d'être le plus fort des hommes, n'ayant encore jamais perdu de duel, il était pourtant bien faible face aux douleurs de l'âme. Avait-il seulement réellement souffert un jour ? Il ne portait peut être pas de titre, on ne l'appelait pas duc ou compte, on ne le respectait pas pour son rang mais en tous les cas il était né dans une famille aimante. Jamais il n'avait manqué de rien, il avait été constamment baigné dans l'amour de ses géniteurs dont il était la fierté et ses seules blessures avaient été physiques. L'amour, ah l'amour, jamais il ne se serait douter qu'une peine de cœur en soit la cause. Il n'avait de toute façon aucune expérience dans le domaine malgré ses nombreuses amantes, jamais il ne s'était attaché à une seule d'entre elles. Sûrement pas prêt fonder une famille, il ne cherchait nullement une épouse, préférant se consacrer à son métier qui le comblait pleinement. 

Mais voilà, peut être aurait-il du s'intéresser d'un peu plus près aux méandres du cœur humain, organe qu'il considérait vital uniquement pour son rôle, jamais pour ses émotions. Au final il appartenait peut être à la catégorie des insensibles, incapable de ressentir une quelconque émotion digne de ce nom. Il était bien vide en définitive, ce garçon. Quelle existence futile il menait là depuis vingt-six années. Il lui avait fallu voir une fragile jeune femme se vider de ses larmes pour s'en rendre compte. Cette même fille qu'il avait brutalisé sans le vouloir, s'il avait su qu'elle souffrait autant, jamais il ne l'aurait embêté de la sorte. Pauvre petite baronne, elle semblait bien loin de sa joyeuse cour à cet instant. Diable, dans quel état l'avait-il mise ? Aaron avait voulu briller aux yeux de la jolie fleur par simple défi, il se demandait maintenant comment lui faire recouvrir le sourire, elle à qui il semblait causer bien du soucis sans le vouloir. Quelle ironie, il aurait définitivement gâché la journée de cette pauvre courtisane qui n'avait probablement jamais désiré une telle chose. Hélas il ne pouvait revenir en arrière auquel cas il l'aurait fait, il aurait annulé cette rencontre hasardeuse pour le bien de la frêle enfant. A présent il se fichait bien que Dieu lui pardonne, il aurait seulement aimé que celui-ci puisse aider sa compagne d'une quelconque manière puisqu'il en était pour sa part incapable. Monsieur le fier guerrier avait perdu de son éclat, il était devenu presque aussi absent que la jeune femme qui se dirigeait vers le mauvais cheval. La laisser partir était probablement le meilleure chose à faire pourtant il se maudissait de ne pas pouvoir lui venir en aide. Ne pouvait-il pas lui être utile, rien qu'un peu ? La chaleur humaine a toujours été un bon remède non ? Si elle ne désirait pas sa présence qu'elle le repousse, il lui fallait essayer car autrement il s'en voudrait fortement, peut être qu'elle-même lui en voudrait de n'avoir rien tenté. Le maître d'armes se dirigea auprès de sa disciple de courte durée, il posa doucement une main sur son épaule tandis que de l'autre il vint lui ôter une dernière larme qui glissait tristement le long de sa joue.

«Êtes-vous en état de rentrer ? Votre peine m'est inconnue, mais j'en suis en tous les cas responsable. Je ne vous demande pas de vous confier, je suis un piètre consolateur. Néanmoins je vous suggère de vous reposer un moment ici pour vous remettre de vos émotions. Si ma présence nuit à votre calme ou qu'elle est seulement indésirable je peux quant à moi vous laisser si vous le voulez. Si en revanche je peux vous être d'une quelconque aide dites-le moi même si j'en doute fort... Quoi qu'il en soit prenez un peu de temps avant de reprendre la route, ce serait mieux ainsi. »

Aaron esquissa un infime sourire en conclusion. Oui il était bien misérable quand il s'agissait de réconforter un cœur meurtri mais au moins il aurait essayé par quelques futiles paroles. Il observa avec attention la jeune femme. Un geste de sa part et il s'en irait sur le champ, un geste de sa part et il l'accueillerait au creux de ses bras si cela pouvait lui insuffler un peu de chaleur.
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Eloïse du Mauroi


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MessageSujet: Re: Le lac des songes.    Mer 8 Fév - 1:50

Tout en cherchant son cheval d’un regard égaré, notre baronne ne pouvait s’empêcher de frotter ses mains sur un pan de sa robe. Elle avait l’impression que la sang du Vicomte était entrain de coaguler entre ses doigts. Elle se sentait l’âme coupable et le cœur meurtri. Pour un peu, elle irait demander audience auprès du Roi, et n’hésiterait pas à lui avouer son crime. Mais que ferait sa gracieuse Majesté d’un cadavre imaginaire ? Au pire, on la prendrait pour une pauvre folle. Et les folles n’encourent pas la peine capitale. On ne la délivrerait donc pas d’une existence trop pesante pour ses frêles épaules. Quel espoir lui restait-il ? Son père la condamnait au célibat en l’empêchant d’aimer qui bon lui semble. Le Vicomte la vouait à la tourmente. Se tourner vers Dieu ? Plutôt mourir que d’entrer dans un couvent, en tout cas ! Là-bas, on parlait à longueur de temps du Jardin d’Eden et on vous faisait vivre un Enfer. Et puis elle ne voulait pas appartenir à Dieu comme les religieux l’entendaient. Elle ne voulait pas pratiquer la macération à moitié nue au fond d’une cave miteuse, sous prétexte qu’elle était une pécheresse et qu’une mère supérieure supposait que le Tout Puissant aime voir souffrir sa Créature. Eloïse frissonna à cette idée. Les croyants étaient parfois étranges. De vulgaires adorateurs sans cervelle. Dieu ne pouvait vouloir cela. Et s’il exigeait d’Eloïse qu’elle endure tant de peines, ce n’était certainement pas pour la pousser à prendre le voile. Peut-être voulait-il simplement l’éprouver ? Qui sait…

La voix du jeune homme la ramena lentement sur terre. Sa voix était d’abord lointaine. L’inflexion indéchiffrable. Et puis les sons se précisèrent, éveillant l’esprit brumeux de la jeune femme. Le simple fait de bouger la tête déclenchait une migraine affreuse. Elle le chercha du regard cependant. Ses yeux la brûlaient. Elle sentait que ses longs cils étaient encore humides et que deux sillons liquides s’étaient dessinés sur ses joues. Le froid la dévorait littéralement. Elle ne se souvenait plus de ce qu’elle avait fait de sa cape. Elle se sentait exténuée et vide. Quel effort surhumain ne fit-elle pas pour comprendre un traitre mot de ce que lui disait le jeune homme ! Elle pensait avoir saisi l’essentiel : il était triste pour elle et lui conseillait de se reposer avant de repartir. Nul repos pour les cœurs affligés ! Où voulait-il qu’elle en trouve ? Son âme désertique était maintenant plus aride que jamais. Quel havre pouvait-elle espérer, dans cette froide nature environnante ? Très lentement, elle jetait des regards circulaires aux alentours, faisant mine de chercher quelque chose de réconfortant dans ce calme paysage hivernal. Oh, certes, toute personne normalement constituée aurait eu besoin d’une étreinte, de chaleur humaine, dans un moment pareil. Eloïse ne se souvenait pas de la dernière fois où quelqu’un avait eu un geste tendre à son égard. Sa mère était une femme très douce, mais elle considérait que l’élégance se trouvait en grande partie dans les distances que l’on savait mettre entre soi-même et autrui. Peut-être la demoiselle avait-elle pris trop au pied de la lettre les enseignements de la dame ? Elle n’avait pas même un petit animal de compagnie, comme ceux que s’offrait la plupart des dames de la Cour. En y réfléchissant, un chiot lui plairait assez. Mais un animal si affectueux serait très certainement malheureux avec une demoiselle aussi triste qu’elle. Quoiqu’il en soit, fort peu habituée au contact humain, elle tressaillit en sentant la main du jeune homme sur son visage. Elle se disait toujours que tout le monde lui voulait du mal. Tout cela l’amenait à la paranoïa, me direz-vous, mais veuillez avouer qu’ayant été trahie et blessée par un ami d’enfance, la jeune femme avait des circonstances atténuantes. Le maître d’arme, loin de vouloir l’attaquer, se contentait d’essuyer les dernières larmes qui perlaient au coin de ses yeux. Elle avait sur les lèvres le goût salé de ses pleurs, et pourtant elle n’avait pas souvenir d’avoir versé des larmes. Cependant, elle était toujours prise de violents tremblements involontaires, et elle devinait qu’elle devait avoir l’air éperdu des gens fiévreux. Car elle sentait bien qu’elle était brûlante, même s’il lui semblait n’avoir jamais eu aussi froid de toute son existence.

Doucement, elle posa sa main sur celle avec laquelle le jeune homme lui caressait le visage, et ferma dessus ses doigts glacés, pour la retirer de sa joue. Elle ne voulait pas vraiment le repousser, mais ce contact la perturbait beaucoup. Il lui fallut du temps avant de pouvoir prendre la parole. Il lui semblait que le vent, à chaque bourrasque, lui assénait des coups mortels. Pourtant, elle se souvenait que la journée était belle, pour cette saison. Mais soudain tout lui paraissait lugubre et stérile. Lorsqu’elle parla, le son qu’elle émit ressemblait à un miaulement à peine audible. Elle avait la gorge sèche et les idées peu claires. Mais elle levait sur le jeune homme un regard de supplication et d’incompréhension flagrants.
E L O Ï S E – « Comment faites-vous ?... Comment restez-vous debout après avoir mis à terre un adversaire ? Comment vivez-vous en ayant tué ? Car vous avez dû tuer des gens, n’est-ce pas ? Je ne… J’ai l’impression de m’être planté cette lame en plein cœur. Je ne comprends pas ce que je fais encore ici. »

Elle respirait avec difficulté, elle ne semblait pas avoir toute sa tête, et pourtant, il était évident qu’elle attendait des réponses à ces questions. Elle se sentait morte, et constatait qu’elle faisait toujours partie du monde des vivants. Elle voulait savoir comment tout cela était possible. Elle baissait le nez vers sa poitrine, et était plus surprise de constater que sa robe était immaculée qu’elle ne l’aurait été en y trouvant sa dague et une trainée ensanglantée. A présent, elle vacillait, ses jambes ne la portant plus. Elle tomba dans l’herbe plus qu’elle ne s’y assit et sembla en proie à de douloureuses réflexion. Elle était effectivement incapable de se hisser sur son cheval. Encore moins de rentrer à Whitehall. Elle tournait la tête du côté où le Vicomte lui était apparu, et elle semblait attendre qu’il revienne, livide, et qu’il l’emporte avec elle. Il la tiendrait dans ses bras et l’emmènerait vers un ailleurs inconnu. Le sens étymologique d’« utopia » est nulle part, le saviez-vous, petit lecteur ? Elle voulait être nulle part avec lui. Et tout serait absolument parfait. Utopique.

Au bout d’un moment assez long durant lequel elle n’avait cessé de scruter le vide, elle poussa un nouveau soupire à fendre l’âme. Il ne viendrait pas. Elle le saurait s’il avait jamais été capable de prendre position. Ses yeux lui disaient parfois « je vous désire », mais jamais elle n’avait vu ses lèvres former le moindre mot allant dans ce sens. Il n’avait visiblement jamais eu l’idée de s’enfuir avec elle, de laisser le monde faire ce que bon lui semble et d’en créer un autre rien que pour eux. Eloïse réalisait qu’en fin de compte elle passait sa vie à attendre des déceptions qui se faisaient de plus en plus cruelles. Elle leva finalement les yeux vers monsieur Lawford. Non, elle n’allait pas se confier à lui. Ce n’était pas qu’elle ne lui faisait pas confiance, mais plutôt qu’elle avait horreur d’épancher son cœur ailleurs que sur du papier. Elle ne voulait pas qu’on la prenne en pitié. Elle voulait que la vérité émane de ses pensées couchées sur papier. Que le sens de sa vie terrestre s’éclaire et lui apparaisse un jour limpide, somme toute. Et puis, il devait déjà la prendre pour un être pitoyable. Elle ne voulait pas ajouter au tableau des jérémiades et des envolées lyriques.
E L O Ï S E – « Ne me laissez pas toute seule… »

Un murmure à bout de souffle se perdit dans le vent. Elle avait l’air d’avoir adressé cette demande au jeune homme, mais il aurait été difficile d’en être certain. Elle se demandait si le jeune homme pouvait deviner ce qu’elle éprouvait. Mais elle secouait tristement la tête en songeant qu’il était peu probable que son meilleur ami l’ait à moitié assassiné et qu’ensuite, le laissant pour mort, il l’abandonne à un lent trépas. Et il est peu probable qu’un homme de bon sens (l’était-il vraiment, ce gentil fou qui avait fait le tour du lac à la recherche de brindilles ?) se plaise à aimer éperdument son bourreau. La jeune femme avait ramené ses genoux contre sa poitrine, et les avait entourés de ses bras, dans une position frigorifiée de repli stratégique. Peut-être valait-il mieux qu’il la laisse là ? Mourir de froid était peut-être un sort plus enviable que celui de trépasser par lapidation amicale, après tout.


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MessageSujet: Re: Le lac des songes.    Mer 8 Fév - 20:51

C'était à prévoir, d'ailleurs Aaron s'en était douté, que la jeune femme le repousserait. Comme d'un geste désespéré elle accrocha sa main glaciale à la sienne et l'envoya chercher contact ailleurs. En réponse le maître d'armes haussa les épaules. Tant pis, il avait voulu la soutenir ne serait-ce que le temps que son chagrin passe. Maintenant si elle refusait quelconque aide il n'allait pas la forcer. Même si parfois des personnes ont besoin qu'on les pousse un peu, il ne se sentait pas capable de bousculer une nouvelle fois la demoiselle qu'il avait déjà effrayé, que ce soit pour des bonnes raisons ou non. Déjà son regard se porta sur son cheval qu'il songeait monter dans les secondes à venir afin de rentrer chez lui et d'en finir avec ce tête-à-tête des plus étranges. Mais ce fut à ce moment là qu'enfin la baronne ouvrit la bouche pour prendre la parole d'une bien faible voix. Comment faisait-il, lui qu'elle supposait avoir tué maintes fois. Toutes les premières fois sont sanguinaires et celle d'avoir tué n'avait évidemment pas échappé à la règle. Oui pour ce baptême du sang il avait eu beaucoup de mal, un malaise s'était emparé de lui. Jamais il ne se serait douté que mourir pouvait être aussi long. Pourtant on lui avait de regarder, de savourer sa victoire, que c'était là chose normale que de voir un adversaire vaincu baigner dans du liquide rougeâtre. Au fil du temps il ne voyait plus des morts mais des victoires. Pourrait-elle seulement comprendre cela s'il lui répondait, à cette innocente jeune fille qui arrivait à culpabiliser pour un crime irréel ? Il doutait d'ailleurs fort que cela la console en quoi que ce soit et puis il n'avait aucun conseil à lui donner au final. Mais après tout si le fait de parler pouvait l'empêcher de dépérir sur place, pourquoi pas.

« Nous ne sommes pas du même monde. Depuis ma naissance ou presque je m'entraîne dans le but de mettre mes adversaires à terre. Lorsque l'on se dit chevalier, guerrier ou peu importe le terme, on s'engage donc à mettre sa vie en jeu à chaque duel. Nous sommes à armes égales, le meilleur gagne et le faible perd, voilà tout. Je suis un combattant, pas un assassin. Commettre un crime est une toute autre affaire, une chose impardonnable. En cas de défense c'est encore autre chose, vous n'avez pas à vous maudire d'avoir tué un homme qui voulait s'en prendre à vous. Ce serait comme tuer le meurtrier, pure justice. Quoi qu'il en soit vous comprenez peut être maintenant pourquoi j'étais réticent quant à vous apprendre à jouer avec une dague. Il faut être solide, les femmes sont trop sensibles. »

Peu probable que son discours plaise à la courtisane mais il ne voyait pas l'intérêt de mentir. Il était né pour ressentir cette adrénaline, il aimait combattre, cette sensation que la vie pouvait lui être reprise à chaque instant, cette sorte de transe dans laquelle il entrait à chaque duel, prouver chaque jour et sans relâche qu'il était le meilleur, il aimait tout cet ensemble jusqu'à en faire son propre métier. Si un jour la guerre venait à éclater il combattrait d'abord pour l'amour de son art, viendrait après celui pour son Roi. Mais cela, il ne dirait probablement jamais du moins s'il voulait garder sa tête. Non il est vrai, jamais il n'avait douté lors de tuer mais cela faisait-il de lui un monstre sans pitié pour autant ? Il se voyait plutôt comme un épéiste imprenable. On l'avait souvent provoqué, il fallait donc s'attendre à être vaincu en retour, c'était là la base d'un duel. Se faire épargner était une honte dans son monde, cela signifiait que l'on était même pas digne de se faire ôter la vie par une lame tellement l'on était inférieur. Lui-même préférerait être achevé par un rival qu'être vaincu et avoir la vie saine et sauve. Mais tout cela devait être difficile à comprendre pour elle, parce qu'elle était une femme, entre autres. Ladite femme s’effondra soudain à terre, comme si les ficelles célestes qui la maintenaient debout venaient d'être coupées. Aaron posa son regard songeur sur celle qui devait une nouvelle fois se torturer l'esprit sur un sujet qui lui restait encore inconnu. N'était-ce pas comme s'il la regardait mourir sous ses yeux ? Elle avait raison, il avait l’impression qu'elle s'était poignardée seule, qu'une hémorragie s'était déclenchée et qu'elle déclinait peu à peu, sous ses yeux. Peut être ressentait-elle la même chose mais non d'une douleur physique. Oh non il n'essayait pas de la comprendre, voilà un moment qu'il n'essayait plus. Comme il l'avait dit, ces deux-là étaient d'un monde bien différent. S'il vivait dans ce que certains pouvaient appeler un monde de brute, celui de la courtisane devait être cent fois pire. Les rumeurs couraient, même chez les gens du petit peuple et il s'en disait des choses sur la vie de là-bas, à la cour. Chez lui on se battait face à face, à armes égales. A la cour c'était une toute autre histoire, c'était une marre de piranhas et chacun attendait le moment propice pour poignarder dans le dos son ennemi. Oui il ferait tout pour rencontrer le Roi et lui prouver sa bravoure, en revanche il accepterait difficilement de vivre à ses côtés.

De toute façon rien de tel ne lui avait été proposé et quant à savoir si ces racontars étaient vrais ou faux, il préférait s'en passer. Il valait mieux laisser cette fille à son drôle d'univers et rentrer pour sa part dans le sien. Le maître d'armes fit quelques pas en direction de la tourmentée, leva une main dans sa direction, comme s'il allait la poser sur son épaule mais il se ravisa aussitôt. Après tout elle allait encore le repousser, il aurait essayé de l'aider, elle n'avait pas accepté, fin de leur histoire même si c'était dommage. Aaron fit donc volte-face et s'apprêta à remonter en selle. Parler de combats lui avait rappelé combien son cœur était fermé, au fond. Même s'il avait l'habitude d'aider les âmes en détresse, celle-ci semblait férocement amochée et il n'était certainement pas l'homme de la situation cette fois-ci. Mais elle lui parla de nouveau, de sa bouche s'échappa un souffle désespéré, un murmure à peine audible qui parvint pourtant jusqu'à ses oreilles. Lui parlait-elle seulement ? Il n'était pas si étrange de douter, elle avait perdu ses moyens, peut être même un bout de sa raison. Et quoi, l'ignorer ? Certainement pas. Aussi il fit encore demi tour, mais cette fois il ne se laisserait pas repousser. C'était un entraîneur, un homme d'action, il l'aiderait donc à se relever, qu'elle le veuille ou non. Quoi qu'on en dise il est parfois plus facile de se laisser mourir peu à peu plutôt que de se donner à corps et âme pour s'en sortir. C'était peut être le cas de la jolie jeune fille. Ainsi il ne la laisserait pas seule, selon sa presque supplication, elle regretterait peut être sa demande par la suite. Première chose à faire, la couvrir sûrement, elle grelottait ou tremblait d'antre chose en tous les cas elle semblait avoir drôlement froid. Pressé, il ne prit pas le temps de chercher à tout va la cape de la jeune femme, il préféra ôter la sienne avant de la déposer sur le dos de la frigorifiée. Aaron s'accroupit dans son dos et sans lui demander son avis il l'étreignit, l'enlaçant de ses grands bras sans crier gare.

« Ne vous méprenez pas, ce n'est pas une embrassade amicale, vous êtes simplement gelée. Un peu de chaleur humaine ne vous fera pas de mal, à votre corps et à votre cœur. Je ne vous laisserai pas seule mais je ne compte pas vous accompagner dans votre souffrance. Vous accepterez la main que je vous tends et vous vous relèverez. »

Elle ne voulait pas être seule, il était juste là, bien déterminé à lui redonner goût à la vie qu'elle semblait délaisser pour son monde parallèle et inventé. Voilà encore un étrange défi qu'il avait là et cela allait être difficile, pour lui mais surtout pour elle. Quoi qu'il en soit il ne la lâcherait pas avant qu'elle lui ait accordé un sourire, aussi infime soit-il. Après avoir gardé un bon moment la demoiselle contre lui il se releva tout en prenant celle-ci par la taille de façon à ce qu'elle se mette sur pieds avec lui. Il prit sa main droite dans la sienne, les brides de leurs chevaux dans sa gauche et commença lentement à marcher. Aaron l'emmena de nouveau près du lac où la fit s'asseoir. Il l'accompagnait dans tous ses gestes, comme si elle allait s'effondrer si par malheur il ne la tenait pas. Tous deux assis côte à côte il plongea son regard sombre dans le sien avant de prendre la parole d'une voix grave.

« Il paraît que pleurer fait du bien. Les larmes que vous retenez pourraient remplir ce lac. Laissez-vous aller, ôtez votre masque. Peut être d'autres âmes tourmentés ont déversé leur malheur ici, pourquoi n'essayeriez-vous pas ? Videz-vous de ce fardeau, là, dans ce lac. Et si le cœur vous en dit vous pourrez par la suite oublier qui vous êtes, le temps d'une journée, avec un inconnu qui en fera de même. »
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Eloïse du Mauroi


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MessageSujet: Re: Le lac des songes.    Mer 8 Fév - 23:17

Spoiler:
 

Elle aurait voulu n’être que pur esprit. A coup sûr, elle serait un très bel esprit. Une sorte de souffle errant, évanescent et volatile, composé d’éléments insaisissables. Un peu comme quand vous regardez la valse des poussières à travers un rayon de soleil. Ce n’est pas beau en soi, la poussière. Mais c’est fascinant lorsqu’un jour nouveau la révèle. Des centaines de petits éléments d’ordinaire invisibles s’illuminent soudainement, tournent sur eux-mêmes, légers. Un nuage et les voici de nouveau disparus. Le problème, c’était le corps. Cet amas de chairs et de liquides que l’on se traîne continuellement. Coupez les ailes d’un oiseau et vous aurez un homme. Coupez-lui la tête et vous aurez la femme moderne. Entravée, infantilisée, morte. Non, vraiment, les choses seraient bien plus simples sans toute cette enveloppe engourdie. Mais pourquoi pensait-elle à tout cela, au juste ? Ah, elle avait froid. Encore une chose qu’un pur esprit ne sentirait guère. Notre Eloïse fut prise d’un regain d’intérêt pour le monde réel en entendant les premières paroles du jeune homme. S’il y avait toujours des individus pour penser de telles choses, la vie d’Eloïse ne vaudrait que pour les faire changer d’avis. Elle aimait parler, qu’on l’écoute, qu’on se débatte un peu, qu’on s’insurge, et que finalement l’expérience nous montre que cette toute petite femme avait raison. Elle n’avait pas grand-chose, mais elle possédait au moins cela. Du caractère et de la conviction.
E L O Ï S E – « Que sont ces clôtures entre nos mondes, monsieur ? Un protocole. Les choses sont toujours injustes mais pas irrémédiables. Vous ne me jugez pas sur ce que je suis réellement mais sur les présumés traits de caractères découlant de mon titre et de mon sexe, voilà toute l’étendue du problème. Si je faisais de même avec vous, je vous prendrais pour une bête sanguinaire et brutale, illettrée, incapable de penser par elle-même, et seulement bonne à se servir d’une épée et à obéir à des ordres. Cette description est-elle fidèle à votre tempérament, monsieur ? Permettez-moi d’en douter. Regardez-moi comme une humaine avant de me voir comme une femme, et peut-être que l’assertion « Les femmes sont sensibles » vous apparaîtra aussi étrange et incomplète que si je disais : « Le genre humain est criminel ». Les deux sont fort discutables. »

Elle parlait très lentement et d’une voix fragile, comme si chaque mot prononcé était une véritable torture. En réalité, dans un tel état, elle serait mieux dans un lit, calée entre des coussins moelleux, que dans le vent à tenir des propos sur la condition humaine et les illusions des hommes au sujet des femmes. Elle aimerait bien lui faire comprendre que ce n’était pas parce qu’elle n’était visiblement pas faite pour manier les armes qu’aucune femme n’en était capable. Mais ce genre de travail prend du temps. Vouloir faire changer d’avis quelqu’un, c’est un vrai travail d’alchimie. C’est transformer une idée sale, lourde, protocolaire en un objet d’une rare beauté, bien polie et sertie de pierres précieuses. Il faut procéder doucement, presque affectueusement. Les idées préconçues sont comme des animaux sauvages au fond de notre esprit. Elles y plantent leurs griffes plus profondément à chaque fois que l’on essaie de les chasser. Il vaut mieux les amadouer et les apprivoiser progressivement, pour se les rendre favorables et les faire changer de nature… Eloïse s’amuserait peut-être plus tard à observer l’esprit du jeune homme, si elle en avait un jour l’occasion. Pour le moment, elle prononçait les mots comme ils lui venaient, et ne se préoccupait pas de savoir si son compagnon les comprendrait ou non. Elle avait suffisamment de mal à inspirer et à expirer. Elle ne pouvait pas en plus se charger de l’éducation du monsieur. Pas dans l’immédiat, du moins. Elle pourrait bien essayer de lui parler de toutes ces choses, quand elle irait mieux. Pour l’heure, le jeune homme faisait mine de partir. Elle ne s’en préoccupait pas vraiment. Après avoir prononcé difficilement ces quelques paroles, elle était retombée dans un état second. Mais elle s’entendit pourtant lui demander de rester. Elle ignorait si elle s’adressait à lui, mais les mots avaient quitté ses lèvres sans qu’elle n’en ait réellement conscience.

Et, curieusement, cette demande eu sur lui un drôle d’effet. Il fit volte face, se défit de sa cape, et vint à elle pour la lui poser sur les épaules. Elle était encore trop choquée pour protester. Son corps était bien là, elle voyait ce qu’il se passait, mais n’envisageait ni de réagir ni de comprendre. Et il la prit dans ses bras, tout en affirmant que cela n’avait rien d’amical. Elle devait lui avoir fait pitié, à frissonner de la sorte. Elle avait l’air d’une sage poupée, immobile entre les bras du maître d’arme. Comprenez : elle n’avait pas la force ou la volonté de s’enfuir de nouveau, et, qui plus est, quelque chose tout au fond lui disait que ne n’était pas fondamentalement désagréable. Néanmoins, elle se tenait un peu raide, comme subitement à l’affut du moindre geste du jeune homme. Son pouls s’accéléra, c’est-à-dire qu’il reprit progressivement un rythme normal. Elle appréciait ce qu’il était prêt à faire pour elle, mais on ne chasse pas les vieux démons si facilement. Elle se montrait docile, comprenant que c’était dans son intérêt, mais demeurait prête à mordre en cas de danger. Et puis ils se relevèrent. Ou plus précisément, il se leva et la souleva. Ils firent quelques pas en direction du lac. On aurait dit qu’ils dansaient. Notre baronne, pour une fois moins farouche, se laissait guider par cet inconnu qui semblait subitement tellement prévenant. En d’autres circonstances, elle se serait peut-être demandée pourquoi un homme rencontré un peu plus d’une heure auparavant faisait tant d’efforts pour elle. Mais en d’autres circonstances, elle n’aurait pas à se le demander car elle se dirigerait toute seule. Il semblait prévenir le moindre geste de la demoiselle, s’assurer qu’elle ne défaille pas, et c’est avec précaution qu’il la fit assoir au bord du lac. La demoiselle le tenait à présent pour un excellent cavalier. Certains danseurs ont l’affreuse manie de traîner leurs partenaires plus qu’ils ne les guident. Rien n’est plus insupportable que de danser aux côtés d’un homme qui se veut écrasant de puissance. Tous les arts sont de fragiles objets. C’est les martyriser que de les contraindre et de les pratiquer avec violence, n’est-ce pas ?

Et que disait-il ? Pleurer ? En voilà une sotte idée ! Eloïse venait de retrouver une sérénité relative. Elle soufflait sur le bout de ses doigts pour finir de les réchauffer, mais le jeune homme l’avait comme ranimée. Il fallait bien peu de choses à Eloïse pour qu’elle tâche d’oublier ses malheurs. Elle pouvait mourir de désarroi, mais vivre d’espoir était visiblement plus amusant. Elle voulait bien essayer, encore une fois. L’énergie que venait de déployer ce jeune homme pour venir en aide à une parfaite inconnue l’avait convaincue. Etre séduite par la gentillesse de quelqu’un était plus que suffisant pour que sa jolie chrysalide s’ouvre doucement, sans qu’elle-même ne s’en aperçoive. Comme beaucoup d’êtres prétendant haïr la tendresse, parce que la vie les en a dégoûtés, elle ne se rendait pas compte qu’elle était pourtant faite pour aimer, et être aimée. C’est un paradoxe peut-être nécessaire à son équilibre. Cela faisait d’elle quelqu’un de lunatique et de difficile à cerner. Voilà pourquoi beaucoup de courtisans la détestaient… Ou peut-être était-ce son sens de la répartie qui agaçait les hommes du monde ? Quoiqu’il en soit, notre Eloïse mit un certain temps à répondre au jeune homme, car après tout elle était toujours bien faible et épuisée. Mais ses yeux avaient perdu la lueur de démence qui les dévorait précédemment, et son visage avaient repris la belle couleur rose et diaphane d’une fleur de magnolia, au lieu du teint de cadavre qu’elle arborait quelques minutes auparavant. Il demeurait en elle quelque chose de passablement mélancolique et lointainement rêveur, mais malgré cela, elle avait l’air d’être présente en ces lieux et en cet instant, désormais. Elle avait toujours de l’herbe dans ses cheveux et sa coiffure était à moitié défaite, mais elle ne semblait pas s’en soucier, et cette mise un peu chiffonnée et pourtant digne et tout en simplicité lui donnait de petits airs d’une Diane chasseresse après une course poursuite avec un cerf. Elle ne pouvait pas parler tout de suite car elle se concentrait, rassemblant toutes ses maigres forces pour calmer et dominer la vague de détresse qui s’était emparée d’elle un peu plus tôt. Lorsque le grondement sourd de son âme agonisante fut étouffé, elle arriva à mettre de côté ses malheurs. Tout cela prit de longues minutes. Ces derniers temps, elle avait de plus en plus de mal à demeurer maîtresse d’elle-même durablement. Sa tristesse l’angoissait et la douleur morale la paniquait tant qu’elle n’en dormait plus. Mais pour l’heure, le jeune homme lui avait redonné courage, peut-être sans s’en rendre compte.
E L O Ï S E – « Ne croyez-vous pas que j’ai suffisamment versé de larmes pour aujourd’hui ? souffla-t-elle à mi-voix en lui adressant un petit sourire triste. Je suis dans un bien piteux état et, si j’étais plus vaniteuse, je serais morte de honte à l’idée d’avoir eu un spectateur au cours d’une de mes… hum… Appelons cela des crises. Je veux bien oublier. Oui, oublions nos vies et ma mort un moment, et dites-moi ce que vous voulez être en cet instant. J’ai été ramenée à la vie par le Prince des Fées, n’est-ce pas ? Ce titre honorifique vous est décerné par une créature échevelée, vous vous devez de l’accepter, sinon je prendrai cela comme un outrage !... Et, hormis tout cela… Je vous remercie. »

Prenez la pour une douce folle si cela vous chante, lecteur ! Notre malicieuse Eloïse avait certainement tout d’une créature passionnée. Elle a la fâcheuse manie de se laisser porter par chacun de ses sentiments. Est-ce un crime que de sentir plus fort ce qu’autrui prend pour des futilités du cœur et de l’esprit ?
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MessageSujet: Re: Le lac des songes.    Jeu 9 Fév - 5:24

Avec lenteur mais sûreté les deux jeunes gens s'étaient de nouveaux réunis au bord du lac où tout avait commencé. Le soleil qui trônait dans les cieux n'était pas extraordinairement irradiant en hiver mais aussi faible soient ses rayons, ils n'en perdaient rien à leur beauté. Les traits lumineux achevaient leur course sur la surface de l'eau qui brillaient de mille feux, cela avait un côté assez mystique. C'était d'ailleurs pour cette même raison que le citoyen londonien s'était arrêté ici, pour se reposer et profiter de cette atmosphère paisible et incroyablement jolie. Tout le monde avait tendance à passer à côté de ces merveilles toutes simples qu'offrait la nature. Pourtant une seule bouffée de cet air pur et tout semblait aller pour le mieux, l'espace d'une inspiration. Les yeux mi-clos Aaron observait d'un air rêveur l'étendue aux reflets brillants, s'il avait un peu brusqué sa compagne il attendait maintenant patiemment que celle-ci se remette de ses émotions. Il repensa à ses mots qu'elle avait dit un peu avant qu'il ne se décide à l'aider. Elle trouvait qu'il ne la jugeait pas sur ce qu'elle était. Sur quoi pouvait-il se baser puisqu'elle avait refusé le dialogue depuis le début, probablement braquée par son mal toujours inconnu. Elle avait d'ailleurs été sévère lorsqu'elle avait parlé de lui, même si elle avait précisé qu'elle n'y pensait rien. Il se serait sans doute vexé – il y avait de quoi – s'il n'avait pas eu le désir d'accompagner la demoiselle vers la lumière. Néanmoins la seule chose qui lui était restée en tête avait été sa façon de parler. Oui elle s'exprimait drôlement bien la courtisane, certes elle avait sûrement du parfaire son art oratoire pour survivre à la cour mais malgré tout elle avait impressionné le maître d'armes.

Un protocole les séparait, oui, certainement, mais pas qu'eux. Ce même protocole ne s'appliquait-il pas à tout le pays ? Dès sa naissance on apprenait de quel côté de la fameuse clôture on devait rester. Aaron avait un peu fait des deux, s'il appartenait au peuple il n'était pas des plus démunis mais gardait distance avec les personnes dites de haut rang. Sa situation était assez étrange en somme, il avait beau être un homme assez voire complètement banal, il ne savait dans quelle case se mettre. Avec les idées de la jeune femme il n'aurait vraisemblablement pas à choisir mais voilà une vison bien utopique du monde. Oh c'était une fort appréciable idée mais ce n'était envisageable, voilà tout. La société était faite comme ceci et il ne pensait pas que l'on pouvait la changer par la simple force de ses convictions. Pouvoir et argent étaient bien au dessus de ces chimères idéologiques, aussi noble soit la cause, hélas. Mais tout cela était tellement compliqué, c'était pour ceci que le maître d'armes ne s'était jamais intéressé de plus près à la politique. On lui avait dit comment saluer telle personne, qui aduler, qui prier et qui renier et il suivait sans trop réfléchir les recommandations. Il n'était pas bête pour autant, il n'avait juste jamais eu le désir de creuser plus loin, d'en savoir d'avantage sur ce monde bien plus obscur que les autres. S'il était heureux en contemplant l'astre lumineux à quoi bon se torturer l'esprit sur des choses qui ne l'affectaient que de très loin ? Oui c'était assez égoïste comme comportement mais qui ne l'était pas à cette époque où chacun survivait comme il le pouvait ?

Aaron posa de nouveau ses yeux sur le doux visage de la jeune fille. Si elle n'avait su complètement le convaincre elle n'en restait pas moins un sacré bout de femme celle-là. Elle devait avoir un fort caractère, tantôt agaçant tantôt délicieux, quoi qu'il en soit toujours surprenant. Une bien mystérieuse demoiselle que cette jolie baronne. Le jeune homme s'était à moitié allongé, il s'était reposé sur ses coudes tandis qu'il avait étendues ses longues jambes avant de les croiser. C'était assez paradoxale mais les moments où il se tenait élégamment étaient lorsqu'il brandissait le fer. Autrement il avait une attitude on ne peut plus naturelle pour certains, absolument inappropriée pour d'autres. Mais après tout elle avait dit vouloir rompre ce fameux protocole qui dictait aussi leur manière de se tenir. Elle ne serait donc pas choquée de sa position disons décontractée, si ? Fallait-il encore qu'elle retrouve la parole, d'ailleurs. Oh, voilà qu'elle ouvrait enfin la bouche, il ne savait pas ce qu'elle allait dire mais il était déjà content de l'entendre à nouveau. Elle avait assez pleuré, elle se trouvait dans un piteux état et en avait presque honte, selon ses dires. Par la suite Aaron ébaucha un bref sourire qui grandit petit à petit tandis qu'il fixait ses petits yeux dorés. Son sourire se transforma en léger rire, amusé par les fantaisie de la jeune femme. Prince des fées tiens donc, cela ne le déplaisait pas, c'était même assez flatteur non ?

« Ma foi le titre de prince me sied à merveille j'en conviens. »


Il dévisagea soudain son interlocutrice comme s'il voulait entrer dans ses yeux. Tout en l'observant il porta sa main à son menton qu'il frotta doucement, songeur. Oublier qui il était, penser à ce qu'il voulait être là, tout de suite. Ses yeux se plissèrent alors que son regard dérivait sur le lac.

« Une libellule. » dit-il sans être trop certain de sa réponse. « J'aimerais pouvoir voler. Les libellules me paraissent si légères, elles peuvent se poser sur une brindille sans que celle-ci ne se plisse. Elles vont où bon leur semble, d'ailleurs souvent dans les recoins les plus splendides. Elles sont multicolores, elles ont un côté majestueux je trouve, tout en gardant cette part de mystère. On voudrait parfois les attraper mais on ne peut, alors on se contente de les contempler. »


Il haussa les épaules en souriant légèrement. Il avait l'impression de parler d'une femme, finalement ces deux êtres étaient assez similaires, le côté dangereux en moins. Car s'il avait avoué trouver les femmes faibles de par leur corps, elles n'en restaient pas moins vives et très douées pour arriver à leurs fins. Même s'il n'avait pas encore eu l'occasion de rencontrer celle qui ferait battre son cœur il aimait les femmes en général. Après tout ces dames seront à jamais l'éternel tourment des hommes, en cela elles avaient bien plus de pouvoir qu'on ne pouvait le croire. Il suffisait de s'en référer à cette Anne Boleyn qui de par ses beaux yeux avait envoûté le Roi, ensorcelé même. Il regarda sa jeune compagne, l'air suspicieux. Non, celle-ci n'avait pas vraiment l'air aguicheuse, au contraire. Quoi que, elle avait un joli minois et au final son tempérament remuant servait peut être à se faire désirer. Oui, il la regardait maintenant comme si elle cachait son jeu. Il la pointa soudainement du doigt (mauvaise manie) comme s'il allait l'accuser de quelque chose.

« J'ai rencontré un voyageur il n'y a pas longtemps. Il a parlé de ces créatures mystiques. Des êtres insaisissables à la beauté divine qui vivent dans la forêt, près de sources et rivières. Quel est donc leur nom déjà... Nymphe ? » Il arqua un sourcil, enchaînant aussitôt. « Non pas que vous m'y faites penser, absolument pas. Vous avez parlé de fées, cela y ressemble un peu après tout. »
Il grimaça, pas vraiment certain qu'elle gobe cela puis alla une fois encore balader son regard dans les cieux.

« Et vous, que désirez-vous être ? Si je suis seul dans mon royaume, aussi charmantes soient les fées, je risque de fort m'ennuyer. »

C'était comme un jeu de rôle, ce n'était pas si étrange. Qui n'avait pas joué au chevalier et à la princesse durant son enfance. Ils voulaient s'oublier le temps d'une journée, n'était-ce pas là une excellente idée ? Aaron avait tout de même un doute quant aux proportions que prendrait cet amusement. Et si elle venait à faire un caprice, lui ordonnant de jouer un cheval voyez-vous, devrait-il accepter et courir autour du lac à quatre pattes juste pour lui faire plaisir ? Après tout il ne connaissait rien d'elle, et combien de fois elle l'avait surpris déjà, en mal hélas. Oui elle était un peu trop pleine de surprises, c'était aussi intriguant qu'angoissant par moment. Empoisonneuse... il l'avait appelé de cette façon il n'y avait pas si longtemps, peut être préparait-elle une vengeance. Le jeune homme poussa un soupir, pour le coup c'était lui qui avait un peu trop d'imagination, on appelait d'ailleurs cela la paranoïa. Elle ne serait jamais réellement dangereuse, du moins pas physiquement. Il la scruta avec ce même regard moitié suspect moitié attendri. Quelle étrange demoiselle, vraiment.
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MessageSujet: Re: Le lac des songes.    Dim 12 Fév - 12:40

Oh non, elle n’était pas une Nymphe ! Ou alors une version décapée, une Nymphe qui aurait perdu sa lumière. Eloïse avait peut-être de l’orgueil, mais on pouvait au moins apprécier sa grande lucidité vis-à-vis de sa propre personne. Elle savait pertinemment ce qu’elle était, ce qu’elle n’était pas, ce qu’elle pouvait accomplir et ce qu’elle devait laisser inachevé. Elle ne se maîtrisait pas toujours mais elle se connaissait par cœur. Les Nymphes, dont la divine beauté n’avait d’égal que l’éclat du soleil, se nourrissaient de nectars et d’ambroisie. Si elle avait été une créature mythologique, Eloïse se serait sans doute nourrie de chair humaine et de misère. Une sirène. Oui, peut-être une sirène. Objectivement, elles ne sont pas de sublimes créatures. Mais l’ennui vient du fait qu’il est impossible d’être objectif en leur présence. En un instant, votre existence chavire. On vous avait bien dit de ne pas vous pencher au bord des deux coupes dorées de ses yeux. Vous le saviez, pourtant, que tout ce qui brille… enfin ! Vous êtes tombé. Suffocation. Vous êtes éperdu, inconscient du danger. Votre cœur ne bat qu’au rythme de ses lèvres. Elle parle une langue étrangère, mais peu vous importe. Une incantation ? Soyons, sérieux ! La magie s’opère d’elle-même. Ne la prenez pas pour une vulgaire enchanteresse. La tragédie de son existence, c’est bien qu’elle n’a nul besoin de philtre ou de sortilège pour plonger votre monde dans des profondeurs abyssales. Il lui suffit d’être.

Et comme n’importe quelle créature potentiellement dangereuse, Eloïse avait en elle quelques fragments de lumière qui émanaient parfois de sa personne et embellissaient le monde un instant, un trop bref instant. « Un éclair !... puis la nuit. » Une beauté fulgurante, un sourire fugitif. Oh, sans doute aimerait-elle être autrement. Plus belle et moins captivante, si possible. Peut-être l’aimerait-on alors pour de bon. Elle n’aurait pas la terrible sensation d’être un miroir aux alouettes, de cette manière. Et peut-être que la vie ne lui aurait pas causé tant de peines, aussi. Quoiqu’il en soit, elle savait qu’elle ne maîtrisait rien, qu’elle ne pouvait rien calculer ni prévoir, et cette impuissance l’oppressait à tel point qu’elle avait été prête à demander à monsieur Lawford de lui apprendre à se servir d’une arme. Idée stupide au demeurant, elle en était à présent convaincue. Paisiblement assise au bord du lac, elle décida d’abandonner ses tristes pensées sur le rivage, et de profiter d’un moment de calme, auprès du prince des fées. Ce dernier avait nonchalamment étendu ses longues jambes sur l’herbe, et se tenait en appui sur les coudes. Eloïse ne pensa pas un instant à le blâmer de cette façon très familière de se tenir en présence d’une dame. La plupart du temps, lorsqu’elle était à la Cour, elle calquait ce genre de réaction sur celles des autres dames. Spontanément, il ne lui viendrait pas à l’idée de se sentir choquée des manières des messieurs. Mais si elle remarquait que les dames du cercle s’offusquaient du comportement d’un tel, elle faisait la moue et secouait la tête à son tour. Cela l’amusait profondément. Les courtisanes sont de beaux oiseaux montés sur échasses, dont les plumes se frisent à la moindre contrariété. Et il est très facile de contrarier une courtisane. Si un monsieur lui dit bonjour en souriant trop, elle pique un fard et craint pour sa vertu. Si au contraire il ne sourit pas assez, elle se sent vexée et a l’impression qu’il s’amuse à la dédaigner. Et ainsi de suite, toute la journée, indéfiniment. Eloïse était bien obligée de faire semblant de leur donner raison, tant qu’elle se trouvait dans l’enceinte du château. Car les courtisanes sont médisantes et aiment à se liguer contre une brebis galeuse. Priez bien pour qu’elles ne vous désignent pas, car alors elles vous feront vivre un véritable enfer. Or, Eloïse ayant des relations conflictuelles avec Sa Majesté, elle ne tenait nullement à se faire remarquer. Mais, ici, nous sommes bien loin de la Cour, n’est-ce pas ? Il n’y a d’étiquette que pour ceux qui se font un devoir de l’appliquer en tout lieu et en toute circonstance. La demoiselle ne fit pas tout de suite attention au regard que posait sur elle le jeune homme. Mais il avait l’air de vouloir lire quelque chose au fond de ses yeux. Quand elle s’en aperçut, elle inclina la tête légèrement sur le côté, et lui lança un drôle de petit sourire. Elle avait l’air de lui demander ce qu’il cherchait et s’il avait besoin d’aide. Bien sûr, il ne trouverait rien. Il n’y avait qu’une seule personne qui avait su lire en elle dès le premier instant, et cette personne se trouvait être un assassin. Alcide della Speranza était un jeune homme bien étrange, mais Eloïse, sans trop savoir pourquoi, lui faisait confiance. C’était comme de vouloir caresser un loup, mais la demoiselle avait un certain goût pour les créatures obscures. D’ailleurs, en pensant à Alcide, elle songea que le jeune homme assis non loin d’elle ne l’apprécierait certainement pas. Tous deux étaient des hommes ayant une relation particulière avec les armes, mais l’un assouvissait de sombres pulsions par le fer, et l’autre se battait par conviction et amour de l’honneur guerrier. Du moins c’était l’observation qu’elle avait faite au sujet du maître d’armes. Peut-être se méprenait-elle tout à fait, du reste. Quoiqu’il en soit, ledit maître d’armes avait accepté en riant le titre de Prince des Fées qu’elle lui avait décerné, et venait de lui répondre qu’il se verrait bien dans le rôle d’une libellule. Elle se serait attendue à quelque chose de plus cliché, venant de lui, ce qui montre bien que les relations humaines peuvent être sources de bien des surprises. Un lion ou un aigle, voilà des réponses qui ne l’auraient pas surprise. Une libellule, c’était non seulement surprenant mais aussi délicieusement charmant. Elle acquiesça en arborant un sourire amusé et satisfait.
E L O Ï S E – « Et puis, renchérit-elle, elles seraient malheureuses, une fois captives. Et vous leur trouveriez sans doute beaucoup moins de charme, après avoir réussi à en attraper une. Elles sont belles parce qu’elles sont libres et insaisissables. »

Mais oui, Eloïse parlait bien des libellules. De quoi d’autre ? Oh, mais non, elle n’a rien dit, elle ne prétend pas faire la leçon à son compagnon au sujet des relations entre hommes et femmes. C’est vous, lecteur, qui voyez plus loin que là où notre ingénieuse baronne a choisi d’aller. Eloïse reporta un instant son regard sur le lac, mais le jeune homme attira de nouveau son attention en la montrant du doigt (cela devenait visiblement une habitude). Elle ne répondit rien au sujet des Nymphes. Elle s’intéressa davantage au voyageur dont il venait de parler, en revanche. Les hommes ont tellement de chance ! Ils peuvent décréter qu’ils veulent vivre en mer et découvrir le monde, sillonner les océans et voir ce que peu d’humains ont la chance de connaître, et personne ne trouve cela choquant. Elle aussi, elle aimerait fuir la vie mondaine pour faire ce que bon lui semble. Vivre au jour le jour, mettre sa vie en péril. Toutes ces choses que les femmes n’ont le droit de vivre qu’à travers des livres (et encore !). Mais son compagnon la sortit de ses pensées en lui demandant ce qu’elle aimerait être. Elle aimerait s’absenter d’elle-même. Etre l’air qu’on respire et l’eau qu’on boit. Elle voudrait être une source de vie invisible, au lieu d’être une cause de souffrance trop remarquable. Mieux encore, elle voudrait être un sourire accroché à toutes les lèvres. Mais elle ne pouvait pas lui répondre cela. Sinon, le jeu n’avait pas d’intérêt. Il fallait qu’elle trouve quelque chose de plus concret.
E L O Ï S E – « Je crois que j’aimerais assez être une poupée, ou un cheval à bascule. »

Elle rit doucement car elle avait conscience qu’être un jouet inanimé ne devait pas sembler toujours très amusant. Mais les plus beaux moments de son existence avaient eu lieu quand elle était petite fille. Elle vivait au rythme de son imagination, sans barrière ni contrainte. Ses compagnons de jeu étaient toujours passionnants, à ses yeux, et elle les chérissait de tout con cœur. Mais toutes les petites filles doivent devenir un jour des femmes. L’insouciance est piétinée, les espoirs brisés en mille morceaux. Les jouets, eux, restent à jamais les mêmes, et voient se succéder les enfants qui jouent avec eux, qui les aiment toujours passionnément. Les jouets continuent de vivre de belles choses et n’ont de figé que leur expression faciale. Eloïse pouvait bien sourire, bouger, parler, mais elle ne vivait pas.
E L O Ï S E – « Et que faisons-nous de notre royaume, à présent ? »

Elle observait le jeune homme, visiblement impatiente de savoir la suite de l’histoire. Elle n’avait pas l’habitude de jouer comme cela avec un inconnu. Mais lui était-il toujours si inconnu, à présent ? Elle avait l’impression de commencer à le connaître. Le comprendre, c’est autre chose. Comme il l’avait dit, ils ne faisaient pas partie du même monde. Mais elle éprouvait à présent une sorte d’élan de gaieté en la présence du jeune homme. C’était peut-être du au fait qu’il lui ait pour ainsi dire rendu la vie. Ne doit-on pas éprouver de la reconnaissance, si ce n’est de la tendresse, pour quelqu’un qui vous a sauvé de la perdition sans rien savoir de vous ?
E L O Ï S E – « Je voudrais que nous fassions construire un navire pour voguer sur le lac. Nous pourrions nous enfuir et oublier l’Angleterre… A moins, bien sûr, que quelque chose vous retienne en ces lieux, votre Altesse ? » dit-elle avec un sourire malicieux, comme ayant tout à fait oublié son chagrin et la folie destructrice qui l’avaient envahie un peu plus tôt.

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MessageSujet: Re: Le lac des songes.    Ven 17 Fév - 3:23

Une libellule, voilà ce que Aaron avait confié vouloir être. Il avait dit ce qu'il lui était passé par la tête après une très courte réflexion. C'était l'envie de voler avec grâce et toutes ces choses qu'il avait par la suite expliqué. Il ne remarqua pas le léger étonnement de la courtisane qui s'attendait visiblement à autre chose. C'était compréhensible, le jeune homme même s'il voulait prouver le contraire, ne se démarquait pas forcément d'un autre. Comme beaucoup il aimait prouver sa force, seule la défaite l'effrayait. Il rêvait de gloire, de briller aux côtés du Roi, qu'y avait-il de moins de original ? Et pourtant parfois il sortait de l'ordinaire, comme lorsqu'il se comparait à une si petite bestiole, sans jamais prévoir le coup. Quoi qu'il en soit la jeune femme sembla approuver son choix et décida même d'y ajouter son point de vue. Il ne put d'ailleurs s'empêcher de sourire. Même s'il n'était pas le plus malin des hommes il voyait tout de même bien qu'elle aussi parlait de ces dames. Il avait lui-même fait le rapprochement sans y penser auparavant. Se considérait-elle comme tel, une charmante et libre créature qu'il ne fallait pas chercher à s'approprier ? Il était assez d'accord avec elle mais d'un autre côté il n'aurait pu affirmer avec sincérité ses propos. Après tout il n'avait jamais eu de réelle lubie, jamais il n'avait été obsédé par une femme au point de vouloir se l'approprier pour toujours. Par défi, eh oui encore, il avait séduit quelques demoiselles qui paraissaient insaisissable mais seulement parce que cela constituait un challenge de taille. Pour le coup c'était lui, la libellule, comme elle aime s'envoler vers un autre appui, lui aimait changer régulièrement de partenaire. L'amour, l'amour toujours, celui-là même qui régnait en maître sur le monde des mortels n'atteignait pourtant pas le maître d'armes qui n'aimaient pour sa part que ses outils tranchants. Peut être était-ce parce qu'il n'avait jamais encore rencontré celle qui ferait naître en lui un tel sentiment mais dans tous les cas il ne la recherchait pas, cette femme. Il prenait du bon temps avec elle puis lui disait au revoir, rien de plus, car ces demoiselles devenaient vite encombrantes et qu'elles n'avaient pas leur place dans la vie qu'il menait. Mais là n'était pas le sujet, ils parlaient de choses imaginaires, de choses qu'ils aimeraient être, pas d'amour, bien heureusement. La baronne lui confia d'ailleurs à son tour ce qu'elle aimerait être dans l'instant. Sa réponse rida le front du jeune homme qui fronça les sourcils à ses dires. S'il l'avait étonné, sa surprise n'était rien comparé à celle-ci. Un cheval à bascule, quoi de plus étrange ? Il l'imagina un moment se renverser d'avant en arrière, un niais sourire figé sur son visage. Il retint un rire moqueur à cette idée, la voir dans un tel état était assez amusant. Cela ne lui allait pas, et il comptait bien le lui dire. Il avait l'impression qu'elle se dénigrait, jamais il n'aurait pu penser à tout ce qui se cachait derrière un tel objet. Il la fixa gravement, comme si elle avait dit une énorme bêtise.

« Vous, une poupée ? Vous m'avez assez démontré que vous n'êtes pas du tout manipulable, lorsque j'ai essayé c'est vous qui m'avez dupé ! Et puis vous n'êtes pas non plus une personne prévisible, là encore bien des fois vous m'avez surpris, or un jouet ne réserve rien d'inattendu. Mais le plus important réside dans le fait que vous êtes une jeune femme vivante, pas un vulgaire amusement inanimé. Vivre la vie d'une chose qui ne vit pas doit être d'un ennui mortel non ? »


Aaron lui sourit chaleureusement alors qu'il venait de lui parler comme s'il l'avait réprimandé. Il décroisa ses jambes et tout en se redressant il les ramena à lui avant de les entourer de ses bras, de la même façon que l'aurait une personne frigorifiée ou bien triste. Lui ne l'était pas, il avait seulement la bougeotte, obligé de changer constamment de position. Que faire de leur royaume questionna la jeune fille visiblement très enthousiaste et pressée de découvrir la suite. Il en avait presque oublié leur jeu qui consistait à s'inventer un monde merveilleux. « C'est dans les villes les plus peuplées que l'on peut trouver la plus grande solitude. » dira un siècle plus tard un célèbre français. Le maître d'armes s'était souvent senti bien seul dans sa capitale londonienne, lui qui venait d'une province isolée, il avait souvent eu du mal à se faire à la vie citadine où malgré la population importante la solitude se fait ressentir. Pourtant aujourd'hui c'était l'inverse qui se produisait. Dans un endroit coupé du monde, loin de la ville au chahut permanent, écarté de quelconque nuisance sonore il faisait la rencontre d'une personne qui lui faisait se sentir quelqu'un. Il avait effrayé cette fille, s'était excusé, l'avait aidé puis apprenait à présent doucement à la connaître. Un rapprochement entre deux êtres absolument différents qui ne se serait jamais fait dans un lieu bondé où pourtant mille personnalités coexistaient entre elles. C'était tout à fait improbable, Dieu lui-même avait peut être organisé cette rencontre sinon comment cela aurait il pu être possible. Une approche arrangée oui mais dans quel but ? Celui de s'évader probablement puisque tous deux jouaient à s'imaginer un ailleurs. En parlant d'ailleurs la baronne lui disait vouloir fuir loin de l'Angleterre à l'aide d'un bateau qu'ils construiraient ici sur ce lac. En voilà une bonne idée, il aimait voyager, il n'avait jamais eu l'occasion de quitter le pays mais peut être un jour le ferait-il. Pourquoi pas même aujourd'hui, en compagnie d'une charmante jeune fille qui l'avait fait prince des fée ? Aaron pencha la tête sur le côté à sa dernière remarque. Était-ce là un moyen détourné d'en savoir plus sur lui, de savoir ce qui lui était précieux ? Il avait bien de la famille qu'il voyait régulièrement mais si elle cherchait à savoir s'il avait trouvé l'élue de son cœur c'était raté. D'ailleurs il ne lui dirait rien, il préféra répondre avec sarcasme face à ce mignon mais rusé minois qu'arborait sa partenaire de jeu.

« Oh pas d'inquiétude je suis tout à vous. Et où irons-nous lorsque notre embarcation sera prête ? Un pays vous tenterait-il plus qu'un autre ? Si nous quittons le pays des fées il nous faut trouver une terre d'accueil tout aussi magnifique ! Le pays des jouets vous conviendrait à merveille j'en suis sûr mais j'aurais trop peur que vous me délaissiez pour y habiter avec vos semblables. Je propose que nous séjournions quelque temps à l'endroit de votre choix puis que nous naviguions encore ailleurs, ainsi nous ne nous lasserons jamais. Et à chacun de nos passages il faudra laisser une empreinte, après tout je suis un prince, je veux un monument qui rappellera que nous sommes passés par là vous et moi !»

L’altesse royale leva les yeux au ciel, imaginant les statues érigées en son honneur. Oui dans un monde qui lui voudrait bonheur il serait respecté et honoré par diverses créations plus impressionnantes les unes que les autres. Il avait l'envie de gloire, il voulait être un prince aimé que l'on prendrait plaisir à célébrer, lui et sa compagne évidemment. Après tout sans elle cette vie n'existerait pas, s'il était prince elle était princesse et méritait sa part de prestige tout comme lui. Aaron scruta soudain la jeune femme, oubliant toute sa célébrité fictive. Le désirait-elle seulement ? Lui ne s'en cachait pas, elle avait du l'avoir compris maintenant qu'il était de ceux qui désirent popularité et triomphe. Mais cette fragile courtisane semblait plutôt avoir l'envie de fuir sa vie présente peu importe l'apparence de son monde alternatif. Il désirait renom, elle désirait seulement repos. Même s'il en usa, il laissa un moment de côté son entrain à leur création commune, préférant pour l'instant se focaliser sur la baronne qui lui avait montré ne pas être la plus gaie des personnes.

« Et vous, quelle est la chose qui vous ferait le plus plaisir au monde ? Si nous sommes capables de tout créer, quel est votre souhait le plus cher ? »

Sans le vouloir il avait presque murmurée sa question. Il avait voulu qu'elle passe inaperçue au milieu de toutes ses autres demandes fantasques mais pour le coup c'était assez raté, il était clair qu'il parlait à la demoiselle De Mauroi et non à la princesse aux envies de voyages chimériques. Mais s'il pouvait entrevoir la chose qu'elle désirait au dessus de tout peut être pourrai-il l'aider à réaliser son rêve, pourquoi pas.
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MessageSujet: Re: Le lac des songes.    Ven 17 Fév - 19:54

Si la demoiselle avait pu lire dans l’esprit du jeune homme en cet instant, sans doute lui aurait-elle conseillé de prendre garde : nous connaissons d’intrépides combattants qui, à force de dédaigner Vénus, s’en sont trouvés bien repentants. La triste histoire de Phèdre et d’Hyppolite ne peut que confirmer l’idée que nul homme, aussi valeureux soit-il, ne saurait vivre seul. La société trouve toujours à se venger de ceux qui tentent de vivre en marge du monde. Ainsi y a-t-il des étapes obligatoires, telles que le mariage et les enfants. L’amour est secondaire, bien sûr. Les grosses dames de la Cour disent toujours en battant de l’éventail qu’il n’y a nul besoin de trouver la perle rare. Et quand les jeunes filles aux alentours leur parlent d’amour et de passion, elles font la moue et répliquent : « Le respect suffit ». Mais la situation des demoiselles n’a rien à voir avec celle des messieurs. Ces derniers peuvent faire les capricieux quelques temps, mais force est de constater qu’un homme sans épouse est fort mal vu : il manque forcément à ses devoirs et oublie l’obligation de transmettre son nom en héritage. C’est que la société veut que chacun respecte son modèle. Alors les messieurs qui ont longtemps papillonné trouvent une partenaire non parce qu’ils le souhaitent mais parce qu’il le faut. Eloïse observait du coin de l’œil son compagnon et songeait tristement qu’il n’échapperait pas à la règle. Elle essayait d’imaginer quel genre d’épouse lui conviendrait. Sans doute serait-il malheureux avec une simple villageoise. Ses envies de libertés se verraient entravées, car pour désirer être libre, encore faut-il avoir conscience que l’on est prisonnier. Et pour notre Eloïse qui ne connaissait les citoyens et le peuple anglais que par ce que les courtisans pouvaient en dire, il allait de soi qu’ils étaient misérablement heureux. Et par là nous voulons dire qu’ils devaient être heureux de leur misère car ils ne connaissaient rien d’autre. Donc, monsieur Lawford serait soi malheureux de n’être pas libre soit libre de n’être pas heureux, selon son humeur, mais notre baronne craignait fort que les perspectives d’avenir soient restreintes si le jeune homme n’avait pas pour ambition de gravir quelques échelons de la société. Mais quelle fille commettrait une mésalliance ? Une fille qui n’a pas de mère, peut-être, et qui est assez sotte pour se croire amoureuse. Mais on dit que l’amour vole en éclat face aux réalités du quotidien… Eloïse n’en avait pas la moindre idée. Toutes ces choses… la séduction et le mariage… Elle n’en savait absolument rien.
E L O Ï S E – « Je ne chercherai pas à vous l’expliquer… Ce serait plus long qu’intéressant. Et nous avons mieux à faire que de discuter de mon état de poupée. Ce navire ne voguera pas sur les flots sans que nous ayons convenu d’une destination ! »

En effet le jeune homme s’était étonné de sa réponse au sujet des jouets. Mais elle ne voulait rien lui dire. Elle n’évoquait presque jamais son enfance. Les seuls moments où elle pensait pouvoir se le permettre, c’était avec Alexandre, qui en avait fait partie intégrante. Quoiqu’il en soit, notre habile demoiselle avait trouvé le moyen de détourner la conversation et était visiblement impatiente de larguer les amarres. La remarque du jeune homme au sujet du pays des jouets la fit rire et elle s’imagina un instant sur le rivage lui faire des signes d’adieu, entourée par un troupeau de jouets multicolores. Mais elle savait que le prince ne pouvait naviguer tout seul. Le monde ne tenait qu’à eux deux, après tout. Quel royaume accepterait d’être privé de princesse héritière ? Elle ne pouvait pas trahir les fées de la sorte. D’ailleurs, il semblait que la couronne de son nouvel ami lui donnait des envies de triomphe et de reconnaissance. Certes, un prince doit accomplir de grandes choses et il est juste que les peuples l’aiment et le célèbrent en retour. Mais notre Eloïse ignorait que c’était le genre d’acclamation que le maître d’armes recherchait. Il lui faudrait donc des statues à son effigie. Et pourquoi ? Eloïse n’avait pas spécialement envie de se retrouver face à un double d’elle-même gigantesque et flatteur, mais qui par sa magnificence finirait par voler la vedette au modèle initial. Ce serait trop intimidant et un peu décevant. Et pourquoi cette statue devrait rester belle et grandiose quand elle se fanait à chaque heure du jour ? Non, il était injuste qu’un être de marbre lui porte ombrage. Elle ferait ériger autant de statues de son compagnon que celui-ci le souhaitait, mais, d’elle, leurs peuples fictifs n’acclameront que le vrai visage.
E L O Ï S E – « Fort bien, puisque vous êtes tout à moi, je propose que nous mettions toutes voiles dehors immédiatement. Et le premier de nos exploits sera, si vous le voulez, de trouver la fontaine de jouvence. Ainsi nous resterons jeunes éternellement et nous pourrons voyager toujours. Je veillerai aussi personnellement à ce que la figure de proue de notre navire soit une sirène à votre image, puisque les sculptures semblent flatter votre imagination… »

Elle avait prononcé cette dernière phrase d’un ton guilleret mais assez moqueur. Imaginer le jeune homme transformé en sirène aux longs cheveux l’amusait beaucoup, en vérité. Et puis cette petite plaisanterie était un juste retour des choses. Il n’avait de cesse de se moquer d’elle ou de mêler sarcasmes et gentillesses, depuis qu’ils s’étaient rencontrés. Cependant son compagnon prit soudain un air sérieux, et lui demanda à mi-voix ce qu’elle aimerait plus que tout au monde. Elle sembla légèrement décontenancée et embêtée de remarquer qu’il s’adressait visiblement à Eloïse et non à la princesse des fées. Mais voyons, elle ne savait pas ce qu’elle voulait ! Pourquoi serait-elle ici à s’amuser avec un presque-inconnu si elle désirait vraiment quelque chose ? Si elle avait eu quelque chose à souhaiter, elle passerait ses journées à élaborer un plan pour l’obtenir. Quoique, si on passe par là, il y avait bien une chose qu’elle souhaiterait pouvoir accomplir : changer la nature profonde de l’Homme. Mais ceci est impossible pour une simple mortelle. Ce serait commettre un péché d’orgueil que de simplement essayer. Et puis la demoiselle se disait que son compagnon devait vouloir savoir ce qu’Eloïse souhaiterait pour elle-même et pas pour l’humanité toute entière. Avait-elle seulement un seul rêve ? Un seul rêve réalisable, entendons-nous bien… Après quelques instants de réflexion, elle secoua la tête en poussant un petit soupire navré.
E L O Ï S E – « Pauvre ami, vous vous adressez à une créature piteuse et désespérée. Regardez-moi : je n’ai pas vingt ans et je suis déjà irrécupérable. Je fane, voyez-vous. Je sèche sur pied. Si je dois souhaiter une chose, c’est de n’être point maudite, et si par malheur je le suis, que ma malédiction ne s’abatte point sur ma famille. Alors, s’il vous plait, pour aujourd’hui, ne parlons plus de moi et intéressons-nous plutôt à celle qui s’en va, jolie et pleine d’espoirs, en quête de la fontaine de jouvence. Pour ma part je suis l’être le moins adorable du monde, donc laissons-moi de côté. »

Toute ces réflexions avaient fait retomber un peu sa bonne humeur. Souvent, lorsqu’elle se sentait soucieuse, elle avait besoin de marcher. Ainsi se leva-t-elle comme une automate et fit quelques pas en direction du lac. Une petite brise fraiche ondulait à sa surface, légère et virevoltante. Eloïse vacillait toujours un peu mais faute de stabilité, elle tâcha de conserver un certain équilibre. Elle avait l’impression que la vallée où ils se trouvaient commençait à tourner sur elle-même. Et elle voulait tourner avec elle, jusqu’à en être grisée. Il l’embêtait, après tout, avec ses vraies questions. Elle se sentait mieux en rêve que dans la réalité. Elle s’aimait plus, aussi, lorsqu’elle jouait l’insouciante.
E L O Ï S E – « Croyez-vous que nous puissions danser, avant de partir, au milieu de cette vallée ? Je veux danser avec le vent à la surface de l’eau ! Avez-vous déjà assisté à un bal, à la Cour ? Les vrais Rois en organisent souvent, mais ils n’invitent jamais les fées à danser. Ils ont grand tort, car elles sont les plus belles danseuses du monde. Pouvez-vous les voir ? Elles ont des ailes plus brillantes et colorées que le cristal, n’est-ce pas ?... Mais peut-être est-il tard, déjà… »

Tout en parlant d’un ton léger, notre Eloïse dessinait des volutes du bout des doigts, comme si elle se faisait chef d’orchestre d’une chorégraphie imaginaire. Faute d’être profondément belle, elle était fort gracieuse. Et le charme surpassant parfois la beauté, la jeune baronne devait elle-même ressembler à une fée, en ce instant. Les yeux mi-clos, bercée par le vent comme si elle se laissait emporter par une musique, elle savourait ce moment de clame qui touchait à la perfection. C’est seulement lorsqu’elle posa les yeux sur son compagnon qu’elle sembla se soucier de l’heure qu’il était. Elle se demandait s’il avait des obligations et s’il n’avait pas mieux à faire à présent que de divaguer avec elle. Elle posait à présent sur le jeune homme un regard interrogateur tout en lui adressant un petit sourire d’indécision, à mi-chemin entre la taquinerie et le regret à l’idée que leur jeu prenne déjà fin.

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MessageSujet: Re: Le lac des songes.    Dim 19 Fév - 20:37

Mais Aaron se fichait pas mal d'avoir un héritier, pour le moment du moins. Comprenez, son métier lui prenait tellement de temps qu'il n'en aurait pas pour profiter de la joie d'être père. Oh certes il adorerait avoir un fils qui serait fier de son paternel fort et brave, un fils à qui il apprendrait toutes les subtilités de son art et qui deviendrait à son tour un incroyable combattant, pourquoi pas même un chevalier. Mais pour cela il fallait en contrepartie vivre avec une femme et les femmes sont si encombrantes... Oui il était mal vu d'être seul et ne pas prévoir sa descendance mais Aaron ne faisait pas attention à ces choses là. Il voulait monter dans l'échelle sociale, avoir un rôle important, voire même devenir un proche du Roi et pour cela il ferait bien des choses. Dont celle de se comporter comme tout le monde c'est-à-dire d'avoir un comportement exemplaire, respecter la fameuse étiquette. Mais paradoxalement il était loin de l'avoir puisque tant qu'il ne rencontrait pas de personne digne de ce nom il pensait pouvoir faire ce que bon lui semblait, il stagnait en somme. Et des mauvaises habitudes il en avait pris beaucoup, dont celle de pointer du doigt la jeune baronne par exemple. Baronne qui ne voulait pas lui expliquer son drôle de choix de cheval à bascule et qui ne semblait guère enthousiaste à l'idée d'avoir de grandes constructions en son honneur. Les femmes sont si difficiles à combler, en voilà une autre raison qui le rebutait à l'idée de se marier. Il ne cherchait pas l'amour, celui-ci existait-il seulement ? Il voudrait plus tard, dans un futur le plus lointain possible, avoir une vie de famille, peut être, mais si la mariée était docile cela arrangerait les choses. Le regard du maître d'armes se posa sur la courtisane qu'il observa comme si elle était une indomptable et insolente créature. Voilà qu'elle voulait l'impossible, la fontaine de jouvence, ben voyons  ! Il avait entendu parler de cette eau mystique qui donnait la vie éternelle. Cela voulait-il dire que mademoiselle voulait rêver à jamais et pour toujours rester dans leur monde inventé ? Probablement, au fil du temps il commençait à entrevoir une infime partie du caractère de la jeune fille. Jeune fille qui lui proposa de construire une sirène à son effigie... Il grimaça et secoua doucement la tête de gauche à droite. Non, vraiment, sans façon.

« Vivre éternellement est une idée qui vous fait envie ? Il y a tout de même des inconvénients comme voir mourir tous ceux qu'on aime sous nos yeux alors que nous restons les mêmes pour toujours. Et puis si nous ne la trouvons jamais cette fontaine et que nous mourrons avant d'avoir pu en boire une goutte ? Nous serions bien embêtés d'avoir cherché toute notre vie une vie éternelle qui au final nous aura fait mourir ! »

Peut être n'aurait-il pas du mais Aaron avait par suite demandé à la baronne quel serait son souhait le plus cher, ce qu'elle désirait le plus. Il s'était attendu à toutes éventualités, dont celle d'entendre diverses idées plus fantasques les unes que les autres. Mais il n'eut rien de tout cela bien au contraire, la jeune fille semblait soudainement perdre de sa gaieté. Que de sombres adjectifs elle usa pour se représenter ! Une fleur désespérée qui fanait peu à peu, séchant sur place, en voilà de tristes propos. Pauvre enfant, il ne put que la regarder d'un air chagriné pour elle. Elle disait ne pas avoir vingt ans et pensait déjà sa vie irrécupérable, c'était vraiment malheureux. Le jeune homme ouvrit la bouche mais finalement aucun son n'en sortit. A quoi bon lui répéter que la vie était pleine d'espoir, que jamais rien n'était fini et que l'on pouvait se détourner d'une fin tragique ? Elle ne l'écouterait pas, pas lui en tout cas, il était un simple inconnu rencontré par hasard avec qui elle préférait s'échapper dans un monde qui n'existait que par leur imagination. La princesse illusoire se leva soudain, il voulut la retenir de peur qu'elle s'en aille et ne fasse une bêtise mais il n'en fit rien. Des mèches de ses cheveux dorés virevoltaient autour de son fin visage aux traits désenchantés. Un instant il lui sembla qu'elle allait par folie se jeter dans le lac. Heureusement rien de tel ne se passa non. Mais une chose bien plus terrible fit son apparition alors que la courtisane ouvrit de nouveau la bouche. Aaron se passa ses deux mains sur son visage, il n'en revenait pas. Oui elle lui demandait vraiment de danser, là, tout de suite, avec elle et pour son bon plaisir. S'il avait déjà assisté à un bal à la Cour ? Avait-elle déjà oublié que dans la réalité, il était bien loin de faire partie de son monde jovial et riche ? Grand Dieu elle voulait danser quelle horreur ! Elle venait de toucher un des points faibles du maître d'armes. Il se considérait comme le meilleur danseur, lorsque qu'il combattait uniquement. La vraie danse avait toujours été sa hantise, sans savoir pourquoi il devenait le plus maladroit des hommes et écrasait au moins dix fois par minute les pieds des personnes qui l'entouraient. Non c'était une véritable honte lorsqu'il essayait il était plus ridicule qu'autre chose, il était navrant, même.

« Oh oui vous avez raison ! Fort tard, il est fort tard je ne devrais pas m'attarder ici j'ai tellement de choses à faire et puis il fait froid et bientôt la nuit sera là et nous risquons de nous perdre à jamais dans cette forêt. »


Il se leva précipitamment, désireux d'en finir au plus vite avant de ne devoir montrer ses prouesses consternantes en matière de danse. Il se leva et puis... il l'observa. Elle menait seule la danse, avec tant d'élégance qu'il en resta cloué sur place à la regarder malgré lui. En cet instant elle avait vraiment gagné son titre de princesse des fées, réellement c'était un moment assez magique. Elle était bercée par un murmure qu'elle seule entendait et exécutait de gracieux mouvements qui la rendaient incroyablement charmante. La douce demoiselle... pourquoi une si jolie créature devait-elle être si triste ? Tout cela était bien injuste, parfois Dieu avait de drôles de façons de gérer son monde. Regardez là, il lui suffisait de fermer à demi les yeux pour s'imaginer mondes et merveilles qui la faisaient bouger au rythme d'une musique grandiose même si imperceptible à ses oreilles. Et elle ne s'aimait pas, cette frêle créature qui illuminait les horizons de par sa splendeur soudaine. Non vraiment, c'était définitivement trop triste, il aurait aimer faire quelque chose pour elle. Il était rentré dans son jeu, l'avait suivi dans ses folles envies d'ailleurs mais à présent que pouvait-il faire là, planté à la regarder ? Peut être lui accorderait-il une danse en guise de présent...

« De mon point de vue vous m'avez l'air adorable, il serait réellement dommage de vous laissez de côté... »


Souffla t-il alors qu'il était comme hypnotisé par sa sorte de transe paisible. Son regard croisa soudainement le sien et Aaron tressaillit. Il lui offrit une drôle de grimace, à la fois gêné d'être pris en train de l'observer de cette façon, il réagissait aussi comme si elle avait pu lire dans ses pensées et apercevoir sa promesse de valse. A vrai dire il n'était plus si sûr. Maître d'armes, il était maître d'armes, elle trouverait bien un maître à danser avec qui elle pourrait se complaire à sa Cour. Oui c'était ridicule aussi il fit volte face et s'éloigna de la jolie fée sans crier gare. Il se dirigea vers sa monture dont il resserra machinalement la selle. Oh d'ailleurs, il était censé la raccompagner. Quel dommage il aurait préféré fuir à grand galop sans dire un mot de plus. Car à son goût il était temps de mettre fin à cette parenthèse de leur vie et de retourner dans la réalité.

« Vous pouvez rendre votre existence appréciable, il suffit de trouver les bonnes activités à faire, ou les bonnes personnes à côtoyer pour certains. Mais je ne peux m’immiscer dans votre monde, j'espère que vous trouverez quelqu'un avec qui vous amuser de la sorte. Je ne crois pas que vous méritiez d'être si malheureuse mademoiselle, sincèrement, ne vous accablez plus comme cela. »


Il s'adossa à sa monture et croisa les bras en la regardant d'un air où se mélangeait le sévère de ses paroles comme l’incapacité à lui venir en aide. Quoi qu'il en soit il lui fit signe de le rejoindre. Il la raccompagnerait puis lui dirait adieu. Il garderait un beau souvenir de cette rencontre même si elle fut assez chamboulée par moment. S'il la reverrait ? Probablement pas, ou bien au beau milieu d'une prairie que personne n'aura foulé à par eux. En somme certainement jamais, à moins qu'il ne la rencontre à la Cour lorsqu'il serait digne d'en faire partie. Dans un futur lointain ou par heureux hasard, advienne que pourra.
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Le lac des songes.
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