Forum RPG basé sur la série The Tudors
 
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 Une fois le Styx franchi...

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Eloïse du Mauroi


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MessageSujet: Une fois le Styx franchi...   Ven 24 Fév - 11:31

Poursuivie. C’était tout de même un comble que le jour où Eloïse décidait de sortir de l’enceinte du château, elle tombe nez à nez avec quelqu’un d’aussi peu accommodant. Et regardez-là, maintenant, perdue au milieu de ce dédale de rues londoniennes. Elle affichait un air perdu et furibond. Sans doute vous attendez-vous à ce qu’elle soit bientôt rattrapée par un véritable boucher entouré d’une meute de chiens sanguinaires, à la voir fuir le centre ville de la sorte. La vérité était bien pire. Sa mère l’avait prévenue d’une surprise qui arriverait bientôt pour elle à Londres. La jeune femme s’était attendue à quelques mètres de tissus pour se faire une nouvelle robe, ou à un joli tapis qui vendrait orner ses appartements. Elle comprenait mieux pourquoi son auguste maman n’avait pas voulu lui donner plus amples informations, et avait fini sa missive par : « Ma chérie, soyez ouverte d’esprit et comprenez que tout le monde ne peut pas avoir votre grâce et votre goût ». Diantre ! Eloïse aurait espéré que sa mère parviendrait à retirer ses lubies de la tête de son époux. Mais en sortant de chez elle ce matin, elle avait du faire face à une terrible catastrophe. Ses cousins éloignés et tellement riches étaient à Londres, pour « visiter leur petite Elise adorée » (on ne dit pas à les Marquis que voilà dix-neuf ans qu’ils écorchent son prénom, voyons). Ses cousins étaient des Français, mais de le pire sens du terme. Les messieurs passaient la moitié de leur temps à chasser et l’autre à se montrer fortement concupiscents. Ils étaient prétentieux, mal élevés, jaloux, hautains, farouches et irréfléchis. Les dames, quant à elles, étaient faussement modestes et réellement dépravées, médisantes, envieuses, idiotes, et dissimulées. Et son père, un homme de bon sens, voulait créer une alliance avec de tels individus ! Il voulait donner son unique fille en pâture à cette vermine bien habillée. C’était à n’y rien comprendre. Donc, quand lesdits cousins avaient pris Eloïse par le bras et l’avaient emmenée de force se promener sur le marché de Londres, notre jeune baronne horrifiée n’avait pu que les suivre sagement, tout en maudissant le jour où elle avait reçu cette lettre de sa mère. Et puis, elle avait attendu que dames et messieurs ne lui prêtent plus la moindre attention (heureusement pour elle, cela ne tarda guère : ils se considéraient sans doute déjà fort aimable d’adresser la parole à la petite fille pauvre de la famille) et s’était éclipsée discrètement. Voilà un quart d’heure qu’elle les avait quittés, et elle songea que c’était le temps qu’ils avaient du mettre pour remarquer son absence. Donc, en toute logique, ils allaient commencer à la chercher, car elle était le garant qui les présenterait au Roi, ce qui leur permettrait de se loger à la Cour.

Nous y voici, donc. Elle n’avait pas la moindre idée de là où elle se trouvait. Tout ce qu’elle savait, c’était qu’elle devait se cacher absolument n’importe où pour qu’ils ne la trouvent pas et abandonnent leurs recherches. Pourquoi ne pas rentrer à Whitehall, me demanderez-vous ? Mais parce que, pour être plus discrète, elle leur avait laissé son cheval et s’était enfuie à pied. Et retourner à la Cour sans cheval était exclus. Elle n’était plus très habituée à marcher sur de longues distances. La jeune femme pressa le pas. Sur sa droite se dressait une masure décrépie. Les portes étaient ouvertes, et elle voyait des dames et des messieurs rire aux éclats au-dessus de pichets d’alcool bon marché. De toute évidence, elle n’était pas censée être ici. Visiblement, elle était dans une rue très fréquentée de Londres, mais une baronne ne devrait pas avoir connaissance de ce genre d’endroit. Elle dut croiser dix tavernes et trois maisons closes, et à mesure qu’elle marchait, elle ne savait pas s’il valait mieux faire demi-tour quitte à repasser devant ces établissements inconvenants une seconde fois, ou continuer d’avancer sachant qu’il y aurait peut-être pire au bout de la rue. Dès qu’elle le put, elle tourna dans une ruelle, sur la gauche, qui déboucha sur une rue plus grande et un peu plus calme. Sans trop réfléchir à ce qu’elle faisait, elle ouvrit la première porte qu’elle trouva, et s’engouffra dans une maison. Elle s’étonna vaguement du fait que les gens du peuple ne ferment presque jamais leurs portes dans la journée. Elle avait l’intention de demander une chaise et un peu d’eau aux habitants de cette bâtisse, moyennant caution cela va de soit, et de repartir en vitesse par la suite.

Mais elle comprit vite pour quelle raison cette porte n’était pas verrouillée. Qui voudrait entrer dans un tel lieu cauchemardesque ? Si le but de ceux qui habitaient ici était de dissuader tout individu d’entrer, alors c’était réussi. Eloïse poussa un couinement d’effroi en regardant toutes ces épées tranchantes suspendues aux murs. Les lames luisaient d’un terrible éclat. Mille Eloïse apeurées s’y reflétaient. Et au fond, là-bas, trônait un four impressionnant dans lequel un feu incandescent, le plus effrayant du monde, grondait d’un air farouche. Et partout cette chaleur étouffante, oppressante. La jeune femme sentit la tête lui tourner. Dans un instant elle allait faire un malaise, c’était certain. Il fallait qu’elle sorte d’ici. Oui, elle aimerait mieux épouser l’un de ses orgueilleux cousins plutôt que de finir découpée en morceaux et jetée parmi ces flammes ! Elle avait toujours pensé que les enveloppes charnelles étaient inutiles et encombrantes, mais la seule idée de se trouver nez à nez avec le tortionnaire qui à coup sur habitait ici lui faisait réviser son jugement. Finalement, elle était très contente d’avoir un corps entier et bien portant, c’était tout de même fort pratique.

Notre intrépide mais pas suicidaire demoiselle fit volte face et en deux enjambées se retrouva auprès de la porte, qu’elle avait l’intention d’ouvrir, de passer, et de ne plus jamais franchir. Malheureusement, dans sa précipitation, elle renversa une petite table sur laquelle se trouvaient quatre ou cinq autres épées, qui attendaient peut-être d’être à leur tour clouées au mur. Les sournoises décidèrent méchamment de faire un bruit d’enfer en se laissant tomber au sol. Eloïse leur lança un regard noir. Excellents chiens de garde, bravo ! Certaine d’être désormais perdue, la jeune baronne se tourna de nouveau vers les flammes. Leur sanglante lumière découpait sur le mur d’en face une silhouette gigantesque et sombre. Le maître de ces lieux devait avoir une stature à la hauteur de l’épouvante que provoquait cet endroit. Et qu’allait-il faire à l’intruse ? Il n’était peut-être pas trop tard pour fuir ? L’homme dont elle ne voyait que l’ombre se trouvait pour le moment à l’autre bout de la pièce, derrière le four. Mais il avait l’air si grand et si puissant que même si elle passait maintenant le seuil de la porte, il n’aurait aucun mal à la rattraper. Mais peut-être que ses cousins allaient la retrouver ? Accomplir quelque chose d’un peu héroïque les changerait certainement de leur quotidien abêtissant. Et puis ils avaient tout de même reçu une éducation, ces garçons ! Ils devaient savoir se servir d’une arme… Au quel cas, peut-être pourraient-ils la défendre contre ce terrible personnage. Et elle, elle épouserait le plus valeureux.

Eloïse secoua la tête. Elle avait trop lu de romans de chevalerie. Ses cousins sont indolents, et ne portent d’épée à leur ceinture que parce que c’est élégant. Et puis que pourraient-ils bien faire contre un homme qui passe sa vie au milieu d’épées ? Sans doute cet homme était-il le meilleur duelliste du monde. Il ne ferait qu’une bouchée de ces enfants gâtés. Et puis, quelle horreur, jamais elle n’épouserait un homme sous le seul prétexte qu’il sait se servir d’un glaive ou d’un sabre ou de n’importe quelle lame. Dieu sait ce qu’un tel époux pourrait faire subir à sa femme ! Ainsi Eloïse décida-t-elle qu’une fois de plus, elle ne pouvait compter que sur elle-même. Et sur la bonne volonté de cet individu. Peut-être qu’il ne lui ferait rien. La demoiselle regarda autour d’elle. Cet endroit était une tanière. De deux choses l’une : soit un tel animal serait fâché de l’intrusion et s’en vengerait en la jetant dans les flammes, soit… Eloïse baissa le nez vers sa robe. Très jolie, au demeurant. Elle l’aimait beaucoup. Mais de toute évidence, elle avait l’air d’une courtisane, donc, forcément, riche. Et si elle payait sa libération ? Elle avait sur elle deux ou trois bijoux d’assez grande valeur, et un peu d’argent aussi. Et si cela ne suffisait pas ? Eloïse frémit, se souvenant subitement des maisons closes qu’elle avait vues, à deux rues d’ici. Elle s’empêcha d’y penser, s’interdisant formellement d’envisager le pire. Après tout, à deux rues d’ici dans l’autre sens, il y avait aussi de très jolies petites maisons. Le principal était de savoir de quel côté penchait l’hôte de ces lieux. Sentant qu’il approchait, la demoiselle ferma les yeux comme si elle priait intérieurement pour qu’un miracle survienne.
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Aaron Lawford

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MessageSujet: Re: Une fois le Styx franchi...   Lun 12 Mar - 20:24

Être reconnu, voilà le désir profond du maître d'armes. S'il avait réussi à s'imposer dans le monde des armes, cela ne lui suffisait dorénavant plus. Il n'était certes pas considéré comme le meilleur, il était encore moins le plus célèbre des enseignants mais il avait tout de même sa notoriété et n'avait encore jamais été vaincu. Ainsi, à ses yeux, il était meilleur. Ne faites pas l'outré, cela n'a jamais été un secret que le jeune homme ait toujours été orgueilleux. Et puis selon lui, il avait toutes les raison de l'être. Selon ses parents aussi, par ailleurs. Parlons-en de ses chers géniteurs, plus particulièrement du père auquel Aaron devait quasiment tout ce qu'il avait. C'est grâce à lui qu'il eut un goût prononcé pour les armes, c'est d'ailleurs lui qui l'entraîna toute son enfance, jusqu'à ce que l'élève dépasse le maître, ce qui entre nous ne tarda pas. Le petit génie du combat faisait la fierté de ses parents, et la sienne aussi soit dit en passant. Si bien que le paternel offrit à son fils tout ce que celui-ci réclamait. S'il lui devait la passion du combat, il lui devait aussi tout le confort de sa vie. Car papa était un homme plutôt aisé même si n'ayant jamais possédé quelconque titre de noblesse. Il avait fait la guerre, lui, auprès du précédent roi s'il vous plaît. Honneur et richesses lui furent donc accordés, à lui et à toute sa famille. Aaron ne manqua donc de rien et vint un jour où il décida de partir en ville pour se faire un nom. Là encore toutes ses acquisitions viennent de son père, celui-ci ayant des relations diverses et variées. Que ce soit sa maison, son atelier et tous les biens qu'il a pu acheter, il pouvait remercier l'homme qui l'avait mis au monde. Pourquoi raconter tout cela me direz-vous. Eh bien car une fois encore le maître d'armes plus ou moins reconnu allait recevoir une grande surprise de la part de son père. Lors d'une visite chez ses parents, ceux-ci lui avouèrent tout, impatients de découvrir la réaction de leur fils : Monsieur Lawford aux multiples connaissances avait confié avoir un enfant, mâle cela va de soi, qui s'essayait à façonner des armes. Cette information tomba dans l'oreille d'un illustre forgeron londonien, celui-ci, c'était promis, passerait à l'occasion rendre visite au jeune Aaron et l'aiderait dans son travail tout en lui donnant évidemment quelques conseils. Il sauta de joie vous vous en doutez et se prépara donc à recevoir un presque confrère, l'un des plus doués.

Voilà donc pourquoi depuis des jours voire des semaines entières l'apprenti forgeron se terrait dans son atelier jour et nuit. Il avait laissé sa profession initiale de côté pour se consacrer entièrement à la fabrication des armes. Il ne voulait en aucun cas décevoir celui qui viendrait lui faire honneur de sa présence, il voulait même être capable de le surprendre. Que celui-ci se dise "en voilà un homme talentueux, un homme digne d'être mon disciple". Aaron attendait donc, aussi anxieux qu'impatient, il travaillait d'arrache-pied et ne sortait que pour acheter quelques provisions. Une fois encore en cette journée dont la météo lui était inconnue il était depuis des heures à la fabrication d'une énième épée. Désireux d'en faire encore et encore il n'avait même pas pris le temps de ranger toutes ses créations. Son atelier ressemblait encore plus qu'habituellement à un bazar sans nom. Dire qu'il allait recevoir une illustre personne dans tout ce désordre sans même y avoir réfléchi. Il était ce genre d'homme qui font tout sur un coup de tête et ne prenne pas le temps de réfléchir avant, seulement après, lors des regrets. Quoi qu'il en soit il s'acharnait encore au travail, quand tout à coup il entendit un brouhaha. Des lames tintèrent comme si elles se battaient entre elles avant de tomber au sol dans un grand fracas. Qui diable avait osé rentrer chez lui et tout mettre en l'air de la sorte ? Mécontent il l'était, pour sûr, et la vermine qui osait s'inviter dans son repère allait passer un sale quart d'heure. Aaron délassa donc ce qu'il était en train de faire pour mettre un visage sur l'intrus. C'était peut être des enfants de la rue qui venaient encore s'amuser à mettre le désordre chez lui. Ou bien pire, était-ce celui qu'il attendait depuis si longtemps ? Son cœur ne fit qu'un bond à cette idée, ce n'était pas du tout le bon moment. Il était si peu présentable, à force de rester enfermé son visage s'était noirci, la fumée s'était invitée sur les traits de sa peau pour les assombrir. On pouvait même se demander s'il était du pays. Quant à ses mains elles étaient dans un piteux état, pleines d’égratignures en tout genre, il les avait donc recouvertes d'un tissu qui à son tour devint noir. Son réflexe fut de s'épousseter mais hélas un tel geste ne le rendrait pas tout propre.

Aaron pénétra enfin dans la pièce où se trouvait soit le voyou soit l'adulé. Voyez-vous cela, qui a votre avis était donc présent ? Ni l'un ni l'autre à vrai dire, c'était une drôle de créature qui se tenait là. Le maître des lieux fronça les sourcils, décontenancé et incompréhensif, s'il s'était attendu à voir cette...chose. Qu'est-ce qu'une jeune femme, habillée d'une robe qui en disait long sur sa richesse et munit de quelques incroyables bijoux faisait là ? Elle était plantée là au beau milieu de tout ce, disons-le franchement, foutoir et fermait les yeux, comme apeurée par on ne savait trop quoi. Son arcade sourcilière frémit, ses yeux se plissèrent et de quelques pas l'homme s'approcha. Eh oui, s'il s'en référait à ses souvenirs, il en connaissait bien une de jeune fille absolument étrange dont les faits et gestes étaient terriblement insensés. Cette même jeune fille qu'il avait fait s'évanouir de peur à des lieues d'ici était face à lui, tout aussi effrayée qu'à leur première rencontre. Comment était-elle arrivée là, savait-elle chez qui elle se trouvait et surtout qu'est-ce qu'elle fichait là ? Il se gratta la tête tout en observant celle qui ne semblait pas encore prête à faire face à la réalité. Un châtiment bien mérité pour ce faux espoir et cette déconcentration en plein travail ou un accueil chaleureux pour la rassurer ? Sa dernière tentative de plaisanterie s'était avérée être un parfait échec. Alors naturellement il fit le choix le plus approprié.

« Bienvenue au purgatoire ma fille, mets-toi nue, danse pour moi et jette-toi dans les flammes. »

Gronda-t-il d'une voix qui se voulait effroyable et ténébreuse. Voilà qui la ferait sortir de ses rêveries et regarder autour d'elle. Sachant qu'elle allait probablement tomber dans les pommes ou faire une des ses crises favorite il n'attendit pas de voir sa réaction et s'en alla au deuxième étage chercher un siège pour l'instable jeune fille. Il prit tout son temps car, si elle n'était pas déjà par terre elle devait se demander qui avait osé lui dire une chose pareille ou bien carrément trembler de peur en imaginant ce qu'allait lui faire subir l'hôte des lieux. Et cela amusait beaucoup Aaron qui décidément ne se lasserait pas de jouer avec les émotions déjà vacillantes de la jeune intruse. Pas de pitié pour les personnes lui faisant arrêter ses activités en cours. Il redescendit un bon moment après son départ, armé d'un tabouret donc sans siège. Si elle n'était pas jonchée sur le sol il le fit glisser sous ses fesses et s'installa en face de la tendre baronne.

« Mademoiselle Du Mauroi, quelle surprise. M'aimez-vous donc à ce point pour avoir remué ciel et terre dans l'espoir de me retrouver ? Amoureuse dès le premier regard, ma foi j'en suis touché. »

Il attrapa un chiffon sale qui traînait par ici et s'en servit pour se débarbouiller légèrement le visage, histoire qu'elle puisse tout de même le reconnaître la pauvre enfant. Il s'affaira finalement à ranger les lames qu'elle avait faites tomber par terre, le temps qu'elle lui réponde quelque chose. Il lui accorda un grand sourire, tout aussi chaleureux que sarcastique, il devait avoir l'air monstrueux à sourire ainsi, armé jusqu'aux dents. Il posa le tout sur le premier meuble à sa portée sans prendre le temps de les mettre bien en place. Après tout sa presque invitée n'était pas celle escomptée, au diable donc la politesse, aujourd'hui elle était chez lui, dans son antre et se plierait aux règles. En parlant de règle, qui dit invité dit boisson. Une fois encore il l'abandonna sans prévenir et s'en alla concocter deux breuvages pour elle et lui. Il se demanda soudain sil elle était du genre à boire. Probablement pas, après tout elle était par nature dans un second état sans avoir le besoin de prendre une seule goutte. Un triple état existait-il ? Avec elle il s'attendait tout, il faut dire qu'elle n'en finissait pas de le surprendre. Aaron revint à elle, presque sur la pointe des pieds comme s'il n'osait faire de bruit pour ne pas effrayer la frêle créature. Il lui tendit, non, il lui mit un verre dans les mains sans lui demander son avis puis s'assit à même le sol, face à elle. Même sans chaise il était presque aussi grand qu'elle c'est pour dire. Il fixa d'une drôle de façon la demoiselle. A vrai dire il était plutôt agréablement surpris, elle ne lui avait pas laissé un si mauvais souvenir que cela et la voir là n'était pas si déplaisant. Mais il ne lui en piperait mot, évidemment. Il se contenta de lui poser une dernière question :

« Auriez-vous l'amabilité de m'expliquer ce que vous faites là ? »
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Eloïse du Mauroi


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MessageSujet: Re: Une fois le Styx franchi...   Lun 12 Mar - 23:09

Il était affreusement angoissant d’entendre les pas du maître de séant de plus en plus proche et de garder les yeux fermés sans pouvoir regarder de quoi il avait l’air. En même temps, la demoiselle était tétanisée, et ne pouvait absolument pas ouvrir les yeux, tant ce qu’elle redoutait de voir la terrorisait d’avance. Mais alors, l’imaginaire faisait bien son travail. Elle se le figurait affreusement laid, avec de petits yeux cruels injectés de sang. Immensément grand, aussi. Peut-être même que son haleine était fétide. En un instant, la réalité laissa place à un conte effroyable, et Eloïse s’attendait précisément à ce que cet ogre l’attrape par les cheveux, et la traîne vers le four, tout en disant…
Le Maître des Enfers –« Bienvenue au purgatoire ma fille, mets-toi nue, danse pour moi et jette-toi dans les flammes. »

Oh, mon Dieu ! En disant précisément cela !... Eloïse était à présent morte de peur. Il fallait qu’elle soit bien faible, et que son esprit soit largement embrumé pour qu’elle pense sérieusement que quelqu’un pourrait dire une telle chose dans la vie réelle, sans chercher à plaisanter. Mais la plaisanterie lui aurait parue tellement odieuse qu’elle ne pensa pas un instant à cette possibilité. Qui plus est, quel genre de monstre s’amuserait à tyranniser une jeune fille noble, à lui faire tellement peur et à tirer de son épouvante un sentiment de plaisir ? Notre demoiselle en était là de ses réflexions vagabondes, lorsqu’elle s’aperçut que le tortionnaire ne l’avait point touchée. Alors, elle osa ouvrir un œil et regarder autour d’elle. Plus personne. Volatilisé. Elle ne chercha pas à comprendre le comment du pourquoi, fit volte face, et partit en courant. En tout cas, c’était ce qu’elle avait l’impression d’avoir commandé à son corps. Mais celui-ci ne bougea point. Elle était comme devenue statue sous l’effet de l’angoisse croissante. Elle entendit du bruit à l’étage. Il était donc toujours ici. Elle chancela légèrement, en le regardant descendre l’escalier. S’il s’approchait d’elle, elle allait hurler, jusqu’à ce que quelqu’un l’entende et vienne la secourir. Il était maintenant en face d’elle. Et elle le voyait sans vouloir le reconnaître. Elle ne pouvait pas concevoir qu’il ait osé lui faire une telle frayeur.
L’ Homme à qui elle allait arracher les yeux – « Mademoiselle Du Mauroi, quelle surprise. M'aimez-vous donc à ce point pour avoir remué ciel et terre dans l'espoir de me retrouver ? Amoureuse dès le premier regard, ma foi j'en suis touché »

Elle présupposa qu’il ne lui en voudrait pas de ne pas rire à sa pseudo-plaisanterie, et s’en dispensa donc. Elle affichait un air abasourdi. Et choqué. Elle n’était pas habituée à ce que l’on s’amuse à ses dépends. Mais que la même personne –une personne qu’elle n’avait vue que deux fois dans sa vie et dont elle avait fait la connaissance assez peu de temps auparavant- que la même personne, dis-je, ose à ce point se payer sa tête les deux fois où elle l’avait rencontrée… C’était inouï. Et choquant. D’habitude, ceux qui essayaient de rire au nez de la demoiselle s’en mordaient assez vite les doigts, et apprenaient rapidement à la respecter, en sa qualité de femme avec un sens de la répartie tout à fait aiguisé. Mais, à force de bien regarder autour d’elle, Eloïse songea que le jeune homme devait s’y connaître assez, en objets aiguisés. Le jeune homme disparut de nouveau, ce qui était fort bien car elle était tellement désespérée qu’elle aurait été capable de fondre sur lui et de lui marteler le torse de coups de poings jusqu’à s’évanouir d’épuisement. Elle trouva là un siège qui venait d’apparaître au milieu de la pièce elle ne savait comment. Elle épousseta vaguement l’assise du bout des doigts. Mais l’objet demeurant poussiéreux, elle envisagea de se coucher directement par terre, n’étant plus à cela près. Ceci étant dit, le maître d’armes fit de nouveau son apparition, et elle en oublia sa lassitude un instant, comme la colère montait en elle et lui donnait un nouveau souffle. Elle s’assit sur le siège sans plus de cérémonie (il fallait absolument qu’elle s’assied, et elle craignait que le jeune malotru lui vole sa chaise et s’y mette lui-même, si elle ne se pressait pas de prendre place). Elle se retrouva par ailleurs avec un verre à la main. Elle ne se demanda pas ce qu’il contenait, et le descendit d’un trait. En fait, elle ne s’était pas demandé ce qu’il contenait parce qu’il était d’une sublime évidence qu’il devait contenir de l’eau. On ne sert pas de l’alcool à une jeune femme alors que ce n’est pas le repas du soir. Et certainement pas ce genre d’alcool.
E L O Ï S E – « Qu’est-ce que c’est ? », demanda-t-elle en hoquetant, les yeux brillants, alors que sa bouche prenait feu.

Elle toussota en regardant le fond de son verre. Qui pouvait boire cela ? On aurait dit de l’acide. Habituée aux vins millésimés de France, la demoiselle avait l’impression d’avoir avalé de la lave en fusion. Eh quoi ! « Que faites-vous là ? ». Comment cela, que faisait-elle là ? Eloïse regarda de nouveau autour d’elle. Ah oui, c’est vrai, que faisait-elle là au juste ? Elle en avait oublié ses cousins, ses cousines, les maisons closes et le fleuve des Enfers. Elle reporta un instant le regard sur son verre vide. Diablement efficace, tout de même. La demoiselle se mit en arrière sur son siège, et observa le jeune homme d’un œil sombre.
E L O Ï S E – « Mais je venais vous demander de m’épouser, très cher… Vous savez que je suis à vous corps et âme. »

Elle fit cette réplique d’un ton sinistre et grinçant. Très ironique aussi, vous vous en doutez. En temps normal, elle ne serait pas entrée dans son jeu, et n’aurait certainement rien dit de tel (même par ironie, ce n’est pas convenable). Mais le monde semblait être anormal, aujourd’hui. Une chose étrange de plus ou une de moins, où pouvait être la différence ? Cependant, il souriait. Oui, il lui servait un beau sourire, qui, quoique sardonique, n’en demeurait pas moins chaleureux. Ou alors c’était l’effet de l’alcool. Mais, non, malgré son égarement, il lui semblait bien que sous ses faux airs de cruelle autosatisfaction, il n’était point mécontent de la voir. Elle poussa un soupire d’exaspération en le regardant s’essuyer le visage avec un immonde… est-ce donc cela que les gens appellent un « torchon » ? Elle sortit un mouchoir immaculé brodé à ses initiales qu’elle gardait plié dans sa ceinture, et le posa sur la table, du côté du jeune homme, en signe d’invitation à se débarbouiller correctement. Qui plus est, la demoiselle n’avait pas l’habitude de voir un homme au travail. Enfin, parfois, elle allait à la bibliothèque avec Alexandre et l’observait étudier tout en faisant semblant de réfléchir elle-même sur son ouvrage. Parce qu’il était incroyablement beau, lorsqu’il était concentré, et cela avait d’ordinaire la propriété de la déconcentrer, elle. Mais le travail intellectuel n’était pas salissant. Ce qui était parfait, d’ailleurs, car Eloïse n’aimerait certainement pas se trouver dans le même état que le jeune homme qui se tenait en face d’elle. Non, certainement pas, se disait-elle en observant le maître d’arme. Elle s’attarda sur le détail de sa mise, qui était bien différente de l’élégance avec laquelle il était vêtu l’autre jour, lorsqu’elle l’avait rencontré au bord du lac. Mais l’élégance, c’est-à-dire la mode, consiste en une savante superposition de vêtements de toutes les matières et de toutes les formes. Eloïse savait apprécier les détails des vêtements des hommes et des femmes qui l’entouraient d’ordinaire à la Cour, mais elle finit par s’apercevoir que c’était bien la première fois qu’elle se trouvait face à un homme si peu vêtu. Forcément, il fait une chaleur infernale, ici, il ne pouvait pas porter de pourpoint sans suffoquer, probablement… Mais, une petite minute !... Notre Eloïse s’aperçut qu’elle était entrain de considérer son compagnon comme s’il était un simple objet d’art, que l’on peut regarder à sa guise, et non comme une personne consciente qu’on la regarde. Elle détourna immédiatement la tête et ses joues s’empourprèrent. Vite, il fallait qu’elle trouve quelque chose à dire avant qu’il ait la grande indélicatesse (et ce serait bien son genre) de lui faire remarquer qu’une demoiselle ne devrait pas regarder un monsieur avec autant d’insistance.
E L O Ï S E – « Je suis là parce que j’étais poursuivie par de nobles cousins que je déteste. Et pourtant il me faudrait me résoudre à épouser l’un d’eux. Je voulais simplement me cacher une heure ou peut-être deux, le temps d’être sûre qu’ils ne me chercheraient plus. Quelle idée puérile, maintenant que j'y pense ! Quoiqu'il en soit, j’ai ouvert la première porte que j’ai trouvée. Comment pouvais-je savoir que vous seriez ici ? Et d’ailleurs, que faites-vous, ici ? Il fait une chaleur étouffante, c’est tout à fait insupportable… Et vous êtes odieux, soit dit en passant ! Ne voyiez-vous donc pas que je n'étais pas dans mon état normal ? J'ai failli en perdre la raison. J'ai cru... Oh, je ne sais plus ce que je croyais, mais vous êtes le pire des cruels de vous être amusé de la situation. »
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MessageSujet: Re: Une fois le Styx franchi...   Mar 20 Mar - 18:47

La réaction de la jeune intruse fut celle que le vilain plaisantin avait prévu. Elle n'avait pas rit à sa blague et semblait même outrée de ce qu'il venait de faire. En observant son visage choqué il se demanda si elle avait jamais sourit dans sa vie. Voilà deux fois qu'il croisait son chemin ou plutôt qu'elle venait à lui et jamais il ne l'avait vu esquisser ne serait-ce qu'un infime sourire. Elle paraissait toujours triste, mélancolique. Là en l’occurrence elle était juste fâchée et n'en revenait toujours pas. Lui en revanche s'en amusait encore, la voir seule et terrifiée par un mal en réalité inexistant avait été assez comique. Oh et puis ce n'était pas de sa faute si elle se trouvait toujours au mauvais moment au mauvais endroit. Ce n'était pas non plus à cause de lui si elle n'avait aucun humour. Quoique, il avait pu lui ôter le goût de rire après ses plaisanteries de mauvais goût. Mais rappelez-vous tout de même que la baronne s'était faite passer pour morte. Elle avait brillamment feint la mort sous les yeux du pauvre Aaron qui avait cru l'avoir tuée. Cette-fois si elle avait du s'imaginer se faire assassiner par un quelconque malfrat. Elle avait prétendu être morte, lui avait prétendu être son bourreau. Ce n'était donc que pure justice après tout. Certes elle lui avait fait ce spectacle pour déjà se venger de lui mais sa prestation avait été tellement crédible qu'il n'avait su résister à cette occasion de l'effrayer. Soit dit en passant elle était déjà tétanisée lorsqu'il l'avait trouvé là, ce n'était donc pas entièrement de sa faute.

Quoi qu'il en soit il était redescendu en agitant le drapeau blanc, lui offrant gentiment une boisson fraîchement servie. Mais à l'instant où il arriva, la jeune femme s'assit aussitôt sur son siège, comme une enfant qui boudait et voulait montrer son mécontentement. La pauvre petite chose... il ne pouvait que lui sourire, ses gestes étaient plus attendrissant qu'autre chose. De la même manière elle but son verre dès qu'elle l'eut en main. Tout cela se passa très vite, à une telle allure que l'on pouvait se demander s'il n'était pas dans ses habitudes de boire. D'ailleurs Aaron en fut affreusement frustré. Une femme qui buvait plus vite que lui, c'est à dire mieux ? Quelle honte pour ce grand amateur d'alcool. Il défia du regard celle qui avait osé blessé son ego et engloutit à son tour le contenu de son verre. Il faillit tout recracher lorsqu'elle lui demanda si innocemment qu'est-ce qu'était ce qu'ils venaient tous deux de descendre en moins de deux secondes. Dire qu'il avait cru qu'elle l'avait provoqué en duel, cette fille était désespérante. Il la regarda d'un air navré et préféra lui demander ce qu'elle faisait là plutôt que de lui répondre. La noble lui jeta en retour un regard noir, elle avait refait ce même regard qu'il avait trouvé si fantastique lors de leur précédente rencontre. Comment une créature pouvait être parfois si candide et de temps à autre le regarder avec un air de véritable tueuse ? Elle disait venir pour qu'il l'épouse, sa voix avait pourtant été si lugubre qu'il aurait juré qu'elle venait plutôt pour l'égorger. Il haussa tout de même les sourcils en souriant, l'air ravi par cette nouvelle puis se débarbouilla le visage à l'aide de son torché déjà tout sale. Cela sembla encore une fois choquer la courtisane qui lui tendit un mouchoir, mouchoir qui devait valoir encore plus cher que tous les vêtements du maître d'armes réunis. Aaron regarda la chose en soie sans la toucher, pas vraiment certain de vouloir tâcher quelque chose qui avait l'air si précieux. Mais bien vite lui vint encore une idée qui ne plairait pas à la jeune femme. Du bout bout des doigts il attrapa le fameux mouchoir puis il fixa son interlocutrice comme si elle avait quelque chose sur le visage avant de se redressé et de lui essuyer la joue.

« Merci, il vous restait une larme terrorisée et cela me perturbait quelque peu. »

Dit-il en lui posant son bien sur les genoux, encore une fois très fier de lui. Cela ne se faisait pas, surtout à une dame de sa condition mais elle avait à force du remarquer qu'il n'était pas toujours le plus convenable des hommes. Il se demanda quel genre d'homme pouvait convenir à celle qui lui faisait face. Elle devait être aussi difficile dans ses choix qu'elle ne devait l'être dans la vie. Vivre tous les jours de sa vie aux côtés de cette étrange demoiselle devait être une épreuve que peu d'hommes oseraient affronter, même les plus valeureux chevaliers. Mais peut être était-elle déjà mariée, après tout cela était tout à fait envisageable, elle avait visiblement l'âge de l'être. Quoiqu'une femme mariée a d'autres occupations que de sillonner les rues londoniennes. En parlant de cela, elle ne lui avait toujours pas dit la véritable raison de sa présence ici. Aaron voulu lui faire partager son impatience mais lorsqu'il posa de nouveau son regard sur elle il arqua un sourcil. Déjà de longues minutes silencieuses s'étaient écoulées, et durant ce laps de temps elle n'avait fait que le dévisager. Un énorme doute envahit le jeune homme lorsqu'il s'en rendit compte. Peut être que... elle venait réellement lui demander de l'épouser. Eh quoi il était bel homme, tout à fait charmant et qui plus est l'un des plus forts, il comprenait qu'il soit attrayant. En revanche il comprenait moins comment elle avait pu tomber amoureuse en si peu de temps, il avait dit une chose pareille pour plaisanter, sans savoir que cela pouvait être vrai. Mais cette fille était si étrange, si lunatique et capable de bien de choses improbables. Il ouvrit la bouche pour qu'elle lui ôte son doute mais elle sembla elle aussi se rendre compte qu'elle l'avait regardé un peu trop longuement. Et aussitôt, comme pour dissiper cette soudaine gêne, elle se mit à parler. Il se passa une main sur le visage, posa son coude sur son genoux puis son menton dans sa main et l'écouta d'un air tout à fait ennuyé, voire désintéressé. Poursuivie par des cousins, ben voyons, elle en disait des phrases insensées. Cette fois il grimaça, plus de doute, elle voulait qu'il l'épouse pour ne pas qu'elle ait à se marier avec l'un de ses cousins. Décidément très, trop tordue cette petite baronne. Plus elle parlait plus les yeux d'Aaron se plissaient. Voilà qu'elle lui demandait ce que lui faisait là, comme si c'était lui qui dont la présence n'était pas prévue. Il leva les bras et les bougea dans tous les sens pour lui dire de ne pas continuer à parler.

« Je vous en prie, ne me dites pas que vous étiez sérieuse... si vous l'êtes vraiment trouvez-vous un autre homme à épouser dans l'urgence. Un maître d'arme n'épouse pas une baronne, de toute façon je ne vous connais même pas. Et puis vous êtes bien trop étrange pour moi... »

Il se leva soudain puis il croisa les bras avant de regarder la jeune femme d'un air sévère. Oui il pensait qu'elle était vraiment venue intentionnellement à son lieu de travail aussi il l'accusa en la pointant du doigt.


« Comment ? En engageant quelqu'un pour me trouver ! Parce que vous vouliez que je vienne à votre secours et vous pensiez que j'étais si bête que j'allais accepter sans rien dire. Ici c'est là où je travaille, pour votre gouverne et de toute façon ce n'est pas à vous de poser les questions... mademoiselle Du Mauroi. »

Il avait tout dit à une allure folle mais avait terminé en prononçant son nom avec une lenteur voulu, se moquant incontestablement de son titre de noblesse. Il se mit à faire les cent pas. Il traversa toute la pièce en se grattant la tête, visiblement nerveux et embêté par cette situation pour le moins insolite.

« Il fait chaud parce que c'est une forge vous n'avez qu'à retirer quelques couches de vêtements, et si c'est si insupportable rien ne vous retient. Enfin si, moi, pour le moment. Parce que me traiter d'odieux alors que vous venez vous imposer à moi c'est un comble. D'ailleurs je voulais juste vous faire un peu peur, vous dramatisez toujours. Et avez-vous seulement un état normal ? Vous êtes toujours étrange. »

Aaron regarda la jeune femme d'un air mécontent puis il poussa un soupir, attrapa les deux verres comme s'il allait les briser entre ses mains puis il remonta à l'étage. Agacé, il avait décidé de boire pour se détendre et par réflexe, parce qu'il était trop poli évidemment, il avait prit les deux verres. Il se mit à les remplir tout en criant.

« Et ne fuyez pas je n'en ai pas terminé avec vous ! »

Alors qu'il revenait en bas là où se trouvait la trouble-fête, il posa les verres entre toutes les épées tranchantes qu'il avait entassé puis éparpillé pour faire de la place. Où qu'elle se trouve il lui jeta un regard noir et lui ordonna presque de venir d'un geste de la main.

« Buvez, vous serez plus calme ! Et peut être que nous découvrirons votre véritable état normal qui sait. Ah, au fait, vous êtes arrivée et vous avez tout fichu en l'air. Donc, vous êtes la seule à blâmer. D'ailleurs vous êtes chez moi, c'est à vous de vous tenir convenablement, pas moi. Allez donc retrouver vos cousins, il vous paraisse affreux parce que tout vous semble terrifiant. D'ailleurs n'est-ce pas un prétexte pour encore fuir ? »

Il s'assit par terre de la même manière qu'elle s'était assise sur son siège un peu plus tôt. Là il remua ce qu'il avait entre les mains puis il regarda longuement le contenu de son verre avant de l'avaler à toute vitesse. Il réfléchissait à ce qu'il venait de dire. Il ne s'en rendait vraiment compte que maintenant mais il était vrai que la demoiselle avait tendance à fuir bien des choses. Elle fuyait un mal qui était toujours inconnu pour Aaron, elle fuyait sa vie en inventant un monde aux mille et une fées puis voilà qu'elle fuyait à présent des cousins pour une raison tout à fait inconcevable.
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Eloïse du Mauroi


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MessageSujet: Re: Une fois le Styx franchi...   Mar 27 Mar - 13:54

« C’est inconvenant, c’est inconvenant », murmurait-elle comme une automate d’un air absent alors qu’il venait de lui essuyer la joue. Elle avait été tellement surprise de son geste qu’elle n’avait absolument pas bougé. D’ailleurs, sa joue était tout à fait immaculée. La peur aurait pu éventuellement la faire pleurer. La terreur la laissait stupéfaite et incapable d’agir. Ainsi n’avait-elle versé aucune larme, contrairement à ce que le monsieur avait l’air de dire. Mais peut-être que l’idée qu’elle ait pu pleurer face à lui flattait son égo. Peut-être qu’il tirait un plaisir malsain à consoler cette frêle jeune femme qu’il avait tellement effrayée ? Eloïse songea à sa mère et à ses conseils avisés. On ne taquine pas un monsieur, car il pourrait prendre cela pour une invitation. Eloïse s’était toujours demandé en quoi était-ce une invitation, et, surtout, une invitation à quoi faire. Mais, quand elle demandait à sa mère plus amples précisions, la dame rougissait et lui disait qu’elle comprendrait plus tard. De la même manière, sa mère disait qu’elle devait toujours être ouverte d’esprit et bienveillante envers les messieurs, mais ne jamais (ja-mais) les laisser s’approcher trop près et encore moins la toucher. Que diable ! Que pouvait bien signifier « trop près ». Eloïse avait la vague idée que si elle en venait à se poser la question, c’est que, probablement, les limites de la bienséance venaient d’être franchies. Elle se leva d’un bond, comme prête à s’enfuir, à cette simple idée. Mais la tête lui tourna et elle sentit qu’elle ferait mieux de partir dans quelques minutes. Elle se rassit immédiatement, certaine que si elle conservait une seconde de plus la position verticale, elle allait tomber. Quelle idée elle avait eue de venir ici ! Pauvre petite baronne ! Prisonnière involontaire de ce vilain monsieur qui passait son temps à lui jouer de mauvais tours ! Tenez, d’ailleurs, il s’agitait en tout sens, comme s’il avait le diable au corps. Eloïse concentra le peu d’attention qu’elle était encore capable d’accorder au monde extérieur sur le jeune homme qui semblait en proie à une drôle de colère. Comment ? Etait-ce après elle qu’il en avait ? Attendez, était-ce bien à elle qu’il osait s’adresser de la sorte ? La jeune femme se redressa et regarda machinalement par-dessus son épaule, comme si elle s’attendait à ce que son compagnon crie après quelqu’un d’autre, une personne qui devait se trouver derrière elle. « Et ne fuyez pas, je n’en ai pas terminé avec vous », lui lançait-il du haut de l’escalier. Il redescendit furibond, les deux verres remplis à la main. De tout à fait passive, la jeune femme glissait progressivement vers un tout autre état d’esprit, à le voir gigoter de la sorte. Elle n’aimait pas se faire gronder comme si elle avait cinq ans, et certainement pas par un homme aussi mal élevé que celui qui se trouvait face à elle. Mais elle le laissait parler d’un air tout à fait patient et compréhensif, ravalant son orgueil outragé comme pour laisser le temps à sa colère d’atteindre son paroxysme. Du bout des doigts, elle se saisit du verre qu’il venait de mettre au milieu de toutes les épées éparses sur la table et en observa le contenu, espérant en vain qu’il aurait compris qu’elle voulait boire de l’eau. En même temps, le précédent verre d’alcool qu’elle avait bu d’un trait commençait à faire son effet. Elle n’avait rien mangé depuis le matin, et, étant de faible constitution, elle avait dans l’idée qu’il était dangereux d’ingurgiter quelque chose d’aussi fort dans te telles conditions. Une vague de chaleur montait en elle, tandis qu’elle sentait que ses idées n’étaient plus aussi claires que d’habitude. Elle mettait un peu plus de temps à réfléchir. Et elle se sentait vacillante. Cela ne l’empêcha pas pour autant d’afficher un air dédaigneux et superbe, observant le jeune homme avec plus de hauteur que si elle avait été couronnée Impératrice.
E L O Ï S E – « Veuillez croire que si j’en avais les moyens, je quitterais maintenant cet endroit et n’y reviendrais jamais plus. Qui aurait envie de se trouver dans un tel bouge infâme ! Mais je me suis perdue et ne je crois pas que je pourrais retrouver mon chemin si facilement. Et c’est entièrement de votre faute. Vous dites que vous craignez que je veuille véritablement vous épouser, mais ce n’est qu’une manière de vous flatter, et je pense pour ma part que c’est vous qui essayez de me… Je ne sais pas ce que vous avez dans la tête, mais je crois que vous voulez me faire perdre mes moyens en me donnant du poison (elle désignait son verre d’un geste dégoûté). Que voulez-vous ? Me faire prisonnière et exiger de l’argent de ma famille ? Mais, monsieur, vous auriez mieux fait pour cela de capturer une Princesse ! En outre, je me demande bien quelle femme pourrait vouloir vous épouser. Vous êtes invivable et vous manquez de délicatesse. Quant à moi, que voulez-vous que je fasse d’un… forgeron… ? Mon père ne veut pas d’un Vicomte pour gendre, imaginez ce qu’il penserait de… »

Eloïse s’arrêta net. Qu’était-elle entrain de dire ? Que lui faisait-on dire ? Elle parlait à cet homme des décisions de son père quant à ses épousailles, elle évoquait même le Vicomte des Estrilles ! Avait-elle perdu la raison ? Son petit laïus tomba à l’eau mais peu importait. Elle était simplement abasourdie à l’idée d’étaler sa vie sentimentale devant ce monsieur. Elle se départit de sa mine altière et son visage à qui la vanité seyait si bien sembla s’éteindre tout à coup. Elle retomba dans son siège, visiblement en proie à d’intenses réflexions, comme si elle avait même occulté la présence du maître d’armes. Elle s’absenta d’elle-même un instant, maugréant intérieurement des choses insensées. Elle se plaignait de son père et de ses injustices, entre autres. Et puis, sans que l’on ne sache par quel miracle elle était redescendue sur terre, elle lança un regard las au jeune homme qui lui faisait face.
E L O Ï S E – « Qu’importe tout cela, soupira-t-elle d’une voix d’outre tombe. Vous avez tort de me vouloir du mal, c’est tout ce que je voulais vous dire. Vous me détestez, je le sais à présent. Je ne désirais pas vous importuner ni entrer dans votre tanière, croyez-moi. Le fait est que je suis là et que je ne saurais repartir dans l’immédiat. Et je vous prie de ne point chercher à philosopher avec moi, et encore moins à mon sujet. Les éclairs de génie ne vont absolument pas avec votre visage. Je ne pense pas être du genre à fuir, qui plus est, mais si seulement j’y parvenais… »

Cette fois, c’est volontairement qu’elle laissa sa phrase en suspend. Elle n’avait pas la moindre idée de ce qu’elle ferait, si elle pouvait s’enfuir. Tout le paradoxe était là : elle voulait fuir mais elle était tout à fait humaine, terriblement attachée à l’existence terrestre. Elle ne pensait pas nécessairement qu’un ailleurs serait plus enviable que cet ici. Ce qu’elle voulait, c’était un nulle part.
E L O Ï S E – « Auriez-vous l’amabilité de me servir quelque chose que je puisse boire sans avoir la terrible impression d’avaler le contenu des enfers ? Ou peut-être faut-il que j’aille au puits moi-même ? »

La dernière phrase était suffisamment grinçante pour que le jeune homme comprenne que cette dernière hypothèse était tout à fait hors de propos. Mieux valait lui enlever les mots de la bouche, à ce malicieux forgeron. Eloïse préférait dire elle-même ce qu’elle pensait que lui serait capable de lui répondre. Ainsi trouverait-il peut-être une réponse plus proche de celle qu’exigeait la bienséance. Du moins l’espérait-elle, car après tout, elle commençait vraiment à se sentir faible, et elle ne pourrait probablement pas lui tenir tête encore longtemps, s’il décidait de continuer à lui lancer des piques et à l’insulter de la sorte. En attendant que le jeune homme veuille bien s’exécuter, la demoiselle économisa ses forces et demeura silencieuse, la tête en arrière et les yeux fermés, comme pour bien signifier à son désagréable compagnon que le débat était clos.

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MessageSujet: Re: Une fois le Styx franchi...   Jeu 29 Mar - 2:52

En l'espace de rien, les deux jeunes gens avaient changé de visage. Si Aaron avait au départ été agréablement surpris de voir la demoiselle dans sa tanière, il croyait à présent qu'elle était tout bonnement venu pour qu'il l'aide à fuir ses devoirs de baronne. Il s'était mis en tête cette pensée légèrement tordue qu'elle voulait l'épouser pour ne pas avoir à se marier avec l'un de ses cousins qu'elle disait détester. Voilà une bien folle histoire mais comment pouvait-il ne pas s'en inventer de pareille face à une femme si étrange. Pourtant elle avait paru complètement choquée par sa réponse et ne cessait de dire comme tout cela était inconvenant. Il était profondément d'accord mais pour lui elle était seule fautive d'inventer un échappatoire si saugrenu. Elle s'était relevée d'une telle façon qu'il avait bien cru ne plus jamais la revoir mais aussitôt elle s'était rassise, comme incapable d'un quelconque mouvement. Même ses gestes étaient inexplicables, insensés. Cette fille n'avait aucune logique, tout simplement. Il avait secoué la tête, exaspéré puis avait poussé un las soupir tout en contemplant son verre à présent vide. Mais dès lors que la courtisane ouvrit de nouveau la bouche, il releva légèrement la tête et ne fut guère content de ce qu'il aperçut. Elle le contemplait avec tant de mépris qu'il se sentait comme un moins que rien face à une divinité. Certes elle lui était hiérarchiquement supérieure, mais qu'elle ose le regarder de la sorte était inacceptable. Et ce n'était pas tout, elle lui parlait véritablement comme à l'un de ses laquais. Elle ne manquait pas d'air, maintenant elle lui disait que c'était de sa faute si elle s'était perdue et retrouvée ici. C'était aussi de sa faute si elle n'était pas capable de retrouver son chemin. Maintes fois il manqua de la couper et de lui dire sa façon de penser, pourtant malgré tout le mal qu'elle pensait de lui il avait au moins la délicatesse de la laisser terminer. Il se contenta de lui jeter un regard noir comme s'il était prêt à l'égorger sur place. Madame sur son fier trône l'accusait à présent de... de l'empoisonner ? Aaron fronça les sourcils à s'en creuser pour toujours les rides. Qu'est-ce qu'elle inventait encore, cette fille était folle. Aussitôt il reprit la boisson qu'il lui avait offerte, jamais ô grand jamais il ne pourrait s'abaisser à ce genre de méthode. Elle l'avait mis en rogne et pour ne pas lui tordre le cou dans la seconde il entama son troisième verre. Hélas ce n'était même pas encore fini, la jeune femme plus hautaine que jamais lui fit part de son dégoût pour lui en sous-entendant qu'aucune femme ne pourrait vouloir de lui. Elle s'amusait à le provoquer et elle avait gagné, parce qu'il n'était pas difficile de blesser l'ego du maître d'armes. Et lorsqu'elle prononça forgeron comme l'on pourrait dire éleveur de cochons il se releva d'un bond. A lui d'être supérieur, ne serait-ce que physiquement, il s'éleva de toute sa grandeur et la foudroya du regard. Cette fois-ci il était plus franchement colère et le ton monta d'un cran.

« Apprenti. Apprenti forgeron, et pour votre gouverne, ma dame, je suis avant tout un maître d'armes. Vous êtes tellement faible mademoiselle du Mauroi ! Vous avez le don de vous fourrer dans des situations aussi improbables que dangereuses. Vous défaillez dès que l'on s'approche de vous car tout est trop brusque pour vous et pourtant vous courez seule dans les rues de Londres. Aussi votre père aurait mieux à faire d'un homme qui sait se battre que d'un Vicomte qui n'a que son titre pour plaire. A moins qu'il se fiche complètement de ce qui pourrait vous arriver. De toute façon je n'ai jamais prétendu vouloir de vous. Je ne vous plais pas ? Dieu merci car jamais je n'aurais le courage d'entretenir une fille comme vous et je remercie le ciel de ne jamais avoir le droit de vous épouser. !Vous êtes une baronne, merveilleux, mais vous n'avez que cela. Je ne suis qu'un simple citoyen mais moi au moins je suis heureux. Ma vie me plaît malgré ma faible position dans la société et vous avez beau vivre à la cour regardez-vous, votre visage reflète la tristesse ! Si au départ votre fragilité m'a ému vous m'êtes à présent insupportable. »


S'il avait été encore plus grossier et plein d'audace il aurait même pu cracher par terre après lui avoir fait part de sa façon de penser tellement il était sur les nerfs. Aaron était presque essoufflé, ses épaules se relevaient à chacune de ses respirations et tout ce qu'il trouva à faire pour se calmer fut de terminer le verre dit empoisonné de madame la baronne. Elle semblait être soudainement absente, encore une fois plongée dans les méandres de ses pensées. Dieu que cette fille changeait d'humeur comme de vêtement, était-il seulement possible de la comprendre ? Il lui tourna le dos et s'en alla contempler l'une de ses épées fraîchement forgées. En un geste il pourrait lui trancher la tête, mais valait-elle la peine qu'il se fasse pendre ? De toute façon elle avait l'air de savoir comment souffrir toute seule. Sa voix qui semblait sortir d'entre les morts retentit de nouveau. Il ne daigna pas lui faire face et préféra glisser ses doigts sur la lame aiguisé qu'il avait sous les yeux. Il ne lui avait jamais voulu du mal, du moins jusqu'à présent et jamais non plus il l'avait détesté. Il l'avait même apprécié, il avait voulu l'aider. Ne se souvenait-elle pas qu'il s'était prêté à son jeu de féeries pour lui redonner le sourire ? S'il s'était gentiment moqué d'elle c'est qu'il n'avait jamais su comment s'y prendre avec elle. A chaque mot, à chaque geste il avait constamment eu peur de la froisser. Il n'avait donc trouvé que cette option pour s'adresser à elle. Il était maladroit, elle était terriblement fragile. Et c'est cette maladresse qui avait tout mis en l'air. Le plus triste était que chacun s'énervait pour de fausses raisons, mais allez raisonner deux êtres aussi fiers. Il avait trouvé la jeune femme mystérieuse et attendrissante, maintenant elle lui paraissait juste ingrate et exécrable. Voilà qu'elle lui disait qu'il avait l'air d'un idiot. Il la trouva odieuse mais se contenta de pousser un énième soupir avant de lui répondre d'une voix tout aussi désenchantée que la sienne.

« Si vous le désirez je peux vous mettre moi-même à la porte, peut être parviendrez-vous à courir ailleurs. A quoi vous sert votre grand esprit si ce n'est à vous conforter dans l'idée que vous m'être supérieure ? Cela vous plaît tant de me rabaisser, vous vous sentez enfin puissante en quelque chose ? Vous ne me rendrez pas malheureux par vos mots, parce que dans le fond vous n'êtes rien, pour moi, et ce n'est pas votre parole qui va me faire sentir misérable. Allez au diable. »

Il avait beau se défendre comme il le pouvait il ne faisait que mentir. Évidemment que les paroles de la jeune femme l'atteignaient, sinon pourquoi réagirait-il de la sorte. Elle avait bien raison, il était loin d'être un génie et n'avait que ses bras pour se sentir fort. Il était la force brute elle était la force tranquille. Dans un combat pur et dur il gagnerait mais sur le long terme et dans ce type d'adversité, elle l'importait haut la main. Lui qui jamais n'avait perdu de duel, le seul fait de pouvoir perdre lui faisait horreur, surtout face à une femme, une jeune et faible femme pourtant bien supérieure à lui dans bien des domaines. Il baissa la tête et regarda son visage que lui reflétait l'une de ses fabrications. Il se coupa alors qu'elle lui demanda de lui servir quelque chose à boire de convenable. Elle l'avait fait sursauté, elle... il avait vraiment touché le fond, pourvu qu'elle s’étouffe.

« En seriez-vous capable vous qui ne savez rien faire de vos dix doigts ? »


Un ultime soupir et pourtant il s'exécuta. Plus vite il lui donnerait ce qu'elle désirait plus vite cette rencontre au départ agréable et maintenant insoutenable se terminerait. Sans jamais lui faire face il retourna à l'étage. L'eau qu'il avait ne lui servait généralement qu'à se débarbouiller mais elle était tout à fait potable. Il remplit sans trop d'amour un verre d'eau pour l’épouvantable lady et ferma un instant les yeux avant de retourner sur ses pas. Il plissa les yeux alors qu'il refaisait son apparition en bas. Voilà qu'elle semblait comme s'être assoupie.. Non décidément, jamais il n'arriverait à comprendre cette fille. Il s'approcha lentement, presque à pas de loup et s'arrêta à quelques centimètres d'elle. Il observa ce visage endormi et y trouva étrangement une légère beauté. Il aurait voulu la trouver affreusement laide pour lui dire qu'elle n'avait de plus aucun atout pour plaire mais non. Il était indéniable qu'elle avait du charme, un étrange charme certes et pourtant s'il était objectif il ne pouvait nier qu'elle était charmante. Elle avait l'air douce, tout simplement, pourtant qu'est-ce qu'elle pouvait être dure dan ses paroles. Aaron secoua doucement la tête, voilà qu'il l'a contemplait comme elle l'avait fait un peu plus tôt. Pourquoi s'attarder sur les traits d'une femme qu'il avait voulu étrangler quelques minutes plus tôt ? Sans le vouloir il expira lentement toute sa lassitude sur le visage de la baronne. Aussitôt il recula d'un pas, nul doute qu'elle allait se redresser puisqu'elle allait encore une fois se sentir en danger. Il lui tendit son dû d'un air nonchalant mais ne parvint pourtant pas à détourner le regard. Plus il l'observait plus elle lui semblait complètement irréelle. Elle n'était pas une humaine mais une créature. Tantôt sublime tantôt abominable.

«Êtes vous seulement de ce monde ? »

La questionna t-il d'un air absent. Cette phrase lui avait échappé et il haussa les épaules comme s'il ne désirait pas de réponse. Il n'avait pas le courage de changer de sujet et préféra lui tourner à nouveau le dos. Elle finirait bien par s'en aller dès qu'elle se serait désaltérée. Il s'en retourna vers ses seules amours puis se rappela que l'une d'entre elles lui avait fait part de son mécontentement alors qu'une goutte de sang perla sur le sol. Il arracha tout bonnement un pan de sa chemise et s'enroula le doigt avec. Le tissu devint très vite rouge, lui devint de plus en plus las et avait hâte de retourner travailler. Là au moins il ne se poserait plus de questions. Elle l'avait dit elle-même, il n'était pas fait pour avoir des réflexions et se plaisait de toute façon très bien dans ses activités manuelles.
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MessageSujet: Re: Une fois le Styx franchi...   Jeu 29 Mar - 21:27

Faible. Etait-elle faible ? Cette idée hérissait son courroux, mais à bien regarder le jeune homme debout face à elle, la demoiselle se sentait pour le moins petite. Elle ne l’avait encore jamais vu aussi furieux qu’en cet instant où son regard lui lançait des éclairs. Il s’était levé comme s’il avait l’intention de la frapper de rage, tel un mur qui se serait abattu sur elle. Eloïse en revint à son point de départ : s’il décidait de l’attaquer, elle ne pourrait certainement pas se défendre. En quoi cela faisait-il d’elle quelqu’un de faible ? Oui, monsieur savait manier l’épée, bravo et félicitations ! Elle n’avait pas vraiment peur. Elle ignorait pour quelle raison elle l’avait provoqué (car, après tout, et même si elle n’en avait pas immédiatement pris conscience, c’est bien ce qu’elle avait fait). Mais elle n’avait pas peur. Elle était plutôt fascinée. Cet être de sang chaud, qui peut décider à tout moment de prendre les armes et d’abattre n’importe quel adversaire… La colère lui conférait quelque chose que la jeune femme ne se trouva point capable de définir. Mais c’était quelque chose qu’elle ressentait, qui remua une partie de son âme qui semblait jusqu’alors éteinte. Mademoiselle se mettait elle-même du côté de l’ombre et de la glace. Mais lui, en cet instant, il était du côté de la lumière et des forces vitales, et cette vision la laissait pantelante. Elle avait l’impression d’observer quelque chose qu’elle n’avait encore jamais pu contempler. Jamais elle n’avait pu lire cette expression sur le visage de quiconque. Les gens, à la Cour, portent des masques de feu, mais en-dessous ils sont ravagés par les brûlures des mensonges. Et en ce qui le concernait, il semblait que, si on essayait de creuser, on trouvait quelque chose de vrai. Il ne truquait pas ses émotions.

Elle lui était insupportable. Fort bien ! La jeune femme, piquée par cette assertion méchante, garda pourtant sa langue dans sa poche, et ne répondit absolument rien, pour cette fois. En réalité, elle ne voulait plus lui parler. Elle était trop absorbée par sa contemplation. Il but lui-même le verre d’alcool auquel notre Eloïse n’avait pas voulu toucher. Eloïse se disait que, si elle avait été aussi énervée qu’il l’était en cet instant, elle aurait regardé son interlocuteur avec froideur et dédain. Ce qu’elle voyait dans le regard du jeune homme était tout autre. Il lui jetait des flammes avec fureur. Un instant, elle crut qu’il voulait réellement l’étrangler. Elle se contenta de plisser les yeux et de le regarder bien en face. C’était presque une invitation. « Qu’on en finisse, si je suis tellement abominable », parut-elle vouloir dire. Mais sans doute était-elle indigne de mourir de sa main, car il se détourna finalement pour aller contempler ses épées. Il en prit une, qui était toute scintillante, comme si elle venait d’être chauffée à blanc. Il sembla à la demoiselle qu’elle put enfin reprendre son souffle, le voyant de dos, et elle se laissa tomber sur sa chaise plus qu’elle ne s’y assit. Il continua de lui parler sans la regarder. De son côté, elle n’était plus du tout en colère, simplement épuisée. C’était un peu comme les enfants qui sont insolents, qui se font gronder, et qui, quelques instants après, ont tout oublié de la réprimande et demandent de jouer à quelque chose d’amusant. Eloïse ne savait plus pour quelle raison la situation s’étaient envenimée, et de ce fait, elle était moralement passée à autre chose.
E L O Ï S E – « J’ai bien cru y être, chez le Diable, en poussant votre porte tout à l’heure. », remarqua-t-elle simplement, d’un ton de conversation.

A présent elle était réellement assoiffée. Elle le fit savoir à son hôte, qui, en entendant le son de sa voix, sursauta et se coupa sur le tranchant de la lame qu’il tenait toujours entre ses mains. La demoiselle arqua un sourcil, ne pensant pas avoir une voix suraiguë qui puisse surprendre de la sorte, et le regarda arracher un morceau de sa chemise pour entourer son doigt ensanglanté. Ce geste la fit rire sous cape. Elle essaya de s’imaginer déchirer un morceau d’une de ses robes, lorsqu’une aiguille lui transperçait malencontreusement la peau pendant les heures de couture quotidiennes. Un tel geste serait tout bonnement improbable. Quoiqu’il en soit, elle cessa immédiatement de sourire, de peur que le jeune homme le remarque en allant lui chercher de l’eau. Elle se composa un visage neutre, et laissa aller sa tête contre le dossier de la chaise. Non, elle ne s’endormit point, elle se contenta de fermer les yeux comme pour faire le vide. Elle n’avait que faire des piques que le jeune homme lui avait envoyées quelques instants plus tôt. C’est vrai qu’elle était maladroite et qu’elle n’était pas douée pour les activités manuelles normalement valorisées chez les dames. La couture l’ennuyait à mourir, la musique ne lui plaisait que si on ne lui demandait pas de se mettre elle-même à la tâche. Et malgré ses hésitations, sa fragilité et son manque évident d’application pour les activités hautement féminines, elle était autodidacte dans certaines disciplines et s’y pliait toujours avec grâce et bonne volonté lorsqu’on l’en priait. Par exemple, elle avait une voix agréable, qui n’était point fluette, contrairement à ce à quoi on pourrait s’attendre venant d’une si chétive créature, et l’entendre chanter pouvait être plaisant. Elle faisait très bien la lecture à haute voix, et, par ailleurs, elle était sans conteste l’une des meilleures danseuses des Cours d’Angleterre et de France. Tant d’aptitudes et d’élégances naturelles qui faisaient dire à chacun qu’elle était tout à fait désirable. Mais son caractère ombrageux et sa mélancolie continuelle la desservaient si bien qu’on ajoutait toujours à cette généreuse concession des phrases de regrets telles que : « Cependant elle est une personne triste et d’humeur changeante ». C’est l’une des raisons pour lesquelles, à dix-neuf ans, elle n’était toujours pas mariée, alors qu’on célébrait presque chaque semaines les épousailles de jeunes filles à peine sorties du couvent. Eloïse faisait mine de ne pas s’en soucier. En réalité, elle était très bien toute seule, et ce n’est certainement pas la présence d’un homme « sachant se battre » qui la rassurerait. Que ferait-elle d’un tel homme ? Elle le rendrait soit malheureux soit fou à lier. Exactement comme elle venait de faire enrager le maître d’armes. Exactement comme elle tuait Alexandre à petit feu.

Cependant, elle sentit un souffle sur son visage, ce qui la sortit instantanément de sa torpeur mêlée de songes. Elle ouvrit les yeux et sembla un instant déroutée, mais son regard croisa bientôt celui de son hôte, qu’elle vit faire un pas en arrière prestement. Il lui tendit son verre sans commentaire, d’un air las. Mais il ne la quittait pas des yeux, comme si elle avait quelque chose de surprenant au milieu de la figure. Elle passa une main dans ses cheveux un peu désordonnés et se para d’un air détaché, comme si elle n’était pas du tout troublée que le jeune homme l’observe de la sorte.
E L O Ï S E – « Je vous remercie », dit-elle doucement après avoir inspecté le contenu de son verre.

Elle le but tranquillement, comme si elle voulait profiter de la fraîcheur et de la pureté de ce liquide transparent. Mais le maître d’armes lui posa une question bien singulière, les yeux toujours rivés sur elle. D’où voulait-il qu’elle soit, au juste ? Elle en vint à penser que la question ne devait pas lui être réellement adressée et qu’elle n’était que le résultat des réflexions intérieures du maître de ces lieux. D’ailleurs, il fit volte face et ne la regarda plus du tout. Elle posa son verre vide sur la table, et reprit sa position de repos sans mot dire. Elle savait qu’elle le dérangeait, mais elle était trop fatiguée pour se lever. La lassitude lui donnait envie de pleurer, ainsi ferma-t-elle les yeux pour s’en empêcher formellement.
E L O Ï S E – « Ne vous embarrassez plus de moi, je partirai bientôt, souffla-t-elle à son intention sans pourtant avoir la force de rouvrir les yeux. Je vais m’en aller. Peut-être devriez-vous reprendre ce que vous faisiez avant que je vous interrompe ? Je ne voudrais pas les rendre malheureuses elles aussi. »

Elle fit un vague mouvement en direction des épées posées près du four, en prononçant cette dernière phrase. Elle venait d’un pays lointain, d’un lieu très profondément enfoui fait d’ombre et de lumière. Au cours de son voyage, elle avait perdu le fragment de lumière qu’elle avait voulu emporter dans son périple, et désormais, il ne lui restait plus que la lueur de l’ombre. Mais c'était un secret auquel le maître d'armes ne comprendrait rien. Lui, il était lumineux.
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MessageSujet: Re: Une fois le Styx franchi...   Jeu 29 Mar - 23:22

La réaction de la jeune femme avait surpris Aaron. Elle qui d'ordinaire se faisait un plaisir de toujours redire quelque chose n'avait cette fois-ci pas dit mot. Ils s'étaient tous deux observés comme d'étranges individus mais l'homme en colère avait finalement fait volte face. Les faits et gestes de son invitée forcée le laissait toujours dans l’incompréhension. Mais à vrai dire voilà un moment qu'il avait cessé d'essayer de la comprendre, de toute façon c'était probablement impossible. Tout de même, comment était-il possible pour une si jeune fille de le mettre à ce point en colère ? Certes il avait tendance à vite monter sur ses grands chevaux mais là elle l'avait véritablement mis hors de lui et la colère grondait encore dans son cœur. Il se trouvait stupide de s'acharner de la sorte sur la demoiselle. D'un côté il trouvait cela tout de même inconvenant de sa part et d'un autre côté il se disait qu'elle n'en valait de toute façon pas, plus la peine. Elle avait fait part de son ressenti sur les lieux, qu'elle s'était crue chez le Diable en personne et qu'en conséquence son antre n'avait rien de chaleureux. A vrai elle n'était au départ pas faite pour accueillir des invités de marque, encore moins des courtisanes illuminées et perdues. Et puis qu'est-ce qu'elle était critique, il le remarquait tout juste. S'il avait été un peu trop agaçant avec ses sarcasmes elle n'était pas plus agréable avec ses remarques. Elle mit soudain fin à ses réflexions. La capricieuse noble avait parlé : qu'on lui apporte de l'eau. A vos ordres madame, le fils de chevalier s'exécuta rapidement pour que tout cela en finisse au plus vite. Il l'avait un moment dévisagé puis l'avait de nouveau délaissée après lui avoir posé une étrange question dont il doutait lui-même être l'auteur. Même s'il avait perdu de son allure effrayante il était toujours sur les nerfs, la moindre irritation de la part de la jeune femme et il repartirait aussitôt au quart de tour. Pour éviter une pareille chose il était resté dos à elle, se contentant de détailler ses armes. La colère et toutes ces boissons trop vite englouties faisaient monter en lui une chaleur insupportable. Pourtant il travaillait jour et nuit au beau milieu d'une fournaise et voilà que le simple fait de s'énerver le faisait transpirer. Il se demanda depuis combien de temps il n'avait pas mangé quelque chose alors que la tête commençait à lui tourner. Trop absorbé par ses activités il en oubliait parfois d'avoir une alimentation saine. Et son train de vie laissait à désirer. Mais à vrai dire s'il avait tenu jusqu'à maintenant c'est parce qu'il n'avait bu que de l'eau. Il faut dire qu'il ne dormait pas beaucoup non plus l'apprenti forgeron. Mais quand il était concentré il ne ressentait ni faim ni soif ni fatigue. C'était la venue à l'improviste de la baronne qui lui faisait se rendre compte que son état commençait à se dégrader. Par sa faute il se sentait de plus en plus faible, quelle atroce sensation. Peut être qu'au fond elle l'avait sauvé, qui sait, par manque de force sans avoir conscience de sa fatigue il aurait pu s'évanouir dans les flammes. Un rire nerveux s'échappa alors de sa bouche, s'imaginer un seul instant qu'elle lui était venu en aide ne faisait qu'un peu plus le contrarier. Mais il restait vrai qu'il avait besoin de repos, aussi il économiserait ses forces et cesserait de s'épuiser à se disputer avec la jeune femme. Il se passa une main sur le visage en soupirant puis lui répondit sans plus aucune énergie dans la voix.

« C'est trop tard pour cela. Et puis selon vos dire elles sont pas malheureuses de vivre avec moi. Oh, et je préfère vous raccompagner et vous ramener à vos affreux cousins. Je ne n'aimerais pas me faire accuser d'assassinat si veniez à faire une bien plus sombre rencontre. Je verrai bien ce que je ferai par la suite, je crois que vous m'avez fait prendre conscience... »


Il le se tut. Et puis quoi encore, lui faire part de son soudain malaise et la remercier de tout cœur ? Rien que l'idée de devoir l'escorter jusqu'à chez elle le fatiguait davantage. Mais il se sentait vraiment obligé de le faire. Et si quelqu'un les avait vu se disputer, si quelqu'un l'avait vu pénétrer son atelier ? Elle était absolument capable de se blesser en route, de ne pas retrouver son chemin ou de se faire enlever allez savoir. Et puisqu'elle était baronne, on chercherait certainement la tête de son agresseur. Aussi pour être certain de rester vivant il préférait ne pas tenter le diable, quoiqu'en dise la jeune femme. Aaron tourna la tête alors qu'il entendit celle-ci se lever. Il l'observa faire ses quelques pas, l'air absent, comme d'habitude. Parfois elle avait vraiment l'air d'un corps vide d'âme. C'était à la fois triste et navrant, pourtant il ne pouvait rien n'y faire, il avait déjà essayé et n'avait plus le courage de donner un peu de gaîté à la jeune fille. Une question lui vint soudain, avait-elle déjà esquissé un sourire dans sa vie ? Il lui barra la route avant qu'elle ne touche à quelque chose.

« Vous feriez mieux de rester assise, vous risquez de vous faire du mal. »

Il se demanda pourquoi il la surveillait de cette façon. Ce n'était plus une enfant, quoique, elle pouvait bien faire ce qui lui chantait. La peur qu'on l'accuse des mauvaises expérience de la baronne peut être. Mais encore une fois il ne savait jamais à quoi s'attendre avec cette jeune femme, surtout quand elle arborait un air aussi sombre. La dernière fois qu'elle lui avait fait une moue pareille elle était devenue paralysée et son esprit avait franchit la barrière d'un autre monde D'où sa question d'ailleurs de son véritable lieu de sa naissance. Cela ne l'étonnerait même pas qu'elle soit une enfant d'une autre planète. Il ne la comprenait pas, il ne comprenait pas les âmes si compliquées, sa vie était si simple à lui. Et elle, malgré son aisance oratoire et sa façon de détruire un à un les arguments de son interlocuteur, semblait bien plus complexe qu'une foule réunie. Aaron avait maintenant mal au crâne, cela ne lui ressemblait pas d'autant réfléchir mais cette fille forçait à la réflexion. Avant qu'il ne défaille à son tour il préféra s'emparer du siège précédemment offert à la jeune femme. Il se cramponna de ses deux mains à la chaise et baissa la tête comme si tous les muscles du haut de son corps n'étaient plus fonctionnels. C'était à son tour d'être immobile et silencieux. Peut être cette micro sieste lui permettrait de reprendre un peu de couleurs. Enfin sieste, il avait simplement fermé les yeux et cela ne l'aidait pas vraiment à se sentir mieux. Au contraire, il avait maintenant l'impression de tourner sur lui-même et quand ses mains ne faisaient rien c'était son esprit qui travaillait ce qui n'était point dans ses habitudes. Déjà qu'il avait mal à cette tête qui lui tournait, voilà qu'il était condamné à réfléchir. Ses pensées voguèrent naturellement vers la courtisane. Quand il y repensait, elle avait fuit pour échapper à un mariage. N'était-ce pas ce dont toutes les femmes rêvait, de leurs magnifiques épousailles ? Certes la non mariée était une créature un peu spéciale mais elle devait bien avoir des envies qu'ont toutes les dames. Tout en réfléchissant à cela il se dit que lui non plus n'était toujours pas marié à vingt-six ans, et combien de fois on le lui avait reproché. Il se demandait pourquoi elle était encore seule mais lui non plus n'avait jamais été pressé de fonder une famille avec une épouse.

« L'idée d'un mariage vous rebute à ce point ? »

Demanda t-il à mi-voix, comme s'il comprenait à moitié le ressenti de la jeune femme sans pour autant vouloir l'admettre. Un profond soupir s'échappa une nouvelle fois d'entre ses lèvres. Décidément, travailler et ne penser qu'à ce qu'il était en train de faire lui convenait bien mieux. Il se redressa après être resté inerte quelques minutes puis posa sur la demoiselle un regard presque désespéré. Il lui fit un geste de la main comme pour lui dire d'oublier sa stupide question à laquelle il n'était nullement nécessaire de répondre. Aaron se releva enfin mais chancela, il tituba jusqu'à son interlocutrice tout en se frottant férocement le front comme pour faire passer ses étourdissements.

« Dites-moi quand vous serez prête à partir Elo... mademoiselle, pardon. »

Eh bien, où était passée sa fière vigueur ? Probablement envolée alors qu'il avait dépensé son énergie à lui crier dessus. Voilà qu'il en oubliait même les bases de la politesse. Il était vraiment fatigué le jeune homme, aussi bien dans sa tête que dans son corps pourtant si robuste. C'était fou comme cette petit chose l'avait vidé de ses dernières forces. Même s'il s'était surtout dépensé à la fabrication intense de ses armes, tout de même, elle l'avait épuisé.
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Eloïse du Mauroi


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MessageSujet: Re: Une fois le Styx franchi...   Mer 4 Avr - 21:23

De son côté, la demoiselle n’était plus du tout fâchée, et avait retrouvé des couleurs. Si elle y avait réfléchi quelques instants, elle se serait détestée. Quel genre de vampire était-elle, pour se nourrir de la fougue et de la fureur d’autrui, et pour se sentir mieux dès l’instant où sa victime devenait inerte ? Mais, comme je vous le disais à l’instant, lecteur, elle n’y songea guère, préférant faire les cent pas au milieu de la pièce. Elle occulta presque la présence du jeune homme, se concentrant sur ses propres soucis. Quelle heure était-il au juste ? Et ses cousins, où étaient-ils ? Avaient-ils déjà abandonné les recherches ? Oui, très probablement. Ils étaient égocentriques. Pour se donner bonne conscience, ils auraient fait mine de partir à sa recherche pendant une demi-heure, puis, guidés par leurs estomacs, ils auraient trouvé une table bien garnie pour se sustenter, oubliant bien vite la petite Eloïse, qui demeurait évidemment le cadet de leurs soucis. Son principal soucis à elle était qu’elle avait abandonné son cheval là-bas, sur le marché, et que tout à coup Whitehall lui semblait se dresser à l’autre bout du monde. Mais l’apprenti forgeron lui adressa de nouveau la parole. Il disait des inepties auxquelles Eloïse se contenta de répondre par un haussement d’épaules. L’accuser d’assassinat ! Il était bien méchant, d’ailleurs, d’insinuer que les gens, dehors, pourraient lui vouloir du mal au point de la trucider. Eloïse frémit à cette pensée, mais comme elle avait une incroyable facilité à faire l’impasse sur les choses qui la dérangeaient, elle chassa ces lugubres songes de son esprit. Posant un regard interloqué sur le jeune homme, elle se demandait bien de quelle prise de conscience elle pouvait être l’instigatrice. Son compagnon ne voulut pas achever sa phrase (fallait-il y voir de l’orgueil de sa part ?), mais notre perspicace et jeune amie se doutait que le jeune homme était tout bonnement épuisé. C’est la raison pour laquelle il disait des bêtises et se comportait bizarrement. Lorsqu’il lui conseilla de rester assise pour ne point se blesser, la demoiselle lui lança un sourire mi-sarcastique mi-compatissant. Le voyant tituber vers elle, elle fit quelques pas en arrière et tendit les bras devant elle, comme pour le tenir à distance. S’il lui tombait dessus ils seraient bien avancés ! Allez donc tenter de soulever un poids presque mort quand celui-ci fait deux fois votre corpulence ! La jeune femme secoua la tête d’un air dépité.
E L O Ï S E – « Pauvre ami, vous voici bien mal en point. »

Il aurait été impossible de distinguer la part de moquerie de celle de compassion qui coexistaient dans cette simple phrase. La demoiselle souhaitait vraisemblablement faire passer cela pour une pique, mais malgré tout, et aussi pessimiste soit-elle, elle demeurait bien plus charitable qu’elle voulait le faire croire. Elle esquiva le jeune homme et alla pousser la chaise derrière lui. Et puis, de retour devant lui, elle se mit sur la pointe des pieds et posa ses deux mains sur ses épaules, pour exercer sur lui une légère pression.
E L O Ï S E – « Je vous prie de vous assoir, monsieur. Et ne prenez pas de grands airs, je n’ai pas peur de vous. On n’a pas idée de travailler jusqu’à l’épuisement ! Quand avez-vous dormi pour la dernière fois, au juste, j’aimerais le savoir ! Et après, il ose me parler comme si je n’étais qu’une enfant. Mais moi au moins j’ai conscience de mes limites. »

Elle fit comme chez elle, puisque le maître de séant n’était visiblement plus maître de lui-même, et monta à son tour à l’étage, où elle ne tarda pas à trouver de l’eau. Elle en servit un verre, se planta de nouveau devant lui et le lui tendit. Elle arborait une telle expression de défi et de détermination qu’il aurait fallu être fou pour songer à contester son ordre silencieux. Elle alla ensuite ouvrir en grand la porte d’entrée, dans l’espoir de faire entrer un peu d’air frais dans cet endroit enflammé. La chaleur était en effet infernale, et Eloïse ne comprenait pas comment il pouvait y passer ses journées entières. Une brise légère passa bientôt le seuil de la porte et s’invita à entrer pour effectuer quelques pas de danse en direction du jeune homme exténué. Peut-être allait-il s’enrhumer, mais, au moins, cela lui éviterait de défaillir au milieu de cette fournaise. Eloïse versa de l’eau dans ce qui lui semblait être un récipient pour se laver les mains, et y plongea son mouchoir.
E L O Ï S E – « Le mariage, dit-elle à l’intention du jeune homme, ne me rebute pas (quel vilain mot !). Mais il m’est simplement inutile car je sais fort bien m’occuper de moi toute seule. En ce qui vous concerne, à l’inverse, vous feriez mieux de vous trouver une épouse pour prendre soin de vous, car, à force de vous oublier de la sorte, vous risquez un jour de tomber et de ne jamais vous relever. Ou, faute d’épouse, prenez au moins un chien ! Je suis certaine que vous les traiteriez l’un et l’autre à peu près de la même manière, et que vous n’y verriez que du feu… »

Veuillez comprendre, lecteur, qu’Eloïse se sentait obligée de le gronder et de lui dire des choses désagréables, pour éviter de lui montrer qu’il lui avait vraiment fait peur. Elle avait cru qu’il allait tomber évanoui à ses pieds. Et qu’aurait-elle fait, alors ? Sans doute aurait-elle été prise de panique, mais elle aurait été incapable de trouver de l’aide. Or, en ce qui la concernait, elle savait que la colère était bien la seule émotion capable de la tenir éveillée et consciente, lorsqu’elle se sentait mal. Ainsi parlait-elle de la sorte au jeune homme dans l’espoir qu’il ne se pâme point et qu’il soit bien certain qu’elle ne bougerait pas d’ici avant qu’il ait complètement repris ses esprits. Elle s’approcha de lui les sourcils froncés et lui mit le linge humide dans la main, en lui ordonnant de le mettre sur son front. Il n’était pas nécessaire d’être médecin pour comprendre que la chaleur qui régnait en ces lieux indisposerait un cheval. Cela ne l’étonnait guère que le jeune homme soit dans un piteux état, à force de travailler sans relâche dans de telles conditions. Néanmoins, la demoiselle commençait à s’inquiéter. Un regard circulaire lui permit de comprendre (et d’espérer profondément) qu’il ne devait pas vivre ici. Sans doute n’était-ce que son lieu de travail, et il devait habiter à quelques maisons d’ici. Eloïse avait bien compris qu’elle ne risquait pas de rentrer à Whitehall de si tôt, car elle était bien plus en état de marcher que ne l’était le jeune homme, aussi grand et fort soit-il. Et elle n’avait nulle intention d’essayer de le porter sur son dos ou de le traîner à sa suite (vision grotesque !), alors, jusqu’à ce qu’il aille mieux, elle allait devoir rester auprès de lui. Jusqu’à ce qu’il puisse décemment la ramener chez elle.
E L O Ï S E – « Où habitez-vous ? Si ce n’est pas trop loin, peut-être pourrions-nous nous y rendre. Cela vous permettrait de vous étendre sur votre lit et j’aurai ainsi moins de soucis à… »

Moins de soucis à me faire ? Est-ce qu’elle s’inquiétait pour lui, vraiment ? Quelle drôle d’idée ! Eloïse n’avait rien d’un elfe bienfaisant ! Du moins, elle espérait que son pauvre compagnon ne la prendrait pas pour une fée protectrice, car cela ne lui plairait guère. Mais que pouvait-elle faire d’autre que je veiller sur lui jusqu’à ce qu’il aille mieux ? L’abandonner là aurait été profondément inhumain. Et lui, il lui était déjà venu en aide une fois, alors, elle lui devait bien cela, en quelque sorte. Elle avait un peu peur que le maître d’armes n’aime pas être commandé par une femme, mais tant pis pour lui ! Il n’était pas en état de protester ou de faire le fier-à-bras. Elle non plus n’était pas au meilleur de sa forme, ainsi ne supporterait-elle aucune opposition de sa part. Une femme d’une telle qualité avait mieux à faire que de materner un ours mal léché, n’est-ce pas ? Eloïse remonta son châle sur ses épaules et croisa les bras, visiblement prête à partir, puis l’observa d’un air sceptique, comme si elle évaluait intérieurement ses chances de soutenir un tel homme, une fois qu’il serait debout et chancelant. Elle en vint à prier pour qu’il n’habite qu’à peu de distance. Cependant, elle était certaine qu’ils seraient mieux n’importe où ailleurs, et c’est pourquoi elle pressa du regard son compagnon, lui signifiant en faisant la moue que s’il osait prononcer ne serait-ce qu’un mot contre elle, elle le traînerait hors d’ici avec ou sans son consentement, même s’il lui faudrait s’échiner et s’épuiser à la tâche. Et il verrait bien, si un « non » était envisageable, pour la Baronne de Montmouth !...
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MessageSujet: Re: Une fois le Styx franchi...   Dim 8 Avr - 4:13

Jamais plus ! Voilà ce qu'il se répétait inlassablement dans sa tête. Une fois ramenée chez elle, jamais plus il ne recroiserait cette baronne. Comprenez, voilà deux fois qu'il croisait son chemin par hasard et deux fois qu'elle le mettait dans un état pas croyable. Elle avait probablement ce don de ne laisser personne indifférent, sûrement pour le plaisir de certains mais surtout pour le malheur du pauvre Aaron qui se sentait faiblir à chaque seconde qui passait. Oui il rejetait la faute sur elle parce qu'il ne voulait pas s'avouer s'être amoindri par lui seul. S'il était si fatigué c'était uniquement à cause d'elle, de ses gestes et de ses mots. Il était bien mal en point, lui disait vraisemblablement sarcastiquement la fauteuse de troubles ambulante. Puis après être passée à côté de lui pour ramener le siège où elle s'était précédemment assise, elle... (oh vraiment?) elle voulut le forcer à s'asseoir. Le travailleur épuisé dédaigna du regard celle qui, on ne savait pas trop pourquoi, faisait mine de s'inquiéter de son état. Elle était obligée de s'élever pour arriver à la hauteur de ses épaules et tenter d'appuyer sur celles-ci. Il l'écouta tout en la fixant d'un regard noir, sans jamais s'abaisser un seul instant. Voilà qu'elle lui disait ne pas avoir peur de lui, quel cran. Rien que pour lui prouver qu'il était bien plus puissant qu'elle il aurait bien à son tour posé ses mains sur ses épaules jusqu'à ce qu'elle flanche, cette petite chose insolente. Mais voilà qu'il la voyait danser, la tête lui tournait, ainsi que toute la pièce et il fut forcé de s'asseoir pour ne pas lamentablement tomber. En revanche aussitôt qu'elle eut terminé sa dernière phrase il ne put s'empêcher de s'exclamer.

« Je n'ai aucune limite ! Je dors quand j'y pense, voilà tout. Et de toute façon qu'est-ce que cela peut bien vous faire... enfant que vous êtes. »

Termina t-il sur un ton de défi. Oser lui dire qu'il pouvait avoir des limites, lui, le maître d'armes invaincu, quel toupet ! Ce n'était pas une femme qui allait lui donner des leçons, qu'elle soit baronne ou reine du royaume. Oust vilaine chose, il fut satisfait lorsqu'elle le laissa seul. Le fait qu'elle aille et vienne comme si les lieux lui appartenaient ne le chiffonnait pas plus que cela, pourvu qu'elle disparaisse de son champ de vision. Mais non, la revoilà à la charge, se positionnant fièrement face à Aaron qui lui montra de par son expression faciale ô combien il n'était point heureux de la revoir si rapidement. Surtout que, croyez-le ou non, alors qu'elle lui tendait un verre, elle le regardait à présent comme si elle était capable de le réduire en poussière d'un seul geste s'il venait à refuser l'offre. Elle lui refaisait encore ce regard qui l'avait impressionné à leur première rencontre. Mais cette fois-ci il s'en fichait un peu et ne prit pas le temps de la dévisager comme il se le devait. Il haussa les épaules et prit d'une main son breuvage qu'il croyait évidemment être du vin. Un verre de plus ou de moins vous savez, aussi il l'avala comme tous les autres, d'une seule gorgée. Il fut bien mécontentant de ce liquide sans aucune saveur et ne se garda pas de le lui dire.

« Cette chose n'a aucun goût ! »

Rouspéta t-il en posant l'abomination par terre avant de croiser les bras comme s'il boudait. Un souffle trop longuement oublié par l'apprenti forgeron s'engouffra dans son atelier. C'était assez même très agréable, mais remercier la demoiselle pour son bon sens lui écorcherait les lèvres. Il se contenta de fermer les yeux et de profiter de cet air frais comme s'il l'avait lui-même invité à rentrer. Alors qu'elle s'affairait à une autre tâche, allez savoir laquelle, la courtisane répondit à sa question posée sur le mariage. Elle lui expliqua qu'elle n'avait seulement pas besoin que l'on s'occupe d'elle puisqu'elle était capable de le faire elle-même. Elle aurait pu s'arrêter là, cela aurait suffi à Aaron mais non, une fois encore elle décida de donner son point de vue quant aux épousailles du monsieur ronchon. Elle lui conseilla de prendre une femme, sous-entendant donc qu'il n'était pour sa part pas capable de prendre soin de lui. Ou un chien, qu'il traiterait de la même sorte, insinuant cette fois-ci qu'il n'était qu'un malotru dépourvu de galanterie. Même si après tout elle n'avait pas tort, il préférait encore devoir garder un chien qu'une femme.

« Si je dois me marier un jour, c'est pour avoir une descendance, un fils, comme le veut mon père. Savez-vous comment l'on fait des enfants ? Aussi vous comprendrez que cela serait difficile avec un chien. Quoi qu'il en soit je me passerais de vos conseils. J'espère vivement qu'on vous mariera à quelqu'un qui vous remettra à votre place. »

Se contenta t-il de répondre d'un ton las. Ce qu'elle ne savait en revanche pas (eh oui, le petit génie ne pouvait pas tout savoir) c'est que des femmes, il en avait connu, beaucoup, et que s'il avait voulu d'une épouse, il en aurait déjà eu une. Et puis elle parlait comme sa mère, c'était d'un barbant. Ah, si elle savait combien de fois la discussion revenait sur le couvert à chaque fois qu'il rendait visite à ses parents. Quand est-ce que tu te décideras à fonder une famille qu'on lui répétait à longueur de journée. Lui préférait vivre seul, il n'avait pas le temps de s'occuper d'une femme et d'un rejeton. Il avait des projets, des grands projets et ne souffrait aucunement de son statut de célibat. S'il aimait la compagnie des femmes, c'était uniquement pour un instant, et quand chacun était de préférence nu. D'ailleurs il n'avait aucunement besoin que l'on s'occupe de lui. A ses yeux se faire assister signifiait perdre sa virilité ainsi que son statut de mâle dominant. Il aimait faire les choses par lui-même parce que tout ce qu'il entreprenait valait mieux que ce que faisait une femme. Et puis d'ailleurs, elle le prenait pour qui, un pauvre idiot qui ne savait pas marcher sans qu'on l'épaule ? Il lui arracha presque son mouchoir des mains et préféra mettre celui-ci sur sa tête, de cette façon là au moins, il tenait tout seul même si par conséquent il devenait absolument inutile. Elle lui demanda soudain où il habitait, si ce n'était pas trop loin, s'ils pouvaient y aller pour qu'il puisse se reposer et qu'elle s'inquiète moins. Il haussa les sourcils, depuis quand elle se souciait de lui ? Et puis l'idée ne lui plaisait guère, les seules femmes qu'il avait ramené chez lui voyez-vous ça n'avait jamais été pour discuter mais pour pratiquer une activité disons charnelle. D'ailleurs Aaron ne voulait pas s'allonger, quand allait-elle comprendre qu'il était bien plus fort qu'elle ne croyait ? Elle mettait en doute ses capacités et cela avait le don d'irriter le maître d'armes qui alors, fit quelque chose de probablement effrayant pour la jeune fille. Sans au départ expliquer son geste, il ôta tous les habits qui lui couvraient le haut avant de les jeter furieusement par terre, se retrouvant à présent torse-nu face à la demoiselle. Son corps était parsemé de diverses et plutôt légères cicatrices mais une bien plus profonde retenait l'attention. C'est d'ailleurs elle qu'il pointa du doigt d'un air agacé, elle barrait horizontalement son ventre, juste au dessus du nombril.

« Ce jour-là j'ai failli mourir, en contractant de toutes mes forces mon abdomen, j'ai réussi à stopper l'avancée de la lame qui découpait mon ventre. Par ma seule volonté j'ai survécu à mes blessures. Savez-vous tout le sang que j'ai perdu ? Savez-vous combien de jours il a fallu pour que je m'en remette pleinement ? Et vous pensez sérieusement que quelques nuits de sommeil en moins vont me coûter la vie ? Il suffit, je vous ramène immédiatement chez vous, à vos cousins diaboliques qui vous vont très bien, que chacun retrouve ses occupations ! En route baronne incorrigible ! »

C'était certes fort inconvenant de se déshabiller de la sorte face à une femme mais il avait absolument voulu lui montrer ses fières cicatrices et pourquoi pas par la même occasion son corps bien bâti. Et voyez-vous, après trois verres engloutis d'une traite sans avoir mangé un seul morceau, l'alcool qui coulait dans son sang commençait à faire des ravages. A cela s'ajoutait de plus la fatigue qui lui ôtait toute faculté de réfléchir convenablement. Mais hélas c'était ainsi, et il était bien décidé à raccompagner la lady jusqu'à chez elle maintenant et tout de suite. Sans prendre le temps de se rhabiller il se dirigea vers la porte de sortie, marchant par ailleurs aussi droit qu'un verre de terre. Son passage fut catastrophique, il renversa toutes les épées qu'il avait plus ou moins rangées sur la même table, fut à deux doigts de se prendre la pointe de l'une d'entre elles dans le pied et surtout manqua de tomber dans cette marée aiguisée où il aurait à coup sûr été perforé de toute part. Le maladroit et surtout un peu ivre maître d'armes fort heureusement de justesse se rattrapa. Il se colla contre le mur en reprenant sa respiration, ses épaules se soulevaient frénétiquement à chaque inspiration. Conscient qu'il venait de passer très près d'une mort atrocement stupide il regarda la jeune femme témoin du triste spectacle comme un gamin sur le point d'être puni.

« J'habite près d'ici oui... »

Murmura-t-il tout en observant l'ampleur des dégâts. Son mouchoir mouillé toujours sur la tête, il se munit de celui-cil et s'épongea rapidement le visage. Peut être qu'elle avait raison, mieux valait qu'il se repose un peu avant de ne provoquer un autre accident. Il poussa un long soupir comme pour se remettre de ses émotions et contourna la flopée d'armes tranchantes. Et il sortit, sans attendre la courtisane qu'il incitait de la sorte à le suivre immédiatement, vêtu seulement d'un pantalon. Heureusement il n'habitait pas bien loin comme il l'avait dit, à peine quelques maisonnettes plus loin. De toute façon il n'avait même pas conscience de tous ces regards suspicieux qui se posaient sur lui, il n'avait en tête que son itinéraire pour rentrer chez lui. Mais fallait-il encore qu'il retrouve son chemin, aussi court était-il, pour espérer s'allonger un moment et en finir avec cette folle histoire.
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Eloïse du Mauroi


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MessageSujet: Re: Une fois le Styx franchi...   Dim 8 Avr - 19:13

Comme il pouvait être agaçant, avec sa vanité toute masculine et sa façon de monter si vite sur ses grands chevaux ! La jeune baronne, qui n’avait pas pour habitude de jouer les bonnes sœurs charitables, se vit obligée de rassembler toutes ses forces morales pour ne pas le gifler, lorsqu’il la traita d’enfant. Est-ce qu’un simple « merci » le tuerait ? Ou, mieux encore, était-ce donc impossible pour lui de se taire et d’obéir ? La demoiselle avait horreur de parlementer lorsqu’elle savait qu’elle avait raison. Ils gagneraient tellement de temps et d’énergie si le monsieur voulait bien obtempérer silencieusement ! Eloïse soupira d’un air exaspéré lorsqu’il croisa les bras d’un air boudeur. Et c’était elle, l’enfant ! Mais, très cher, les hommes restent éternellement des enfants ! Contrairement aux dames à qui on vole leur enfance le plus vite possible, et qui doivent devenir grande à peine écloses, les messieurs, eux, poussaient libres de conserver tous leurs défauts puériles : l’insolence, les caprices, les crises de colère… Et les dames devaient se montrer conciliantes et douces, sans quoi on les appelait considérait comme furieuses et instables. Ainsi, la baronne se contrôla-t-elle de son mieux, et l’observa boire le verre d’eau. Il prit une mine de petit garçon qui devait ingurgiter un remède au goût infâme, et repoussa le verre loin de lui. Eloïse lui tourna immédiatement le dos et alla ouvrir la porte, de telle sorte qu’il ne put voir son air amusé. Cependant, elle se départit vite de cette expression hilare, en entendant les propos scandaleux que tenait le jeune homme. Comment fait-on les enfants ! Avait-il simplement conscience qu’il s’adressait à une dame, une vraie, et pas à une de ces filles de village à peine plus féminines que les rustres qu’elles fréquentaient toute la journée ? La baronne sentit ses joues s’empourprer, tandis qu’elle cherchait un moyen de le faire taire. Quelles vilaines images ce monsieur lui mettait dans la tête ! Et ce chien… Quelle idée avait-elle eu de parler de cela ! Néanmoins il n’entra pas plus dans les détails qu’il ne l’avait déjà fait et acheva son insolent discours par une phrase abominable qui fit à la jeune femme l’effet d’un coup de fouet. La remettre à sa place ! Et que savait-il de sa place, et comment osait-il lui parler de sa place ? Eloïse porta sur lui un regard égaré, comme si elle ne pouvait pas concevoir qu’il lui ait dit une chose pareille. A elle. Elle attendit un instant, simplement pour voir s’il allait avoir le bon sens de s’excuser ou de faire mine de vouloir rectifier ses propos. Mais cet animal-là était trop arrogant pour pouvoir éprouver ne serait-ce qu’une once d’humilité.
E L O Ï S E – « Dans ce cas, monsieur, nous sommes deux à avoir besoin qu’on nous remette à notre place, semble-t-il. », murmura-t-elle d’un air étrange, comme si elle souffrait beaucoup.

Elle n’était peut-être qu’une femme, mais une femme noble valait mieux qu’un homme rien du tout. Et même si elle aurait voulu de tout son être que les choses soient autrement, elle ne pouvait pas le laisser lui parler comme si elle était moins que lui. Pour le coup, elle se sentait exactement égale à lui, et l’idée qu’il la regarde comme une chose faible d’un autre sexe lui était insupportable. Ce manque d’égard et de délicatesse la laissait abasourdie et d’humeur chagrine. Lui ne sembla pas s’en soucier, ni même le remarquer, et il… il ôta sa chemise. Eloïse l’avait vu faire du coin de l’œil, mais elle n’avait pu y croire immédiatement. Elle tourna la tête de son côté, pour vérifier qu’elle avait correctement vu, tout en espérant avoir rêvé. Or, il était réellement dénudé, face à elle, et celle-ci se crut dans une farce de très mauvais goût car jamais elle n’aurait imaginé qu’elle se retrouverait un jour dans une situation aussi abracadabrantesque. Il lui montrait une longue cicatrice qu’il avait sur l’abdomen. Elle ne voulait pas en voir davantage, ayant conscience que tout ceci était le comble de l’inconvenance. Elle détourna la tête et regarda le sol, comme si elle trouvait soudainement un intérêt particulier aux lattes du plancher. Il l’aurait humiliée jusqu’au bout, n’ayant aucune considération pour elle. Elle était tellement choquée qu’elle arriva à peine à entendre ce qu’il lui disait. Il lui racontait l’histoire de cette blessure guerrière. Et alors ? En quoi cela pouvait-il bien l’intéresser ? D’ailleurs, si elle avait été un peu méchante, elle lui aurait répondu qu’elle aurait préféré que son adversaire lui coupe le corps en deux, comme cela elle ne serait pas entrain de vivre la situation la plus dépravée de toute son existence. Quand il eut fini son assommante tirade, la baronne, regardant toujours ailleurs, se contenta de hausser les épaules et de répliquer d’un ton lugubre
E L O Ï S E – « Si vous saviez à quelles blessures j’ai survécu, moi. Sous prétexte que cela n’a pas laissé de cicatrice, ce serait moins grave. Vous vous trompez de virilité, monsieur. Vous croyez qu’elle réside dans la valeur guerrière et le dédain pour tout le reste. L’idée que l’on veuille vous aider par simple amabilité vous fait horreur car vous pensez que cela vous diminue. Vous avez tort et c’est dommage pour vous. Je suis plus forte que vous car j’ai survécu aussi et parce qu’en plus je me plains moins que vous. Mais cela vous ne pouvez pas l’imaginer, n’est-ce pas ? Je suis une femme c’est-à-dire que je ne suis rien, je l’ai fort bien compris. Je retrouverai mes cousins toute seule, inutile de me raccompagner, vous m’avez suffisamment humiliée et blessée pour aujourd’hui. »

Sur ce, elle fit volte-face et s’apprêta à partir. Mais un véritable vacarme la figea sur place. Elle regarda par-dessus son épaule et vit toutes les épées par terre, en amas désordonné. Le jeune homme avait du les faire tomber en bousculant la table sur laquelle elles étaient entassées, exactement de la même manière que la demoiselle les avait renversées en voulant s’enfuir, au moment où elle était arrivée ici. Juste retour des choses. Mais le jeune homme avait l’air passablement dépité. Il eut une drôle de façon de se plaquer contre le mur, comme pour se calmer. Eloïse, fatiguée de toute cette scène plus qu’éprouvante, croisa les bras et demeura silencieuse, jusqu’au moment où le maître d’arme de retourna en disant qu’il n’habitait pas loin. Et il partit. La demoiselle trouva cette sortie quelque peu déroutante, mais elle comprit qu’elle ferait mieux de lui emboîter le pas. Sait-on jamais, dans son état, il pourrait errer toute la soirée dans les rues de Londres sans parvenir à trouver la porte de chez lui. Elle le suivit, gardant une distance de quatre ou cinq pas. Il allait tomber malade, ce doux imbécile, à marcher torse nu dans la rue, alors que le soleil commençait à faiblir et que la brise qui leur courait après se rafraichissait sournoisement. Mais elle n’allait certainement pas lui conseiller de se rhabiller. Elle n’avait pas la moindre envie de déclencher une nouvelle avalanche de reproches. Alors, elle se contenta de garder un œil sur lui tout en se demandant laquelle de ces maisons pouvait bien être la sienne. En même temps, elle n’aimait pas cet endroit. Elle commençait à se féliciter de ne pas être sortie de chez lui furieuse et aveuglée, car ces rues ne ressemblaient en rien à celles qui entouraient Whitehall. Ce n’était pas affreusement mal famé, mais il était évident que ceux qui vivaient ici n’étaient pas des Comtes ou des Marquis. A cette distance, on entendait encore assez bien le brouhaha de la rue d’à côté, pleine de tavernes et de maisons de mauvaise fréquentation. Et comme à chaque fois que l’on se retrouve dans un lieu inconnu et potentiellement dangereux, on se monte vite la tête. Au premier bruit étrange qu’elle entendit venant d’une ruelle adjacente, la demoiselle fit un bond en avant et alla vite rejoindre le jeune homme dénudé. Elle ne dit rien de peur qu’il se moque encore d’elle et de ses craintes insensées, mais elle resta près de lui.
E L O Ï S E – « Est-ce encore loin ? », ne put-elle s'empêcher de demander d’un ton plus anxieux qu’elle ne l’aurait voulu, tout en jetant des regards peu rassurés autour d’eux.

Et puis elle n’aimait pas qu’ils se fassent remarquer à cause de l’accoutrement du jeune homme. Quoiqu’en y regardant à deux fois, elle en vint à se demander si c’était la demi-nudité du maître d’arme qui attirait les regards, ou plutôt sa jolie robe de Cour à elle, qui détonnait finalement bien davantage avec les accoutrements des individus alentours que ne le faisait la tenue de son compagnon. Oh, elle n’aimait vraiment pas cette ambiance. Elle jeta un regard derrière eux, persuadée qu’on les suivait. C’est cette curieuse impression que l’on éprouve quand on se croit épié mais que l’on n’arrive pas à savoir d’où vient le regard que l’on sent sur soi. Sauf que, tout autour, il y avait du mouvement, et que la baronne ne parvenait absolument pas à savoir si elle divaguait ou s’ils étaient effectivement suivis. Elle leva le nez vers Aaron, et chuchota quelques mots à son adresse :
E L O Ï S E – « Vous n’avez pas l’impression que… ? ». Mais elle se ravisa, décidant finalement de se taire, avant qu’il la traite encore de petite fille effrayée.
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MessageSujet: Re: Une fois le Styx franchi...   Mar 10 Avr - 16:57

Sans prendre le temps de se couvrir un minimum l'homme marchant de travers s'était précipité dehors, ayant comme objectif de rentrer chez lui au plus vite. Il n'avait pas attendu la demoiselle qui lui avait pourtant suggérée cette idée et avançait à grandes enjambées. Il scrutait l'horizon comme s'il était à la recherche d'une proie, concentré comme un véritable chasseur alors qu'il ne souhaitait que trouver la bonne maison. Sans faire attention aux regards étonnés qu'on lui portait il faisait des signes de tête à tous ceux qu'il croisait, croyant en reconnaître la plupart. Aaron en avait presque oublié celle qui l'avait maintenant rattrapé, il ne se souvint être accompagné que lorsqu'elle lui posa une question à laquelle il ne répondit d'ailleurs pas. Il avait hésité à se moquer d'elle et lui dire qu'il faudrait encore marcher deux bonnes heures mais, sa mémoire légèrement embrouillée, il avait bien peur que cela ne se révèle être vrai. Il marchait sans rien regarder d'autre que devant soi, chancelant, ses jambes le menait parfois à gauche, parfois à droite et maintes fois il manqua de rentrer dans une personne. Ce n'est que lorsque la baronne lui chuchota un début de phrase qui laissait deviner son inquiétude qu'il s'arrêta net. Apercevant la mine effrayée de la jeune fille il jeta enfin un regard autour de lui. Effectivement, beaucoup d'individus les épiaient et comme elle n'avait avait pas osé lui dire, certainement beaucoup d'autres les avaient suivis. Il n'avait nullement l'intention de la charrier cette fois-ci puisqu'elle avait entièrement raison, ceux qu'ils regardaient tous, c'était la noble dame vêtue d'une splendide robe. Aaron aurait bien pu être nu comme un ver que cela n'aurait rien changé. Tout en se raclant la gorge, le maître d'armes tira alors légèrement sur son pantalon. Non il ne se déshabillait pas encore, il focalisait juste l'attention sur lui de façon à ce que tout le monde aperçoive bien la dague accrochée à la ceinture de son habit. Une fois assuré qu'ils aient tous compris que le jeune homme était armé, il prit la main de la courtisane et la tira doucement vers lui avant d'avancer d'un pas pressé. Là enfin il ouvrit la bouche pour lui répondre tout en observant chaque maison qui se dévoilait à leur passage.

« Que nous sommes suivis ? Quand je vous disais que nous n'étions pas du même monde. Vous voici à Londres, loin de la cour et de toute sa splendeur. Ici nombreux sont ceux qui n'ont pas de quoi manger. Aussi dès qu'il aperçoivent des gens de qualité ils marchent dans leurs pas dans l'espoir qu'une pièce s'échappe de leurs jolis habits. Même si je ne suis qu'un inconnu pour vous ici on me connaît, moi et mon métier alors n'ayez crainte. Mais ne vous promenez plus jamais seule ici, les rues ne sont pas sûres et vous risqueriez fort de vous faire coincer par quelques crapules qui voudraient vous dépouiller. Nous y sommes bientôt. »

Termina-t-il en l'entraînant avec lui dans une énième ruelle. Pour une fois il n'avait pas plaisanté et le ton de sa voix l'avait fait sentir. Elle venait tout juste de lui faire réaliser qu'elle n'était réellement pas en sécurité seule. Cela lui rappela d'ailleurs son arrivée à Londres, lui aussi plutôt bien vêtu s'était fait entourer par des voleurs. Chaque jour il avait du faire comprendre qu'il n'était pas une proie facile et qu'il savait se battre. Il n'avait pas hésité à en blesser plus d'un pour leur montrer qu'il était capable de les tuer de sang-froid s'ils insistaient un peu trop. C'était difficile à croire mais parfois quelques-uns se comportaient comme de vraies bêtes. Mais tous n'avaient pas une aisance à manier les armes et nombreux étaient ceux qui se faisaient chaparder voire même dans quelques cas assassiner. Cela n'arrivait en revanche guère aux nobles puisque ceux-ci étaient en général escortés mais la jeune femme à ses côtés avait du foncer tête baissée sans réfléchir à ce qu'elle faisait. Aaron ne lâcha la main de la jeune femme qu'une fois qu'ils se trouvèrent devant une grande porte en bois. Le maître des lieux mis environ trois minutes à retrouver sa clé ,il pesta contre lui-même puis l'ayant enfin en main, il s'affaira à la mettre dans la serrure. Cela prit bien deux bonnes minutes de plus et il commençait à perdre patience et taper nerveusement de son pied. Et enfin, par miracle, il ne mit que quelques secondes à tourner la clé dans le bon sens avant d'ouvrir la porte d'entrée. Il invita la baronne à entrer et ferma aussitôt derrière elle.

Voilà, ils étaient chez lui, dans ce qui lui servait de salon et qui par conséquent était la pièce principale. Elle était grande et pourtant, seuls une table ronde de taille moyenne et deux chaises étaient posés là au centre. Non loin d'une cheminée éteinte se trouvait une bassine en bois. Pour seule décoration une épée brisée en deux ainsi qu'un gigantesque tableau étaient accrochés au mur d'en face. Celui-ci représentait Aaron entouré de ses deux parents, cadeau de ceux-ci pour fêter son installation à Londres. L'objet cassé était simplement sa première épée qu'il avait toujours souhaité garder avec lui. Il ne passait guère de temps chez lui aussi il ne trouvait pas l'intérêt d’embellir sa maison. A vrai dire il n'avait que faire de la décoration en général et préférait garder son argent pour autre chose, comme du vin par exemple. D'un signe de tête il lui montra l'escalier qui menait à l'étage avant d'emprunter celui-ci. Un peu plus meublée la précédente, cette pièce était comme séparée en trois. Tout au fond se trouvait le lit baldaquin aux tissus rouges du citoyen, au centre une fenêtre avec en face de celle-ci une chaise où il s'installait quand il était d'humeur songeuse. Puis enfin une grande armoire où étaient rangés ses vêtements ainsi qu'une commode placées d'une façon perpendiculaire. Pour faire original quelques épées étaient accrochées au mur, chacune ayant une signification bien précise pour le maître d'armes. L'idée de se rhabiller ne lui effleura même pas l'esprit et après avoir embrassé la pièce du regard Aaron fixa Eloïse, paraissant soudain légèrement perplexe. Il trouvait tout de même cela étrange de dormir pendant qu'une jeune femme irait et viendrait dans sa maison. Tout compte fait il lui suggéra que tous deux redescendent et l'invita à s'asseoir sur l'une des deux seules chaises présentes qu'il tira pour elle. Il s'installa en face, mit ses coudes sur la table, joignit ses mains et posa son menton sur celles-ci tout en dévisageant la baronne d'une étrange façon. Après être demeuré silencieux quelques minutes il ouvrit enfin la bouche. Il puisa dans ses souvenirs pour se rappeler de la façon dont elle s'était présentée à leur rencontre puis lui dit, comme si elle venait de terminer son discours où elle avait voulu partir sur le champ.

« Alors, Eloïse du Mauroi, fière Baronne de Montmouth et courtisane... A quelles blessures ne laissant aucune trace physique avez-vous survécu ? Vous vous dites plus forte que moi, je suis donc curieux de savoir en quoi vous me surpassez. Et détrompez-vous, je n'ai jamais dit que les femmes n'étaient rien. Pour vous dire la vérité certaines m'effraient même alors je me sens forcé de m'imposer comme je l'ai fait avec vous. Si j'ai mes armes et je sais que vous avez votre tête et même si jamais je ne pourrais l'avouer, vous êtes probablement bien plus maligne que moi. »


Certes il venait de l'avouer par ce fait mais il fallait aussi se rappeler qu'il avait déjà quelques verres dans le nez. En tout cas il était très sérieux et désirait réellement comprendre ce qui avait bien pu arriver à la jeune femme. Il ne doutait pas de la véracité de ses propos puisqu'il avait bien vu dès le départ qu'elle n'était pas la plus joyeuse des personnes même si elle savait parfaitement cacher sa blessure invisible. Il craignait aussi qu'elle ne lui dise rien ou lui réponde une plaisanterie de mauvais goût. Après tout il n'avait jamais été très agréable alors pourquoi devrait-elle se confier à lui. Les douleurs du cœur étaient parait-il bien plus douloureuses et lui qui n'en avait jamais eu craignait d'un jour devoir se confronter à un tel chagrin. En y repensant elle avait certainement raison, il croyait en la force guerrière mais c'était surtout parce qu'il n'avait qu'elle. Et en ville seule la loi du plus fort régnait, il aurait pu être le plus grand des génies que cela ne lui aurait servi à rien. Dans son monde à elle cela devait être fort pratique, on assassinait pas des personnes parce qu'on les avait en horreur, on employait des méthodes bien plus subtiles et il ne doutait pas qu'elle était très forte à ce jeu. S'ils devaient un jour inverser les rôles ils seraient tous deux dans de beaux draps. Mais la n'était pas la question et Aaron reporta son attention sur la baronne. Il essayait de trouver la réponse dans ses yeux, c'était tout bonnement impossible mais il se disait que peut être en insistant, une vision lui viendrait allez savoir. Quoi qu'il en soit il était maintenant bien plus motivé à percer le terrible secret d'Eloïse du Mauroi plutôt qu'à dormir.
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MessageSujet: Re: Une fois le Styx franchi...   Mar 10 Avr - 19:29

En un instant, le visage du jeune homme changea. Il ne donnait pas l’impression de vouloir se moquer d’elle. Pour une fois, l’entendre lui rire au nez aurait très certainement rassuré la demoiselle. Elle aurait voulu qu’il lui dise qu’elle était folle de croire qu’on les suivait. Au lieu de cela, il arrêta de marcher, puis posa un regard sérieux sur elle et inquisiteur sur la foule. Son air grave ne plaisait pas du tout à Eloïse. Il fit comprendre d’un geste qu’il était armé. La demoiselle trouvait cela fort téméraire de sa part. S’il avait l’impression qu’ils étaient potentiellement en danger, elle aurait préféré le voir presser le pas plutôt que de jouer les fanfarons alors qu’il était dans un piteux état. Que ferait-il, si quatre ou cinq brigands se plantaient devant lui ? Il avait suffisamment de mal à tenir debout, elle doutait de sa capacité à porter une épée sans se blesser lui-même. Néanmoins, la démonstration d’Aaron sembla dissuader les éventuels ennemis. Il la prit par la main et l’entraina à sa suite jusque devant une porte, dans une petite ruelle. En chemin, il lui fit la leçon, et la défendit de revenir seule en ces lieux, qui, disait-il (et en cela elle le croyait sur parole) n’étaient pas sûrs. La demoiselle ne pipa mot, et ne chercha pas à lui dire qu’il n’était pas son grand frère et qu’il n’avait rien à lui commander. Une personne intelligente sait fort bien lorsque le silence est plus à son avantage que n’importe quelle parole, qui s’avèrerait vaine et dérisoire. Une fois devant la porte de ce qui était visiblement la demeure du jeune homme, Eloïse resta fort calme face à l’agacement de son compagnon, qui ne trouvait pas sa clef. Inutile d’être deux à pester. Tout ce qu’elle voulait, c’est entrer là-dedans dès que possible. Elle le laissa se débrouiller, ne voulant pas être la cible de son mécontentement. Il râla ainsi contre sa porte durant quelques minutes qui semblèrent des heures à la jeune femme. Enfin, ils entrèrent, et Eloïse ne le quitta pas des yeux avant de s’être assuré qu’il ait bien fermé derrière eux.

Le jeune homme lui fit visiter. Ce fut assez rapide car il n’y avait pas beaucoup de pièces. Le regard doré de la jeune femme s’attarda sur quelques détails de l’ameublement ou de la décoration. Elle s’approcha du portrait qui le représentait à côté de ses parents, ou en tout cas de membres de sa famille plus âgés que lui. Elle s’amusa à chercher des ressemblances dans leurs traits, quelque chose qui pourrait rappeler Aaron, mais elle fut stoppée dans ses recherches par la vue d’un autre objet pendu au mur. Une épée dont la lame était brisée en deux. Elle fut prise d’une grande curiosité pour cette décoration originale.
E L O Ï S E – « Est-ce cette épée qui vous a fait ceci ? Pourquoi l’avoir cassée ? »

Par « ceci », elle voulait parler de la fameuse cicatrice que le jeune homme avait sur le ventre. Elle ne l’avait pas regardé, en lui posant ces questions, toute à sa contemplation de l’arme pendue au mur, mais elle comptait sur son esprit de déduction pour deviner l’objet de son propos. D’ailleurs, elle aurait vraiment voulu que le jeune homme se rhabille, ce qui lui éviterait de devoir rougir si son regard s’attardait par hasard un peu trop longuement sur lui. Pour l’heure, elle évitait tout simplement de poser les yeux sur lui. Mais son camarade avait pris ses aises et semblait avoir oublié sa demi-nudité. Il invita la demoiselle à s’asseoir, ce dont elle lui fut reconnaissante, et prit un siège en face d’elle. En ce qui la concernait, elle avait même oublié qu’ils étaient initialement venus ici pour que le jeune homme puisse se reposer. L’angoisse à l’idée d’être attaquée au milieu de la rue avait trop retenu son attention pour qu’elle songe à l’objet de leur déplacement. Et, jusqu’à ce que le jeune homme ouvre de nouveau la bouche, elle ne se souvenait plus non plus de ce qu’elle avait bien pu lui dire avant de quitter son atelier. Visiblement, ce n’était point tombé dans l’oreille d’un sourd. La demoiselle se contenta pour le moment de répondre à la deuxième partie de ses remarques, n’étant vraiment pas certaine de vouloir songer au reste immédiatement.
E L O Ï S E – « Alors comme cela je vous effraie ? C’est bon à savoir, lança-t-elle en lui adressant un sourire mi-malicieux mi-machiavélique. Quoiqu’il en soit, j’ai beau être maligne, comme vous dites, je suis abominablement irréfléchie lorsque j’ai décidée d’être têtue. Voyez où mon dédain pour mes cousins m’a menée aujourd’hui ! »

Sa façon de poser des questions si directes la perturbait toujours un peu. Les gens, à la Cour, obtenaient des information par d’autres moyens que la franchise et les questions sans détour. Mais Aaron lui avait déjà bien assez fait comprendre qu’elle n’était pas ici à la Cour. Et cela l’amena à songer que, peut-être qu’il était très courant, ici, qu’une femme se fasse agresser. Ainsi, ce qu’elle avait vécu ne devait rien avoir d’hallucinant aux yeux d’un homme qui vit dans ce quartier de Londres. Pour une femme noble, c’était déjà moins courant. Quoique bien sûr, Eloïse avait entendu des histoires abominables, même à la Cour, même au sujet de familles de haut rang. Certaines femmes se font violer par leurs maris, et elles peuvent de ce fait difficilement s’en plaindre. Mais un mari c’est une chose. Un ami d’enfance, c’en est une autre. Eloïse était persuadée que cela faisait beaucoup plus de mal. Les femmes n’ont pas toujours confiance en leur mari. Le Vicomte des Estrilles était Dieu sur Terre. Cruelle désillusion. Envies de meurtres. Notre Eloïse se tenait rigide sur son siège au milieu du salon de monsieur Lawford. Son visage n’avait absolument pas changé. Il semblait figé sur une expression douce et légèrement mélancolique, mais au fond de son regard quelque chose était devenu flou, cristallisé derrière un voile opaque. Elle voulait fermer les yeux pour arrêter les images qu’elle voyait alors qu’elle ne voulait pas les regarder. Mais les images venaient de l’intérieur, de très loin au fond d’elle. Et cela lui fit affreusement mal, comme si on s’amusait à rouvrir d’anciennes blessures avec la pointe émoussée d’une dague empoisonnée. Eloïse se leva. La position assise ne fait que resserrer son corset autour de sa taille, ce qui n’aide pas à respirer. Elle fit les cent pas. Vu de l’extérieur elle semblait juste en proie à quelque réflexion passagère. Sa démarche, toujours légère, toujours ondulée, était celle d’un spectre charmant. Tout à coup, elle leva le nez sur la lame fendue en deux. Elle arrêta de marcher. Deux pas. Elle s’arrêta de nouveau. Il lui suffisait de tendre le bras, car les fragments étaient à sa portée. Elle pourrait très bien… Et tout serait fini. Non, vraiment, pourquoi n’y avait-elle pas pensé plus tôt ? Elle était chez un apprenti forgeron, elle était littéralement entourée d’objets mortels. Et peut-être que c’était là l’ultime épreuve. Et puis tout serait fini. Pas étonnant qu’elle se soit crue en Enfer, en entrant dans l’atelier. Peut-être que le Diable la tentait ? Peut-être qu’il aurait raison d’elle ? A quoi bon conserver un semblant de vertu éclaté, je vous le demande ! C’est l’affaire d’une seconde. Tout irait pour le mieux.

Eloïse toussota. Il fallait qu’elle soit folle ! La chaleur, l’effroi, la rue oppressante, tout cela lui avait retourné les sens et elle pensait à des choses idiotes. Un jour, elle le ferait. Très certainement. Mais pas tout de suite. Elle avait encore des choses à faire.
E L O Ï S E – « Je crois que je ne me sens pas très bien. » dit-elle en tirant machinalement sur le décolleté de sa robe, de façon parfaitement indécente mais absolument nécessaire dans la mesure où elle cherchait à respirer.
Diantre ! Ce jeune homme n’avait décidément pas une bonne influence sur elle. Si elle devait s’évanouir à chaque fois qu’elle le rencontrait… mais non, certainement pas, elle n’allait pas s’évanouir aujourd’hui ! La jeune femme s’adossa au mur le plus proche et tenta de respirer correctement. Eloïse se dit qu’elle avait sottement eu peur de se faire attaquer dans la rue, tandis quelle occultait l’image du Vicomte qui lui barrait la vue. C’est tout, elle avait juste eu peur. Et si elle admettait que certains sujets demeuraient tabou, elle deviendrait folle. Elle ne voulait pas y penser. Et certainement pas ici, devant un témoin assez curieux. Elle y penserait plus tard. Demain.


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MessageSujet: Re: Une fois le Styx franchi...   Mer 11 Avr - 13:31

Aussitôt la jeune femme était entrée chez lui qu'elle s'était mise à observer le moindre objet qui l'entourait. La seule pensée qui vint à Aaron fut qu'elle devait probablement trouver les lieux bien moins somptueux que ses propres appartements. D'ailleurs, il pensait qu'elle devait intérieurement critiquer tout ce qui lui passait sous les yeux. Après tout cela n'aurait pas été choquant, elle devait avoir de quoi se vanter elle, lui n'avait qu'un tableau et une épée brisée en guise de décoration. Elle lui demanda si cette épée était la cause de sa longue blessure au ventre et pourquoi il l'avait cassé. D'habitude il aimait beaucoup parler de lui et de ses exploits accomplis par le passé et pourtant il se contenta de hausser les épaules sans rien lui répondre. Les mots de la courtisane lui étaient restés en tête et il avait voulu en percer tous les mystères. Aussi l'avait-il invité à s'asseoir avant de lui poser la question, qu'est-ce qui lui était arrivé, tout simplement, sans penser un seul instant aux effets que pourraient engendrer cette discussion. Dans un premier temps elle lui sourit, probablement amusée par le fait qu'elle puisse l'effrayer, étant elle-même une femme. Elle croyait qu'il les haïssait, les femmes, et cela était compréhensible puisqu'il ne cessait de les dédaigner. Mais en réalité il s'en méfiait juste, on lui avait tant raconté des histoires sur ces femmes qui vous ensorcellent et vous détruise qu'il préférait ne pas trop les côtoyer, seulement quand le besoin se faisait ressentir. Mais celle qu'il avait en face de lui était différente, elle sortait de l'ordinaire et encore une fois elle lui prouva. Il semblait que le citoyen ait une nouvelle fois indisposé la courtisane qui paraissait s'être perdue dans ses songes tortueux. Non il n'était pas doué pour y aller en douceur, elle avait du le remarquer, il allait toujours droit au but même s'il ne pensait pas à mal. La jeune femme en revanche devait avoir de sombres pensées en tête car elle affichait un visage terriblement désenchanté. Plus il la regardait plus il se sentait triste à son tour, comme si le fait d'avoir osé trop regarder ses yeux lui faisait partager la douleur de ses souvenirs. Mais non, s'il devenait à son tour si maussade c'était parce qu'il était chagriné de la voir si malheureuse. Il n'aurait certainement pas du la questionner sur ses blessures intérieures et pourtant il se demandait davantage ce qui avait pu la ravager ainsi. Soudain elle se leva comme si elle ne supportait plus d'être assise. Aaron suivit du regard celle qui ressemblait à un spectre errer aléatoirement dans la pièce. Elle s'arrêta face à l'épée brisée et l'observa comme si celle-ci pouvait la délivrer. Il ne fallait pas être un génie pour comprendre à quoi elle pensait. C'était affreusement désolant mais que pouvait-il faire lui, simple spectateur de cette marche funèbre. Si par malheur elle tentait quelque chose contre elle il interviendrait bien évidemment mais il ne pouvait en revanche pas lui redonner le goût à la vie. Il pouvait néanmoins éviter qu'elle ne pense à de si sombres choses et donc arrêter de lui poser des questions embarrassantes. Elle lui dit ne pas se sentir bien alors qu'elle tirait sur son décolleté comme si elle ne pouvait plus respirer. Il n'en fut pas choqué, lui-même était à moitié nu. Il choisit ce moment pour se lever et mettre fin à tout ceci. Il poussa un soupir, désolé de la voir ainsi.

« Peut être est-ce vous que devriez vous allonger. »

C'était même certain, elle était dans le même état que lorsqu'elle s'était évanouie à leur dernière rencontre. Il monta à l'étage, ouvrit l'armoire et enfila enfin quelque chose, le premier vêtement qui lui passa sous la main, un pourpoint noir et bleu. Il tira ensuite les rideaux de son lit puis remit correctement la fourrure posée sur le dessus. Enfin il jeta un œil à travers la fenêtre. Il ne savait pas quelle heure il était mais craignait que la nuit ne tombe sans qu'ils ne s'en aperçoivent. Mais malgré tout ni lui ni elle n'était en état de reprendre la route. Aaron poussa un autre soupir puis redescendit voir la baronne. Il fit quelques pas en direction du tableau qu'il contempla à son tour puis s'attarda sur l'objet cassé.

« C'est la première épée que j'ai tenu en main, avec laquelle j'ai frappé mes premières cibles et ai enduré mes premières heures d'entraînement. C'est sûrement grâce à elle que je me suis senti devenir un homme. J'aime bien la garder près de moi car elle me rappelle de bons souvenirs, rien de plus. »

Il allait lui demander si elle aussi avait un objet auquel elle tenait particulièrement mais se ravisa. Toutes les questions qu'il lui posait semblaient la mettre dans un sale état aussi il préférait se taire. Il passa une main dans ses cheveux, désespéré d'être si impuissant face à cette situation. Comme bien des fois il l'avait déjà ressenti, il avait peur de froisser le jeune femme au moindre geste qu'il ferait, au moindre mot qu'il soufflerait. Pourtant la voir si désemparée le troublait et tout cela était en quelque sorte de sa faute, il se devait de le réparer, mais comment ? Finalement il rejoignit la demoiselle au visage assombri, où qu'elle se trouvait en cet instant. Il se planta face à elle, la dévisagea d'un air grave puis soudain il prit doucement son menton entre ses doigts, relevant légèrement la tête de la jeune fille pour qu'elle le regarde et murmura.

« Mes blessures m'ont rendu plus fort, j'ai su ne pas reproduire les mêmes erreurs, j'ai su en tirer en profit. Les vôtres ne sont visiblement pas cicatrisées et semblent encore vous ronger. Je ne puis vous aider d'une quelconque façon ne connaissant pas la cause de votre mal, si jamais je puis être utile en quoique ce soit dites-le moi. J'espère sincèrement que vous vous sortirez un jour de tout ceci et m'excuse pour avoir eu une attitude si inappropriée. Maintenant si vous le voulez bien, faites comme chez vous., montez et allez vous reposer, vous en avez certainement plus besoin que moi. »

Il la lâcha puis fit volte-face pour aller ensuite s'asseoir dos à elle, espérant qu'elle ait moins de mal à s’exécuter s'il ne la regardait pas. Il songea malgré lui aux quelques épées accrochées à l'étage. Et si jamais elle tentait de s'ôter la vie alors que lui était affalé sur une table ? L'idée même que cela puisse arriver le fit déglutir. Si par malheur elle faisait une chose pareille il s'en voudrait très certainement toute sa vie et la culpabilité l'anéantirait jusqu'à sa propre mort. Mais il n'allait tout de même pas veiller sur elle pendant qu'elle sommeillait, si déjà elle acceptait son offre d'aller se détendre. Il voulait la laisser respirer, la laisser souffler et lui éviter tout autre désagrément. Après tout à chaque fois sa présence l'avait rendu mal à l'aise, il était bien trop maladroit en ce qui concernait les relations humaines. Aaron croisa les bras sur la table puis posa sa tête au creux de ceux-ci, songeur. Ses paupières se fermèrent peu à peu malgré lui. Il était épuisé lui aussi et passer une journée auprès de la jeune femme était bien plus fatiguant que de travailler sans relâche à forger quelconque arme. Il se demanda comment elle occupait ses journées, comment elle faisait pour simplement vivre si chaque souvenir lui était de la sorte insupportable. Peut être bien qu'elle était plus forte que lui comme elle le lui avait dit oui. Elle ne se plaignait jamais, de ce qu'il en avait vu et semblait pourtant énormément souffrir. Mais lui ne comprenait pas les douleurs du cœur, il n'en avait jamais eu et préférait par ailleurs les éviter tellement elles semblaient insurmontables. Pourtant il partait du principe que chaque blessure pouvait être guérie si elle n'était pas mortelle. Ou bien celle d'Eloïse était un lent poison qui la tuait petit à petit, une sorte de maladie incurable et mortelle, une fatalité. Lui qui croyait que l'on pouvait changer son destin avec la seule force d'y croire et de s'en donner les moyens devenait bien pessimiste au contact de la douce enfant torturée. Il n'avait jamais autant songé sur la vie et ses aléas, elle lui avait peut être ouverts les yeux et pourtant il regrettait presque son aveuglement. Tout compte fait sa vie de citoyen sans soucis apparents valait peut être mieux que celle d'un noble en perdition.
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MessageSujet: Re: Une fois le Styx franchi...   Jeu 12 Avr - 21:54

Elle allait s’évanouir, et lui prenait un ton de conversation. Il lui avait répondu cinq bonnes minutes trop tard. On aurait dit un enfant qui avait peur d’avoir cassé quelque chose, et qui, voyant sa bêtise, se montrait bien mignon dans l’espoir d’éviter la réprimande. Et pour cause, il s’était contenté de hausser les épaules d’un air désintéressé lorsque la jeune femme avait voulu en savoir plus sur l’objet insolite qui ornait son mur. C’est parce qu’il voulait qu’elle réponde d’abord à sa question. Tout à fait puérile, ce petit chantage implicite. « Je te dis si tu me dis ». Sauf que le jeune homme lui demandait de prononcer des mots qui ne pourraient probablement jamais franchir ses lèvres. Elle l’avait raconté une fois, à une espèce d’assassin aux pulsions dangereuses. Pourquoi l’avoir choisi comme confident, ce mystérieux italien ? Quoiqu’il en soit, elle ne savait pas si elle avait bien fait de partager ce lourd secret. On parle. On donne des mots aux gens. Mais qu’est-ce qu’ils en feront ? Qui vous dit qu’ils ne vont pas les broyer, vos mots ? Les réduire en cendre. Les asphyxier. Les dépouiller de leur sens, les mettre à nu, les écorcher, les vider comme de vulgaires poissons sur un étale de marché ? Vous les avez prononcés, pourtant, avec appréhension et sincérité. Ce sont des fragments de vous. Qui vous dit qu’ils ne vont pas les violenter ? Non, sur certains sujets délicats, Eloïse trouvait plus prudent de garder ses mots pour elle, tout au fond, et de les caresser dans le sens du poil en espérant qu’ils ne lui déchiquèteront pas la main au passage. Sa première épée. L’objet accroché au mur. Eloïse n’aimait pas les objets. Elle aimait leur histoire. Elle aimait leur histoire cinq minutes et après elles ne valaient plus rien. Et les objets étaient bons à jeter. Elle l’observa regarder l’épée. Elle l’épia. Il avait presque l’air ému, comme si ce morceau de métal éclaté avait un signification particulière. Comme s’il attendait que jaillisse de lui un sens profond. Il la regardait presque comme Alexandre la regardait elle, Eloïse. Comme une tendre amie qui rayonnait jadis du plus bel éclat. Il la regardait sans vouloir la voir telle qu’elle était. Qu’elle était devenue. Cassée. Dangereuse si sa sauvagerie n’était pas entravée. Inoffensive par obligation. Parce qu’on l’a attachée au mur. Eloïse fermait les yeux comme une enfant, parce qu’elle ne voulait plus voir cette épée. Elle se serait bouché les oreilles, aussi, si elle n’était pas trop occupée à se faire de l’air. Mais Aaron posa ses doigts sous son menton et lui fit relever la tête, pour qu’elle le regarde. Elle rouvrit les yeux. A mesure qu’il parlait, les lèvres de la jeune femme dessinaient un petit « o » en signe d’incompréhension. Elle voulait lui dire de se taire. Des blessures qui rendent fort. C’est admettre la douleur et l’oppression. Accepter que quelqu’un puisse vous faire du mal et dire « merci ». Ou alors, elle ne comprenait rien. Trop jeune, peut-être. Mais elle n’était pas d’accord. Principe élémentaire. S’indigner. Pour ne pas mourir aphasique et languissante. Elle savait qu’elle était folle, épuisée, qu’elle ne comprenait pas les mots du jeune homme comme elle le devrait. Elle prononça les premiers mots qui réussirent à franchir le seuil de ses lèvres.
E L O Ï S E – « Regardez-moi ! Regardez-moi comme si j’étais votre adversaire et que vous veniez de m’assassiner. Je ne comprends pas… Est-ce ça, un homme ? Croyez-vous vraiment que cette épée soit ce qui vous a déterminé en tant qu’homme ? J’ai été assassinée, transpercée, et je ne pense pas qu’il ait été un homme pour m’avoir fait cela. Il est devenu un monstre. Et il m’a rendue monstrueuse. Parce qu’avant j’étais incapable de haïr, vous comprenez ? Dites-moi que vous comprenez, parce que je suis perdue… »

Elle ne lui parlait pas vraiment. Elle savait qu’il était là en face d’elle, mais elle ne le voyait plus. Elle s’agrippait un peu à lui, et par moment elle lui secouait le bras de toutes ses forces qui étaient bien maigres. Parfois, elle était obligée d’arrêter son discours car le manque d’air la faisait hoqueter. Elle faisait volte face, avait honte, se sentait seule, se tournait de nouveau vers lui et, finalement, elle retomba dans le silence et se mit à pleurer. Elle avait instantanément oublié ce qu’elle venait de lui dire, comme on oublie un mauvais rêve lorsqu’on ouvre les yeux. Elle essaya de bredouiller des mots d’excuses pour cette scène plus que dramatique, mais elle ne parvenait plus à aligner trois mots correctement. Elle se tut de nouveau. Mais elle respirait de moins en moins bien. Poussant un drôle de petit soupire, elle fit ce qu’il avait dit et monta à l’étage. Elle n’allait pas s’allonger, certainement pas. La position du mort. Elle était montée pour être seule, et pour qu’il ne la voit pas, car elle eut un geste furibond en arrachant les rubans de son corsage. Elle fit glisser un peu sa robe et desserra son corset. De l’air ! La jeune femme éprouva un tel soulagement qu’elle songea qu’il n’y avait pas bonheur plus intense que celui que procure le simple fait d’inspirer à plein poumons. Elle fit quelques pas en direction de la fenêtre, et regarda le jour décliner. Elle tenait contre sa poitrine sa robe à moitié défaite, ouverte le long du dos comme une plaie béante. La lumière rouge du dehors faisait gicler sur sa peau douce des gouttes de sang céleste. Quelle violence la nuit fait-elle chaque soir au jour ! Le soleil plaintif ne s’éternisa guère. Percé au cœur, il tira sa dernière révérence avant de quitter la scène. La jeune femme ne savait pas combien de temps elle était restée dans cette position, devant la fenêtre, et ce n’est que lorsqu’elle commença à avoir froid qu’elle sortit de sa torpeur. Elle commença à se rhabiller, mais, s’apercevant que ses jambes ne la portaient plus, elle fut incapable d’achever et se contenta de s’asseoir sur la chaise qui faisait face à la fenêtre. Elle considéra qu’il aurait été imprudent de chercher à descendre l’escalier. Et pourtant, elle voulait s’excuser pour sa drôle de conduite, pour ses accès de rage et de peur panique. Elle voulait s’excuser d’être ce qu’elle était, car ce n’était pas de sa faute à lui si elle était aussi désespérément irrécupérable.

Elle chercha un moyen d’appeler le jeune homme à elle sans crier (c’est fort disgracieux), mais elle n’eut guère à chercher longuement car il s’en présenta un par hasard. Notre maladroite et vacillante amie trébucha en essayant de remettre correctement sa robe, et, en voulant se rattraper au mur (drôle d’idée que de chercher un prise stable sur un objet lisse, me direz-vous), une des épées qui y était accrochée s’en détacha et tomba au sol. Cela fit suffisamment de bruit pour attirer l’attention du jeune homme, même s’il est vrai qu’Eloïse aurait voulu trouver une façon plus douce de le faire venir. Cependant, elle n’y songeait plus et regardait sa main gauche avec intérêt. Elle avait voulu empêcher l’objet tranchant de tomber, mais elle n’avait finalement réussi qu’à s’entailler la paume de la main, comme elle avait attrapé l’épée par la lame. Elle n’imaginait pas que de tels objets pouvaient être aussi coupants, ni qu’une main pouvait contenir autant de sang. Elle chercha vainement son mouchoir pour l’envelopper, se rappelant soudainement qu’elle l’avait offert au maître d’armes pour le mettre sur son front lorsqu’il se sentait mal. Elle ne voulait surtout pas tâcher les affaires de son hôte, ainsi, soupirant face à l’irone du sort, elle souleva sa robe au-dessus du genou et, saisissant son jupon, qui était une frêle étoffe blanche, elle en arracha un lambeau pour s’en entourer la main. De toute manière, sa toilette était toute défaite et chiffonnée, elle ne pouvait plus de permettre de jouer les coquettes. Elle était entrain d’établir son bandage de fortune lorsque, levant les yeux, elle vit son hôte au milieu de la chambre. Tenez, elle l’avait oublié ! Ce qu’elle n’oublia pas, en revanche, c’est que sa robe était à moitié défaite, et ouverte dans le dos, qu’elle tenait d’une main un pan de sa robe soulevé et de l’autre un morceau de son jupon tout ensanglanté. Elle ne sut pas quelle réaction adopter face à ce manquement complet aux bienséances et à cette atteinte à sa propre pudeur. Elle lâcha immédiatement le tissus coloré de sa robe, pour que le jeune homme n’ait pas ses jupons plus longuement sous les yeux, et finit rapidement d’enrubanner sa main blessée. Ses joues venaient de s’empourprer à tel point que l’on aurait pu croire que tout le sang que contenait son corps lui était instantanément monté au visage. Si seulement elle pouvait s’évanouir maintenant ! Cela l’empêcherait au moins d’avoir conscience de sa honte ! Mais non, elle était parfaitement éveillée. Voyant que rien ne la sortirait de cette farce grotesque et obscène, elle décida qu’il valait mieux prendre cette situation sur le ton de la plaisanterie. Elle parvint à adresser au jeune homme l’ébauche d’un sourire navré et exécuta une révérence, comme si elle était une actrice.
E L O Ï S E – « Vous venez d’assister à la représentation la plus humiliante de toute mon existence. Ce spectacle n’aura été donné qu’une fois et je vous prie, aimable spectateur, d’excuser mon jeu absolument lamentable. »

Finalement, son petit discours la décrispa, et même si elle était mortellement honteuse, elle réussit malgré tout à trouver quelques éléments comiques dans ce mauvais tour que lui avait joué le destin. En revanche, ayant fini de s’incliner face au « spectateur », elle resta droite et immobile face à lui, ne voulant surtout pas lui tourner le dos, sachant que sa robe n’était pas attachée. Il se regardèrent en chien de faïence et la demoiselle pria intérieurement pour que son compagnon soit conciliant et n’ai pas une réaction trop sévère vis-à-vis de cette mascarade.

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Aaron Lawford

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MessageSujet: Re: Une fois le Styx franchi...   Lun 16 Avr - 22:20

Non, non il ne la regarda pas malgré ses protestations, encore moins comme un adversaire quelle idée ? Lui qui, bien que maladroitement certes, essayait de redonner le sourire à cette jolie fleur fanée, elle voulait qu'il la fixe comme s'il l'avait tuée. Jamais, jamais, l'idée même de pouvoir s'en prendre à une femme était tout bonnement inconcevable. A chaque fois qu'il essayait d'être aimable, avec sincérité doucement lui parler, cela ne faisait qu'empirer les choses. Elle était bien trop lunatique pour qu'il puisse trouver une solution dans l'espoir de l'aider. Le guerrier tourna le dos à la terrible enfant, il ne savait plus quoi faire, elle l'avait vaincu car il avait à présent baissé les bras. Était-ce un appel au secours de sa part que de lui parler ainsi, voulait-elle qu'on lui vienne en aide malgré ses efforts pour faire fuir quiconque s'y essayait ? Ou bien souhaitait-elle réellement se morfondre dans son malheur que chaque jour elle amplifiait un peu plus en s'isolant de la sorte ? Elle avait été assassinée par un monstre qui l'avait transpercé, c'est ce qu'elle lui criait par désespoir. Mais comment ? Qu'elle le lui hurle si elle le voulait, qu'elle sorte enfin cette souffrance d'elle que diable ! Tout ce qu'il pouvait lui proposer était de rendre ses comptes à cet homme qui lui avait ôté toute possibilité d'être heureuse. S'il comprenait ? Ne voyait-elle donc pas qu'il était le plus banal des hommes, que jamais il ne se serait imaginé de tels scénarios s'il ne l'avait pas rencontré, elle et sa tragique existence ? Il savait simplement que pour se sentir homme, certains faisaient des choses étranges et incompréhensibles aux yeux de certains. Certains ne se sentaient pas homme avant d'avoir touché une femme, d'autres avant d'avoir tué un homme et d'autres encore avant d'avoir un fils qui porterait leur nom. Mais lui dire tout cela ne l'aiderait en rien, elle lui apparaissait à présent comme un cas désespéré. En tous les cas ce n'était plus de son ressort, il laisserait la difficile tâche de s'intéresser à la demoiselle à quelqu'un d'autre, lui n'en était plus capable. Et pourtant, elle se tenait à lui avec ses petites mains tremblantes, n'était-ce pas là l'appel au secours qu'il avait cherché ? Aaron s'était contenté de pousser un profond soupir avant d'aller s'asseoir, ne sachant plus quoi faire pour elle. Il ne l'avait même pas entendu pleurer, peut être même ne voulait-il pas l'entendre. Il n'était qu'un simple maître d'armes qui jamais n'avait eu de soucis, qui jamais n'avait dû faire face à un phénomène pareil, il n'était en aucun cas le mieux placé pour réconforter la courtisane désenchantée.

Alors pour s'ôter toute responsabilité, il avait proposé à la jeune femme d'aller s'allonger en haut tandis qu'il irait pour sa part se laisser tomber sur une chaise. Elle avait probablement accepté l'idée puisqu'il l'entendit monter, lui s'allongea sur sa table et ferma les yeux, la tête engourdie par tous ces événements. Il aurait pu dormir pendant au moins deux jours tellement il était épuisé mais son repos fut de courte durée, quelque chose d'assez terrifiant le rappela à l'ordre. Un bruit sourd le fit sursauter, juste au dessus de lui, il avait vraiment cru que le ciel allait lui tomber sur la tête. Puis alors qu'il chercha d'où pouvait provenir un tel boucan, toutes sortes d'idées lui vinrent à l'esprit : La Baronne s'était évanouie (encore), elle avait essayé de se pendre mais s'était ratée (tragique), peut être qu'elle sautait à pieds joints, furibonde pour qu'il daigne aller la vouloir (capricieuse), ou bien serait-ce son armoire qu'elle avait renversée dans un excès de colère (insolente) ? Quoiqu'il en soit mieux valait aller voir, aussi il se précipita à l'étage, et, alors qu'il avait raté une marche, il manqua de redescendre à plat ventre aussi vite qu'il était monté. Heureusement il était agile et s'était rattrapé de justesse, il prit le temps de saluer sa propre performance et rejoignit enfin la jeune fille dont les faits et gestes étaient impossibles à deviner. Aaron resta figé sur place. Ce qu'il vu ? Un bien charmant spectacle... au départ. Peut être qu'elle était réellement une femme s'était-il dit alors que ses yeux, bien malgré lui pensez-vous, s'étaient attardés aux jupons de la demoiselle. Elle s'empressa de couvrir ceux-ci lorsqu'elle le vit et lui, tourna la tête l'air de rien, comme s'il n'avait absolument rien vu et qu'il n'était coupable de rien. Mais alors qu'il se remémorait cette image quelque peu inconvenante un détail le frappa, cette grosse marque rouge. Aussitôt il la regarda de nouveau, ne s'attardant pas à lui trouver quelconque charme cette fois-ci, il fixa sa main ensanglantée puis aperçut la criminelle qui était plantée dans le sol. Il passa instantanément une main sur son visage, se demandant qu'est-ce qu'elle avait encore bien pu faire. Elle lui fit une révérence, lui plissa les yeux car il venait d'entrevoir son dos dénudé. Pourquoi diable était-elle aussi déshabillée, qu'est-ce qui lui était passé par la tête pour qu'elle se retrouve dans cet état ? Et puis pourquoi elle le saluait de la sorte, parce qu'elle en était fière en plus de cela ? Non, elle disait qu'il venait d'assister à sa plus humiliante prestation. La seule chose qui lui vint à l'esprit fut que si quelqu'un les voyait tous les deux là, c'en était fini de sa réputation. « Monsieur Lawford emmène des jeunes filles chez lui, il les fait venir dans sa chambre et elles se retrouvent à moitié nues, il paraît qu'elles ressortent pleines de blessures, il est maître d'armes voyez-vous, ses désirs doivent être particuliers...» Aaron frappa dans ses mains en écarquillant les yeux, quelle horreur ! Il courut presque aux pied de la comédienne blessée puis s'agenouilla face à elle. Là il posa ses mains sur ses épaules, enfin tenta puisqu'il s'arrêta à quelques centimètres de celles-ci, la toucher même serait un affront.

« Chaque représentation que vous m'offrez n'en reste pas moins spectaculaire. »


Avoua-il d'un air navré tout en prenant définitivement place face à elle. Ceux qui vivaient aux côtés de la baronne ne devaient pas souvent aller au théâtre, elle était une pièce à elle toute seule. Et qu'allaient-ils faire à présent ? Lui parler ne faisait qu'à chaque fois envenimer les choses. Redescendre ne serait pas convenable puisqu'elle était dans un sale état. Mais rester à la regarder ainsi l'était encore moins, malgré leur statut social différent, il restait un homme et elle une femme. D'ailleurs elle devenait aussi rouge que sa main blessée lui se forçait pourtant à la fixer droit dans les yeux il y mettait tellement d'effort que son visage se ridait comme s'il était enragé, on aurait pu croire qu'il allait l'étrangler sur le champ. Aaron se demanda ce qu'il allait faire d'elle, c'était une catastrophe ambulante et il avait peur qu'elle lui invente quelque chose d'encore pire s'il la laissait seule quelques secondes.

« Vous arrive-t-il de passer des journées ordinaires ? Ou bien peut être que cela fait partie du quotidien pour vous et que vous êtes habituée à vous retrouver... comme ceci. »


Dit-il en la regardant de haut en bas malgré lui, pour souligner le fait que de sa position jusqu'à ses habits, tout était fort insolite. Finalement il ramassa l'épée qu'elle avait fait tomber. Il l'observa comme si c'était elle la victime et lui murmura quelques chose d'inaudible. Par réflexe il essuya le sang accumulé sur la lame du revers de sa manche, en oubliant qu'il avait enfilé un vêtement bien plus précieux que celui qu'il mettait lorsqu'il travaillait. Il regarda l'arme puis la jeune fille à tour de rôle, un nombre incalculable de fois. Saviez-vous que c'était l'épée qu'il portait lorsque pour la première fois, il courtisa une dame ? Elle avait beaucoup plu à la demoiselle qui l'avait trouvé fort élégant ainsi armé. S'il avait su qu'un jour cette même lame qui avait séduit manquerait de démembrer une autre jeune fille. Une drôle d'idée lui vint. Et si, pour avoir un peu d'affection de la part de la baronne, il fallait la blesser ? Elle était si étrange que cela ne l'étonnerait même pas. Néanmoins il secoua la tête pour chasser cette sotte idée. Il en avait oublié la position saugrenu dans laquelle ils étaient tous les deux. Depuis combien de temps avaient-ils outrepassé la bienséance ? Depuis trop à en voir le minois écarlate de la courtisane. Avant qu'elle ne s'évanouisse de honte et de gêne il pivota sur lui-même jusqu'à lui tourner le dos. Il essuya machinalement la lame entre ses mains jusqu'à ce qu'elle brille comme avant.

« Dites moi seulement... ce que je peux faire. Dois-je vous apporter de quoi vous essuyer ? Dois-je vous laisser vous... rhabiller ? Ou peut-être dois-je rester là à vous faire la conversation, comme si tout était normal pour que vous vous sentiez moins embarrassée ?Que désirez-vous, Eloïse du Mauroi ? Car j'avoue ne m'être jamais retrouvé dans une pareille situation et j'ai un peu de mal à savoir quoi faire. Aussi je m'en remets à vous, qui êtes diablement difficile à combler... et à comprendre, oh et à faire sourire aussi. Mon Dieu je n'ai jamais rencontré quelqu'un comme vous. Vous êtes si... »


Innommable. Trop d’adjectifs lui convenaient, cela était tout bonnement impossible de lui dire ce qu'il pensait d'elle. Il ne savait pas lui-même comment la décrire puisqu'elle était indescriptible ! Elle sortait tout droit d'un livre écrit par un illuminé, elle ressemblait à une héroïne de roman noir atrocement complexe. Aaron ne lisait d'ailleurs pas parce que tout cela était bien trop compliqué mais peut être qu'il aurait dû pour savoir comment se sortir de ce pétrin. A ce moment là il se mit à maudire les stupides cousins de la baronne qui l'avaient fait fuir jusqu'à chez lui.

« Si je pouvais tout recommencer depuis notre première rencontre, je crois que je le ferais. Et c'est bien la première fois que j'ai un tel sentiment, pas vous ? Oh et vous savez vous n'avez pas de raison de rougir, vous êtes très jolie, même si très... »

Une fois encore il ne termina pas sa phrase, il ne savait toujours pas comment la nommer. Après réflexion il ne savait pas non plus si sa remarque était très utile. Ce qu'il savait en revanche, c'est qu'elle allait finir par s'asphyxier à rougir de la sorte, il le sentait même de dos. Mais peut-être était-ce lui qui devrait un peu plus ressentir de la gêne et non pas elle qui devrait se détendre. Ma foi, voilà bien longtemps qu'ils avaient dépassé les limites du convenable.
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MessageSujet: Re: Une fois le Styx franchi...   Jeu 26 Avr - 19:57

Son compagnon, visiblement horrifié, frappa dans ses mains comme pour applaudir mais le bruit sourd que cela produisit laissa supposer à la jeune femme qu’il était plus troublé qu’admiratif. Elle non plus n’était pas fière. Et comme à chaque fois qu’elle se sentait coupable de mauvaise tenue, elle songeait avec effroi à sa pauvre maman. Heureusement qu’elle était en France et non à la Cour d’Angleterre avec sa fille. Eloïse ne pourrait certainement plus regarder la noble dame sans se sentir criminelle, après cette scène embarrassante qu’elle venait de vivre auprès du jeune homme. Et pourtant elle n’avait rien fait de grave, se disait-elle, dépitée, tout en profitant du fait que le jeune homme soit dos à elle pour resserrer son corset d’un coup sec. Un glapissement à peine audible lui échappa, tandis qu’elle se traitait intérieurement d’idiote pour avoir utilisé sa main blessée. Et maintenant elle sentait le sang battre et affluer en direction de ses doigts meurtris. Le fin tissus blanc fut bientôt souillé de tâches écarlates. Elle se croisa les bras dans le dos pour s’empêcher d’y toucher, et essayer de ne plus y penser. Son hôte venait de ramasser l’épée qui l’avait blessée et lui redonna un peu de son lustre en l’essuyant directement sur la manche de son bel habit. Il regardait la lame et la demoiselle à tour de rôle. Eloïse fit semblant de ne pas s’en soucier, et se para de la mine la plus détachée qu’elle fut en mesure de faire apparaître sur son visage érubescent. Elle noua du bout des doigts les rubans de sa robe, en prenant garde, cette fois, de ne pas faire de geste trop brusque, pour ne pas souffrir davantage. Le jeune homme lui fit part de son indécision quant à l’attitude à adopter vis-à-vis de cette situation. Comment voulait-il qu’elle sache quoi faire ? Se figurait-il qu’elle avait pour habitude de se promener à moitié nue chez ses hôtes ? Non, elle n’avait pas la moindre idée de la manière dont il fallait se comporter après cela. Oublier serait sans doute pour le mieux. Mais cela, elle n’était pas près de l’oublier. Les souvenirs heureux et tristes s’effacent avec le temps, mais les moments de gêne et de honte, eux, restent toujours gravés au fond du cœur et ressurgissent parfois pour notre plus grand déplaisir. Elle espérait juste qu’un jour elle pourrait trouver cela plus drôle que déshonorant. A peine remise de ses émotions, il lui semblait qu’elle devait rassurer le jeune homme. Elle le regarda d’un air éberlué, la tête légèrement penchée de côté. Eh ! C’était elle qui était blessée et honteuse ! Et ce grand monsieur, ce grand guerrier, le voici tout confus et indécis au milieu de sa chambre. Il n’arrivait même plus à terminer ses phrases. Eloïse arqua un sourcil. « Vous êtes si… ». Ah ! Qu’allait-il encore trouver à lui reprocher ? La demoiselle croisa les bras sur sa poitrine d’un air boudeur.
E L O Ï S E – « Eh bien je vous en prie, dit-elle tranquillement. Je suis si quoi ? Si encombrante, si maladroite ? Si capricieuse, peut-être ? Ou bien lunatique, folle et inadaptée au monde qui nous entoure ? N’ayez crainte, monsieur, je sais déjà tout cela, car vous ne seriez pas le premier à m’en faire le reproche. »

Mais il recommençait. « Même si très… ». Eloïse lui adressa un sourire ironique et lui tourna le dos en faisant la moue. Elle ne s’attarda pas sur le fait qu’il la trouvait plutôt jolie. Y songer ne la ferait que rougir davantage. Et puis il mentait forcément un peu, sans doute par gentillesse, pour essayer de faire qu’elle se sente moins gênée. Elle s’était souvent regardée dans la miroir, et pas de la façon dont les autres courtisanes le font. Pas en se trouvant profondément belle et en cherchant son plus joli profil pour pouvoir commander un portrait d’elle à un grand peintre. Elle s’était regardée aussi objectivement qu’elle le pouvait et se trouvait finalement des traits fins et une peau blanche, mais rien d’extraordinaire dans la physionomie. Elle en était venue à se dire que, si les regards s’attachaient à elle, c’était pour une raison qui lui échappait parfaitement et qui n’avait absolument rien d’objectif. Elle devait dégager quelque chose d’intéressant. Une aura invisible. Et voilà. En revanche, elle eut un léger pincement au cœur lorsqu’il dit qu’il aimerait tout recommencer depuis leur première rencontre. Or, cette première rencontre restait dans l’esprit de la demoiselle un souvenir plutôt agréable. Certes, elle avait cru mourir de peur lorsqu’il lui avait sauté dessus dans son sommeil. Mais finalement, il avait réussi à se faire pardonner sa mauvaise conduite, et s’était montré gentil avec elle. Et un peu protecteur aussi. Ce qui était surprenant de la part d’un inconnu. Mais peut-être qu’elle l’avait un peu attendri et qu’il l’avait prise en pitié, cette incroyable maladroite ? Quoiqu’il en soit, à présent, elle avait l’impression qu’il regrettait amèrement d’avoir croisé sa route. Elle ne l’en blâmait pas vraiment : elle faisait souvent cet effet aux personnes de son entourage. Ce qu’elle ne s’expliquait pas vraiment, c’était cette déception qui l’avait envahie lorsqu’elle l’avait entendu prononcer ces mots. Il lui avait demandé si elle avait déjà ressenti cela. Oui, avec Alexandre. Souvent, elle se disait que si elle ne l’avait pas connu, elle ne serait pas aussi mélancolique et lugubre, aujourd’hui. Mais elle changeait assez vite d’avis, consciente du fait que, si elle ne l’avait pas eu pour meilleur ami, elle n’aurait pas non plus connu de si grands bonheurs que ceux qu’elle avait eu l’occasion de goûter à ses côtés.

Elle finit par se retourner, et regarda le jeune homme qui se tenait toujours dos à elle. Prudemment, elle fit quelques pas dans sa direction, et vint finalement se placer devant lui. Elle chercha son regard, tandis que ses yeux à elles se coloraient de diverses nuances. Elle avait l’air un peu triste, très fatiguée, et tout à fait perdue.
E L O Ï S E – « Dites-moi… Est-ce que cela signifie que vous auriez préféré ne jamais faire ma connaissance ? »

Elle parlait d’une toute petite voix, comme si elle craignait de réveiller quelqu’un. Prononcer les mots à voix haute leur aurait conféré une certaine vérité. Et, au fond, elle voulait avoir tort. Ne lui demandez pas pourquoi. Elle ignorait pour quelle raison elle espérait qu’il lui réponde « Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire ». Peut-être aurait-elle souhaité que quelqu’un de neutre et de fraîchement rencontré ne la haïsse pas si vite. Quelqu’un à qui la Cour était étrangère, quelqu’un qui ne faisait pas partie de son milieu… Bref, elle aurait espéré que lui, au moins, arrive à ne pas la détester, malgré ses nombreux défauts. Désenchantée, elle se sentit soudain abominablement vide. Elle ne comprenait pas même comment elle arrivait à supporter sa propre compagnie. Car être enfermée dans sa tête était parfois un insupportable calvaire. Alors, il était légitime que personne ne l’apprécie vraiment, si elle-même avait du mal à s’aimer. Enfin, il y avait bien le Vicomte. Mais il était attaché à elle par contrainte morale. Elle était sa punition en même temps que sa victime. Il était incapable de l’abandonner car, selon lui, ce serait la trahir une seconde fois… Ou quelque chose comme cela. Le Vicomte était lui aussi difficile à comprendre. Elle lui avait souvent dit de partir, de s’enfuir, de ne plus chercher à la voir car un jour, si elle en avait la force, elle ferait son possible pour le détruire. Mais Alexandre restait à ses côtés, tel un héros tragique, qui voit la fatalité venir de loin mais qui s’est résigné à s’y heurter de plein fouet. Eloïse chassa ces pensées de son mieux, et reporta son attention sur sa main endolorie. Le tissus dont elle l’avait entourée était à présent inutile, juste bon à préparer un philtre pour vampire. Il faut croire qu’un lambeau de jupon n’est pas un bon pansement, constata-t-elle en regardant l’étoffe rougie s’effilocher de manière pitoyable.
E L O Ï S E – « Auriez-vous quelque chose de plus solide, pour ma main, s’il vous plaît ? Je ne voudrais pas salir vos affaires. Et je suis désolée de vous avoir réveillé brutalement. J’ai souvent tendance à assombrir les plus doux rêves, mais je crois que c’est la première fois que j’en ai littéralement cassé un. »
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MessageSujet: Re: Une fois le Styx franchi...   Dim 29 Avr - 20:09

Eh bien eh bien, voilà qu'elle se dénigrait toute seule en lui faisant la liste de tous ses défauts ! L'aurait-il vexée à ne point la nommer concrètement ? Certainement à en entendre le son de sa voix un poil contrarié. Voyons, il ne lui avait rien reproché, il avait juste eu des difficultés à lui donner un adjectif qui lui conviendrait. Inadaptée au monde qui l'entourait... dites donc, elle était fort sévère avec elle-même, il n'avait pourtant pas voulu l'accabler à ce point. Mais après tout avait-il réussi seulement une fois à discuter avec elle comme il l'aurait voulu ? Il en vint à la conclusion qu'ils devaient tous deux avoir un réel problème de communication... et c'était en partie à cause de la baronne, habituellement il n'avait aucun mal à parler correctement à une dame.

« Si bavarde tout à coup ! »

Ne put-il s'empêcher de rétorquer une fois qu'elle eut fini sa triste tirade. Voilà de quoi la rendre encore un peu plus irritée. Mais à ses yeux mieux valait la voir en colère plutôt que triste et désespérément malheureuse. Il avait bien trop de mal à gérer toute cette mélancolie, lui qui n'avait jamais eu le cœur brisé. Et puis vous, vous qui riez de la maladresse avec laquelle gérait tout cela Aaron, allez donc consoler une encombrante maladroite, folle capricieuse lunatique et inadaptée au monde... en voilà un défi de taille ! Aussi il lui fit part de son envie de refaire les choses avec elle s'il le pouvait. Par exemple éviter de lui sauter dessus, lui dire clairement non lorsqu'elle lui avait demandé de l'entraîner avec une dangereuse arme. Éviter de boire, la faire boire, la laisser seule avec des lames... mademoiselle la forte tête était tellement douée pour s'attirer des ennuis. Il ferma les yeux alors qu'un soupir s'échappa d'entre ses lèvres et ne vut donc pas la jeune femme se déplacer jusque devant lui. Il plissa les yeux alors que sa bouche se déformait légèrement sur le côté. Elle le regardait d'une bien drôle de façon, comme toujours il ne put décrire ce qu'elle ressentait. A moins que... oh, misère, voilà qu'elle reprenait ses airs maussades et affligés. Il fit la grimace, pas très enchanté de la voir une nouvelle fois dans cet état mais il se dérida bien vite alors qu'elle lui expliquait d'une toute petite voix le pourquoi de cette mine si peu joyeuse. Aaron approcha son visage du sien, comme s'il était sur le point de l'embrasser. Il resta là, tout près, quelques secondes alors qu'il l'examinait avec soin. Puis sans crier gare, il éclata d'un grand rire alors que ses mains vinrent se croiser derrière sa tête. Qu'est-ce qui était si drôle ? Sa voix minuscule qui lui avouait sans qu'elle le veuille qu'elle était bien triste qu'il souhaite ne jamais l'avoir rencontrée. Elle qui paraissait si fière par moment, elle venait tout bonnement d'admettre que dans le fond, il ne lui était pas si désagréable son grand compagnon qui manquait de subtilité à son égard. La charmante petite créature confessait à mi-mots qu'elle, n'aurait pas souhaité que leur rencontre n'ait jamais lieu. Une fois qu'il fut remis de son hilarité probablement fort peu appréciable pour sa compagne, il croisa les bras et la regarda d'un air triomphant.

« Allons allons ne pleurez pas, je n'ai pas dit que j'aurais préféré ne jamais vous connaître, auquel cas je vous aurais déjà chassée de chez moi ! Seulement changer quelques détails qui auraient pu rendre la rencontre moins dramatique. Rendez-vous compte comme il est déstabilisant pour un homme de rendre triste une femme. A défaut de vous faire sourire si j'avais pu au moins ne pas vous faire évanouir... Mais ne vous inquiétez pas, vous m'êtes fort agréable par moment. Il faut dire que vous êtes si... »

Il retint un ricanement en se mordant la lèvre inférieure. Oh, pauvre petite Eloïse, il était si amusant de la déstabiliser ainsi. Mais soyons plus sérieux que Diable, il pencha la tête sur le côté alors qu'il voyait son pansement de fortune rendre l'âme. Il avait oublié qu'elle s'était blessée, c'était honteux de se moquer d'une souffrante, mais qu'y pouvait-il, après tout. Elle mettrait tout cela sur le compte de la fatigue ou bien de son terrible manque d'éducation, lui qui n'était qu'un citoyen et n'y prêterait plus attention. Quoique, il s'indigna lui-même de sa pensée, ses parents avaient mis tant de cœur à le faire évoluer comme le plus grand des seigneurs, c'était terriblement irrespectueux de dire qu'il avait été mal élevé. Alors certes, ses révérences n'étaient pas parfaites, son langage parfois un peu trop familier et ses habits jamais les plus somptueux mais il restait tout de même quelqu'un de très présentable. Oui, et il hocha la tête pour confirmer cette idée, comme s'il voulait la convaincre, la jolie noble qui se tenait face à lui et qui n'avait pas à faire à ce genre de problèmes. Elle lui demanda finalement s'il n'avait pas plus approprié pour sa main ensanglantée. Il réfléchit, pas vraiment certain d'avoir de quoi faire l'affaire. Il aurait bien déchirée sa précédente chemise qui ne ressemblait presque plus à rien mais il avait ôtée voilà déjà un moment. Oh d'ailleurs, peut être que là aussi il avait quelque peu manqué à la bienséance en se pavanant de la sorte devant elle, à moitié nu. En y repensant il l'avait trouvé absolument épuisante mais lui non plus n'avait pas du être de tout repos. Quoiqu'il en soit mieux valait lui trouver un tissu convenable avant qu'elle ne fasse déborder sa maison de son sang.

« Je vais voir ce que je peux faire pour vous. Vous ne m'avez pas réveillé, voyons, je suis constamment sur le qui-vive lorsque vous êtes dans les parages. Et puis, vous savez, vous êtes bien plus originale que ne peut l'être un rêve. Douce aussi, par moment mais surtout insensée... Et la seule chose que vous avez cassé, c'est votre main très chère. Je vais de ce pas trouver de quoi la rafistoler, à moins que vous préfériez que je la coupe une bonne fois pour toute ? Si vous n'avez plus de main, vous ne vous ferez plus du mal !»


Il lui sourit, gentiment, plus ou moins puis posa dans un coin la lame qui avait fait des ravages et qu'il raccrocherait plus tard. Il jeta un regard à la blessée l'air de dire « n'y touche pas, malheureuse ! » puis daigna enfin se lever pour aller chercher ce qu'elle attendait. Il descendit en sifflotant comme s'il partait leur chercher de quoi boire et passer un bon moment. Oh il fallait relativiser non ? Il avait traversé la rue torse-nu accompagnée d'une baronne fort bien vêtue qui s'était à son tour déshabillée (allez savoir pourquoi) avant de finalement s'ouvrir la main. Que pouvait-il donc bien arriver de plus ahurissant ? L'hôte s'accouda à la table au centre du rez-de-chaussée puis tapota de ses ongles sur celle-ci alors qu'il cherchait quelque chose qui irait. Ses yeux finirent par se poser sur les morceaux de tissu posés les uns sur les autres qui lui servaient à nettoyer ses lames. Voilà qui ferait l'affaire... ou qui recueillerait au moins le liquide rouge jusqu'à ce que celui-ci se décide à arrêter de couler. Il en prit donc un qui n'avait pas servi de préférence puis s'affaira à allumer une bougie. La nuit était tombée si vite, il en avait presque oublié l'obscurité des lieux. Peut être qu'après tout, temps passait vite avec cette jeune femme. Il haussa les épaules et retourna sur ses pas, éclairé par la faible flamme. Durant sa courte absence elle ne semblait cette fois-ci pas avoir fait quelque chose de maladroit, il offrit donc son bout de tissu puis ramassa l'épée allongée sur le sol. D'un regard il examina la taille de la courtisane, elle était pourtant petite, comment avait-elle pu réussir à la décrocher du mur ? Il haussa les épaules, après tout cela n'avait pas beaucoup d'importance . Aaron la reposa alors sur son socle, il était si grand qu'il n'eut même pas besoin de se mettre sur la pointe des pieds. Une dernière caresse à la lame puis il fit quelques pas en direction de la fenêtre, songeur. Il se demandait s'il était très prudent de la raccompagner à une heure pareille mais si cela n'était pas le cas il doutait pourtant aussi que l'héberger là pour la nuit soit une très bonne idée. D'un pas leste il rejoignit la jeune femme, s'assit devant elle et posa la bougie entre eux. Les flammes dansaient sur leurs visages sans pour autant les toucher, dans les yeux de la courtisane brillait la lumière qui colorait son regard ambré. Il l'observa un moment en silence avant d'élever la voix d'un ton malgré lui grave.

« J'ai remarqué la facilité avec laquelle vous vous dénigrez. Pourquoi penser ainsi que tout le monde vous trouve de mauvaise compagnie ? Vous savez, quand je vous parlais de tout recommencer, c'était dans l'unique but de vous voir moins malheureuse, certainement pas parce que votre présence m'était désagréable. Aussi je pense simplement que nous sommes nombreux à ne pas savoir comment nous y prendre avec vous et que vous interprétez cela de la plus mauvaise des façons. »
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MessageSujet: Re: Une fois le Styx franchi...   Mer 2 Mai - 21:59

Etait-il devenu à moitié aveugle ? C’est la question que notre Eloïse, éberluée, se posait tandis que le jeune homme l’observait de très près. Il avait approché son visage du sien et se tenait maintenant immobile, penché vers l’avant, et ses yeux scrutaient son visage avec attention. Qu’espérait-il donc trouver au milieu de son front, au fond de ses yeux ou au coin de ses lèvres, si ce n’est l’ombre d’un air gêné ? Néanmoins, elle ne cilla pas, et le regarda bien en face pendant toute la durée de son étrange examen. Sans doute la trouvait-il atypique, mais lui n’était pas mal dans le genre, après tout. Il avait d’étranges réactions et des manières fort curieuses, par moments. Eloïse se souvint de la façon dont il avait fait le tour du lac au galop, lors de leur première rencontre, dans le but de lui rapporter quelques fougères et brins d’herbe. Cette offrande de verdure l’avait laissée un peu perplexe, d’ailleurs. Le regard de la jeune femme parcourait le visage de son drôle de compagnon avec pour objectif de comprendre la raison pour laquelle il s’amusait à l’observer de si près. Chemin faisant, elle s’arrêta sur le rivage de ses iris en se demandant de quelle couleur en étaient les eaux. Ce n’était pas une nuit profonde sur un lac obscur, comme celle qui luisait dans le regard d’Alexandre. Les nuances en étaient plus chaudes, et non cristallisées. Une couleur mate, comme la robe poudreuse d’un étalon sauvage. Il y avait quelque chose de terrestre, dans ses yeux. Oui, c’était à peu près la même teinte que celle de l’écorce d’un arbre après la pluie. La jeune femme faillit s’esclaffer : son esprit forgeait parfois des images saugrenues. Elle se figurait à présent qu’un tronc d’arbre traversait le regard d’Aaron, et c’était en fait un peu effrayant. Cependant, elle fut sortie de ses réflexions par un rire sonore qui secouait les épaules de son émetteur. Qu’avait-elle encore pu dire qui lui semblait grotesque ? Elle leva les yeux au ciel. « Vous vous flattez ; je ne pleure pas », semblait-elle vouloir dire. Mais elle était lasse de parlementer pour ce genre d’histoires.
E L O Ï S E – « Vous êtes trop aimable », lança-t-elle tout en émettant à rire grinçant, lorsqu’il lui avoua que par moments elle lui était agréable.

Et puis, si Eloïse avait pu entendre les pensées du jeune homme, elle aurait sans doute rétorqué qu’elle avait bien d’autres soucis que celui de paraître au-dessus de sa condition. Certes, elle voyait Aaron comme un malotru, mais elle se doutait bien qu’il était en réalité mieux élevé que la plupart des citoyens de son niveau. Il semblait un peu brut dans sa façon d’être, mais elle remarquait néanmoins une certaine distinction dans son apparence générale. Il n’était ni avachi, ni mou d’esprit, ni même dépourvu de sens de l’humour (car, pour la demoiselle, l’humour était une marque d’intelligence et d’une correcte éducation). Cependant, elle aurait pu songer, certes à regret, qu’elle n’était pas si loin d’avoir ce genre de soucis. Elle avait beau avoir des manières de princesses, elle demeurait une simple baronne. Petit titre de noblesse pour un grand caractère : autrement dit, sa situation était assez peu enviable. Si au moins elle était idiote, elle aurait des chances de se trouver un époux convenable. Mais il fallait qu’elle soit maligne et de petite noblesse, et les deux ne faisaient pas bon ménage. C’est la raison pour laquelle elle était intimement convaincue qu’elle mourrait vieille fille. Cette perspective peu réjouissante la chagrinait vaguement, mais mieux vaut sacrifier son plaisir plutôt que son esprit et sa dignité. Eloïse secoua la tête de gauche à droite avec ferveur, lorsque le jeune homme lui proposa de lui couper la main. Fou comme il est, s’amuser à le tenter n’était pas une bonne idée. Elle cacha sa main derrière son dos dans un geste enfantin et le regarda descendre l’escalier. Elle demeura absolument immobile, s’interdisant presque de respirer, de peur de faire une nouvelle bêtise. Il remonta assez rapidement, avec dans une main une chandelle et dans l’autre un morceau de tissus qu’il lui tendit. Elle le remercia d’un sourire puis alla s’assoir en face de lui. Il avait posé la bougie entre eux. Des ombres ondulaient sur les murs, tout au tour. Cela avait l’air fort hostile, mais tant qu’ils étaient près de la lumière, rien de dangereux n’arriverait. Elle observait la flamme qui dansait, et qui se reflétait deux fois dans les yeux d’Aaron. Ce dernier prit enfin la parole. Quelque chose de beau et de suave émanait soudain de lui, sans d’Eloïse ne puisse s’en expliquer la cause. Peut-être était-ce du à l’ambiance tamisée ou au fait qu’elle était fatiguée et que tout prenait une allure de rêve.
E L O Ï S E – « J’ai l’impression de rendre tout le monde triste. De boire la lumière, vous voyez ? Ou alors je me méfie des gens, parce que je ne veux pas souffrir. Donc je les attaque la première, je crois. Nous ne sommes pas obligés de parler de cela. De moi. Nous ne sommes pas obligés de parler du tout. »

Elle n’avait pas quitté la flamme des yeux. Cette petite danseuse aux ailes d’or et de fumée captait en fait toute son attention. L’eau et le feu étaient deux éléments qui n’avaient de cesse de fasciner la demoiselle. Elle se dit subitement que la prochaine robe qu’elle se fabriquerait serait semblable à cette source de lumière. Il lui faudrait un tissus chatoyant et tellement soyeux qu’il aurait l’air de crépiter à chacun de ses mouvements. Il était d’une nécessité absolue qu’elle soit rayonnante, et que le soleil en pâlisse d’envie. Cette idée fit naître un sourire sur le vermeille de ses lèvres, mais il disparut aussitôt que résonnèrent des coups frappés à la porte. Elle détourna le visage de la bougie, regardant en direction des escaliers. Là-bas, au fond des ténèbres, le bruit heurté se répéta plusieurs fois. Un coup d’œil en direction d’Aaron fut suffisant pour comprendre qu’il ignorait l’identité de celui qui frappait à sa porte. Eloïse se leva et s’approcha des escaliers. Elle descendit quelques marches en tendant l’oreille. Ce qu’elle entendait d’ici comme des paroles étouffées étaient en fait des exclamations impatientes. Elle se figea, une expression de surprise et de déplaisir éteignant son regard.
E L O Ï S E – « Je crois que… C’est étrange… », souffla-t-elle sans finir d’exprimer sa pensée.

En un instant elle était près de la porte, sans s’être vue descendre les dernières marches. Certaine d’avoir reconnu les invités mystère, elle ouvrit la porte sans demander son avis à Aaron. Sur le seuil, deux Marquis. Ils éclipsaient la lune, et leurs visages étaient obscurs. Elle ne pensait pas que ses cousins l’auraient cherchée si longtemps. Elle n’en fut guère enchantée. Quant à eux, ils eurent l’air furieux de la trouver ici. Leur colère était palpable. Pourquoi l’avoir cherchée si c’était pour faire triste mine en l’ayant retrouvée ? Eloïse resta interdite, les observant comme si elle ne les avait jamais rencontrés. Geoffroy la toisait d’un air sévère tandis que Théodore paraissait étouffer tant il était fâché.
G E O F F R O Y – « Mademoiselle, nous n’espérions plus vous trouver vivante. », grinça son cousin en guise d’expression de son soulagement.
T H E O D O R E – « J’espérais vous trouver plus mal en point, pour ma part. Cela nous aurait au moins donné une bonne raison de nous inquiéter. »

Ses cousins avaient toujours été profondément aimables, Eloïse avait donc l’habitude de ce genre de civilités. En réalité, ils étaient extrêmement courtois avec elle lorsqu’ils se trouvaient en public. Mais sans témoin, les choses étaient différentes.
G E O F F R O Y – « Eh bien, ne restez point toute coite, et dites-nous ce que vous faites ici. Vous a-t-on fait du mal ? », demanda-t-il en regardant la main blessée et la robe abîmée d’Eloïse.
E L O Ï S E – « Je vais très… »
T H E O D O R E – « Que diable, mon ami, vous posez toujours les mauvaises questions ! Où est-il ? Un manant nous a dit qu’il vous a vue avec un homme. J’exige de savoir de qui il s’agit, et je demande réparation pour l’affront qu’il nous a fait en enlevant notre cousine de la sorte. »

Théodore étant le plus sanguin des deux, Eloïse évitait soigneusement de le contrarier. Elle l’avait déjà vu gifler une de ses servantes pour une bagatelle, et étant donné le peu de considération qu’il avait pour sa baronne de cousine, elle songeait qu’il n’était qu’à deux doigts de lui administrer le même traitement. Elle en vint à regretter d’avoir ouvert la porte. Quoiqu’ils auraient été capables de la démonter à force de coups d’épée, si elle ne l’avait pas fait. Elle ouvrit la bouche pour répliquer mais Théodore, impatienté, la bouscula et entra dans la maison en prenant un air de conquistador espagnol.
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Aaron Lawford

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MessageSujet: Re: Une fois le Styx franchi...   Mer 9 Mai - 2:14

Une douce atmosphère enveloppait les deux jeunes gens, régnait comme une invitation à la confidence au milieu de cette intime rencontre. La lumière semblait autant éclairer leur visage que leur esprit et, poussé par cette étrange ambiance qui incitait au partage, Aaron avait posé une question qui lui trottait dans la tête depuis un moment : pourquoi pensait-elle autant de mal d'elle ? La jeune femme, obnubilée par la seule source de lumière présente regarda longuement celle-ci avant de lui répondre avec franchise. Elle pensait rendre tristes ceux qui l'approchaient, absorber toute parcelle de lumière chez eux et pour ne pas avoir à souffrir elle sortait les armes la première. Mais alors qu'elle se dévoilait enfin un peu, elle fut comme prise d'un élan de conscience et n'alla pas plus loin. Il avait déjà remarqué cela, qu'elle n'aimait guère parler d'elle, de ses sentiments et tout ce qui se rapprochait trop de son cœur. Il trouvait cela dommage, le fait d'extérioriser pouvait probablement l'aider, garder tant de noirceur en elle ne faisait que la ronger de l'intérieur. Mais il n'était certainement pas la meilleure personne avec qui se délivrer.

« Je crois plutôt que c'est le monde qui vous rend malheureuse. Et si nous vous paraissons tristes c'est uniquement parce que vous l'êtes. Mais très bien, ne parlons pas de vous, ne parlons de rien. »

Il soupira, la regarda un moment dans les yeux puis baissa à nouveau son regard sur la flamme dansante, résigné à en rester là. S'en suivit un silence de mort, il n'osait plus rien dire et elle semblait déjà s'en être retournée dans le monde mystérieux de ses pensées. Aaron se demanda alors comment tout cela allait se terminer, quand est-ce qu'elle rentrerait chez elle et s'ils allaient devoir attendre que le jour se lève. Cela serait fort ennuyeux puisqu'il n'allait tout de même pas la faire coucher dans son lit mais la faire dormir par terre n'était pas vraiment mieux, à moins qu'ils ne tiennent éveillés toute la nuit. Il n'eut pas le temps d'y réfléchir plus longtemps, trois coups frappèrent à la porte. Eloïse le regarda, il haussa les épaules ne sachant pas qui pouvait venir chez lui à cette heure si tardive. Le fameux maître forgeron qu'il attendait depuis la matinée ? Peu probable, même impossible. Peut être quelqu'un qui s'était perdu, ou un ivrogne de passage qui s'était trompé de maison, ou bien encore quelque chose d'aussi rocambolesque. Des coups retentirent une nouvelle fois, visiblement la personne qui attendait devant sa porte n'était pas des plus patientes. La courtisane s'était levée, il la suivit du regard, et arqua un sourcil alors qu'elle semblait comme savoir qui était là. Puis sans terminer sa phrase elle descendit les escaliers. Aaron se leva à son tour mais resta en haut des marches alors qu'il entendit une voix d'homme résonner, puis une deuxième. Des gens fort peu aimables qui exprimaient leur mécontentement, las de l'avoir cherché partout. Il comprit enfin que ceux-ci devaient être ses fameux cousins qu'elle avait fui. Il comprit par la même occasion pourquoi elle avait pris la poudre d'escampette. Il se raidit alors qu'il l'entendit demander où se trouvait la fameux monsieur qui l'avait enlevée. L'enlever ? Il n'avait fait que la conduire dans un endroit plus approprié à l'attente. Il se passa une main sur le visage, tout cela sentait les ennuis et n'allait sûrement pas très bien se terminer. Mais il n'allait tout de même pas resté caché ainsi jusqu'à ce qu'ils décident de partir ou pire de venir le chercher. L'hôte prit donc sur lui et descendit à son tour avant de tomber nez à nez avec les deux cousins et la baronne qui visiblement n'avait plus son mot à dire. Ils étaient fort bien habillés, ce n'était pas très étonnant eux aussi devaient être de nobles gens. Aussi il aurait voulu leur offrir une révérence comme il se doit, les accueillir en bonne et due forme. Hélas leur carrure d'être supérieur lui inspirait tant de mépris que sans le vouloir, sans même le remarquer, il se contenta de hocher la tête à chacun en guise de salutation. Puis, comme si on le lui avait obligé, il grinça un vague « Messires... ». Ils débarquaient chez lui sans qu'on les ait invités et osaient ainsi prendre des airs indignés comme s'il avait été coupable du pire crime qu'on puisse commettre. Quoique, il était vrai que tout cela pouvait porter à confusion, un simple citoyen qui ramenait (torse-nu) une dame de condition chez lui. De plus elle était blessée, il avait presque oublié ce malheureux incident, que dire donc, pour sa défense ? Leur expliquer calmement les choses, voilà ce qu'il allait faire.

« Je travaille dans un atelier, non loin. Puis soudain votre amie a fait son apparition, elle... s'était simplement perdue. Je ne l'ai pas enlevé, je l'ai simplement amené dans un endroit plus convenable, vous en conviendrez qu'une forge n'est guère un lieu pour discuter. Elle m'a ensuite conté combien vous deviez être inquiets , je lui ai donc proposé d'attendre ici puisque vous deviez certainement déjà être à sa recherche. Mais la nuit est tombée, qui aurait pensé que cela vous prendrait tout ce temps pour la retrouver! »


Il força un rire qui ne fut d'ailleurs pas accompagné. Bien, il avait quelque peu modifié les faits et surtout il s'était ouvertement moqué d'eux, cela risquait fort de ne pas beaucoup leur plaire. Décidément, pour se faire bien voir, c'était raté. Aaron jaugea du regard les deux jeunes gens peu enchantés d'être ici. Il jeta un coup d’œil à l'épée la plus accessible, qu'il pouvait attraper d'un simple pas chassé mais il secoua aussitôt la tête. Se battre avec des nobles, en voilà une drôle d'idée et puis, s'il venait à les tuer, il aurait des ennuis bien plus importants. Si on ne lui coupait pas la tête c'en était fini de sa réputation et de sa vie tranquille à Londres. Tout cela pour un crime qu'il n'avait pas commis ! Il regarda ensuite Eloïse, qu'elle leur dise, elle, qu'il n'avait rien fait et qu'elle se sentait parfaitement bien. Mais à bien la regarder elle avait l'air terrorisée par ses charmants cousins et n'oserait probablement rien dire. Il tapa nerveusement de son pied sur le sol. En plus d'être impatient, il était affreusement mal à l'aise et ne savait pas du tout quel comportement il devait adopter en présence de ces deux inconnus tout sauf conciliants. Puis soudain, agacé par cette situation, il fit un pas en avant comme pour raccompagner à l'entée celui que se tenait fièrement en avant.

« Il se fait tard, vous devez être épuisés d'avoir cherché votre chère cousine dans toute la ville. Elle est vivante et va parfaitement bien. Pourquoi donc ne pas en finir avec cette histoire et rentrer chez vous ? »


Hélas ils ne semblaient guère décidé à partir. Que voulaient-ils, un verre de vin ? Aaron releva légèrement le menton, toisant le moins aimable d'entre eux du regard. Il était grand, très grand et seul le Roi qu'on disait géant devait le dépasser. Et même si généralement il n'y prêtait guère attention, il profita de son imposante carrure pour sommer à ses deux invités non désirés de partir avant que tout cela ne dégénère. Quand on le provoquait il ne résistait jamais et partait aussitôt au quart de tour, il était loin d'être le plus sage et patient des hommes. Aussi, si ces deux là continuaient ainsi à le défier du regard, c'était d'un affrontement que tout cela allait se finir, un stupide combat de coqs. Pris au piège de ce combat silencieux, il finit par reculer et croiser froidement les bras avant d'ouvrir la bouche et de dire d'un ton grave.

« A moins que vous soyez effrayés ? Les rues sont peu sûres à cette heure là. Dois-je vous escorter ? Peut être préférez-vous passer la nuit là en attendant que le jour se lève ? »


S'il avait peur d'une chose, c'était des conséquences, nullement de devoir se battre avec eux. Lui aussi était un fier homme malgré son titre inexistant et lorsqu'on le prenait de haut, qu'on le regardait comme un moins que rien comme le faisaient ces deux hommes, il réagissait et devenait aveugle. Un geste déplacé de leur part et il n'hésiterait pas à prendre les armes, viendrait plus tard le temps des regrets, il agissait par impulsion et ne réfléchissait pas toujours à ses actes. Aussi il aurait été préférable que les deux cousins de la baronne aient un peu plus de jugeote que lui sur l'instant présent.
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Eloïse du Mauroi


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MessageSujet: Re: Une fois le Styx franchi...   Mer 9 Mai - 23:01

Théodore était fatigué. Sous pression depuis trop longtemps. Cela se sentait. Il cherchait un bon exutoire, et cette aventure lui avait semblé à première vue tout à fait appropriée. Rien de tel pour se changer les idées que de secourir une demoiselle en détresse. C’est toujours bon pour l’égo. Cependant, ladite demoiselle n’était autre que son incorrigible cousine. Aussi loin que remonte sa mémoire, il l’avait toujours détestée. Parce qu’elle était pauvre. Une simple baronne, pensez-vous ! C’est du moins ce qu’il dirait d’un ton railleur si vous l’interrogiez sur son inimitié pour Eloïse. Cependant, la vérité était plutôt qu’il la détestait parce qu’elle ne l’aimait pas, et le lui faisait très bien comprendre. Elle a toujours préféré battre la campagne avec ce vagabond de Dulis, ce minuscule Vicomte, plutôt que de se promener avec lui. Et là, au milieu de ce sombre et ridicule salon, tout ce qu’il y avait de vexé et d’orgueilleux en lui ne demandait qu’à sortir. Brutalement, de préférence. Où était-il, là, son Vicomte ? Nulle part. Ailleurs. Entendons-nous : il ne voulait pas qu’Eloïse l’aime (qu’en aurait-il à faire, de son amour chétif, quand toutes les dames de la Cour de France ne soupiraient qu’après lui ?). Il voulait qu’elle le respecte pour ce qu’il était : largement supérieur à elle, à tous les niveaux. Il lui jeta un coup d’œil à la dérobée, à travers la pénombre. Elle ne le regardait pas. Et elle avait beau ne lui prêter aucune attention, il était intimement persuadé qu’elle le méprisait intérieurement. Il aurait voulu la tenir par les épaules et la secouer jusqu’à ce qu’elle ait mal. Jusqu’à ce qu’elle pleure à cause de lui. Pour lui. Comment diable pouvait-elle être si petite sur l’échelle sociale et avoir pourtant une si haute opinion d’elle-même qu’elle l’imposait à tous ? Elle lui faisait un effet effroyable. Il ne se reconnaissait pas. Avec n’importe quelle autre dame, il savait se montrer tout à fait charmant, et maître de lui-même, mais face à elle, il avait l’impression de redevenir le gamin peu sûr de lui qu’il était jadis. Et cela lui donnait des envies de meurtre. Justement, quelqu’un descendit les escaliers. Sa silhouette n’en finissait pas. Peut-être que le manque d’éclairage rendait l’atmosphère cauchemardesque, mais l’homme qui se tint bientôt face à lui lui fit l’effet d’être dramatiquement immense. Théodore ne l’écouta guère parler. Il regardait attentivement ses gestes. Il le vit détourner un instant le regard. Agissant de même, il s’aperçut que ce que le citoyen regardait était une épée à portée de main. Le jeune homme lança un regard circulaire aux alentours. En réalité, il y avait plusieurs épées, éparses, posées un peu n’importe où dans le salon. Ah oui, il a dit travailler dans une forge ! Mais il n’avait pas peur de lui. Principalement parce que le citoyen ne devait pas ignorer qu’attaquer un noble était un crime extrêmement grave. Il s’esclaffa d’un air choqué lorsque ce monsieur lui demanda s’il était effrayé à l’idée de traverser Londres de nuit pour rentrer à la Cour.
T H E O D O R E – « M’avez-vous bien regardé ? Et qui croyez-vous être ? Vous ne manquez pas d’audace, et vous me traitez de couard, avec cela ! »

Geoffroy, qui connaissait fort bien son camarade, fit un bond en avant en le voyant porter la main à son épée. Il s’approcha de lui et posa une main sur son épaule, comme pour l’apaiser. En véritable diplomate, il pensait que la plupart des différents pouvaient être réglés à l’amiable, sans qu’il ne soit nécessaire de prendre les armes. C’est la raison pour laquelle il allait tenter de dissuader Théodore. Cependant, il savait que son ami cherchait aventure depuis le matin, et que cette occasion était assez belle pour lui. Geoffroy se rangeait volontiers du côté de la justice lorsque les opposants étaient égaux. Mais, même si Théodore aurait eu tort de provoquer ce monsieur en duel, il serait moralement tenu de donner raison à l’attaquant, parce qu’après tout il était noble, et que c’était une raison suffisante pour… eh bien, pour avoir raison.
G E O F F R O Y – « Vous voyez bien que notre cousine est saine et sauve, murmura-t-il à l’adresse de Théodore. Et même si ce monsieur a eu tort de la garder chez lui plutôt que de la raccompagner à la Cour, il semble qu’il soit inutile de chercher querelle. »

Mais quelque chose de furieux s’était allumé au fond des yeux de Théodore. Il fit un mouvement d’épaule pour que Geoffroy retire sa main, sans quitter Aaron du regard. D’abord, le citoyen ne respectait aucune règle de bienséance, ensuite, il présupposait que les Marquis étaient des lâches effrayés par la nuit, enfin, Théodore n’aimait vraiment pas la façon qu’il avait de les toiser.
T H E O D O R E – « Cela ne vous fait rien, qu’il nous insulte ? demanda-t-il à Geoffroy en élevant le ton sous le coup de la colère. Et qui vous dit qu’elle va bien ? Qui sait ce qu’il lui a fait ? Comment savoir si cette jolie histoire est la vérité ? Car si quelque chose de grave et d’irréparable s’est produit, ce n’est pas eux qui nous le diront. Elle aurait trop honte, et lui trop peur des conséquences. »
G E O F F R O Y – « Ce sont de graves accusations fondées sur d’outrageants présupposés, Théodore. Pensez un peu que mademoiselle du Mauroi est juste à côté et qu’elle n’est point sourde. Ce n’est pas convenable de… »
T H E O D O R E – « Mais oui c’est tout à fait inconvenant. Je ne dis pas qu’elle ne l’aurait pas cherché. Depuis le temps qu’elle se promène avec des airs de reine intouchable, comme si rien ne pouvait lui arriver… Comme si elle pouvait se comporter très mal et garder de belles apparences. Elle voit bien que tout le monde ne la respecte pas ! »

Et, en effet, Eloïse n’était point sourde, et elle entendait tout cela en pauvre spectatrice. C’est elle qui devait se sentir insultée, en réalité. Son cousin venait pour ainsi dire de la traiter de trainée pompeuse, devant témoins, alors qu’elle était parfaitement innocente, et que rien en elle n’était suggestif ou aguicheur. A présent, elle avait les larmes aux yeux, car ces accusations étaient aussi infondées qu’humiliantes, et qu’elle ne savait pas quoi dire pour que tout ceci prenne fin. Elle posait un regard muet sur Aaron, visiblement désolée de la tournure que prenaient les choses. Il ne lui avait jamais voulu de mal, après tout. Et lui aussi se voyait accuser d’un crime affreux. Comme l’avait fait observer Geoffroy, la situation était très grave et les présupposés outrageants. Eloïse connaissait suffisamment son impétueux cousin pour savoir qu’il prononçait bien souvent des mots dépassant sa pensée, sous l’effet de la colère ou de la vexation. Mais s’excuser, cela, il ne le faisait jamais, qu’importe le mal qu’il avait pu causer. Tout n’était finalement qu’une question d’orgueil, et, à bien les regarder tous autant qu’ils étaient, Eloïse songea d’un air dépité qu’ils se moquaient parfaitement de savoir qui a tort ou raison : la seule chose qui importait était leurs égos respectifs. Les imaginer déguisés en jeunes coqs de basse cour aida Eloïse à dédramatiser la situation et à mettre de côté les mots de son cousin qui lui étaient restés en travers de la gorge.
E L O Ï S E – « Voyons, mes cousins, dit-elle en ayant retrouvé la faculté d’émettre des sons, si vous regardiez les choses telles qu’elles sont, vous vous rendriez compte qu’il n’y a pas lieu de se scandaliser. Monsieur Lawford a essayé de m’aider et ne s’est jamais montré malhonnête envers moi. Si vous y tenez réellement, Théodore, vous pouvez tout à fait le provoquer en duel, mais, par pitié et pour l’égard que vous pouvez avoir pour moi, je vous prie de ne point m’imposer ce spectacle terrifiant et de me raccompagner chez moi au plus vite. Reportez-donc, s’il vous plait, ces activités guerrières à un autre jour, car je ne pourrais supporter de vous voir vous battre ce soir. Je suis exténuée, et je crois que si je ne me couche pas bientôt je risquerais de pleurer toutes les larmes de mon corps d’un instant à l’autre. »

C’est uniquement par affection vis-à-vis d’Aaron qu’elle avait prononcé de telles paroles. Car elle venait de s’apercevoir qu’elle ne se le pardonnerait jamais si le maître d’armes était accusé de quoique ce soit à cause d’elle. Parallèlement, elle savait que si elle arrivait à persuader Théodore de différer l’affrontement, il y aurait des chances pour qu’il oublie sa rage dans les jours à venir. Il déciderait probablement de ne finalement pas se battre, car cela n’en vaudrait absolument plus la peine. Et tout rentrerait dans l’ordre. Elle n’ignorait pas que si affrontement il y avait, ils iraient jusqu’au bout, et qu’Aaron assassinerait son cousin. Il y perdrait alors plus que lui, sans l’ombre d’un doute. Et tout cela serait de sa faute ! Non, elle ne se le pardonnerait pas. C’est la raison pour laquelle elle avait parlé de la sorte. Théodore aimait les faibles femmes, celles qui avaient besoin de lui pour exister. Il aimait qu’on lui dise « je vous en prie » ou « puissiez-vous avoir la bonté de ». Elle ne s’épargnerait rien, si cela pouvait empêcher la querelle. C’est la raison pour laquelle elle fixait sur Théodore de grands yeux brillant. Une lueur de supplication éclairait ses sombres prunelles. Elle se donnait l’air d’une jeune fille perdue et désespérément fragile. Ce qu’elle n’était pas. Enfin si, d’une certaine manière, elle était aussi désespérée que fragile, mais elle n’avait besoin de personne. Elle était par-dessus tout farouche et orgueilleuse, et cela lui conférait une volonté et une force dont on aurait cru incapable une si petite femme.

Théodore apprécia l’effet tragique que les rayons lunaires conféraient à la scène. Il avait tourné la tête vers sa cousine, pendant sa tirade. Elle se moquait de lui. Royalement. Il le savait. Pourtant… Elle devait y croire un peu, pour que les accents de détresse qui rendaient sa voix tremblante parviennent à monter jusqu’à son regard, et à donner à celui-ci quelque chose de savamment démuni. Qui pourrait feindre complètement pareille lassitude ? Et puis, n’était-il pas maître de la situation, à présent ? Elle venait de déposer devant lui la décision… Quelle décision ? Toute décision. Elle avait cessé de lui parler comme elle le faisait habituellement, à coup de « vous avez tort » et de « faites ceci, si vous ne voulez pas paraître le plus niais des hommes ». Il n’était plus si niais, à présent, n’est-ce pas, petite ? Regarde bien cette épée parce qu’il pouvait en faire absolument tout ce qu’il voulait. Qu’en dis-tu ? Et quand elle disait « ce spectacle terrifiant », sa petite bouche acide se tordait avec effroi et tout son corps mince semblait frémir. As-tu peur ? As-tu peur de moi ? voulait-il lui demander. Elle avait les yeux brillants, peut-être humides ; c’est qu’elle était vraiment prête à pleurer. A cause de lui. Pour lui.
G E O F F R O Y – « Je crois en effet qu’un report serait une solution tout à fait convenable, tout à fait acceptable, renchérit Geoffroy après s’être éclairci la voix. Demain soir, si cela vous convient, Théodore. Et à vous aussi, monsieur. Qu’en dites-vous, mon ami ? Rentrons. Vous voyez bien que la pauvre enfant se meurt de fatigue. »

Théodore avait le regard fixé sur Eloïse. Il entendait vaguement. Hypnotisé, il murmura quelque chose d’à peine audible. « Fort bien ». Eloïse gardait les yeux baissés, et se mordit l’intérieur de la joue pour s’empêcher de lancer un grand sourire railleur à l’assemblée. Elle conservait une position d’abandon et de docilité qui lui allait assez mal pour qui la connaissait un peu, mais qui fit tout à fait l’affaire pour sa dupe de cousin. Geoffroy ne put s’empêcher de soupirer d’un air soulagé, et souhaita poliment une bonne nuit à Aaron, avant de faire volte face sans plus de cérémonie, visiblement pressé de quitter les lieux.
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