Forum RPG basé sur la série The Tudors
 
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 L'âme humaine est comme l'abeille qui puise son miel même de l'amertume des fleurs.

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Alexandre Dulis

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MessageSujet: L'âme humaine est comme l'abeille qui puise son miel même de l'amertume des fleurs.   Lun 14 Mai - 0:02

Le printemps une fois encore resplendissait sur l'Angleterre, le soleil était au rendez-vous et c'est l'un de ses rayons qui doucement avait fait ouvrir les yeux du français. Hélas, si le beau temps égayait en général même les esprits les plus sombres, Alexandre n'était pas d'humeur à savourer la douce lumière. Sa nuit passée fut un fiasco total, le moment qu'il avait passé Eloïse avait été atrocement désagréable et elle l'avait renvoyé chez lui sans aucune explication. Contrarié, déçu et désespéré de voir les choses évoluer dans la mauvaise direction, il avait très mal dormi. Aussi en cette pourtant très jolie journée, il était d'une humeur exécrable. A peine s'était-il levé que sa domestique qui s'occupait de lui depuis toujours lui avait demandé s'il avait besoin de quelque chose. Il ne répondit rien et d'un ton grinçant il lui pria de partir d'ici, de ne pas travailler aujourd'hui, il manqua même de la remercier pour ses services. En somme il l'envoya paître ailleurs, comme l'avait fait la baronne avec lui la veille, sans aucune raison apparente. Rapidement il s'habilla et sortit de chez lui car il étouffait, il sentait le besoin de prendre l'air. Connaissez-vous ce sentiment d'irritation permanente ? Il traversa à toute vitesse les couloirs du palais qui lui étaient devenu insupportables puis se dirigea à l'extérieur. Il erra finalement dans les jardins, les yeux rivés sur le sol car rien ne l'intéressait, pas même les splendides fleurs qui se fanaient presque à son passage tant il dégageait des ondes négatives. C'était bien simple, absolument tout l'exaspérait. Les jolies dames qui riaient entre elles lui perçaient les tympans, les senteurs printanières manquaient de le faire saigner du nez et l'agréable atmosphère chaleureuse brûlait son cerveau. On aurait pu croire qu'il était la Mort venue chercher quelques âmes à enterrer. C'est donc tête baissée, comme absorbé par le sol, l'esprit ailleurs, dans ses lointaines et fâcheuses pensées qu'il déambulait sans autre but précis que de se changer les idées, ce qui risquait d'être fort difficile à accomplir. A cause de son étourderie il rentra même dans une personne. Il pesta presque contre celle-ci qui n'avait rien fait d'autre que de se trouver sur son passage mais eut tout de même la bonté de s'excuser. Lorsqu'il releva la tête il crut défaillir, ce n'était nul autre qu'Eloïse. Pourquoi d'entre tous les nobles qui flânaient dans les alentours fallait-il qu'il tombe nez-à-nez avec l'objet de son déplaisir ? Il maudit intérieurement le destin qui s'amusait à lui jouer de mauvais tours. Alexandre aurait bien continué sa route, fait comme s'il ne l'avait pas reconnue mais il ne le pouvait point pensez-vous, cette fille avait attaché à son cou une laisse invisible. Le visage fermé et les traits bien plus durs que d'habitude, il la salua pourtant convenablement, sans néanmoins faire le moindre effort.

« Quelle agréable journée, la nuit fut à vôtre goût ? »

Dit-il, n'exprimant son mécontentement que par le sous-entendu de sa question, son visage restant quant à lui toujours aussi impassible. Leur relation était un assemblage confus de rancœurs. Il lui en voulait, de l'avoir jeté comme un malpropre mais pas seulement, de faire de son entière existence un supplice éternel comme de son côté elle devait le haïr pour exactement la même chose. Une intarissable rancune les unissait et cela, à jamais. Quoiqu'il en soit cette fois-ci elle semblait pourtant plutôt de bonne humeur, contrairement à lui. Avaient-ils inversé les rôles ? « Pourquoi ? » aurait-il voulu lui demander en faisant référence à son exclusion tant souhaitée mais il n'en dit pas mot. Dans tous les cas elle ne semblait même pas y avoir prêté la moindre attention, comme si rien ne c'était passé. Ah, douce Eloïse, cela vous plaisait tant d'ainsi jouer avec les sentiments de votre pauvre ami ? Vous délectiez vous de cette froide vengeance que vous lui infligiez ? Sa vie s'était transformée en une croisade du pardon mais elle ne lui offrait que désillusions. Il croisa les mains dans son dos et observa deux jeunes amants se sourire, cela paraissait si simple à les voir, le bonheur semblait partout, sauf chez lui. Alexandre ferma longuement les yeux comme pour ôter cette vision de son esprit puis reporta finalement son attention sur sa compagne. Compagne qu'il souhait à l'instant fuir et étrangement voir rester à ses côtés... elle était si agaçante, désespérément lumineuse ! Elle exerçait sur lui un tel pouvoir, lui qui avait désiré ne pas l'apercevoir de la journée et était à présent incapable de la quitter. Il la fixa soudain comme s'il allait de cette manière pouvoir détruire ce lien tortueux qui les unissait. Cela ne fonctionna point, ses yeux alors s'attardèrent sur une fleur dont la tige pliée formait un angle droit.

« Vous rendiez-vous à un endroit précis ? »


Cela aurait pu se traduire par « N'avez-vous rien de mieux à faire que de jouer à mes nerfs aujourd'hui très à vif ? ». Il l'aurait bien renvoyée, lui aussi, pour qu'elle ressente ce sentiment d'être délaissé. « Seule la douleur qu'on ressent et qui nous affole explique parfois celle que l'on cause. » dira un jour quelqu'un. Car parfois il voulait la voir souffrir pour qu'elle ressente la même déchirement, mais n'était-ce pas là le même sentiment qu'elle avait elle aussi, celui de le voir souffrir pour l'avoir tourmentée ? Ne sortirait-ils donc jamais de cette sorte de jeu qui les tuait à petit feu ? Pauvre Vicomte, il n'en avait pas fini de traîner avec lui ses remords, elle n'était point de ces sottes qui ferment les yeux sur les pires atrocités. Si elle l'avait été l'aurait-elle seulement intéressé ? Dans les peuples barbares c'étaient les plus forts qui gagnaient leur promise. A cet instant précis il aurait pu prendre les armes et terrasser tous ses adversaires mais à quoi bon puisque la belle ne voulait de lui. Quelle pensée stupide, de toute façon il ne savait pas se battre si ce n'était avec les mots et, en tous les cas, il ne risquait sûrement pas de la conquérir avec des lames ensanglantées. Il s'imagina lui offrir une tête coupée, puis songea qu'elle aurait été heureuse si la tête avec été la sienne. Peut être devait-il s'achever pour qu'elle lui pardonne mais si cela était le cas, il ne profiterait jamais de la rédemption. Eh bien, voilà qu'il méditait à de bien noires idées, il en avait presque oublié que celle qui lui causait tant de soucis se trouvait à ses côtés. A quoi bon, chaque échange ne menait à rien. Il lui lança un regard désespéré et se retint de soupirer. Mais, voyons bien ce qu'allait donner la suite, peut être un miracle ferait son apparition. A vrai dire, malgré tout, il ne pouvait s'empêcher de garder espoir. En lui ne pouvait s'éteindre cette flammèche attisée par un sentiment destructeur, l'amour, probablement.
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Eloïse du Mauroi


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MessageSujet: Re: L'âme humaine est comme l'abeille qui puise son miel même de l'amertume des fleurs.   Ven 18 Mai - 22:06

Quelque chose d’hectique résonnait dans le silence qui s’était installé entre les deux amis. Eloïse sentait, depuis le matin, qu’elle était entrain de tomber malade, et qu’une maladie sans cause raisonnable demeurerait incurable. La réception d’une simple lettre lui avait retourné les sens. Et là, assise à table le plus loin possible du Vicomte, elle avait l’impression de se nourrir de cristal pilé dont les éclats lui arrachaient la gorge. Prononcer le moindre mot l’aurait assassinée. Sa voix se serait brisée avant même d’avoir atteint ses lèvres, si bien qu’elle ne serait parvenue qu’à émettre des sons inarticulés. Cela aurait engendré une abominable prise de conscience, et la douleur qui en résulterait finirait de l’achever. Ainsi demeura-t-elle muette au cours du repas. Elle ne leva pas le nez vers son camarade, et se dupait elle-même en jouant avec ses aliments, se donnant ainsi l’impression de se nourrir. Elle mâchouillait intérieurement sa haine pour les hommes. Oui, car si auparavant il s’agissait d’indifférence, désormais elle les détestait, tous autant qu’ils étaient, avec leur orgueil, leur puissance, leur imbécilité et leur arrogance. Ses pensées malsaines allaient particulièrement à sa Majesté Henry VIII. La jeune femme n’avait jamais ignoré le fait que le roi était quelqu’un de rancunier. Tel un enfant gâté, il ne supportait ni frustration ni contradiction. Et Eloïse ayant jadis refusé de céder à ses avances prononcées à demi-mots, il avait du vivre cela comme un affront, une morsure faite à son orgueil. A présent venait le temps de la vengeance, et Henry s’était révélé un adversaire redoutable dans ce domaine. Il y a déjà quelques mois de cela, le monarque avait demandé à la jeune femme d’inviter le Baron de Mountmouth et son épouse à venir se loger à la Cour de Londres « en souvenir du temps passé ». La demoiselle avait reculé le plus possible le moment d’envoyer sa lettre à ses parents pour les prévenir de cette gracieuse invitation. Mais il semblait impossible d’y couper. Le roi souhaitait voir la petite famille au complet sous son toit, et c’était un immense honneur, après tout. Sa mère lui avait répondu quelques semaines plus tard, visiblement enjouée et touchée de la « grande bonté du roi Henry ». Tout cela rendait Eloïse soucieuse. Elle était sous tension depuis presque un mois. Et, ce matin, elle avait reçu une nouvelle missive de sa mère qui visait à lui indiquer la date à laquelle ils s’embarqueraient, son père et elle, pour Londres. Or, c’était aujourd’hui le début de leur voyage. Eloïse en avait la nausée. Certes, elle serait heureuse de retrouver ses parents, qu’après tout elle aimait tendrement. Néanmoins, elle savait que leur arrivée ici l’empêcherait à coup sûr de voir le Vicomte. Ou alors, il faudrait le voir secrètement. Mais avait-elle vraiment envie de jouer les cachotières et de s’enfuir le temps d’un après-midi avec Alexandre ? Pour se retrouver seule avec lui on ne sait où ? La Cour est un lieu sécurisé parce qu’elle est pleine de monde. Ce soir, Eloïse n’arrivait donc plus à desserrer les dents. A plusieurs reprises, elle avait pris son souffle, prête à parler. Elle aurait voulu lui dire elle-même que ses parents arriveraient à Whitehall d’un jour à l’autre. Imaginez un peu que le pauvre Vicomte se retrouve nez à nez avec son père, au détour d’un couloir, sans avoir été prévenu de son arrivée ! Il en serait au mieux troublé, au pire choqué et fâché contre elle. Mais elle ne pouvait se résoudre à prononcer le moindre mot. Si elle parlait, il verrait tout de suite que l’arrivée de ses parent lui causait du chagrin, et peut-être qu’il irait jusqu’à s’enorgueillir à l’idée qu’elle ne veut pas qu’on l’empêche de le voir. Pire encore, peut-être ferait-il semblant de ne pas s’en soucier, d’être indifférent. Ainsi donc souhaitait-elle mettre fin le plus vite possible à cette soirée muette. Elle le guettait du coin de l’œil. A peine eut-il fini sa dernière bouchée qu’elle se leva presque en bondissant. Puis, croisant les mains devant-elle d’un air faussement posé, elle déclara qu’elle était fatiguée et que leur entretien lui serait d’autant plus agréable qu’il s’achèverait vite. Ces mots assez secs eurent du mal à passer le seuil de ses lèvres. Elle avait l’impression qu’on venait de lui mettre un coup de pied dans le ventre.

Elle avait péniblement fermé l’œil et s’était avérée obsessionnellement incapable de trouver le sommeil. Nanon, sa domestique qui lui tenait plutôt lieu de mère, n’avait pas voulu quitter son chevet. A trois reprises, elle s’était levée pour aller chercher un médecin, mais Eloïse, s’étant alors redressée dans son lit, l’en avait défendue formellement. Nanon craignait que sa jeune maîtresse ne s’évanouisse, à s’inquiéter et à se retourner de la sorte. Parfois, elle pensait que la folie la saisissait toute entière et qu’elle ne la quitterait jamais plus. Mais il y avait quelques moments de calme, où elle se contentait de pleurer en silence. Au petit matin, avant que le ciel ne devienne rose, vidée de ses forces, elle avait tourné la tête vers la fenêtre pour fixer un regard terne sur l’extérieur. Elle respirait très lentement, de peur d’être à nouveau prise de soubresauts et de laisser échapper de nouveaux sanglots. La fièvre de la nuit devint effervescente et s’effaça progressivement. Elle passa une main fébrile sur ses joues où étaient collées quelques mèches de cheveux, prisonnières de ses larmes coagulées. La couleur froide et profonde du ciel rafraichit son front soucieux. Elle regardait la cime des arbres, aux silhouettes de géants, qui opinaient du chef d’un air pacifiste, sous l’effet du vent matinal. Bientôt la rosée. Quelque chose de délicieux dont elle avait toujours envie de s’abreuver. Ces fines perles suspendues aux branches des arbres lui faisaient toujours penser à de la dentelle ornant le bas d’une jolie robe. C’était quelque chose de précieux et de délicatement ouvragé. Le jour endormi s’étira lentement dans le ciel, d’abord brumeux et encore tout rêveur. Et puis, s’étant peut-être regardé dans le miroir d’un lac en contrebas, son visage blême l’effraya, et, comme une dame coquette, le ciel devint poudreux et se para de ses plus belles nuances de rose et d’abricot. Eloïse se redressa et se leva hors de son lit avec un peu de difficulté mais beaucoup de conviction. Elle venait tout à coup de se souvenir de qui elle était. Cette prise de conscience l’avait secouée intérieurement. Eloïse du Mauroi regarderait-elle tristement l’horizon en attendant que quelque chose se passe ? Quoi ! Se voir devenir livide et exsangue pour une petite contrariété passagère ? Se cacher au fond de son lit en priant pour que tout ne soit que mauvais rêve ? Hors de question. Elle n’est pas une petite femme pleurnicharde qui se décourage pour un rien. Et si le Roi a fait mouche pour cette fois, il ne faut point en être accablée définitivement, se dit-elle en sortant de sa baignoire, frissonnante et littéralement gelée mais persuadée que l’eau avait eu un effet bénéfique sur elle. La brume qui entourait son esprit se dissipa, alors qu’elle traversait ses appartements d’un pas sautillant. Elle s’appliqua à faire disparaitre toute trace d’abattement de son visage. Ses iris dorées retrouvaient progressivement de leur superbe. On n’a pas idée de pleurer toute une nuit pour un homme et à cause d’un autre. C’est leur faire trop d’honneur et cela ne se reproduira pas. C’est ainsi que s’encourageait intérieurement la demoiselle. Elle traversa les couloirs à grands pas vigoureux. On la regardait beaucoup. Plus que d’habitude, en réalité. La couleur framboise très intense de sa robe à froufrou y était peut-être pour quelque chose. Elle haussa les épaules, l’air de songer : « Qu’en ai-je à faire ? ».

Et puis, alors qu’elle traversait les jardin en maintenant un bon rythme, il y eut un choc. Physique. En effet, elle regardait tout autour d’elle mais certainement pas devant, et elle eut l’impression l’espace d’un instant de s’être heurtée à un mur, tant l’objet pris de plein fouet lui opposa résistance. Un peu décontenancée, elle prononça des excuses sincères avant de lever le nez vers ledit mur. Il y eut un choc. Emotionnel. Alexandre. Les pensées se bousculèrent dans son esprit. Elle le vit exécuter une révérence polie qui la glaça d’effroi. Elle ne s’inclina pas, perturbée par l’éclat sévère qu’il avait au fond des yeux. Elle demeura perdue un instant, une expression d’étonnement lui figeant le visage. Elle regardait ses lèvres, faisant un effort sur elle-même pour y lire les mots qu’il prononçait. Le ton, elle le devinait cynique et grinçant. Mais ses oreilles bourdonnaient et elle ne comprenait rien. Elle finit par rompre le contact visuel le temps d’une révérence gracieusement chancelante. Lorsqu’elle se redressa, elle avait changé d’expression. Elle lui souriait de ce sourire qui fait mal, et lorsqu’elle lui répondit, ce fut d’un ton non moins railleur que celui qu’avait employé son compagnon.
E L O Ï S E – « Personne ne saurait dormir plus profondément que moi à la Cour. La nuit a été tout à fait douce, de ce fait, et je vous sais gré de vous en soucier. »

Eloïse mentait très bien mais c’était là quelque chose qu’Alexandre n’ignorait pas. Ainsi, elle craignait souvent que ses grands airs détachés et ses persifflages ne prennent pas sur le jeune homme, qui la connaissait mieux que quiconque. Il lui demanda où elle allait. Autant lui demander de prendre les voiles immédiatement pour une contrée lointaine. Il fut un temps, Eloïse aurait fait semblant de se fâcher d’une question aussi brutale et méchante. Alexandre se serait excusé en plaisantant, et elle aurait daigné le pardonner en prenant un air de grande princesse, pour finalement se mettre à rire avec lui. Mais c’était il y a bien longtemps.
E L O Ï S E – « Je me rendais aux écuries », répondit-elle à l’instant même où elle se rendit compte que lesdites écuries se situaient dans la direction opposée à celle qu’elle empruntait. « Mais puisque j’ai oublié de prendre des gants, je retournais à mes appartements pour aller en chercher », ajouta-t-elle un peu précipitamment.

La seconde partie de son assertion se trouvait être la pure vérité. Elle cacha ses mains dans son dos spontanément dans une geste enfantin, tout en regardant Alexandre d’un air angélique. Une grande dame doit avoir des mains impeccables, blanches et douces. Or, après un malheureux incident survenu la semaine passée, sa main gauche portait la marque d’une blessure au niveau de la paume. En même temps, quelle idée d’essayer de rattraper une épée en plein vol, et qui plus est de la tenir par la lame, me demanderez-vous ! Eloïse pourrait bien vous répondre que tout ce qui tient du réflexe est généralement une belle erreur. C’est la raison pour laquelle elle essayait de n’être jamais plus naturelle ou spontanée en présence du Vicomte. Une maladroite de son espèce pourrait bien faire d’irréparables bêtises, autrement plus graves que celle de s’ouvrir la main sur un objet tranchant. Néanmoins, il lui fallait absolument porter des gants, jusqu’à ce sa blessure ait complètement disparue. Question d’élégance, voyez-vous.
E L O Ï S E – « Au fait, enchaîna-t-elle sans y penser, mes parents m’ont fait savoir qu’ils arriveraient à Whitehall dans les jours à venir, car sa Majesté les a invités. Ma mère vous transmet ses sentiments distingués. »

Elle s’entendit prononcer ces mots et n’y crut pas. Elle avait lancé cela comme on parle de la pluie et du beau temps alors qu’elle avait tant cherché, la veille, une façon délicate et paisible de l’annoncer… Elle ne comprenait pas comment elle avait pu lui dire cela de la sorte. Autant lui administrer une gifle sans raison. Car l’arrivée de ses parents signifiait qu’on allait empêcher le plus possible Eloïse de voir Alexandre. Et cela ne pouvait pas le laisser indifférent. Les choses seraient plus simples s’il s’en moquait, certes. Une part d’elle-même espérait qu’il répondrait « Fort bien, vous devez être contente que vos parents viennent vous voir ». Mais le Vicomte n’était pas quelqu’un de neutre. Il n’était pas en demi-teinte. Et malgré le visage dur qu’il lui présentait à présent, Eloïse ne pouvait croire qu’il resterait de marbre. Exactement de la même manière qu’elle avait beau lui dire parfois qu’elle aimerait le voir mort : sans doute la mort du Vicomte la soulagerait-elle, mais d’un autre côté, un monde vide de lui est un monde stérile qu’il est inutile d’habiter. Elle posait à présent sur lui un regard indéchiffrable. Elle avait l’air vaguement effrayée et légèrement meurtrie. Mais elle ne bougea pas et ne dit plus rien de peur d’abîmer autre chose, retenant son souffle en attendant sa réaction.


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Alexandre Dulis

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MessageSujet: Re: L'âme humaine est comme l'abeille qui puise son miel même de l'amertume des fleurs.   Mar 22 Mai - 0:10

Peut être que, secrètement, Alexandre aurait bien aimé qu'elle lui raconte avoir passé une nuit horrible. Mais ses lèvres au sourire cruellement enchanteur lui expliquèrent qu'elle était probablement celle qui dormait le mieux parmi les personnes qui logeaient à la cour. Pourtant il avait remarqué le trouble qui l'avait désorientée et qu'elle avait effacé en une fraction de seconde. Peut être donc se jouait-elle une nouvelle fois de lui, probablement. Il n'eut pas le courage de répondre quelque chose même si le petit diable sur son épaule lui criait de faire comprendre à la vilaine Eloïse qu'il était d'une sale humeur par sa faute. Autant qu'elle s'en aille songea-t-il alors qu'il la questionnait sur sa destination sans vraiment y prêter d'intérêt. Il n'aurait pas fait attention à sa réponse si elle ne lui avait pas répondu un lieu qui était contraire au chemin qu'elle prenait. Le français plissa légèrement les yeux, suspicieux et comme pour se rattraper, la Baronne évoqua le fait qu'elle avait simplement oublié ses gants. Alors aussitôt il jeta un regard à ses mains mais elle glissa celles-ci dans son dos, arborant un air innocent. Il se demanda ce qu'elle cachait, encore une fois. Elle aimait laisser planer les mystères autour de sa personne et il avait connaissance de son goût pour les excursions aléatoires. Aussi il tentait de deviner quelle était sa dernière trouvaille, sa dernière destination qui lui obligeait à se revêtir d'un visage si vertueux. Mais il n'eut le temps de se donner au jeu des devinettes plus longtemps, le pauvre. Elle lui envoya de plein fouet la sûrement plus terrible nouvelle qu'il soit. Ses parents seraient à Londres, d'ici quelques jours. Il eut du mal à assimiler la chose, il espérait au plus profond de lui qu'elle ne lui dise ceci que pour le peiner un peu plus. Il voulait y croire, elle lui annonçait cela avec tellement de légèreté, aussi facilement que si elle lui avait raconté avoir acheté un nouveau cheval. Elle osait même lui faire croire que sa mère le saluait. Le jour où ses parents lui enverraient quelconques salutations, le roi Henry le nommerait duc.

« Eloïse... »

Souffla-t-il d'une voix qui semblait surgir des Enfers. Alexandre resta pourtant impassible, un long moment, mais cela n'était dû qu'au choc car son cerveau essayait tant bien que mal de lui faire admettre la tragique vérité. Il planta ses yeux, seuls miroirs de l'âme, tourmentés dans ceux d'Eloïse avant d'ouvrir à nouveau la bouche pour terminer sa phrase. Mais hélas aucun son n'en sortit et bientôt il se mit à fuir son regard. Elle ne plaisantait pas. Elle venait simplement de lui avouer, d'une voix mielleuse, qu'ils ne pourraient plus se voir. Ou alors très rarement, à l'abri des regards, voire même juste en se croisant mais sans jamais plus échanger traître un mot. Cela lui était-il si indifférent pour qu'elle le lui annonce de la sorte ? Sa journée avait mal commencé mais elle était à présent gâchée, et celles qui étaient à venir le seraient aussi avec l'arrivée de sa famille. Il bouillonnait de l'intérieur pensez-vous mais il tentait comme il le pouvait de se retenir pour ne pas émettre un hurlement fort peu gracieux qui alerterait toutes les personnes avoisinantes. Il fit un pas en avant, comme pour reprendre la marche et lui dit, comme s'il n'avait pas entendu les mots qu'elle venait de prononcer.

« Laissez-moi vous accompagner chercher ce qu'il vous manque. »

Le déni. Voilà qui était la plus facile des solutions. Ignorer totalement l'affreuse nouvelle et faire ainsi comme si elle n'existait pas. Alexandre la gratifia d'un sublime sourire puis joignit ses mains dans son dos avant de lui emboîter le pas. Il connaissait par cœur la trajet qui les mèneraient aux appartements de la Baronne. Pourtant même s'il agissait de sorte à ce qu'ils n’approfondissent pas le sujet, les paroles de son amie lui restaient malheureusement en tête. Il ne comprenait pas pourquoi elle lui avait annoncé cela avec tant de recul, comme si rien n'allait changer ou pire, comme si elle s'en fichait comme de la dernière pluie. Il lui en voulait d'être si cruelle par moment, elle savait parfaitement qu'il ne pouvait que mal réagir et n'essayait même pas de le mettre en conditions. Il lui jeta un bref regard et continua, sur le même ton qu'elle avait employé pour parler du voyage de ses parents.

« Vous remercierez votre mère pour tant de bonté à mon égard et, assurerez à votre bien cher père la très haute considération que je lui porte. »


Les mots lui avaient presque écorchée la gorge, il s'obligeait lui-même à prononcer de telles aberrations. Comme lorsqu'il avait traversé les jardins pour la première fois de la journée, il fixa finalement le sol tandis que ses pensées essayaient avec difficulté de se mettre au clair. Mais il n'était pas aisé au français de ruminer en silence, ses sentiments tous aussi désagréables les uns que les autres souhaitaient sortir de son corps et exprimer tout le désespoir qui découlait de cette information. Puis Alexandre songea à nouveau au comportement trop peu approprié de la jeune femme pour être vrai. La veille elle ne lui avait pas décroché un seul mot et voilà qu'elle revenait tout sourire lui annoncer ce qui signifiait presque la fin de leur relation. Il finit par comprendre ce qui l'avait fait agir ainsi. Pourtant cela ne l'apaisa pas, il lui en voulait d'autant plus de ne pas lui avoir laissé la chance de profiter de leur dernière soirée en toute innocence. Il s'arrêta brusquement de marcher, manqua même de l'attraper par le bras mais se retint finalement puis il la regarda comme une coupable.

« Depuis quand le savez-vous ? Pourquoi ne me le dire que maintenant ? ...Aviez-vous seulement l'intention de m'en faire part ? »

La nuit dernière, elle était courant, il en était persuadé. Alors pourquoi avait-elle décidé de gâcher la soirée par sa demi-présence, elle aurait pu au moins lui en parler à ce moment là, qu'ils aient tous deux une raison d'être si anéantis. Non, elle avait choisi de faire passer la nouvelle l'air de rien alors qu'elle lui avait claqué les deux joues en silence. Et si elle lui avait avoué seulement parce qu'il lui était rentré dedans ? Peut être qu'elle aurait préféré attendre qu'il tombe face à face avec sa mère, pire, avec son père. Eh, pourquoi pas, ses actes lui paraissaient si insensés désormais. Il était on ne peut plus dépité, regrettant parfois de lui parler sur ce ton puis la seconde d'après la maudissant comme si elle était celle qui avait invité ses parents, comme si elle avait décidé elle-même de l'éloigner. Il envisagea ce à quoi pourrait bien ressembler leur futur proche puis songea à une solution qui s'offrait à lui : la fuite. Alexandre reprit de sa contenance comme s'il était soudain le plus digne des hommes.

« Peut être devrais-je retourner en France. »

Dit-il d'une voix nonchalante alors que ses yeux se posaient sur le ciel comme s'il était déjà ailleurs, au loin sur sa terre natale. Leur relation était bien déjà assez éprouvante comme ceci, s'il fallait en plus franchir de nouveaux obstacles pour espérer avoir un moment cela risquait de devenir un véritable enfer. S'il devait souffrir de sa présence trop entourée, qu'elle souffre alors de son absence. S'il s'éloignait du pays durant un temps, il n'aurait pas à supporter cette situation. Peut être même qu'il pourrait lui manquer, qu'elle se languirait de son absence, lui écrirait de sublimes lettres et lui accorderait son pardon pour qu'il revienne auprès d'elle. En voilà une pensée utopique qui ne se réaliserait probablement jamais. Bien qu'en son fort intérieur, il craignait que ce soit plutôt l'inverse et ne pas pouvoir lui-même supporter de l'avoir loin de lui. Une fois ils ne s'était pas revus durant cinq longues années, il l'avait retrouvée grandie, magnifique et plus désirable que jamais. Hélas il n'avait pas été le seul à remarquer cette sombre beauté et c'est ce qui lui fit commettre l’irréparable faute. Encore il ressassait ce fait malheureux, comme si à force de le revoir celui-ci finirait pas disparaître, ne jamais avoir existé. S'ils avaient rêvé avec innocence de se marier quand ils n'étaient que des enfants, Éloïse à présent souhaitait tout simplement l'enterrer. Fort bien, s'il se trouvait dans un autre pays, elle aurait au moins le regret de ne plus pouvoir lui porter atteinte. Ainsi, ils seraient liés tous les deux dans le désespoir. Alexandre s'était remis à marcher, comme pour montrer que ce qu'il venait de dire n'avait pas non plus besoin d'être approfondi. Il avait juste voulu à son tour la prendre de court, observer comment elle réagirait au fait de le voir partir tandis que ses parents arrivaient. Il n'avait pas dit cela sérieusement, mais peut être devrait-il réellement mettre les voiles s'il voulait paraître crédible. Il ne parlerait pas d'éventuel retour et en ainsi elle en serait un peu plus déstabilisée. S'imposer de la distance les rapprocherait peut être qui sait ? Dans ce cas ils feraient sûrement mieux de profiter de leurs derniers instants ensemble plutôt que de laisser l'amertume faire la conversation. Mais une atmosphère plutôt électrique s'était installée, fallait-il encore s'en sortir.
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Eloïse du Mauroi


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MessageSujet: Re: L'âme humaine est comme l'abeille qui puise son miel même de l'amertume des fleurs.   Mar 22 Mai - 17:35

Elle n’aimait pas qu’on l’appelle par son prénom. Ce sont les filles de ferme qu’on interpelle par de simples « Julie », « Margaux » ou « Lisette », sans plus de cérémonie. Elle tenait beaucoup à être « mademoiselle du Mauroi ». Peut-être qu’une femme de très haut rang accepterait mieux qu’elle de s’entendre appeler par son prénom. C’était finalement une prétention de toute petite noblesse que de refuser aussi catégoriquement ce genre de familiarité. Néanmoins, le Vicomte avait des droits particuliers. « Dis-le encore », se surprit-elle à penser intérieurement. Il donnait à son prénom des allures d’incantation, à le souffler de la sorte. Cette sombre formule magique revenait de loin, comme si Alexandre l’avait ramenée d’un pays lointain, exotique. Leur enfance. Il murmurait son prénom et la demoiselle avait l’impression d’être chez elle. Elle arrivait presque à humer le parfum des fleurs du magnolia centenaire qui trônait fièrement au milieu du jardin de sa baronnie. Le vent a une odeur pluvieuse et chagrine, en Angleterre. Presque salée, en fait. Là-bas c’était différent. Quand ils étaient jeunes, le grand magnolia avait fleuri avec toujours plus d’éclat à mesure que les deux amis complexifiaient leurs histoires et leurs aventures partagées. Il y avait quelque chose de romanesque dans le simple fait de s’adosser contre son tronc énorme et noueux pour pouvoir discuter à l’aise, en échangeant des regards complices à travers son épais feuillage. Aujourd’hui, elle manquait toujours d’inspiration. Cela la rendait folle de chagrin. Et elle avait pris l’habitude de tourner sa colère et son désarroi vers Alexandre, seul coupable qu’elle pouvait avoir à portée de main. Ledit coupable arborait un sourire qui ferait renier ses vœux à une dévote. Fort heureusement pour elle, elle était immunisée, et, plutôt que de se laisser troubler par Le charme suave et ténébreux de son camarade, elle chercha à comprendre d’où lui venait l’envie de sourire de la sorte. Ne l’avait-il point entendue ? On allait les séparer. Encore. Eloïse émit un petit claquement de langue déconcerté et vaguement agacé. Le jeune homme déclara simplement qu’il allait l’accompagner chercher ses gants à ses appartements.
E L O Ï S E – « Pourquoi ? demanda-t-elle brutalement. Me croyez-vous suffisamment sotte pour me perdre ? »

Elle secoua la tête d’un air presque dégoûté. Par moment, elle se décourageait elle-même. Alexandre avait l’incroyable capacité de la rendre effroyablement mal élevée. Elle savait tout ce qu’il y a à savoir sur la vie en société. Elle parvenait fort bien à passer pour une femme délicate et élégante. Le Vicomte faisait tout simplement craquer son maigre vernis social, et, trop souvent, elle se trouvait elle-même la pire de toutes les sauvageonnes, en sa présence. Malgré ce qu’elle venait de dire, elle commença à marcher en direction de ses appartements et ne manifesta aucun désir de repousser le Vicomte, qui lui emboîta donc le pas. Il trouva à dire quelque chose de fort poli au sujet de ses parents. Eloïse demeura dans un état de mutisme boudeur. Elle lui en voulait d’être aussi lâche. Et en même temps qu’elle lui en voulait, elle s’en voulait à elle-même d’avoir de telles pensées. Ils auraient pu être bien, tous les deux, si Alexandre ne s’était pas laissé impressionner par son père. Mais Eloïse trouvait qu’il s’était bien vite découragé. Cela l’avait confortée dans l’idée qu’il l’avait voulue par orgueil et non par affection. Ce qu’elle n’arrivait pas à s’expliquer, c’est la raison pour laquelle il restait toujours auprès d’elle, à présent. Il aurait pu l’abandonner froidement et une bonne fois pour toutes. Est-ce que cela l’amusait de la voir essayer de ramasser les morceaux éclatés de sa dignité et de son amour-propre ? Etait-il satisfait de l’avoir trainée au bas de son piédestal ? Le fait est qu’elle ne s’est jamais trouvée sur aucun piédestal mis à part celui, invisible, que le Vicomte s’était imaginé et avait jalousé. Et maintenant qu’elle n’était plus qu’une poupée de chiffons en lambeaux, pourquoi ne pas la laisser en paix ? Mais elle fut tirée de ses mornes pensées par le ton sévère d’Alexandre, qui s’était soudainement arrêté de marcher et qui, visiblement, souhaitait qu’elle fasse de même. Elle se tourna vers lui sans entrain et l’entoura d’un regard plein de lassitude.
E L O Ï S E – « J’ai reçu une lettre de confirmation hier matin, mais je savais depuis un mois qu’ils viendraient. Qui seraient-ils pour refuser une gracieuse invitation de sa Majesté ? »

Quant à lui avouer qu’elle avait essayé dix fois de le lui dire, il lui semblait que c’était aussi inutile que de prononcer des mots d’excuse. Ainsi s’en abstint-elle. Elle fit volte-face comme une automate et reprit sa marche silencieuse sans se soucier qu’il la suive ou non. Mais ce que le jeune homme dit ensuite, sans doute ne le lui pardonnerait-elle jamais. S’en aller pour la France ? Et la laisser toute seule ici ? Espérait-il encore la punir pour on ne sait quel crime ? Ou alors, peut-être souhaitait-il lui manquer ? Eloïse songea avec amertume que, s’il le pouvait, il se ferait sans doute un manteau de sa tristesse et des souliers de son âme. Ce qu’il voulait, c’était très certainement la voir malheureuse, mais la jeune femme ne s’en expliquait pas la raison. Comme elle s’était arrêtée, il la dépassa sans la regarder, observant le ciel d’un air songeur. Eloïse le scruta du regard un instant, cherchant une once de perversité malsaine au fond de ses beaux yeux noirs. Mais il avait simplement l’air distrait, comme si l’idée de retourner en France était une simple fantaisie plutôt plaisante et non une volonté formelle de lui faire du mal. Eloïse s’aperçut alors qu’elle ramenait toujours tout à elle. Peut-être qu’Alexandre souhaitait effectivement traverser la Manche ? La Cour de France, après tout, est bien plus amusante que celle d’Angleterre. Peut-être qu’elle avait tout faux et qu’il ne pensait plus du tout à elle. C’était involontairement, alors, qu’il lui faisait de la peine. Et elle en était la seule fautive, dans ce cas. Tout de même, elle était un peu vexée qu’il prétende pouvoir l’abandonner ici sans état d’âme. Si elle avait eu du temps à perdre, elle aurait essayé de résoudre le paradoxe qu’il y avait entre l’envie d’avoir la paix et le refus de le laisser partir. Ceci étant dit, elle n’y songea pas le moins du monde, et prit un air parfaitement serein et détaché pour lui répondre.
E L O Ï S E – « Vous avez parfaitement raison ! Il faut toujours tâcher d’agir selon ses meilleures capacités. En ce qui vous concerne, je dirais que la fuite et l’abandon vous vont à merveille. »

Elle lui montrait un joli minois, prononçant ces paroles tranquillement comme s’il s’agissait de propos anodins sur le temps qu’il fait. En réalité, elle savait l’art et la manière de provoquer et de pousser à bout ses interlocuteurs. C’est sur Alexandre qu’elle avait fait ses griffes, et aujourd’hui encore, il restait en quelque sorte son souffre-douleur de prédilection. Du moins, c’est ce qu’elle s’efforçait de penser.
E L O Ï S E – « Et puis, continua-t-elle tout en arrangeant sa coiffure, je vous prierais de ne pas faire mine de vous soucier de mes parents. Nous savons tous les deux que vous ne leur portez aucune considération, pas plus qu’il n’en ont à votre égard. Ceci dit, puisque les apparences sont si chères à votre cœur, je leur transmettrai bien poliment l’expression de votre considération. La politesse : voici bien quelque chose de délicieux ! Ainsi tout ira bien dans le meilleur des mondes possibles, n’est-ce pas, Vicomte ? »

Plus qu’ironie, il y avait de l’acerbe dans les propos de la jeune femme. Cela avait en quelque sorte le goût d’une cerise trop verte. Eloïse regardait à présent Alexandre bien en face, avec ce quelque chose de piquant au fond des yeux qui semblait vouloir se transmettre à son interlocuteur. La jeune femme voulait le voir réagir. De n’importe quelle manière. Pour lui prouver que tout ceci n’était pas qu’une mascarade mortifère. Parce qu’elle voulait que cela ait un sens. Et de l’importance. Oui, là, toute pétillante et particulièrement cassante, elle attendait que voir s’effriter quelque chose en lui. Parce qu’elle était importante. Il fallait qu’il le sache. Qu’il le lui prouve.
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Alexandre Dulis

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MessageSujet: Re: L'âme humaine est comme l'abeille qui puise son miel même de l'amertume des fleurs.   Mer 23 Mai - 19:48

« Sotte non. Étourdie, peut être. Mais si ma présence vous indispose... »

S'enquit-il de répondre, nullement déstabilisé par les airs agacés que prenaient le jeune femme. En tous les cas, qu'elle veuille ou non de lui, il ne lui laissa pas vraiment le choix et entama la marche silencieuse. Il lorgna sur ses petites mains, qu'elle gardait encore bien dissimulées, comme s'il en avait percé le mystère. Oh non il ne savait pas qu'elle s'était blessée, auquel cas il se serait empressé de demander qui était le coupable. Il avait juste compris (ce qui n'était pas très difficile) qu'elle cachait quelque chose. Aussi il fit mine qu'il avait deviné quoi, laissant planer un vague sourire sur ses lèvres. Mais celui-ci n'éclaira pas plus longtemps son visage car elle lui avoua qu'elle connaissait la fameuse nouvelle de plus d'un mois. « Un mois » chuchota-t-il d'un air absent. Pourquoi l'avoir mis à l'écart jusqu'au moment fatidique ? Mais après tout, en y réfléchissant bien, qu'elle le lui ait dit plus tôt ou non n'aurait pas changé grand chose. Qu'aurait-il fait s'il avait su avant, aurait-il élaboré une stratégie pour espérer la voir sans se faire prendre ? Probablement pas, non. Le fait était qu'il aurait beau retourner le problème dans tous les sens, cela reviendrait toujours au même et tragique point : leur séparation. Pour une durée indéterminée mais qu'il espérait fort courte. Il se prit même à espérer que leur navire n'arrive jamais à bord. Ainsi ses parents ne poseraient jamais pied sur terre, Eloïse serait folle de chagrin et ce serait dans ses bras qu'elle se dirigerait. Alexandre secoua doucement la tête, en voilà une bien fâcheuse et monstrueuse pensée. Si elle avait pu lire en lui, elle aurait eu encore plus d'aversion pour sa personne qu'elle ne portait déjà plus très haut dans son estime. Dieu soit donc loué qu'elle n'ait point de dons étranges, même si sans cela, elle restait une créature tout à fait mystique. D'ailleurs, où était-elle passée ? Il crut un instant que la libellule s'était envolée car il ne la voyait plus à ses côtés. Mais il remarqua assez vite qu'elle s'était simplement arrêtée d'avancer, et ce, depuis qu'il avait part de son désir de , peut être, retourner en France. Pourtant, encore une fois, elle paraissait pleinement paisible et absolument pas touchée par ses mots. Elle en revanche, souhaitait clairement le piquer à vif. Car derrière se ton enjolivé et presque chanté, ses paroles claquaient tel un violent coup de fouet. Peut être qu'après tout, il l'avait réellement atteinte. C'était même certain. Même si son visage et ses paroles restaient toujours aussi angéliques, ses paroles démontraient l'ampleur de sa contrariété. Et, étrangement, il se sentit satisfait de la voir à ce point en colère, car cela signifiait qu'elle n'était pas insensible au fait qu'il s'en aille. Elle lui rapprocha de fuir continuellement, qu'il n'était bon qu'à cela. N'avait-elle donc toujours pas idée de la bataille qu'il menait chaque jour pour rester à ses côtés ? L'avait-il réellement abandonnée ? Lui qui après moult années se trouvait encore à marcher en sa compagnie, il était désespérément relié à elle, il ne vivait même presque que pour un instant auprès d'elle. Et elle osait le traiter de couard, de lâche. Il lui tournait toujours le dos car il avait peur de s'emporter. Il plissa les yeux tandis que tout son visage se crispait. Elle s'amusait à l'humilier tout en prenant un air de ne pas y toucher. Un rire nerveux lui échappa alors qu'elle le blâma de n'avoir sincèrement aucune considération pour ses parents.

« Pour sûr qu'ils n'en ont aucune. Vous et vos parents m'avez en horreur, ce n'est là pas quelque chose de nouveau. »


Il aurait aussi pu lui répondre qu'elle avait commencé la première, à lui transmettre les salutations distinguées de sa mère tout en sachant que celle-ci préférerait le voir mort. Mais ils n'étaient plus des enfants qui accusaient bêtement l'autre d'avoir mis en route la dispute. Il ne s'agissait même plus d'une dispute mais d'une guerre. Une guerre à eux qui durait depuis bien trop longtemps, et même si parfois elle semblait s’atténuer légèrement, aujourd'hui la Baronne avait de nouveau sorti les armes. En avait-elle seulement, elle, de la considération pour lui ? Il n'était plus question de sa famille, Eloïse elle-même le détestait. Elle ne le gardait avec lui que pour mettre en appétit ses poignards qu'elle lui plantait à tout moment dans le cœur. Elle apparaissait parfois comme la plus douce et charmante des créatures puis se transformait l'instant d'après en la plus cruelle des femmes. Pourquoi s'efforçait-il à chercher son pardon, tout ce qu'elle désirait était de le voir souffrir jusqu'à ce qu'il puisse ressentir une infime partie de ce qu'elle avait enduré. Son amour était destructeur. Finirait par ne rester que des lambeaux de son ami français qu'elle se plaisait à déchirer. Il tourna des talons pour lui faire enfin face. Il se rapprocha même de quelques pas, juste pour sentir un plus le regard plein d'éclairs que lui lançait Eloïse, qu'importe qu'il finisse foudroyé. Et elle continuait, avec nonchalance, de le piétiner, terminant sa phrase par Vicomte, qu'elle prononça avec autant de dégoût que son père. Les apparences... ce n'était que grâce à elles qu'il était encore de ce monde, sans quoi elle l'aurait déjà assassiné sans sourciller.

« Lasse des apparences ? Très bien, mademoiselle du Mauroi jouons franc jeu et au diable la politesse. Vous me traitez de lâche, vous qui êtes trop effrayée pour avouer que mon absence pourrait vous attrister. Vous qui êtes constamment obligée d'employer un ton mielleux pour me parler d'une nouvelle qui au fond vous désespère. Vous qui êtes paniquée à l'idée de toucher au bonheur et préférez le réduire en miette pour ne plus risquer de souffrir. J'en suis certes responsable mais vous vous complaisez dans votre malheur et m'emportez avec vous dans votre vengeance éternelle. Alors certes, nous vivons dans un monde d'apparences et de politesses futiles, mais sans elles, vous ne jouiriez pas de votre position et ne pourriez entretenir ce jeu destructeur qui semble vous amuser. Qui sommes-nous ? Deux jeunes gens torturés par un effroyable accident. De quoi avons-nous l'air ? De deux amis de longue date qui s'entendent à merveille. Alors ne me faites pas croire que les apparences ne sont pas chère à votre cœur. Vous vivez comme tous dans le monde du mieux paraître possible, n'est-ce pas, Baronne ? »

Alexandre fixa encore longuement les yeux dorés de la jeune femme. Il n'en revint pas lui-même, il venait tout juste de lui avouer d'une traite ce qu'il avait sur le cœur. Une partie seulement, car il ne lui avait pas conté ce qu'il éprouvait pour elle mais c'était déjà là quelque chose d'extraordinaire. Était-ce là du courage ou simplement le fait qu'elle l'ait mis à bout, allez savoir, il n'empêche qu'il avait enfin dit à haute voix ce qu'il pensait tout bas. A son souvenir jamais ils n'avaient un jour parlés si franchement car toujours ce fameux monde de politesses et de faux-semblant les en avaient empêché. Car ils faisaient semblant, ils avaient toujours fait semblant d'être deux amis normaux qui ne se parlaient réellement qu'au travers de sous-entendu. Déjà d'une humeur exécrable, elle avait en plus titiller ses nefs à vif. Peut être venait-il là de mettre un terme au faible lien qui les unissait encore mais elle l'avait vraiment provoqué et, puisqu'elle savait parfaitement s'y faire, il avait succombé. Il regretterait probablement plus tard ses paroles, comme il l'avait toujours fait, mais sur l'instant présent, il se sentait soulagé. Dire ses quatre vérités était toujours quelque chose de libérateur même si les conséquences n'étaient parfois pas aussi agréables. Il avait joué avec le feu, peut être l'heure de la combustion était enfin venue. Quoi qu'il en soit le temps était compté, si ce n'était pas ses actes qui les sépareraient, ce serait ses parents. Il ne savait pas trop à quoi s'attendre, la façon dont réagirait la cible de ses attaques restait un mystère. Peut être valait-il mieux qu'elle ne dise rien, peut être qu'elle l'ignorerait royalement ou lui répondrait une fois encore d'un air détaché. Ou bien à l'inverse peut être qu'à son tour elle lui crierait ce que son cœur avait à hurler. Dans tous les cas il avait peur de ce qu'elle ferait, elle était bien la seule à pouvoir décider de l'avenir de leur relation. Alexandre fit volte face et continua sa route en direction des appartements de la Baronne. Qu'importe qu'elle le suive, il tentait d'échapper à son courroux en se focalisant sur leur objectif premier : ses fameux gants. Comme si elle voudrait encore de lui après ce qu'il venait de dire ! De toute façon si tel n'était pas le cas, elle le lui ferait bien vite savoir. Peut être qu'après tout il était lâche oui. Il avait, piqué à vif, parlé sans modération et dès lors qu'il eut fini, il s'était enfui. Il l'attendit à l'endroit où les jardins rejoignaient le palais. Peut être attendrait-il vainement, car cela se pouvait qu'elle soit partie, profondément vexée. Il n'osa pas jeter un regard en arrière, trop effrayé à l'idée de ne pas la voir.
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MessageSujet: Re: L'âme humaine est comme l'abeille qui puise son miel même de l'amertume des fleurs.   Ven 25 Mai - 18:09

La jeune baronne de Montmouth avançait rêveusement dans l’allée bordée de parterres fleuris. Le parfum capiteux des azalées printanières lui fit tourner la tête. Il lui parvenait par bouffées odorantes et joyeuses. La demoiselle conservait un air soucieux. « Vous et vos parents m’avez en horreur », venait-il de déclarer. Eloïse en était restée abasourdie. Comment pouvait-il résumer aussi brutalement et en quelques mots simplistes ce qui constituait une relation tellement complexe ? Elle ne savait pas elle-même ce qu’elle ressentait vis-à-vis de lui. Comment pouvait-il prétendre le savoir mieux qu’elle ? Elle ne connaissait aucun mot pour décrire ce qu’il lui avait fait. Et il y avait trop de mots pour dire ce qu’elle pensait de lui. Par antithèses, peut-être arriverait-elle à quelque chose d’exact. Il était venin et miel, violence et tendresse, passion et indifférence. L’avoir à ses côtés la faisait suffoquer, l’imaginer loin l’étouffait. Mais voilà des choses qu’elle ne pouvait pas lui dire. Elle resta face à lui, murée dans un silence pesant. Son regard exprimait surprise et effroi, depuis qu’il avait prononcé ces quelques mots injustes. « Vous n’avez rien compris », voulait-elle lancer. Mais à quoi bon ? Il lui faudrait par la suite donner des explications qu’elle n’avait point, bredouiller, s’excuser, et quoi d’autre encore ! Ainsi donc se contenta-t-elle de baisser la tête et de poursuivre sa route. Mais vint le moment où le malheureux émis l’hypothèse que retourner en France serait une bonne solution, et alors, pauvre folle qu’elle était, la voici qui le foudroyait du regard, un peu blessée, au fond, qu’il veuille la laisser là toute seule. Cependant, ce qui advint ensuite, nul n’aurait pu le prévoir. Le Vicomte, toujours imperturbable, toujours dans la retenue et l’élégance, venait de hausser le ton et toisait à présent sa camarade tout en lui débitant une longue tirade, qu’il prononça avec tant de vigueur et de conviction que notre Eloïse demeura coite et incapable de prononcer le moindre mot. Quand il eut terminé, il fit volte face et rejoignit l’entrée du palais, sans lui laisser le temps de répliquer. Cependant (et fort heureusement pour elle), elle était prompte à se remettre de ses émotions, et n’avait pas pour habitude de laisser quiconque lui parler sur un tel ton sans s’en indigner. Elle le rejoint en pressant le pas. Ses paroles lui revenaient par bribes et hurlaient dans sa tête. Elle aurait hurlé plus fort pour les faire taire, si elle n’avait pas craint d’effrayer les courtisans qui se promenaient tout autour. Personne n’a le droit de crier dans sa tête.
E L O Ï S E – « Attendez un peu, monsieur je-monte-sur-mes-grands-chevaux ! Et laissez-moi au moins vous répondre, avant de prendre la poudre d’escampette, s’écria-t-elle, indignée, en arrivant auprès de lui. Je n’ai pas peur du bonheur : j’ai peur de vous et de votre conception du bonheur. De ce que vous pouvez me faire miroiter, de la façon dont vous m’avez toujours bercée d’illusions, de la manière odieuse dont vous me gardez sous votre joug. Que voulez-vous à la fin ? Allez, répondez ! Et comment voulez-vous que je réagisse, d’ailleurs, lorsque vous m’annoncez que vous souhaitez partir ? Je suis lasse d’espérer, lasse de vous croire éternel. Vous m’avez si souvent déçue, si souvent blessée. Je répète sans fin les mêmes erreurs. Et lorsque j’essaie de changer, de m’adapter, vous m’accusez d’être indifférente, et vous dites que j’ai tort de refuser d’être heureuse. Mais pardonnez-moi de vous croire lâche ! c’est simplement je préfère m’attendre à ce que vous vous défiliez encore plutôt que d’espérer que vous vous rangerez de mon côté, pour une fois. Vous êtes toujours contre moi, ou alors absent. J’étais votre amie, vous avez fait de moi votre… Mais je ne sais pas ce que je suis pour vous ! Et est-ce vraiment de cette manière que vous qualifiez ceci ? Un « accident » ? (Elle baissa le ton pour prononcer ces derniers mots : ) J’ai vécu cela comme un cataclysme et mille ravages. »

Elle avait l’impression de vivre, de faner, et de mourir simultanément, et à chaque instant, quand elle était avec lui. Elle vivait des centaines d’existences en quelques secondes. Dans la réalité, elle était incapable de tout cela. Elle était une triste image immarcescible mise sur pause. Le temps suspendu dans ses veines posait quelque chose de glacé sur son visage. Après avoir parlé, elle se sentit vide. Complètement démunie. Elle se sentit comme elle était réellement. Et elle mit le doigt sur un gouffre. Elle voulait reprendre ses mots insensés, les gribouiller, les déchiqueter avec ses ongles pour qu’ils n’aient jamais existé. Elle ouvrit la bouche, comme désireuse de les aspirer pour les reprendre, mais, se souvenant soudain qu’il était vain de chercher à saisir des instants fugitifs, elle fit à son tour volte face et entra dans le château. Elle avait les larmes aux yeux, mais elle ne voulait pas qu’il le voit. Elle marcha vite. Il venait de la pousser au bord d’elle-même. A l’extrême limite. Elle ne voulait pas céder à une pulsion assassine qui consisterait à fondre désespérément sur lui et à le frapper de toutes ses forces. Pas ici, pas au milieu d’un Whitehall surpeuplé en ces beaux jours de printemps. Les apparences, oui, belle invention. Elle le sentait derrière elle, dans son sillage, avec tout ce qu’il avait d’emprise sur elle, malgré ses protestations. Elle marchait sans voir où elle allait, une part d’elle-même priant pour le semer. Ils traversèrent peut-être deux halls et trois salons, l’un derrière l’autre, la première pressant le pas à mesure qu’elle croyait qu’il la rattrapait. Enfin l’aile ouest. Couloir en demi-teinte. Beaucoup moins de monde. Elle était assourdie par le bruit de ses propres pas qui rebondissait sur les murs. Ce qui la blessait c’est qu’il la comprenait toujours. Très bien. Il la cernait comme s’il se glissait continuellement en elle. Elle avait la nausée. La porte de ses appartements n’étaient plus qu’à trois pas. Elle s’arrêta. Elle était mue par quelque chose de dément qui venait de ronger ses dernières forces. A présent il n’y avait vraiment plus rien. Elle s’adossa au mur, les yeux fermés. Si elle tendait la main, elle le toucherait du bout des doigts, car il était là, sur la gauche, à un bras de distance. Inutile d’ouvrir les yeux pour le savoir. Elle garda les bras croisés contre sa poitrine.
E L O Ï S E – « Vous ne m’avez jamais fait horreur, souffla-t-elle au bout d’un moment d’une voix vacillante comme la flamme d’une bougie, vous m’avez littéralement écœurée. Il palpitait dans vos mains et vous l’avez broyé. Je n’ai plus rien pour vous et il n’y a plus rien pour moi. Vous me regardez comme un chien errant qui cherche sa maison mais tout est consumé. Alors, oui, par moments, je vous jette en pâture des miettes de moi, les seules que j’ai pu rassembler, et il se trouve qu’elles ne sont pas les plus jolies. »

Elle tourna enfin la tête vers lui, mais ne le vit pas réellement. Tout était brouillé. Mais à présent elle se revoyait enfant, quand il était tout pour elle et qu’elle était en adoration devant lui. Parce qu’il était plus grand, et tellement astucieux. C’était toujours elle qui choisissait à quels jeux ils joueraient (peut-être le garçon avait-il déjà compris que sa camarade aimait jouer les petits tyrans) mais elle s’en remettait entièrement à lui lorsqu’il s’agissait de prendre des décisions de la plus haute importance, comme par exemple le choix du bon bâton pour fabriquer un arc ou encore le nombre de pierres qu’il fallait amasser pour constituer un rempart solide contre l’ennemi. Elle le regardait toujours avec de grands yeux brillants et malicieux mais demandait avec le plus grand sérieux : « Que devons-nous faire, monsieur le Duc ? », dès que la situation devenait grave. Et comme il était un bon capitaine, il lui laissait toujours le choix entre deux possibilités qui paraissaient toutes deux tellement ingénieuses à la petite fille qu’elle ne savait laquelle choisir. L’indécision lui donnant toujours envie de pleurer, Alexandre la consolait et réfléchissait avec elle à la meilleure des deux alternatives, et tout rentrait toujours dans l’ordre, et les ennemis étaient vaincus à plate couture. Eloïse sourit doucement aux images qu’elle avait en tête. La petite fille sembla lever les yeux vers elle. Elle poussa un cri dès qu’elle aperçut l’Eloïse qu’elle était devenue, et se cacha derrière le jeune Alexandre. « Un ennemi ! », s’écria-t-elle en la pointant du doigt. La grande Eloïse fut ramenée à la réalité par cette triste vision. C’est sûr que si la petite fille qu’elle avait été pouvait vraiment la voir, elle serait horrifiée. Un sourire très lointain était resté suspendu au coin de ses lèvres, tandis qu’elle voyait son Vicomte bien grandi. Elle vit le gouffre qui les séparait. Malgré cela, sans vraiment y songer et comme s’il s’agissait de quelque chose d’instinctif, elle voulait faire la paix. Elle finissait toujours par lui tendre la main et se faire pardonner de ses méchancetés. Elle ignorait pourquoi. Il méritait tout cela. Il méritait son dédain et son courroux. Certaine que cela ne servirait absolument à rien, mais espérant tout de même le faire sourire un peu, elle inclina la tête tout en murmurant à l’adresse d’Alexandre :
E L O Ï S E – « Que devons-nous faire, monsieur le Duc ? »

Quelque chose d’infiniment triste éclairait son regard d’une drôle de lueur, mais elle avait l’air extrêmement sérieuse, tandis qu’elle lui posait cette question. Elle savait qu’il n’y avait pas de réponse simple, mais elle espérait qu’ils pourraient y réfléchir tous les deux. Fallait-il réellement rompre tout contact ? Ou valait-il mieux continuer ce manège lugubre et illusoire ? Elle avait l’impression de le regarder comme on dit au revoir à quelqu’un de cher, mais elle n’était pas certaine de vouloir l’abandonner.
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Alexandre Dulis

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MessageSujet: Re: L'âme humaine est comme l'abeille qui puise son miel même de l'amertume des fleurs.   Dim 27 Mai - 5:20

Combien ? Une, deux, trois au grand maximum avant que la Baronne ne le rejoigne à grands pas. Elle voulait toujours avoir son mot à dire, l'assaillir de paroles sans lui laisser le temps de répondre était un véritable affront pour elle. Spécialement quand on l'accusait. Aussi il ne fut guère étonnant qu'elle revienne à ses côtés pour lui dire la sienne, de façon de penser. Pourtant il avait eu peur que cette fois-ci, il soit allé trop loin, que cette fois-ci elle faillisse à la règle et ne déguerpisse pour ne plus jamais apercevoir son visage. Cette ridicule poignée de secondes lui parurent donc une éternité. Il serait d'ailleurs resté là à jamais, si elle n'était pas revenue. Comme une statue à l'abandon qu'au fil du temps on ne prend même plus le temps de regarder tellement est devenue ennuyeuse aux yeux de tous. Mais elle revint, celle qui sculptait son marbre tous les jours bien que les détails ne soient jamais parfaits. Alexandre était dos à elle, il l'entendit approcher à grande vitesse, indignée. Et il ferma les yeux en souriant, sachant qu'elle n'apercevrait jamais celui-ci, comme pour se délecter de cette douce réalité : elle était là., pour le meilleur et pour le pire. Elle l'accusa à son tour car il était l'unique fauteur de troubles. « Vous. » lui répondit-il dans sa tête lorsqu'elle lui demanda ce qu'il désirait. Mais il fut incapable de prononcer le moindre mot, il l'écouta en silence, comme un animal qui se fait calmement punir. Il ne souhaitait pas la voir réagir d'une telle ou telle façon. Elle était imprévisible, et cela lui allait si bien. Il n'était nullement utile d'essayer de prévoir ses faits et gestes car Eloïse surprenait toujours, en bien comme en mal. Était-ce réellement qu'elle ressentait, qu'il toujours contre elle alors qu'il essayait désespérément de lui plaire ? Certes il était beaucoup absent, il l'était à ce moment même, mais jamais il n'avait voulu se battre avec elle. Tout cela à cause de cet accident, qu'elle aurait qualifié pour sa part d'une autre façon. C'en était un pour lui, certainement pas pour elle. Pour elle il avait été parfaitement conscient, avait désiré faire ce qu'il avait fait et lui avait pris son innocence. Mais Alexandre lui avait été guidé par des sentiments. La jalousie, la colère, l'amour, ceux là même l'avaient conduit à commettre cet acte. Il n'avait pas été maître de lui-même et pour lui cela ressemblait effectivement à un tragique accident. Probablement ne comprendrait-elle jamais cela. Ses dernières paroles soufflées avec peines déclenchèrent un lui un frisson électrique qui lui parcourut tout le corps. Un cataclysme aux mille ravages, c'était ce qu'il était. Que dire de plus. Rien, il n'eut strictement rien à répondre. Et cette qualification sonnait comme un adieu.

Mais il ne voulait pas lui dire au revoir, jamais. Aussi lorsqu'elle le dépassa pour pénétrer le palais il la suivit. Il était comme son ombre, suivant le moindre ses gestes sans jamais pouvoir la rattraper. Condamné à la regarder sans jamais pouvoir la toucher. Qui était-elle pour lui avait-elle demandé sans obtenir de réponse. Son obsession, son désir, sa passion. Et il ne voyait qu'elle. Et les personnes présentes entre lesquelles il se faufilait machinalement avaient disparues. Et elle n'existaient plus, effacées par la seule présence d'Eloïse. Car s'il faisait partie de cette mascarade qu'était la cour ce n'était que pour avoir les faveurs de l'unique reine à ses yeux. C'était comme un cauchemar infini, il la pourchassait presque. Elle aurait pu marcher des heures il n'aurait jamais fatigué. Traverser un champ de bataille il aurait survécu. L'emmener même en Enfer et il aurait vendue son âme pour la suivre. Puis elle mit fin à cette course et s'arrêta, adossée à un mur, les yeux clos. Il fit de même, restant toujours à cette distance que le rapprochait tout comme le tenait éloigné d'elle. Il attendait ses directives car c'était elle qui avait toujours tout décidé et ce depuis qu'ils se connaissaient. Puis elle lui jeta la cruelle vérité au visage d'un air totalement absent. Il l’écœurait. Il le savait, depuis ce qu'il avait fait il savait pertinemment qu'il l'avait brisée. C'était seulement bien plus difficile à entendre quand cela venait de la personne en question. Alexandre baissa doucement la tête. Coupable. Elle aussi le tenait entre ses mains, son cœur, ou bien même peut être sous ses pieds. Et elle le modelait selon ses souhaits car il n'avait plus mot à dire depuis son attitude monstrueuse. Elle avait toutes ses raisons de se demander pourquoi il restait encore à ses côtés. De la même manière il se demandait toujours pourquoi elle l'acceptait encore auprès d'elle.

« Pourquoi, Eloïse ? Pourquoi garder un être qui vous écœure avec vous ? »

Murmura-t-il d'une façon presque inaudible. Il releva faiblement les yeux, fixa les siens et devina qu'elle s'était une nouvelle fois enfuie dans une vision. En réponse il eut droit à un magnifique mais triste sourire. Elle le regardait sans le voir. Avait-elle seulement entendu ? Il lui enviait parfois ce don extraordinaire qu'elle avait de pouvoir s'échapper à travers ses songes. Dès qu'un souvenir lui revenait, ou qu'une pensée l'éclairait, elle pouvait oublier tout ce qui l'entourait et ne voir que ce qu'elle s'imaginait. Peut être qu'à cet instant elle avait préféré s'évader de la réalité, ce n'était pas étonnant. Il aurait bien voulu, lui aussi, avoir un moyen de fouler un pays parallèle mais il était désespérément ancré dans le concret, incapable de fantaisies. Puis finalement Eloïse revint sur terre et lui posa une question nullement anodine. Il comprit qu'elle était allée se réfugier dans son enfance, leur enfance. Tout avait été si simple par le passé, ils n'avaient jamais été aussi proches, s'entendaient à merveille et avaient vécu leur histoire dans la joie constante. Qu'en était-il à présent, de lugubres vestiges. Que devaient-ils faire ? Alexandre hésita à se prêter au jeu ou bien ne pas y faire attention, car ils n'étaient plus enfants désormais. Il aurait pu lui dire cela, qu'elle était maintenant assez grande pour prendre une solution seule aussi importante soit-elle. Que ce n'était pas un jeu. Qu'il était loin d'être un duc et que c'était en partie à cause de cela qu'ils en étaient arrivés là. Mais il s'adossa finalement au mur à ses côtés, leva les yeux au ciel puis il poussa un long soupir. Pas un soupir d'ennui ou d'exaspération. Le soupir qui annonce une réponse imminente et qui s'échappait toujours de sa bouche lorsqu'elle lui posait cette question.

« Vivre. Avons-nous déjà vécu depuis ce jour ? Ensuite, il y a plusieurs chemins à prendre. Le sombre que nous avons toujours suivi et qui nous a menés là où nous en sommes. Un autre un peu plus lumineux mais complètement incertain, qui emmène tout droit vers l'inconnu. Puis celui qui offre deux voies possibles et qui signifierait que chacun prenne la sienne. En tout cas nous devons avancer. Choisissez seulement quelle route vous semble la meilleure... pour vous. »

Il y en avait un autre, celui de la mort. Était-il vraiment utile de le mentionner ? Peut être qu'il prendrait celui-ci si par malheur elle choisissait la séparation définitive. Il voulait son bonheur oui, mais si pour cela il devait être loin d'elle, il n'était pas certain d'être capable de la rendre heureuse. Elle serait sûrement indécise, comment ne pas l'être. Il doutait en revanche qu'elle verse des larmes comme autrefois, qu'il la réconforte et l'aide à trouver une option. Ce n'était pas un jeu, pas pour lui en tout cas. Ils déterminaient tout de même ce qu'ils allaient faire de leur avenir, à deux ou pas. Il était tendu. C'était étrange, c'était comme si tout allait se décider là, sur le champ. Il avait un couteau sous la gorge et elle allait le lui enfoncer ou non. Il manqua de lui dire qu'elle pouvait toujours y réfléchir plus tard mais à quoi bon tout remettre au lendemain. Pensée irrationnelle, spécialement quand ses parents débarquaient en Angleterre. Ah, ceux-là, il avait fini par les oublier. Même s'ils décidaient d'aller de l'avant, ils leurs barreraient la route. C'était déjà tellement compliqué quand ils étaient seuls, il fallait de plus que d'autres embûches viennent se mettre en travers de leur route. Mais laquelle, de route ? Il posa des yeux timides sur la Baronne. A elle de prononcer la sentence.
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MessageSujet: Re: L'âme humaine est comme l'abeille qui puise son miel même de l'amertume des fleurs.   Mar 29 Mai - 0:15

Elle avait déjà fait ce rêve auparavant. Elle marchait en tenant la main d’Alexandre, le long d’un chemin paisible. Mais, à un endroit, le chemin se séparait en deux. Elle avait lâché la main de son ami. Il la regardait sans mot dire, car il ne voulait pas l’aider à choisir, cette fois. Elle avait vu le bout des deux chemins. Le premier était celui qu’elle emprunterait seule. Elle pleurait beaucoup et des ronces lui éraflaient le visage. Elle trébuchait beaucoup, aussi, mais se relevait toujours. Il y avait des visages inconnus qui murmuraient des choses insensées. Mais ils avaient tous l’air doux. Et tout au bout, elle survivait. Quant au deuxième chemin, c’est celui qu’elle emprunterait aux côtés d’Alexandre. Ils se sourient tous les deux, mais il y a des bruits inquiétants tout autour. Elle est convaincue que, tant que son regard ne quitte pas celui du Vicomte, tout irait bien. Il la captive totalement. Et pourtant, quelque chose lui dit de tourner la tête. Sans doute a-t-elle fini par le faire, car elle s’est alors réveillée en sursaut. La dernière image qu’elle avait vue était celle de leurs deux corps mutilés couchés l’un sur l’autre en travers du chemin. Alors, peut-être serait-ce ainsi ? Peut-être que c’était maintenant qu’il fallait choisir entre une vie en solitaire et une mort à deux ? Eloïse regarda par la fenêtre. Et si elle voulait faire ce qu’elle avait toujours faire ? Ne pas choisir du tout, prétendre être en vie, et fuir. Si elle partait maintenant à cheval ? Elle irait jusqu’en haut d’une falaise pour s’y jeter. Très beau, très dramatique. Mais parfaitement inutile et indigne d’elle. Ou peut-être au-dessus de ses forces. Et l’indécision lui donnait toujours envie de pleurer. Elle serra les dents. Alexandre lui avait donné trois possibilités. Ils pouvaient continuer ainsi, se consumant à petit feu, ou se séparer pour toujours. Mais ce qui avait retenu l’attention de la jeune femme était la troisième hypothèse. Un chemin « plus lumineux » au sujet duquel son ami n’avait point donné le moindre détail. Incertain. Elle n’aimait pas cela. Mais la lumière, voici bien ce dont elle avait besoin.
E L O Ï S E – « Parlez-moi d’inconnu. Que faut-il faire pour emprunter ce chemin moins lugubre ? », demanda-t-elle avec une lueur d’espoir dans les yeux.

Peut-être qu’elle le savait, au fond, ce qu’il fallait faire. Elle voulait simplement le lui entendre dire. Son regard parcourait le visage du Vicomte comme on foule un territoire sauvage. Avec prudence et délicatesse. Comme si elle avait peur que le simple fait de poser les yeux sur lui déclenche un séisme. Elle se vit un instant redessiner du bout des doigts le tracé élégant de ses sourcils sombres, puis descendre en suivant l’os de sa mâchoire. Elle avait envie de le toucher, soudainement, comme pour vérifier qu’il soit bien réel. Peut-être qu’il n’était après tout qu’une projection perverse de son esprit malade. Etait-il seulement là, avec elle ? Elle sentait revenir la fièvre de la nuit. Quoiqu’elle fusse un peu différente, cette fois. Elle prenait à la gorge. Et lui montait aux joues, y laissant une légère couleur rose qui y était plutôt inhabituelle sur ce visage de marbre blanc. Elle avait l’impression d’être en vie. Au moment où elle sentait que, plus que jamais, elle avait besoin de lui dire adieu pour de bon, pour sa propre survie, elle se sentait absolument incapable de se tenir loin de lui. Elle eut la folle envie d’être faible, pour une fois, et d’aller pleurer sur son épaule. Pour qu’il la console. Mais quelle consolation pourrait-il lui apporter ? Elle s’était perdue à cause de lui. Et la petite fille, tapie dans l’ombre là-bas, au fond du couloir, faisait des signes de supplication à la grande Eloïse. « Va t’en, fuis ! », semblait-elle lui dire.
E L O Ï S E – « Alexandre… »

La petite fille s’en alla en courant le long du couloir, comme épouvantée. Eloïse ne lui prêtait aucune attention. Elle se noyait dans le lac d’encre de ses yeux. Elle n’en ressortirait pas indemne. Elle voulait lui dire qu’il lui manquait, mais quelque chose lui disait que si elle ouvrait la bouche, elle suffoquerait pour de bon. Sa robe lui parut toute tâchée, et empesée de ce liquide noir qui semblait jaillir des yeux du Vicomte. Elle y vit quelque chose de sordide et de plaisant à la fois. Tout cela ne dura pas dix secondes. C’est le temps qu’il lui fallut pour s’administrer mentalement une grande gifle. Elle hoqueta et recula de trois pas. Elle avait l’air complètement perdue, déstabilisée.
E L O Ï S E – « Il faut absolument que j’aille chercher cette paire de gants… »

Ce qu’il fallait absolument c’est qu’elle se dégage de l’emprise qu’Alexandre avait sur elle. Ainsi fit-elle volte face tout en manquant de trébucher en marchant sur un pan de sa robe. Elle fit trois pas et entra dans ses appartements. Elle ne referma pas la porte derrière elle, trop pressée de s’éloigner du Vicomte et sans penser qu’une porte ouverte était une invitation à la suivre. Elle avança d’une démarche chaloupée en direction de la cheminée du salon, sur le manteau de laquelle elle avait laissé ses gants. Elle y posa une main et appuya son front dessus. Elle respira profondément pendant quelques secondes, essayant de retrouver ses esprits. Elle avait envie de casser quelque chose. Du coin de l’œil, elle observa le vase de jade posé sur la table du salon, mais elle parvint à modérer ses ardeurs en se souvenant que c’est sa mère qui le lui avait offert. Nanon entra alors et posa un regard interloqué sur sa maîtresse. Sans doute aperçut-elle cependant le Vicomte à la porte, car, après avoir interrogé Eloïse du regard, comme pour lui demander si tout allait bien, elle se retira sans bruit. La jeune femme poussa un soupire et releva la tête. Elle se saisit de ses gants, et, du geste le plus maîtrisé et propre qu’elle le put, elle enfila le premier. Elle essaya d’être vraiment délicate avec le deuxième, car il s’agissait de sa main blessée et, tout de même, elle la faisait encore un peu souffrir. Comme, malgré ses efforts, elle ressentit des picotements, elle ne put s’empêcher de prononcer une exclamation inarticulée de profond agacement. Evidemment, le Vicomte devait-être au moins sur le seuil de la porte, si ce n’est plus en avant dans ses appartements. Eloïse ne voulait pas en avoir la confirmation immédiatement. Pas avant d’être sûre qu’elle était sortie de la sorte de transe passagère qui l’avait prise dans le couloir. Et quelle folie que d’espérer que les choses pourraient aller mieux entre eux ! Les choses allaient stagner, comme toujours, et peut-être même moisir, voilà tout.
E L O Ï S E – « Très sincèrement, monsieur, je doute qu’il soit raisonnable d’espérer une quelconque amélioration dans nos relations si nous maintenons obstinément ce cap, dit-elle en prenant soin de lui tourner le dos et tout en faisant mine d’arranger une composition florale qui ornait sa table. Je pense que le mieux est d’en rester à quelque chose de… de courtois et de correcte. Si vous vouliez avoir la bonté de me considérer comme une sœur respectueuse, ou peut-être comme une cousine aimable, je crois que nous n’aurions plus à nous faire de soucis pour quoique ce soit… »

Il était extrêmement rare qu’elle lui serve du « monsieur », car il s’agissait dans son vocabulaire d’une manière de mettre son interlocuteur à distance. Or, d’ordinaire et quoiqu’il lui en coûte, elle voulait toujours le garder auprès d’elle. Mais elle venait de prendre conscience qu’il était très dangereux de caresser un objet tranchant. Oui, très dangereux, se répéta-t-elle en baissant le nez vers sa main gauche. Les mots « courtois » et « correcte », quant à eux, elle les avait simplement en horreur. Les prononcer lui écorchait la bouche. Pourquoi pas « fade » et « austère », tant qu’on y est ! Néanmoins, c’était une attitude qu’elle n’avait jamais encore essayé d’adopter face au Vicomte. Et s’il lui fallait en arriver là pour se sauver, alors, comment pourrait-on la blâmer ? D’ailleurs, et aussi curieux que cela puisse paraître, elle ressentit tout à coup une forme de soulagement, juste après avoir prononcé ces mots. Vaine hypocrisie, dites-vous ? Lecteur, vous êtes tellement pessimiste que cela en devient navrant. Laissez au moins mon héroïne jouer ses dernières cartes, avant de la déclarer vaincue. Elle tourna un visage détendu vers son ami, ou plutôt son « frère », et s’approcha de lui à pas mesurés. Toute trace d’indécision et de fièvre avait disparue de son visage. Il y avait quelque chose de touchant à la voir aussi pleine d’espoir en cette nouvelle perspective d’avenir : celle d’une cohabitation polie basée sur le respect mutuel et des distances de bienséance. Arrivée devant lui, elle lui sourit gentiment (avec une véritable gentillesse désintéressée qu’on ne lui avait pas vue depuis l’enfance). Elle lui tendit la main, comme pour faire la paix et sceller un nouveau pacte.
E L O Ï S E – « Allons, très cher, peut-être nous faut-il simplement nous donner une chance de vivre ensemble et en bons termes ? Donnez-moi la main et embrassez-moi comme vous embrasseriez votre sœur, et je pense qu’alors nous serons presque sortis d’affaire. »

Elle attendit sagement qu’il remplisse sa part du marché, légèrement anxieuse à l’idée de le voir l’embrasser sur le front comme une bon frère (car elle ne doutait point que ce serait une peu étrange, au moins les premiers temps). Elle était cependant convaincue que c’était là la seule issue qu’ils avaient. C’était mieux qu’une séparation brutale et complète, et, quoique moins satisfaisant que la belle et profonde amitié qu’ils avaient jadis, elle était à présent certaine que cela valait le coup d’essayer.

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Alexandre Dulis

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MessageSujet: Re: L'âme humaine est comme l'abeille qui puise son miel même de l'amertume des fleurs.   Mar 29 Mai - 12:02

Trois propositions avaient été émises. La Baronne était alors repartie dans ses songes, probablement pour évaluer chacune d'entre elles afin de choisir la meilleure possible. Quand elle était comme cela, ailleurs, Alexandre pouvait la dévisager à loisir sans en éprouver la moindre gêne car elle ne le voyait plus. Il aimait ses yeux ambrés et rêveurs, le simple fait de les regarder lui transmettait un peu de chaleur à lui en qui tout était sombre. Sa présence à lui semblait comme noircir tout ce qui l'entourait, mais quand il était à ses côtés absolument tout devenait lumineux. Elle avait la peau douce, elle donnait envie de la caresser. Tout comme ses cheveux dorés où il rêvait d'enfouir ses doigts. Mais c'était certainement ses lèvres qu'il désirait le plus. Elle étaient dessinées pour susciter l'envie. Il y avait déjà goûté une fois, s'appropriant le droit de le faire. Mais un baiser volé n'a jamais très bon goût, celui-ci avait été salé car les larmes de la victime s'y étaient mêlées. Elle avait beau être une triste personne, elle resplendissait, plus que quiconque. Elle n'avait pas besoin de se vêtir de robes extravagantes car elle avait une telle présence qu'il était impossible de passer à côté d'elle sans se retourner. Sans doute ne serait-elle jamais consciente de l'effet qu'elle produisait. Peut être était-ce pour le mieux, les personnes conscientes de leur charme deviennent rapidement vaniteuses. Était-ce étrange ? De s'attarder sur les moindres détails d'une femme que l'on convoite désespérément alors que celle-ci ne s'en rend pas compte ? Qui s'en soucie... Elle était finalement revenue, lui détourna rapidement les yeux avant qu'elle ne se doute de quelque chose. Elle voulait qu'il lui parle d'inconnu. Ainsi avait-elle en tête ce fameux chemin qui donnait un peu d'espoir. Mais comment parler d'une chose que l'on ne connaît pas ? Surtout qu'elle lui demandait comment y accéder. Il fixa le mur d'en face comme s'il lisait sur celui-ci les mots qu'il allait prononcer.

« L'inconnu est propice au changement. Mais tout reste pourtant incertain. Encore faut-il avoir le courage de s'y aventurer. Et si vous avez la volonté, vous savez mieux que quiconque ce qu'il vous reste à faire. »

Évidemment qu'elle le savait, elle était la seule qui possédait les clés. Mais cela restait un choix difficile à entreprendre, c'était certain. Il décida donc de rester vague, car de toute façon il était impossible de décrire convenablement quelque chose d'abstrait. Il sentit ses yeux se poser sur lui avec hésitation. C'était une sensation agréable que de sa savoir observer par Eloïse. Il pouvait presque sentir ses yeux lui caresser la joue même si ce toucher restait parfaitement illusoire. Il ferma un instant les yeux comme pour savourer ce moment puis décida finalement de lui faire face. C'était toujours plus délicat de la regarder quand elle était bel et bien là, devant lui, et pas au fin fond de ses pensées. Elle ouvrit enfin la bouche et prononça son prénom, pas son titre ou un synonyme non, son prénom, en toute simplicité. Il résonna encore quelques instants dans sa tête, il sonnait si bien avec sa voix. S'il pouvait il enfermerait ses paroles dans une boîte qu'il ouvrirait pour l'entendre à nouveau dès qu'il en éprouverait le plaisir. Alexandre resta suspendu à ses lèvres, presque impatient. Cela ressemblait à un irrésistible appel, la suite ne pouvait être qu'un peu plus miraculeuse. « Je vous pardonne, foulons ensemble ce chemin lumineux. » conviendrait à merveille, par exemple. Il avança même d'un pas, pour l'encourager à faire parler son cœur, il lui offrit son sûrement plus beau sourire, empli d'espérances. Mais il n'en fut rien, il dut même l'effrayer car elle recula aussitôt, prétextant qu'il était on ne peut plus urgent qu'elle aille enfin chercher ses gants. Il se prit le poids de tout ses espoirs en plein sur la tête, il aurait même pu s'enfoncer dans le sol tellement ils avaient été lourds. Était-il définitivement condamné à cela ? Des lueurs d'espoir démolies ? Quand cela avait lieu il se sentait comme éviscéré, elle lui arrachait ses tripes avec les ongles. Il poussa un soupir et la regarda fuir à toute vitesse, profondément déçu. Elle laissa la porte ouverte mais il se douta bien qu'elle n'avait juste été qu'étourdie. Il laissa passer quelques minutes puis franchit finalement le seuil, n'osant s'égarer plus loin dans l'antre de la Baronne. Mais il n'était hélas pas au bout de ses surprises, mauvaises surprises. Monsieur le nomma-t-elle, il crut un instant qu'elle s’adressait à une autre personne mais non, c'était effectivement lui qu'elle humiliait sans daigner lui adresser un regard. Pourquoi ne pas être frères et sœurs ? Soit, voilà toute l'étendue de ses réflexions. Par changement elle avait du comprendre éloignement car elle mit entre eux un plus de distance qu'il n'y en avait déjà. Les liens de parentés comme ceux-ci sont des liens forts dites-vous ? Ils sont surtout des liens incompatibles avec les sentiments qu'il éprouvait pour elle. On ne rêve pas d'embrasser sa sœur. Quel idiot, comment avait-il pu croire un seul instant qu'elle était prête à aller de l'avant, elle qui prenait tant de plaisir à lentement le faire sombrer dans l'abîme. Elle se retourna, comme si elle était une personne à présent changée. Oh joie, un nouveau commencement pour les deux jumeaux de cœur. Il ne put tout simplement pas lui sourire en retour, cette fois c'était au dessus de ses forces de jouer la comédie. Aussi, alors qu'elle s'avançait vers lui, il ne cacha pas son visage qui criait combien il maudissait les paroles qu'elle venait de prononcer. Elle lui tendit sa main, sur le moment il hésita quoi en faire. La serrer si fort que ses os craquent, qu'elle comprenne que cela n'avait pas lieu d'être ? Ou bien peut être la prendre et l'attirer à lui, qu'elle lui fasse plus face que jamais et devine qu'il ne voulait pas de sa courtoisie ?  « Embrassez-moi comme vous embrasseriez votre sœur » furent certainement les mots de trop. Elle était pour sa part complètement dans son nouveau rôle, elle s'adaptait bien trop vite à son goût. C'était comme si elle lui disait au revoir et elle semblait affreusement heureuse de cette séparation. Il prit finalement doucement ses mains dans les siennes, et lui offrit un charmant sourire, visiblement très content de ce qu'elle lui proposait.

« Oh, oui, quelle belle perspective d'avenir ! Nous pourrions de cette façon, les soirs d'hiver, nous coucher l'un contre l'autre pour résister au froid, comme deux frères et sœurs unis dans leur nouveau lien courtois et correcte ! Très sincèrement, madame... je souhaite réellement que nous vivions ensemble en bons termes. Mais, je ne suis pas l'un de vos cousins, encore moins votre très cher frère. Je suis donc dans le regret de devoir refuser cette mascarade que vous me proposez de jouer avec pourtant tant de convictions. Comprenez moi, il serait malsain pour un frère d'éprouver des sentiments à l'égard de sa sœur, ce ne serait pas éthique ! Et puis, vous avez déjà une si adorable famille, que dire de vos fantastiques cousins ! Néanmoins, si vous désirez toujours que je vous embrasse... »

Son sourire disparut aussitôt qu'il eut fini. C'était elle qui décidait, qui avait toujours décidé. Oui, il fallait qu'il accepte en silence sa proposition et lui en être reconnaissant. Mais non, pas cette fois. Il approcha lentement son visage du sien, prêt à le faire, à lui voler un deuxième baiser pour la punir d'être si cruelle. Il pouvait clairement lire l'effroi dans les yeux d'Eloïse. Elle était si pétrifiée, il pouvait aisément s'emparer de ses lèvres. Il recevrait ensuite une belle claque qui lui rappellerait qu'il l’écœurait à tout jamais et qui scellerait bien mieux qu'un baisemain leur superbe pacte. Pauvre petite chose, tremblante de peur devant son frère terrifiant. C'était le comble de l'insolence oui, mais il l'y avait poussé avec son idée de lien de parenté ridicule. Alors c'était ainsi, elle voulait éternellement jouer à ce qu'ils n'étaient pas. Lui était fatigué de ces faux semblants, il préférait encore qu'elle le brise une bonne fois pour toute. Certes il était incapable de s'éloigner d'elle mais il préférait encore la désirer de loin plutôt que de prétendre être son frère. Soit, il mettrait lui-même un terme à tout ceci. Il déposa finalement ses lèvres, mais sur l'une des joues de la jeune femme. Il y resta peut être trois longues secondes, incapable malgré lui de s'en défaire plus tôt malgré ses intentions brèves. Elle aurait eu le temps de dix fois l'assommer si elle le désirait. Accomplissant cet ultime geste irréfléchi il pensa très fort « Allez au diable, Eloïse. » Puis il recula de trois pas.

« Très bien, vous avez choisi votre chemin. Je crois qu'il ne me reste plus qu'à disparaître. Je me contenterai de vous aimer de loin. Puissiez-vous trouver le bonheur un jour même si je ne puis être celui qui vous le procure. Au revoir, Eloïse.  »

Alexandre lui offrit un sourire légèrement amer puis se retourna et quitta ses appartements. Il n'allait jamais la revoir n'est-ce pas ? Et jamais l'idée de le retenir ne lui prendrait. Alors autant lui dire ce qu'il n'avait jamais réussi à faire auparavant avant de la quitter définitivement. Elle était peut être trop distraite pour ne pas s'en être rendue compte plus tôt. Peut être devrait-il reconsidérer l'idée de retourner en France tout compte fait. Il s'épargnerait de vaines souffrances. C'était donc comme cela que tout devait se finir ? Peut être qu'alla avait raison et qu'il pouvait encore jouer un autre rôle et construire un semblant de relation courtoise et correcte. Il secoua doucement la tête, s'il pensait cela c'était uniquement parce qu'au fond il souhaitait tout sauf la quitter. Mais prétendre être comme un frère pour elle était clairement au dessus de ses forces. Alors qu'il marchait dans les couloirs dans une direction aléatoire il fut pris d'un pincement au cœur. Il avait pu partir la tête haut oui mais il ne pouvait plus longtemps faire comme si cela ne l'affectait pas. Sa poitrine lui faisait mal, il venait de s'arracher lui-même le cœur. Ses forces l'abandonnaient et ses jambes tremblantes ne purent le supporter un instant de plus. Alexandre s'adossa à un mur et s'y laissa glisser tout le long. Il se pencha et cacha son visage dans ses mains. Les quelques personnes qui passaient devant lui le regardaient avec étonnement. Mais quelle importance qu'on le prenne pour un fou maintenant qu'il avait perdu son unique joie de vivre.

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MessageSujet: Re: L'âme humaine est comme l'abeille qui puise son miel même de l'amertume des fleurs.   Mer 30 Mai - 16:01

Une simple question avait envahi son esprit l’espace d’un instant. Lui pardonner. Ce n’était pas vraiment une question. Plutôt un dilemme. Elle le lui avait déjà dit plusieurs fois. Le problème ne vient pas des mots « Je vous pardonne ». Il vient du fait que, dans ce cas précis, la parole n’a pas une fonction performative. Il ne suffisait pas qu’elle le lui dise pour que le pardon soit effectif. Elle voulait croire que tout était absolument oublié, qu’il n’y avait plus d’amertume entre eux. Pourtant, elle savait au fond que c’était se voiler la face que de faire comme si tout était redevenu comme avant. Il n’y avait plus de retour en arrière possible. C’est la raison pour laquelle elle avait un temps choisi d’adopter une position intermédiaire. Quelque chose qui serait en suspend, à mi-chemin entre la haine et la rédemption. C’est ce qu’on appellerait bêtement « l’indifférence », mais ce sentiment était en réalité étranger à Eloïse. Elle pouvait essayer de le feindre, de le pasticher, éventuellement. Son interprétation était plus ou moins convaincante, selon les jours. Or, elle ne pouvait plus vivre de ce genre de faux-semblant. C’était une nourriture fade et sèche. Elle aurait voulu pouvoir partager des moments de calme avec Alexandre, sans reproches sous-entendus, sans accusations blessantes. Elle éprouva l’envie d’être de sa famille. Quelque chose lui disait que, si tel était le cas, il ne la toucherait plus, il ne l’aurait jamais désirée, et il pourrait être tendre avec elle sans que cela ne soit malsain. Elle voulait une relation plus naturelle et plus simple. Et elle crut que c’est ce qu’il souhaitait aussi, lorsqu’elle le vit lui sourire et prendre doucement ses mains dans les siennes. Quelque chose en elle se réjouit trop tôt. « Je suis sauvée ! ». Mais vint le temps des désillusions. Il prit un ton parfaitement ironique pour lui répondre, et finit par lui faire remarquer qu’il serait hautement immoral qu’un frère éprouve des sentiments pour sa sœur. Eloïse voulait lui répondre qu’elle souhaiterait être sa sœur pour que, justement, il n’éprouve aucun autre sentiment pour elle que le respect et une forme de tendresse fraternelle. Mais elle ne répondit rien du tout, car, en effet, lorsqu’il approcha dangereusement son visage du sien, elle fut tout à fait convaincue que jamais elle ne serait sa sœur. Que faire ? Elle resta figée mais, intérieurement, elle venait de s’effondrer. Il allait l’embrasser. Elle ne le voulait pas. Et alors ? Crier à l’aide ? Le frapper au visage ? S’enfuir tant qu’il en était encore temps ? Mais il était déjà trop tard. Elle sentait son souffle chaud sur son visage. Cela lui fit un nœud à l’estomac. Elle allait le mordre. Oui, s’il osait l’embrasser, elle retrouverait la force de se défendre, et elle le mordrait à la bouche, jusqu’au sang s’il le fallait. Elle le vit comme à travers un voile réduire à néant l’espace qui les séparaient encore. Son cœur battait à lui en faire mal. Elle ferma les yeux, cherchant un retenir un gémissement d’effroi. Contre toute attente, elle sentit les lèvres du jeune homme se poser sur sa joue. Le temps sembla s’étirer. Elle se sentait soulagée mais restait sur ses gardes, par crainte que l’envie d’aller plus loin ne le prenne. Elle ne fit aucun mouvement, ne voulant en aucun cas lui laisser croire qu’elle appréciait ce contact. En réalité, elle était entrain de penser qu’elle voulait mourir. Maintenant. Parce qu’elle se sentait sale et désespérée. Parce qu’elle ne voulait pas dépendre de son bon vouloir. Alexandre s’en alla comme dans un rêve. Il l’aimerait de loin, l’infâme ! Ne l’avait-il pas déjà aimée d’assez près ? Eloïse fixa son regard sur la porte sans lui adresser la moindre parole. Si elle avait ouvert la bouche, elle aurait hurlé, l’aurait insulté, se serait arraché les cheveux et griffé le visage comme le faisaient les femmes en deuil dans l’Antiquité. « Pars », semblaient commander les yeux enflammés de la jeune femme qui restaient rivés sur la porte. C’est ce qu’il fit. Elle resta peut-être trois minutes dans la même position, incapable de se mouvoir tant elle était choquée. Et puis, tout à coup, elle se retourna, et, en trois pas furieux, elle se retrouva auprès de la table. D’un revers de main elle fit voler en éclat le vase de jade. Il se brisa au sol dans un bruit fracassant qui alerta Nanon. Elle entra en trombes dans le salon et fixa un regard horrifié sur Eloïse. Puis elle lança un regard vers la porte qui était toujours ouverte, mais constata qu’Alexandre avait disparu. Quelque peu paniquée, elle vint à sa maîtresse et posa une main sur son bras. Eloïse se dégagea méchamment en faisant un pas de côté.
N A N O N – « Le Vicomte des Estrilles…? »
E L O Ï S E – « Parti, répliqua la jeune femme sans lui laisser achever. Ne reviendra pas. »
N A N O N – « Vous vous trompez, mademoiselle. Il est votre meilleur ami. »
E L O Ï S E – « Il est mon linceul, c’est un peu différent, il me semble. »
N A N O N – « Que vous a-t-il fait ? demanda-t-elle, un peu inquiète. »
E L O Ï S E – « Il a refusé que je sois sa soeur. »
N A N O N – « Un crime de simple bon sens nécessite-t-il de prendre un air aussi maussade et de briser un objet précieux ? demanda-t-elle sur le ton de la plaisanterie, à présent soulagée, et ignorant absolument tout. »
E L O Ï S E – « Je ne sais pas. C’est peut-être la fin. Peut-être que je suis finie. »
N A N O N – « Voyons, mademoiselle, je ne comprends pas un mot de ce que vous dites. Allons, si j’étais au service de madame votre mère, je vous dirais que le Vicomte ne vaut pas la peine de faire triste mine. Mais puisque je suis à votre service et que je crois bien vous connaître, je vous dis de ne point faire la vaniteuse et d’aller le chercher. Le pauvre homme a un air tellement malheureux, lorsqu’il n’est point avec vous ! Vous n’oseriez pas le torturer, si ? Et vos parents arriveront bientôt, alors peut-être que vous devriez faire la paix avec lui avant qu’il ne soit trop tard… »

Eloïse ne l’écoutait plus. Nanon la voyait comme elle était enfant. Elle ne s’était aperçue d’aucun changement. C’est la raison pour laquelle la jeune femme l’appréciait. Nanon croyait en son innocente et en sa vertu, alors même qu’Eloïse s’en savait dépouillée. Elle devait penser que les deux amis s’étaient encore disputés pour une histoire de balançoire ou quelque chose dans ce goût-là. Néanmoins, elle avait raison sur un point : le Vicomte ne vaut pas la peine de faire triste mine. Et il serait bon qu’il le sache. Rien ne l’insupportait autant que de supposer qu’il devait être fier de lui, en ce moment. Peut-être était-il content d’avoir fait une sortie dramatique en abandonnant Eloïse au milieu de ses appartements après lui avoir dit adieu ? Bon sang, nous vivons sous le même toit, pesta intérieurement la demoiselle. Tout cela est parfaitement ridicule. Le jeune femme embrassa Nanon sur la joue puis s’en alla à son tour. Elle partit en quête d’Alexandre. Elle ne mit pas trop longtemps à le trouver. Il était assis par terre, au fond d’un couloir, dans une posture un peu enfantine de repli sur soi. Elle le vit, elle pâlit, elle rougit à sa vue, avec la certitude qu’elle était à lui et qu’ils étaient liés par des liens trop forts pour être rompus par un simple « Adieu Eloïse ». Elle retrouva vite contenance, et avança d’un pas décidé jusqu’à lui. Il ne la voyait pas car il était assis à ses pieds, tête baissée, les yeux cachés par ses mains. Eloïse poussa un soupire d’agacement.
E L O Ï S E – « Levez-vous, ordonna-t-elle sans cérémonie. Je veux que vous sachiez, que vous soyez absolument convaincu que je ne suis pas de celles qu’on abandonne deux fois. Cela suffit. Je ne suis pas un jouet que vous pouvez tenir dans vos bras puis envoyer valser contre un mur quand cela vous chante. Alors maintenant vous allez m’écouter mieux que vous ne l’avez encore jamais fait. Je veux être heureuse ou ne pas être du tout. Je veux au moins essayer. Mais vous m’en empêchez. Vous avez deux solutions. Soit vous rentrez en France et me promettez de ne point m’écrire et de ne plus jamais m’adresser la parole –de me tenir pour morte, somme toute– soit vous restez ici. Mais si vous restez ici, vous ne pourrez être ni mon ami ni mon frère. Je ne veux pas non plus d’un duelliste. Je veux vivre en paix, comprenez-vous ? Et si vous tenez vraiment à moi, vous arrêterez de me tourmenter en me disant que vous m’aimez et en me montrant le contraire. Vous arrêterez de me faire des aveux à demi-mots. Jouez franc jeu, si vous le pouvez. Cela me permettra peut-être d’être le personnage principal de ma propre existence, et non la figurante de la vôtre… »

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Alexandre Dulis

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MessageSujet: Re: L'âme humaine est comme l'abeille qui puise son miel même de l'amertume des fleurs.   Mer 30 Mai - 22:09

C'était peut être cela la mort, se dit-il, enfermé de le noir de ses mains. Sa seule vision était le néant. Et des centaines d'émotions fulminantes et insupportables rongeaient son esprit pour l'éternité. Plutôt que de rentrer en France il pourrait se laisser pourrir ici jusqu'à ce que son corps se décompose et qu'on le fasse disparaître sous terre. Il se sentait las, vide de tout de qui était bon et seul le désespoir lui tenait compagnie. Il aurait tout aussi bien pu se réfugier dans ses appartements, ruminer son malheur et partir quand il en aurait eu le courage. Mais il n'avait pas envie de bouger, ou plutôt il en était pour l'instant incapable. Il s'était laissé choir parce que l'épée de Damoclès lui était finalement tombée sur la tête et on ne se remet pas d'un tel choc en quelques minutes. Alexandre resta ainsi recroquevillé, bercé par les bruits de pas qui foulaient le couloir. Certains étaient pressés et ne remarquaient même pas cet étrange homme assis au milieu de nulle part. D'autres s'arrêtaient quelques secondes, probablement étonnés puis repartaient après avoir examiné l'étrange chose. Quelqu'un même tenta de l'aider lui sembla-t-il. Mais il n'eut que le silence en guise de réponse et l'abandonna aussi vite qu'il était venu. Puis finalement, il y eut celle qu'il venait de quitter. Il l'avait entendu approcher et l'avait reconnue sans trop savoir comment. Peut être qu'à force de l'observer il avait même fini par connaître par cœur le son de sa démarche. Évidemment qu'elle était revenue, il n'en fut guère étonné. Le dernier mot oui tout juste, elle le voulait car elle était Eloïse et qu'elle était celle qui devait clore les conversations. Elle venait l'achever en somme, et prendrait un peu de son temps pour l'humilier avant. Alexandre voulait qu'elle s'en aille. Pour une fois sa présence lui était désagréable, il était déjà dans un sale état et n'avait pas besoin d'elle pour sombrer un peu plus. Elle s'arrêta devant lui et lui ordonna de se lever. « Allez-vous en. » lui aurait-il dit s'il en avait eu la force. Il ne voulait pas la voir, ni l'entendre. Il grogna et resta dans sa position peu décente. Il avait envie de se boucher les oreilles pour ne pas avoir à écouter ce qu'elle avait à lui dire mais s'il faisait cela elle apercevrait son visage décoloré. Il n'eut donc d'autre choix que de l'écouter en silence. Elle lui avait demandé de choisir entre deux propositions. Avaient-ils échangé les rôles ? Est-ce qu'il avait le droit de pleurer, comme elle ? Un rire nerveux lui échappa lorsqu'elle lui demanda de jouer franc jeu. N'était-elle pas celle qui venait de lui demander d'être son frère ? Celle qui faisait semblant depuis le début et se voilà la face si bien qu'elle y croyait presque ? Alexandre se redressa enfin mais il ne se releva pas, il se laissa tomber en arrière. Sa tête cogna même le mur. Il la fixa froidement comme un fixe un adversaire. Il ne savait pas quoi lui répondre. S'il l'empêchait d'être heureuse pourquoi s'obstinait-elle à le garder près d'elle ?

« Je ne vous ai pas abandonné. Je vous ai... laissé respirer. »

Il poussa un soupir et tourna la tête, son regard s'échappa tout au fond du couloir. Il songea qu'un verre de vin lui dénouerait peut être la gorge. Il avait une subite envie de boire, boire jusqu'à se mettre dans un état second. La plupart des hommes buvait pour festoyer, lui ne buvait beaucoup que lorsqu'il se sentait mal. Vous savez, comme le soir où il était allé s'approprier son droit. C'était tout de même plus facile de parler franchement lorsqu'on n'avait plus conscience de rien. Comment lui dire franchement ce qu'il avait sur le cœur lorsqu'elle était plantée devant lui, l'air si... Il la regarda à nouveau pour trouver son mot. Grave, peut être. Pourquoi voulait-elle qu'il lui crie son amour d'ailleurs ? Pour qu'elle le rejette et le piétine encore ? Il voulait fuir pour ne rien avoir à lui répondre. Mais elle se sentirait encore abandonnée et prendrait cela comme un affront. Ses yeux glissèrent nonchalamment jusqu'aux pieds de la jeune femme, sans s'attarder ailleurs évidemment. Elle le dominait. Il était à jamais sous son emprise. Elle voulait qu'il se relève mais lui imposait toute sa prestance de cette façon. Cela devait être agréable, d'avoir cette sensation de pouvoir mettre un homme à terre rien qu'en le regardant.

« Dois-je vraiment vous dire ce que vous savez déjà ? Je veux dire, vous savez pertinemment que...»

Il s'interdit lui-même de continuer. Elle venait clairement de lui faire comprendre qu'elle ne souhaitait pas un duelliste. Aussi les sarcasmes seraient certainement de trop. Elle n'avait pas tort, il disait l'aimer mais se comportait la plupart du temps comme un opposant. C'était peut être plus facile d'être désagréable qu'adorable, plus facile d'être son ennemi que son soupirant. Ou bien simplement plus aisé de se cacher derrière un masque plutôt que de se mettre à nu. Mais, puisque tels étaient les désirs de madame. Alexandre daigna enfin se relever, il s'épousseta un peu puis plongea ses yeux dans ceux de celle qui lui faisait face et qu'il dépassait de quelques centimètres. Il prit une profonde inspiration puis se lança.

« Soit. Mademoiselle Eloïse du Mauroi, Baronne de Montmouth, mon cœur bat pour vous, depuis maintes années. Et même si vous me rejetez continuellement, même si je dois partir sans jamais vous revoir, il n'en sera jamais autrement. Il a jeté son dévolu sur vous et je crois qu'il est atrocement têtu, non raisonnable. »

C'était embarrassant. Même effroyable. Elle n'avait plus qu'à prononcer les mauvais mots et il se consumerait sur le champ. Il préféra donc ne pas lui en laisser le temps. Mais il fallait songer à sa proposition, il n'allait tout de même pas faire son choix à la va vite pour se dépêtrer de cette situation gênante. C'était un choix décisif, tout compte fait tout se jouait maintenant, sur sa réponse. D'un côté elle voulait qu'il la tienne pour morte. Si elle le pouvait, elle lui interdirait même de penser à elle. Même s'il acceptait il ne savait pas s'il en serait capable. Ne jamais lui demander de ses nouvelles alors qu'il souhaiterait savoir le moindre de ses faits et gestes. Passer à côté d'elle sans lui parler, sans même la regarder alors qu'il brûlerait d'envie d'échanger quelques mots. Il voulait exister à ses yeux, pas n'être qu'un vulgaire souvenir qu'elle rangerait dans un coin de sa mémoire. Elle voulait être heureuse mais lui disait qu'il l'en empêchait. N'était-ce pas là un choix forcé ? Vivre en paix il le souhaitait aussi mais était-ce seulement possible ? Au final il ne restait qu'une option, celle de partir pour la laisser enfin vivre parce que c'est ce qu'elle désirait.

« Je crois qu'il serait plus sage que... Non. Très bien, je vais rester. Nous ferons selon vos termes. »

Parce que, tout compte fait, il n'était pas prêt à vivre loin d'elle. Peut être qu'ils étaient capables de vivre autrement. En tout cas il tâcherait de faire au mieux. Advienne que pourra. Il afficha un léger sourire, quoique quelque peu incertain. Eh bien, voilà qu'ils étaient de nouveau réunis. Au final ils choisissaient le chemin un peu plus lumineux semblait-il. Alexandre espérait sincèrement que cela pour une fois fonctionne. Lui aussi était fatigué de cette guerre. Il jeta un coup d’œil à ses mains à présent gantées. Il était peut être temps qu'elle rejoigne les écuries. Il n'était pas certain de devoir l'accompagner. Mais, d'un autre côté, ses parents revenaient bientôt et il aurait aimé passer le temps qu'ils leur restait avec elle. Il pouvait tout aussi bien se servir son fameux verre et songer un peu plus en détail à quoi ressemblerait dorénavant leur relation. Se remettre de ses émotions, la laisser s'accorder avec les siennes. Cela ressemblait fortement à la fuite mais il avait envie de se laisser un jour pour réfléchir. Il venait tout de même de lui avouer ses sentiments face à face, parce qu'elle le lui avait demandé. Tout autant qu'il aurait voulu passer le reste de la journée avec elle à présent il souhaitait se retirer parce qu'il était, même s'il ne voulait l'avouer, très mal à l'aise.

« Peut être désirez-vous à présent retourner à vos occupations premières. Je ne voudrais pas vous retenir plus longtemps. Je crois que j'ai assez chamboulé votre journée pour aujourd'hui... »
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MessageSujet: Re: L'âme humaine est comme l'abeille qui puise son miel même de l'amertume des fleurs.   Ven 1 Juin - 14:14

Eloïse s’était souvent demandé pour quelle raison fallait-il qu’à chaque fois qu’elle cherchait à améliorer la situation avec Alexandre les choses en viennent finalement à s’aggraver. Peut-être était-ce parce que l’orgueil et l’amour ne font pas bon ménage. Ou alors, peut-être que dire sa propre vérité face à quelqu’un à qui l’on tient est un plongeon dans le réel trop violent pour qu’on puisse le supporter ? Elle avait cru longtemps qu’il fallait dire le faux pour protéger le vrai. Mais aujourd’hui, elle lui avait parlé mieux qu’elle ne l’avait encore jamais fait, parce qu’elle avait mis des mots sur ce qu’elle voulait vraiment. Vous pensez peut-être que s’en suivit un grand soulagement. Détrompez-vous. Eloïse se sentait passablement mal à l’aise. Elle redoutait la réponse du jeune homme. Mais il avait l’air aussi pétrifié qu’elle, ou, plus précisément, il semblait très peu désireux de poursuivre cette conversation. Cependant, elle n’avait pas l’intention de partir. Pas avant qu’il lui ait répondu. Quelque chose lui disait qu’elle devait tenir bond encore une minute ou deux. Parce qu’Alexandre devait forcément avoir quelque chose à répondre. Eloïse le regardait fixement, visiblement impassible, comme si elle cherchait à lire sur ses lèvres la forme des mots qu’il allait prononcer avant qu’ils ne se sonorisent. La première réponse fut d’abord un peu décevante et manquait d’inspiration, mais la jeune femme ne lui en tint pas rigueur, sachant que c’était la réponse attendue venant de quelqu’un qui vient de se heurter de plein fouet à la réalité. Justification, contestation. Elle n’y répondit pas car c’est la suite qui l’intéressait tout en l’effrayant un peu. Elle était en apnée. Enfin, le visage du jeune homme changea d’expression. Il avait l’air résigné et se mis à parler. « Mon cœur bat pour vous ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Eloïse ouvrit la bouche, avec l’envie de l’arrêter, de l’empêcher de poursuivre. Peut-être qu’elle n’était pas prête à entendre ce genre de chose ou peut-être qu’elle se sentait incapable d’y répondre. Elle avait du mal à croire qu’il était entrain de lui faire une déclaration aussi directe au milieu d’un couloir. N’importe qui, passant à côté d’eux, pouvait les entendre. Avait-elle provoqué cela ? L’avait-elle tellement poussé à bout qu’il se voyait forcé de lui dire ces choses ? Malgré l’envie qu’elle en avait, elle ne put l’arrêter, ni prononcer le moindre mot car il ne lui laissa pas la parole. Il lui dit qu’il allait rester auprès d’elle, qu’ils feraient selon ses termes. Il avait l’air embarrassé mais il ne pouvait pas l’être autant que la jeune femme. Elle ne pouvait pas le laisser sans réponse. Ce serait le torturer méchamment, et cela reviendrait à poursuivre leur petite guerre qui avait commencé longtemps auparavant. Or, elle avait bien précisé qu’elle était fatiguée de se battre contre lui. Elle ne devait plus lui mentir ni lui faire de peine. Elle interrogea son cœur, avec qui elle n’avait pas communiqué depuis si longtemps qu’ils ne semblaient pas parler le même langage. Le cœur se lança dans un discours enflammé dont Eloïse ne saisit pas les mots mais compris l’intention. Mais l’esprit vint à la charge, et, l’esprit, Eloïse le comprenait parfaitement. Il parlait d’infamie, de morale et de dignité. Comment peut-on aimer son bourreau ? Le cœur sembla parler de pardon et des amitiés de jadis. L’esprit répliqua que la nature du mal exclut le pardon et efface l’amitié. Le cœur gronda, lui coupa la parole, et lui dit de mettre en balance dix ans de tendresse et dix minutes d’égarement, et qu’il verrait bien si le résultat exclut le pardon ou non. Eloïse, spectatrice de cette polémique intérieure, comprit bientôt que le cœur et l’esprit avaient tous deux raison, et qu’ils n’allaient pas l’aider à trancher, tant leurs opinions étaient opposées. C’était à elle de choisir, et de faire taire l’un ou l’autre. Elle ne pouvait pas faire la sourde oreille quand l’esprit prenait la parole, car cela reviendrait pour elle à s’amputer d’un membre ou à se crever les yeux. Mais elle sentait que si elle n’écoutait pas son cœur, elle en mourrait à petit feu, comme elle le faisait depuis des années. Eloïse regarda son compagnon qui lui adressait un faible sourire. Elle se demanda si elle avait décemment le droit d’épancher son cœur, de lui dire qu’il lui manquait depuis si longtemps, qu’elle avait besoin de lui. Elle avait tout à fait occulté la proposition du jeune homme de vaquer chacun à ses occupations. C’était gentil de sa part de lui offrir une porte de sortie, mais la jeune femme avait décidé de ne pas se défiler, d’être aussi sincère avec lui qu’il l’avait été avec elle. Elle finit par parler, tout doucement, comme pour économiser son souffle, et avec un air de timidité qu’on ne lui avait encore jamais vu.
E L O Ï S E – « J’ai peur, murmura-t-elle. Peur de dire à voix haute les mots insensés qui viennent à mes lèvres et qui me rendraient indigne de toi. Je n’ai pas le droit, tu comprends ? Je me causerais du tort et je ne pourrais plus te regarder en face. Si j’y arrive aujourd’hui, c’est uniquement parce que je sais que la faute ne venait pas de moi. Mais si je te le disais… Je partagerais la faute et elle serait plus ignoble chez moi qu’elle ne l’a été chez toi. Je peux te pardonner mais à moi je ne le pourrais jamais. Et pourtant je sais que si je continue de taire tout ce que j’aimerais te dire, cela me rongera de l’intérieur. Cela me brûle déjà. Je suis comme prisonnière en moi-même et c’est pour cela que je te rend malheureux. Je te demande de me pardonner. Et peut-être de me donner un peu de temps, si ce n’est pas trop demander. »

Le fait de le tutoyer lui était revenu spontanément, comme lorsqu’ils étaient enfants et qu’ils se disaient toujours la vérité. Elle venait de lui dire la vérité de son esprit, qui était mortellement effrayé par les conséquences qu’il y aurait à laisser parler le cœur. Personne ne savait. A part eux deux, personne n’était au courant de « l’accident ». Une femme à la moralité plus douteuse qu’Eloïse n’aurait, de ce fait, pas hésité un instant. Elle aurait choisi son propre bonheur. Mais la demoiselle savait qu’elle ne serait pas pleinement heureuse si elle sentait qu’elle s’était trahie, qu’elle s’était comportée légèrement et sans soucis d’honneur. Elle avait la conviction que si elle lui disait : « Je suis amoureuse de vous », elle deviendrait alors indigne d’un tel amour. Aussi étrange que cela puisse paraître, l’amour qu’elle lui portait aujourd’hui lui semblait pur et sincère. Mais elle avait l’impression que le dire à voix haute le gâterait. Elle aurait voulu qu’il la rassure. Elle avait envie de pleurer et qu’il la prenne dans ses bras. Ce n’est certainement pas ce qu’elle allait faire, pourtant. Elle passa une main sur son front et soupira. Elle avait l’air désemparée.
E L O Ï S E – « Je sais que c’est très insuffisant et peu satisfaisant. J’aimerais vraiment… Je ne sais pas. (elle regarda par la fenêtre) Pourrions-nous sortir ? Voulez-vous bien m’accompagner ? Je crois que je ne peux plus rester enfermée ici… »

Elle avait fait un mouvement vague autour d’eux pour désigner « ici », mais au fond elle pensait plutôt « là », à savoir, enfermée en cet instant gênant d’indécision et de regret. Dehors, il y aurait peut-être un autre monde et une autre atmosphère. Quelque chose de respirable. Elle le regarda le jeune homme et crut apercevoir son ami d’enfance. Elle aurait voulu que tout soit exactement comme avant. Les choses à leur place. Quand ils étaient petits, les mots portaient en eux leur sens complet. Ils pouvaient se tenir dans les bras et se dire des mots gentils et affectueux sans que cela n’alarme qui que ce soit. Elle avait l’impression que grandir revenait à diluer un poison noirâtre dans une eau pure. Eloïse regardait son compagnon avec une forte envie de le toucher pour se le rendre réel et accessible. Mais elle n’était pas certaine d’en avoir le droit. Elle aurait voulu lui rendre son baiser de tout à l’heure, sur la joue, pour qu’il n’ait pas toujours l’impression de faire un pas vers elle pour la voir reculer. Cependant elle avait trop peur pour oser faire une telle chose. Surtout pas avec tous ces rapaces qui rôdaient autour. Les courtisans sont tellement friands de commérages ! Ils verraient quelque scandale dans un geste aussi tendre, et la demoiselle ne voulait pas faire honte à ses pauvres parents qui arriveraient bientôt. Elle ne voulait pas non plus avoir à se justifier de l’affection qu’elle portait au Vicomte. Alors, elle s’approcha de lui doucement et glissa sa main sur son bras, pour la poser au niveau de l’intérieur du coude. Elle le tira gentiment, lui faisant comprendre par ce geste qu’elle voulait vraiment se promener avec lui. Elle espérait que passer un peu de temps ensemble leur ferait oublier leur chagrin et leurs inquiétudes, au moins le temps d’un après-midi.
E L O Ï S E – « S’il vous plait, dit-elle d’une petite voix. Je crois qu’il m’arrive encore parfois d’être d’une compagnie agréable. Me laisserez-vous une chance ? »

C’était bien peu, elle en avait conscience, mais elle faisait beaucoup d’efforts sur elle-même, ne serait-ce que pour s’approcher de lui et lui prendre le bras tranquillement, pour le prier poliment de l’accompagner en promenade. En temps normal, elle aurait fort bien pu lui dire qu’il était orgueilleux de prétendre l’aimer et de désirer qu’elle l’aime en retour, et l’abandonner là au milieu du couloir. Mais, pour une fois, la démarche visant à la réconciliation venait vraiment d’elle, et elle avait l’air décidé à ce que cela fonctionne. Elle levait à présent un regard interrogateur sur Alexandre, ayant finalement réussi à prendre un air un peu plus enjoué. Elle entendit l’esprit et le cœur parler dans leur barbe sans leur prêter réellement attention. Le premier redoutait la suite et le second avait de l’espoir.
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Alexandre Dulis

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MessageSujet: Re: L'âme humaine est comme l'abeille qui puise son miel même de l'amertume des fleurs.   Lun 4 Juin - 1:46

Alexandre pensait sincèrement qu'Eloïse lui dirait qu'il avait raison et prendrait congé. Parce qu'elle avait l'air aussi désemparé que lui. Et de ce fait, peut être préférait-elle ne pas avoir à répondre et reprendre sa route sans lui. Il ne savait même pas s'il devait attendre une réponse ou comprendre tout seul qu'il ferait mieux de s'en aller. Elle semblait s'être livrée à une bataille intérieure qui chamboulait tout son être. Il se dit qu'il avait peut être exagéré en lui disant ce qu'il éprouvait sur le champ alors qu'elle avait simplement voulu dire que dans les jours avenir il aurait à faire des efforts sur ce point. Mais il avait cette impression que tout se déroulait là et qu'il était important de jouer cartes sur table immédiatement. Et c'est ce qu'il avait fait, il n'en était pas vraiment soulagé, même plutôt embarrassé. Aussi voulait-il couper court à la conversation puisque de toute façon, il lui avait annoncé que tout compte fait il resterait. Alexandre redoutait aussi très certainement la réaction de la jeune femme. Il ne savait jamais comment elle allait réagir et à ce moment précis, tous les scénarios étaient envisageables. Dont celui où elle lui dirait qu'il était présomptueux, lui reprocherait son manque de tact et s'éclipserait, ainsi se sépareraient-ils encore sur une dispute. Il avait donc peur, très peur des conséquences de ses dires et surtout de la réponse d'Eloïse qui tardait à venir. Il la regarda un moment, comme si de cette façon il pourrait deviner ce qui se passait dans son esprit mais il renonça bien vite et fit même un pas en avant, prêt à partir. Mais elle se mit à parler, à murmurer pour dire vrai. Il crut même un instant que tout cela venait de son imagination. Mais non, elle arborait un air tout a fait craintif et lui soufflait doucement avoir peur. Il fronça légèrement les sourcils, pas certain de comprendre ce qu'elle lui racontait là. Comment pourrait-elle être indigne de lui ? Elle le disait elle-même, il était seul fautif alors pourquoi donc se mettait-elle en cause ? Il fut surtout sidéré lorsqu'elle lui demanda de lui pardonner. C'était absolument absurde, qu'est-ce qu'il pouvait lui reprocher ? N'était-il pas celui qui devait demander le pardon ? Même s'il souffrait clairement de cette sorte de haine qu'elle avait à son égard il ne pouvait tout simplement pas lui en vouloir car elle avait toutes ses raisons de ressentir cela. Mais pourtant elle avait l'air profondément désolée. Et elle ne jouait pas la comédie, le simple fait qu'elle le tutoie comme lorsqu'enfants, ils se disaient d'importantes vérités, prouvait bien là que ses mots venaient instinctivement à sa bouche.

« Non, il n'y a rien a pardonner. Nous savons tous les deux que je suis seul responsable. Prenez le temps que vous voulez, qu'il vous faudra. J'attendrai, toujours. »

Il passa machinalement une main dans ses cheveux quelque peu gêné par ces révélations qui, même s'il avait toujours souhaité entendre ces mots, l'effrayaient. Ils avançaient, enfin, après tant d'années. Pourtant le doute restait là et tout demeurait incertain. Il lui laisserait tout le temps nécessaire évidemment, mais cela pouvait bien prendre une éternité. Cela pouvait même changer de direction, tout pouvait voler en éclat car tout ce qu'ils construisaient étaient fait de cristal. Regardez simplement toutes les phases par lesquelles ils sont passés depuis leur rencontre. Aussi Alexandre pouvait encore échouer, Eloïse une nouvelle fois reculer et si ce n'étaient pas eux, ses parents ou qui que ce soit d'autre pouvaient bien empêcher le plus infime rapprochement. Il soupira en même temps qu'elle, visiblement ils étaient tous les deux aussi désorientées, cela le fit légèrement sourire, malgré tout. Elle lui avoua ne plus supporter rester ici et désirer prendre un peu d'air, lui demandant au passage de l'accompagner. Il hésita, comme plus tôt il ne savait pas si cela était très sage d'aller plus loin pour aujourd'hui. Et puis, tout compte fait, il se dit qu'une simple promenade par ce temps ensoleillé ne pourrait leur faire de mal. C'est qu'ils s'en étaient déjà fait beaucoup, du mal, et que cette fois ils essayaient doucement de mettre en place une trêve. Il allait lui dire oui, mais elle attrapa son bras et sa gorge se noua. Il avait envie de, comme un enfant, lui dire non pour l'embêter et surtout pour pour voir si elle insisterait et presserait un peu plus son bras pour le convaincre. Mais, il croisa sans vraiment le vouloir le regard d'une personne passagère. Celle-ci sembla perplexe, étonnée, pour ne pas dire exagérément outrée. Effectivement, mieux valait quitter cet endroit. Alexandre hocha la tête pour lui montrer son accord puis posa une main dans le dos d'Eloïse avant de doucement la pousser vers l'avant, un peu pressé de partir.

« Naturellement, cela ne pourrait me faire plus plaisir. Dans ce cas, allons-y. »

Et ils entamèrent le chemin inverse. Cette fois-ci il ne lui courait plus après, il marchait bien à ses côtés. Ni l'un ni l'autre n'était fâché et même si régnait toujours cette étrange tension qui leur était propre, l'atmosphère était nettement plus agréable. Néanmoins il n'osait même plus la regarder. Comme ci chacun de ses gestes, aussi anodins soient-ils pouvait lui causer du tort ou être mal interprétés par qui croiserait leur route. Si quelques minutes auparavant il n'aurait pas hésité à hurler si elle s'était enfermée chez elle sans daigner lui donner de réponse, il se méfiait à présent d'absolument tout et tout le monde. En cas désespérés on ose bien plus de choses pas vraiment convenables, poussé par la détresse. Mais quand vient le temps de la réconciliation, que le lien qui forme la paix est aussi fragile qu'un nouveau né, on a tendance à tout faire pour le préserver et avoir peur du moindre geste même si celui-ci n'est pas brutal. Il se tenait si loin d'elle qu'il était aisément possible de croire que ces deux là n'étaient pas ensemble. Seuls leurs pas successifs avançaient en rythme et le seul indice donc était qu'ils marchaient à la même cadence. Quoiqu'il en soit le trajet parut à Alexandre bien moins long que précédemment, probablement parce que ce n'était plus une poursuite infernale. Et puis, ils quittèrent finalement le palais pour retrouver les jardins printaniers. Là le vicomte s'arrêta et se tourna vers Eloïse pour en savoir plus quant à leur destination.

« Et donc, avant de me rencontrer vous vous rendiez aux écuries ? Souhaitez-vous toujours monter à cheval ou préférez-vous à présent que nous restions simplement ici ? Ou même ailleurs si vous le voulez. »

Le parc était parcouru par bon nombres de nobles et avait cette sensation sécurisante car tant qu'ils étaient entourés, ils feraient attention à leurs faits et gestes. Aussi rien de regrettable ne pouvait normalement arriver. En revanche partir à cheval dans une quelconque prairie pouvait justement les laisser respirer et ne pas avoir à se soucier du regard des autres. Mais cela signifiait qu'ils seraient comme livrés à eux-mêmes et que donc, ils seraient bel et bien seuls. Mais peu importe, tant qu'ils restaient ensemble, Alexandre en serait heureux. Dire qu'au tout début de la journée il était d'une humeur exécrable et avait souhaité ne jamais revoir sa Baronne. Il était à présent en sa compagnie, enchanté des progrès accomplis. Il était passé par différents stades, avait ressenti mille émotions et n'avait certainement pas fini d'en voir de toutes les couleurs. Tant que la journée se terminait sur une note d'espoir, il était prêt à tout endurer. Il se remit soudain à marcher pris d'une énergie soudaine. Il ferma un instant les yeux et huma les senteurs sucrées qui émanaient des fleurs en songeant que, la plus belle d'entre elles se trouvait à ses côtés. Le simple fait d'avoir mis les pieds dehors semblait l'avoir totalement changé. Étrangement, il se sentait à présent pleinement serein. Le soleil encore bien présent et toute cette ambiance vernale y étaient pour beaucoup, ils avaient quelque chose d'enivrant qu'Alexandre n'avait pu ressentir à son réveil désagréable. Mais à présent qu'il était accompagnée d'Eloïse et que querelle n'était plus, il sentait la gaieté monter en lui. Comme lorsque plus jeunes, ils s'allongeaient côte à côte dans les champs et éprouvaient une joie intense rien qu'en observant le ciel clair. Ils étaient comme hors du temps, presque immortels et même lorsqu'il se mettait à pleuvoir, ils s'imaginaient les cieux pleurer des larmes de joie. Puisse-t-elle durer, cette réjouissance. Il avait espoir, il l'avait toujours eu.
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Eloïse du Mauroi


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MessageSujet: Re: L'âme humaine est comme l'abeille qui puise son miel même de l'amertume des fleurs.   Ven 8 Juin - 13:59

Avec effroi, elle voyait grossir la vague des interdits, qui bientôt se dresserait entre eux comme un mur liquide et s’écraserait sur elle sans qu’elle n’y puisse rien. Au moment où ils étaient prêts à aller de l’avant, la demoiselle avait envie de s’enfuir à toutes jambes. Voyons, tout espoir était vain. Au fond elle s’en doutait. Ses parents allaient bientôt arriver (et son père lui avait promis de la battre de ses propres mains si jamais il la voyait adresser la parole au Vicomte… ce même père qui idolâtrait sa fille unique !), et ses cousins étaient déjà là. Oh, comme elle tremblait en pensant à ses cousins, à ce que Théodore avait osé lui dire le soir où il était venu la chercher chez monsieur Lawford. Comme elle avait honte des accusations calomnieuses qu’il avait proférées contre elle ! Il lui avait presque dit qu’elle était aguicheuse et qu’il ne serait pas étonné que les hommes prennent des libertés avec elle. Au début, elle en était tout simplement indignée et mortifiée. Et puis elle y avait réfléchi. Il devait bien y avoir une raison pour qu’elle se retrouve toujours dans les pires situations. Et ce qu’il s’était passé avec Alexandre… elle ne se l’expliquait toujours pas. Elle s’était alors demandé si, sans s’en apercevoir, elle lui avait un jour laissé entendre… ou si, malgré elle, elle lui avait envoyé de mauvais signes qui lui auraient laissé supposer que… Mais de toute manière elle était incapable d’aller jusqu’au bout de ce genre d’idées. Elle avait jeté un voile sur tout ceci et avait pris soin de ne jamais-jamais le soulever. Pourtant, quelque chose lui disait qu’elle ne pouvait pas laisser s’accumuler la poussière à cet endroit sans se poser de question, si son but était d’avancer. Peut-être que comprendre le passé l’aiderait à mieux gérer l’avenir ? Quoiqu’il en soit, elle n’eut pas réellement le temps d’y penser davantage : Alexandre venait de se raidir en apercevant une dame collet-monté qui les observait d’un œil de vieille commère, gardienne des mœurs de la haute société. Eloïse en arriva à rougir d’avoir pris le bras de son ami, et, tout en rougissant, elle s’indigna intérieurement de la gêne que la dame venait de lui faire ressentir vis-à-vis d’un geste parfaitement anodin. « Quel vieux dragon », songea la demoiselle. Ce n’est pas parce qu’elle est laide et aigrie qu’elle doit faire payer aux jeunes gens son manque d’enthousiasme. Cependant Alexandre la poussait gentiment vers la sortie. Eloïse fit la moue et regarda la dame par-dessus son épaule. Si elle n’était pas si bien élevée, elle irait voir cette chipie et lui dirait sa façon de penser. Mais ils furent bientôt dehors, arpentant le sentier harmonieusement sinueux des jardins à l’anglaise de Whitehall. Alexandre marchait à côté d’elle, ou, plus précisément, il marchait parallèlement à elle mais à un mètre de distance. Eloïse s’amusa de la façon tout à fait dégagée avec laquelle il lui demanda ce qu’elle souhaitait faire. Se parler à cette distance avait quelque chose de comique, car cela forçait à élever un peu la voix et à tendre le cou vers son interlocuteur, tout en veillant à ne pas bousculer les courtisans qui passaient entre eux. Pour deux personnes qui faisaient mine de se promener ensemble, ils étaient bien éloignés. Eloïse, sourire aux lèvres, lui lança une réponse à très haute voix, par-dessus la tête de trois ou quatre courtisans qui se trouvaient entre eux :
E L O Ï S E – « Je voulais rendre visite à mon nouvel étalon. Le pauvre ne supporte pas de passer la journée enfermé ; je crains toujours qu’il ne démonte les écuries royales, les jours où je ne peux pas m’en occuper moi-même. L’avez-vous vu, au fait ? N’est-il pas la plus belle créature qu’ils vous ait été donné de voir ? Ne mentez pas : je sais que vous êtes très jaloux de mon destrier, vous qui voulez toujours avoir les plus belles choses en votre possession ! Si vous aviez vu le visage horrifié de Maman, le jour où elle m’a vue sur son dos, alors que je venais d’en faire l’acquisition… »

Eloïse partit d’un petit rire de satisfaction. Il n’y avait que très peu de sujets « peu sérieux » pour lesquels elle se prenait de passion, mais si vous souhaitez la mettre de belle humeur, parlez-lui donc des ses chevaux et vous la verrez absolument transformée. Or, juste avant son départ pour l’Angleterre, elle avait acheté un étalon pour une somme faramineuse (le genre de somme folle qu’une femme du monde n’a le droit de dépenser que pour s’offrir une robe de bal, en temps normal). L’animal était presque sauvage, à vous dire la vérité, et je ne saurais pas vous dire si c’est cette sauvagerie qui a séduite Eloïse ou s’il s’agissait plutôt de l’interdiction formelle de ses parents d’acheter une telle créature. Sa mère lui avait affirmé qu’elle se romprait le cou, et son père lui avait dit qu’il lui romprait le cou lui-même s’il la voyait sur ce cheval. Rien de tel n’était survenu car notre Eloïse, en plus d’être une excellente cavalière, parvenait généralement à ses fins, à force de cajoleries. Avouons aussi qu’elle avait du faire la promesse de toujours demander à un homme de l’accompagner lorsqu’elle irait en promenade avec ce cheval. Malgré cela, elle n’était pas certaine qu’Alexandre aime autant chevaucher qu’elle et elle décida que son cheval pourrait attendre quelques heures supplémentaires avant d’entreprendre la destruction de Whitehall à coups de pieds. D’ailleurs, Eloïse songea raisonnablement que mieux valait ne pas quitter l’enceinte du château. Sait-on jamais : si l’envie de l’embrasser le reprenait, il aurait une bonne raison de se garder de céder à cette folle envie. Car il avait bien failli l’embrasser, elle en était certaine. Et alors qu’aurait-elle fait ? Pire encore : qu’aurait-elle alors ressenti ? La toute dernière fois qu’il avait pris possession de ses lèvres, elle se souvenait que cela avait été cruel. Elle avait eu l’impression qu’il cherchait à la punir de quelque chose. Et elle ne voulait pas se souvenir de tout ceci, car les questions et les lamentations intérieures reviendraient à a charge.
E L O Ï S E – « Quand vous aurez fini de faire peur aux courtisans en leur faisant croire que j’ai la peste, peut-être pourrions-nous nous assoir sur ce petit banc là-bas… », dit-elle à l’adresse de son compagnon qui se tenait toujours soigneusement éloigné.

Eloïse sourit avec un peu de méchanceté en constatant à quel point le mot « peste » faisait sursauter les personnes qui les entouraient. On ne plaisante pas de ces choses là, bien sûr, où avait-elle la tête ? Quant au « petit banc là-bas », il s’agissait du banc préféré d’Eloïse. Elle avait remarqué qu’il était suffisamment éloigné du chemin pour que la voix des courtisans égayés ne la dérange pas dans ses lectures (car il lui prenait souvent l’envie de lire à l’ombre du grand chêne), mais suffisamment près tout de même pour lui laisser le loisir d’observer relativement discrètement ses semblables. Le banc n’était pas caché à proprement parler mais disons qu’il était joliment en retrait et tout entouré de feuillages et de fleurs des champs. Eloïse n’attendit pas la réponse de son ami et quitta le chemin pour rejoindre le banc. Elle s’assit en prenant soin d’étaler élégamment les volants de sa robe, comme sa mère lui avait toujours dit de le faire. « Ne croise pas les jambes, c’est affreusement vulgaire », ajoutait la dame à la fin de ses sermons sur la bonne manière de s’assoir lorsqu’on est une jeune femme bien élevée. La demoiselle croisa ses mains devant elle, dans une attitude de modestie qui avait finalement quelque chose de piquant, à bien regarder sa robe flamboyante et son sourire plein d’ironie. Elle attendit qu’Alexandre la rejoigne, ce qui ne fut guère long, et lui fit un peu de place à côté d’elle. Le fait est qu’elle voulait lui parler pour de bon. Car le badinage a quelque chose de plaisant mais, à force, il devient lassant et perd de son charme.
E L O Ï S E – « Mon vieux magnolia me manque, dit-elle en levant le nez vers le chêne qui faisait de l’ombre au-dessus d’eux. La France me manque, en réalité. Mais, vous savez, quand je suis là-bas, quelque chose m’amène toujours ici, et quand m’y voici, je veux être à nouveau à Calais. C’est peut-être parce que, comme cette ville, je ne suis ni d’ici ni d’ailleurs, qu’en pensez-vous ? (elle demeura silencieuse une minute, visiblement plongée dans ses pensées, avant de reprendre, d’un ton plus gai : ) J’ai rêvé que j’étais une princesse d’Orient, il y a quelques nuits ! Je ne sais absolument pas ce dont a l’air une véritable princesse orientale, à vrai dire. Mais il y avait de l’encens et des fleurs d’oranger partout. Cela m’a fait penser à nos jeux de quand nous étions petits. En avez-vous souvenir ? C’est idiot de penser à tout ceci, c’était il y a tellement… longtemps. (Elle tourna vers lui un regard lointain, un peu nostalgique) Nous étions libres, n’est-ce pas ? Et je ne comprends pas pourquoi… Tout a été gâché. Est-ce qu’il nous en reste quelque chose, à votre avis ? »

Elle avait retenu les autres questions plus graves qui lui étaient venues à l’esprit. Pour ne pas voir les beaux yeux d’Alexandre s’assombrir de nouveau, elle fit son possible pour lui adresser un joli sourire. Mais elle savait qu’elle avait réellement besoin de réponse, et cela devait se lire sur son visage on ne peut plus nettement. Elle détourna la tête et observa un coquelicot à ses pieds, dont les pétale fragiles frémissaient à la moindre brise. Elle voulut le cueillir mais se souvint à temps qu’un coquelicot préfère se laisser flétrir plutôt que de se voir arraché à la terre qui l’a vu naître.
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Alexandre Dulis

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MessageSujet: Re: L'âme humaine est comme l'abeille qui puise son miel même de l'amertume des fleurs.   Lun 11 Juin - 6:27

Pourquoi ? Oui au fond pourquoi s'imposer une telle distance alors qu'ils venaient tout juste de dire qu'ils en avaient fini avec cette guerre sourde. Premièrement le regard de la dame un peu curieuse l'avait effrayé. Il s'était rendu compte que leur fragile et récent pacte pouvait se briser en un instant, même à cause d'un geste au départ absolument anodin. Alors pour que l'on n’interprète pas mal son comportement, il s'était éloigné. Et puis, n'était-ce pas là comme un avant goût ? Bientôt sa famille arriverait, il ne serait plus aussi aisé de se parler, (serait-ce même possible?) c'était ainsi une sorte de défi. Voir s'ils pourraient communiquer tout en faisant profil bas. Rester discrets tout en gardant tout de même contact. Alors même si Alexandre n'était pas devenu muet, il lui parlait en faisant attention à ne pas trop porter sa voix, il élevait doucement le ton pour se faire entendre. Et, surtout, il avait le bon sens d'attendre que personne ne soit trop proche pour lui parler. Mais il faut dire que le plan tomba à l'eau car la situation semblait amuser la Baronne plus qu'autre chose. Ainsi, même entourés de trois passants, elle lui répondait en haussant exagérément la voix pour qu'il l'entende plus que distinctement. (lui et les autres, d'ailleurs) Eloïse lui raconta qu'elle partait voir sa nouvelle acquisition, un bien bel étalon. Il savait qu'elle aimait beaucoup les chevaux et que ce sujet l'enchantait particulièrement. Il secoua affirmativement la tête lorsqu'elle lui demanda s'il l'avait déjà vu. Quand elle l'accusa en plaisantant d'être jaloux il songea qu'il jalousait bien plus la monture que la cavalière. Si vous la voyiez s'occuper de son destrier ! Elle y prenait tant plaisir, y mettait tant de cœur, de douceur, comme s'il était la chose la plus précieuse au monde. Alors oui, il était un peu jaloux, mais de la place que son cheval occupait. Mais, pour sa part, il n'avait appris à monter à cheval seulement parce que cela allait de soi. On apprend à monter comme on apprend à marcher. Il n'était d'ailleurs pas spécialement un bon cavalier, il savait se tenir, guider sa monture mais n'y prenait pas franchement un grand plaisir, contrairement à elle. En revanche il ne disait jamais non pour une promenade en sa compagnie, là, la chose devenait tout de suite bien plus agréable. Il aimait les longues ballades qui emmenaient en des lieux incertains, mais accompagné. Il traînait bien trop souvent avec la lui sa solitude accrochée à lui comme un boulet et tentait de se distraire pour l'oublier. Mais pour le moment il était avec elle, il n'était donc pas utile de ressasser ses longues heures d'isolement. Ils sortirent finalement et il fut soudain égayé par cette douce atmosphère. Puis Eloïse l'invita à le rejoindre sur un banc tout en mentionnant, décidément incorrigible, qu'il arrête de faire comme si la peste rôdait autour d'elle. Il poussa un soupir en passant une main sur son visage mais ne put cependant pas refréner ce léger sourire qui fleurissait sur ses lèvres, mine de rien amusé par ses dires. Il la rejoignit donc et s'assit à côté d'elle alors que sa joie passagère sembla s'envoler. C'était comme s'il présageait que les paroles à venir risquaient d'être moins drôles. Elle lui parla de son tiraillement entre ses deux pays. Il hocha gravement la tête.

« Je connais ce sentiment, oui. Je suis né en France, j'y ai passé toute mon enfance aussi j'aime tout particulièrement ce pays. D'un autre côté d'importantes choses me rattachent ici. Et je m'y sens tout aussi bien.. mon devoir est ici. Mais, quelque soit le pays dans lequel je me trouve, il me manque toujours quelque chose de l'autre. Comme si j'étais voué à n'être jamais complet, en somme.»

Alexandre haussa doucement les épaules, comme résigné. Finalement il était peut être effectivement prédestiné à n'être que des morceaux de lui-même. Pourtant il se sentait entier, quand il était à ses côtés. Il releva son triste minois pour observer celui de celle qui disait avoir rêvé être une princesse. Ce titre lui siérait à merveille, c'était certain, et il l’appellerait volontiers Princesse Du Mauroi, en revanche il doutait qu'elle se plaise dans ce rôle. Cela impliquait encore plus de responsabilités, des mouvements encore plus contrôlés et une présence indispensable à de nombreux événements. Quoiqu'on en dise, les plus grands de ce monde n'étaient certainement pas les plus libres, bien au contraire. Et il n'imaginait pas du tout Eloïse enfermée dans sa cage dorée, elle serait affreusement malheureuse. Si tant est qu'elle puisse l'être encore plus.

« Je ne sais pas non plus à quoi ressemble les princesses orientales. Pensez-vous qu'elles diffèrent des nôtres ? Peut être que la vie là-bas est complètement autre chose qu'ici. Mais à moins d'y voyager nous ne pouvons qu'imaginer. »

Vint suite à cela une réflexions à leurs jeux d'enfance. Il est vrai qu'ils aimaient à se mettre dans la peau d'un personnage, très souvent doté d'un bien noble titre. Ils s'inventaient de folles histoires pour vivre un instant autre chose, pour croire à une existence un peu plus colorée. Peut être même qu'ils s'étaient mentis à eux-mêmes, tout ce temps, s'étaient bercés d'illusions avant que la réalité ne viennent les enlever à ce monde enchanteur. N'était-ce d'ailleurs pas là ce qu'ils faisaient à l'instant même ? Cela avait quelque chose d'assez irréel d'être assis là avec elle. Trop beau pour être vrai, ça l'était très certainement car cela ne durerait sûrement pas. Ils jouaient leur propre personnage mais la situation ne collait pas, elle n'était tout simplement pas possible. Alexandre s'était muré dans son silence en fixant le sol comme si celui-ci était devenu passionnant. Un certaine mélancolie l'envahissait, comme à chaque fois qu'ils reparlaient de l'avant, cette période ou rien n'avait d'importance que leur amitié. C'était étrange car tous les souvenirs rendaient maussades. Ceux qui étaient tristes paraissaient toujours aussi tristes. Puis s'en vient le fameux c'était mieux avant. Ceux qui étaient joyeux étaient regrettés, éternellement. Il appréhendait la suite, comme toujours. Puis, d'une voix presque murmurée il eut finalement le courage de lui répondre quelque chose.

« Évidemment, ce sont de si bon souvenirs. Et il n'est d'ailleurs pas idiot de repenser aux moments agréables, chacun d'entre nous le fait. Je pense que oui, qu'il nous en reste quelque chose, puisque nous sommes toujours là, ensemble. Nous avons seulement perdu une partie de cette innocence qui rendait les choses simples. » Il laissa un moment de silence planer comme une ombre menaçante au dessus de leurs têtes. « Nous étions libres parce que nous rêvions. L'imaginaire a cela d'incroyable d'être fait même d'impossible. Rêvez-vous encore, même éveillée ? Moi je n'y arrive plus. » Il leva des yeux embarrassés sur elle, fautif. « Je sais ce qui a tout gâché, je sais que j'en suis responsable, mais ne je comprends pas non plus pourquoi. J'en ai les éléments pourtant. Mes sombres sentiments, les pires, étaient tous réunis, ma jalousie s'est révélée excessive et l'ivresse m'a perdu. Mais je ne comprends pas comment je suis parvenu à... Je suis désolé et je ne le serai jamais assez mais sachez que la culpabilité me ronge chaque jour. Et que j'aurais aimé aussi que les choses soient différentes. »

Alexandre baissa de nouveau la tête. Il l'avait regardé de ses yeux brillants, laissant la sincérité de son cœur s'exprimer mais une fois son discours terminé il était trop dur pour lui de la fixer encore. Même s'il était le grand méchant de ce conte, ce n'était pas plus facile pour lui le savez-vous ? Elle vivait avec la douleur qu'il lui avait infligé, lui vivait avec la monstruosité dont il avait fait preuve. Il souhaitait la voir, toujours, mais dès qu'il l'avait en face de lui ses actes impardonnables mettaient son esprit en lambeaux. Et même seul, que pouvait-il bien faire d'autre mis à part songer à celle qui occupait jour et nuit ses pensées ? Et là aussi, il ressassait malgré lui ce passé si joyeux qu'il avait transformé en présent cauchemardesque. Des soirs la folie même le guettait et il cherchait des solutions invraisemblables, comme celle d'un moyen qui lui permettrait de remonter le temps. Il aimerait tant pouvoir reconstruire les vestiges de leur relation, mais le vide se creusait de jour en jour un peu plus entre eux. Oui il avait commis l'atrocité mais sachez qu'il le payait au prix fort tous les jours et que lui aussi en souffrant énormément. Quoiqu'il en soit il n'essayait pas de justifier ses actes, de rendre les faits moins graves, il voulait juste qu'elle comprenne qu'il regrettait et jamais n'avait été heureux de faire une chose pareille. Un soupir échappa au Vicomte qui laissa son regard s'aventurer à l'opposé de la jeune femme, trop effrayé de voir les expressions qui se découleraient de son visage. Il la savait meurtrie, au fil du temps il s'était résigné à la savoir comme cela sans pouvoir rien n'y changer mais le voir de ses propres yeux était une toute autre chose, bien plus difficile. Alors à quoi menait tout cela ? Que restait-il de lui, d'elle, d'eux ? Des bribes, rien que des bribes.

« Vous savez... »

Il avait toujours été prêt à tout pour elle, il ne savait simplement pas quoi faire. Il pensait hélas qu'elle ne le savait pas non plus. Alors étaient-ils condamnés à rester bloqués pour l'éternité ? Fallait-il prendre une décision radicale ou continuer ainsi en espérant qu'un jour les choses s'améliorent ? Qu'importe ce qu'elle choisissait, il se plierait à sa volonté. Voilà ce qu'il aurait voulu lui dire mais il n'en fut pas capable. Il murmura alors d'une façon quasiment inaudible tandis que ses yeux où le trouble faisait rage osaient enfin recroiser les siens.

« Je veux simplement que vous soyez heureuse... »
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