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 Ce que le théâtre doit au quiproquo

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Eloïse du Mauroi


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MessageSujet: Ce que le théâtre doit au quiproquo   Mer 25 Juil - 20:58

Elle avait trouvé un endroit au hasard du chemin, comme si une main invisible avait tracé ce sentier au milieu des arbres rien que pour elle. Quelque chose lui disait qu’au bout l’attendait ce qui ne pouvait attendre qu’elle. Une légère hésitation l’aurait peut-être arrêtée un instant, mais son destrier, lui, était intrépide et bien décidé à goûter quelques uns de ces trèfles vert tendre qu’il devait apercevoir plus loin. Ils avancent donc vers ce qui apparaît à Eloïse comme étant la fin de quelque chose. Le vent ramenait ses cheveux ébouriffés devant ses yeux, et encourageait le cheval à presser le pas. Le quadrupède trouva bientôt de quoi se sustenter et la cavalière mit pied à terre. Elle crut sentir chacune des vertèbres de son dos frémir, lorsqu’elle se retrouva sur ses deux jambes. Depuis combien de temps chevauchait-elle ? Elle avait l’impression qu’elle venait de se réveiller là, en pleine nature, et ne se souvenait ni du chemin qu’elle avait emprunté ni de l’heure qu’il était lorsqu’elle avait quitté Whitehall. Des mots trottaient dans sa tête et sonnaient comme un pur anachronisme : « Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu ». Où avait-elle entendu cela ? Elle repoussa négligemment ses cheveux en arrière. Ayant semé aux quatre vents les épingles qui les retenaient durant la chevauchée, ils tombaient dans son dos en de longues boucles détendues. Elle constata rapidement que le chemin avait une fin, et qu’il ne débouchait sur rien. Elle fut obligée de marcher dans l’herbe sur quelques mètres, pour finalement arriver à l’endroit où un pas de plus reviendrait à une plongée dans le vide. C’était une sorte de falaise qui n’avait rien de vertigineux mais qui impressionna tout de même la courtisane. Si elle tombait, elle ne mourrait probablement pas, mais se casserait certainement un bras ou une jambe. Mais si elle sautait, il pourrait bien en être autrement… Elle avait des fourmis dans les doigts et elle fut prise de tressaillements incontrôlables. « Je suis folle, je suis tout à fait folle », se dit-elle en ouvrant des yeux pleins d’effroi à la vue de ses propres pensées. Elle regardait à l’intérieur d’elle-même et se trouvait monstrueuse. Elle tituba vers l’arrière et s’obligea à faire demi-tour. Regarder en contrebas la fascinait. Mais il y avait toujours quelque chose pour la retenir et l’empêcher d’agir par dépit ou lassitude. Peut-être l’orgueil. A quoi bon avoir vécu si c’est pour mourir si jeune et sans avoir rien accompli de beau ou de grand ? Elle voulait faire quelque chose qui la rendrait fière. Elle ignorait simplement quelle serait cette chose, pour le moment.

De retour à Whitehall, il lui fallut se rendre à l’évidence : cette curieuse expérience au bord de la falaise n’était point un rêve. Mais elle ne comprenait toujours pas ce qui l’avait poussée à s’enfuir le temps d’un après-midi. Elle traversa le couloir à grand pas, saisie d’une frénésie étrange. Elle se sentait tellement troublée qu’il lui fallut quelques secondes pour se souvenir du chemin à emprunter pour regagner ses appartements. Elle avait l’intention de s’écrouler sur l’un des mignonnes petites chaises qui faisaient face à l’âtre et de n’en point bouger jusqu’au soir. Elle se sentait tout à fait épuisée. Enfin elle franchit le seuil de son salon, le souffle court. Elle n’eut pas le temps de respirer qu’une voix s’adressant à elle la fit tressaillir. Elle se souvint du même coup de la raison pour laquelle elle avait eu besoin de s’échapper.
A D E L E – « Mon enfant, que vous est-il arrivé ? Je me suis tellement inquiétée ! Vous avez manqué le déjeuner… Avez-vous seulement mangé ? Mais… Enfin vous ressemblez à une sauvageonne, Eloïse ! Je ne comprends pas votre comportement… J’ai fait de mon mieux pour vous donner l’éducation et la dignité d’une grande dame, et… »

Eloïse arrêta rapidement d’écouter la tirade de sa mère. Les parents de notre courtisane avaient leurs propres appartements à la Cour du Roi, mais la dame semblait préférer de loin hanter ceux de sa fille. Elle déjeunait et dînait tous les jours avec elle, insistait pour aller se promener l’après-midi dans les jardins pendant près de deux heures, puis passait une heure à lui faire la lecture avant de lui ordonner d’aller faire la sieste. Cela étouffait un peu Eloïse, qui avait pris l’habitude de manger à ses heures et d’aller où bon lui semblait. Adèle du Mauroi était une femme dotée d’une grande noblesse d’âme et d’une générosité à toute épreuve, mais les rares fois où il lui arrivait de se départir de son air serein et de ses calmes façons de s’exprimer, c’était en général à cause d’Eloïse. En particulier lorsque celle-ci s’était enfuie pour ne revenir que trois heures plus tard, les joues rosies par le soleil et les cheveux emmêlés. La dame envoya sa fille de laver et se débarbouiller le visage et fut absolument inflexible sur la question (Eloïse ayant bien essayé de protester car elle mourrait de faim). Lorsque la jeune courtisane se fut exécutée, sa mère la fit assoir et lui démêla les cheveux elle-même, avec patience et douceur. Elle défit les nœuds un par un, tranquillement, en discutant de sa voix redevenue paisible. Après avoir pris une collation et lu pendant une heure en silence, Adèle du Mauroi prit congé de sa fille et lui conseilla de se coucher tôt, ce soir.

La porte fut à peine refermée sur la dame que la demoiselle sauta sur ses pieds et se départit immédiatement de son air recueilli. Elle tourna en rond dans sa chambre, avec la mine renfrognée d’une enfant qu’on aurait privée de dessert. Tapant finalement du pied, elle finit par s’exclamer : « Que diable ! », et ce juron peu élégant lui fit honte, si bien qu’elle porta une main à ses lèvres et rougit légèrement, quoiqu’elle fut seule dans la chambre. Elle fit appeler sa domestique et demanda à ce qu’on l’aide à se rhabiller (car sa mère, avant de partir, lui avait ordonné de se dévêtir et de se mettre au lit pour se reposer). L’après-midi ne touchait pas encore à sa fin que la dame avait voulu border sa fille et lui souhaiter de passer une bonne nuit ! C’est la raison pour laquelle Eloïse avait laissé échapper ce juron, effarouchée à l’idée de se coucher à la même heure que les enfants de huit ans. Une fois habillée, elle quitta ses appartements et se dirigea vers la bibliothèque, qui, à ces heure et saison, était pour ainsi dire déserte. Eloïse fila entre les longues allées de manuscrits et se dirigea vers le fond de la salle. Elle repensait aux paroles de sa mère, voyant du coin de l’œil son propre reflet passer rapidement sur les fenêtres. Ses longs cheveux blonds avaient retrouvé toute leur brillance et leur légèreté, grâce aux soins d’Adèle, et son visage, à présent nettoyé, avait retrouvé sa netteté candide et ses couleurs douces. Et, pour autant, n’était-elle point une sauvageonne ? Ce n’est pas parce qu’elle était physiquement acceptable qu’elle l’était moralement. Elle en vint à se demander (si tout n’est qu’affaire d’apparences) quelques genres de monstres peuvent bien se cacher sous des dehors de convenance. Sur ces réflexions, elle arriva à l’endroit où les ouvrages qu’elle souhaitait consulter étaient entreposés. Elle passa doucement ses doigts sur les reliures de cuir et se mit à se parler à elle-même, à mi-voix, pendant qu’elle cherchait :
E L O Ï S E – « Et s’il me plaisait, d’être une sauvageonne ? Y a-t-elle pensé à cela ?… Mais non, elle veut une fille selon son propre goût, cela va de soi… Quelqu’un qui ne lui fasse point honte en société… J’aimerais tellement… Argh, mais où est ce livre ?... Et mon père n’est pas meilleur sur ce point. Ils veulent tous les deux me façonner, me rendre malléable… Je ne suis pas… Qu’est-ce que c’était, déjà ? Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu. J’ai dû le lire quelque part, c’est certain. Ou alors, l’aurais-je entendu dire par quelqu’un ? Qui ? Qui était-ce ?... »

Comme elle arrivait au bout de la rangée en conversant avec elle-même de la sorte, elle se retrouva nez à nez avec… un bel et sombre… Mais c’était Alexandre. Il sembla aussi surpris de la trouver ici qu’elle l’était. Il tenait à la main de nombreux feuillets qui retinrent l’intérêt d’Eloïse. Avant qu’il ne les mette hors de sa vue, la jeune fille avait eu le temps de lire un prénom, au coin d’une page. « Aurélie », ou peut-être « Amélie », quelque chose dans ce goût là. Eloïse leva un regard curieux, voire légèrement inquisiteur, sur le Vicomte. Et puis elle se souvint qu’elle n’avait aucun droit sur lui, et rougit légèrement en baissant les yeux. Après tout, il avait raison… Peut-être… Tourner la page…
E L O Ï S E – « Monsieur le Vicomte. », dit-elle en exécutant une profonde révérence.

Ils ne s’étaient pas parlé depuis l’arrivée des parents d’Eloïse à Londres. C’est à peine s’ils s’étaient croisés. Mais jusqu’à maintenant la jeune femme n’avait pas considéré cela comme un véritable éloignement. Juste comme une prise de distance obligatoire et nécessaire. Mais peut-être qu’Alexandre ne cherchait plus sa compagnie parce qu’il avait… cette Amélie-Aurélie. Qui donc était cette petite chipie ? Eloïse ne connaissait personne à la Cour répondant à un tel prénom. Mais alors, peut-être n’était-ce pas une femme de la Cour ! Peut-être pas même une dame ! Elle fut légèrement choquée et un peu bouleversée, à cette pensée, mais elle se garda bien de montrer quoique ce soit du courroux qu’elle commençait à ressentir. Que dites-vous, lecteur ? « Jalouse » ! Chut, ne le dites pas trop fort, elle pourrait l’entendre !
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Alexandre Dulis

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MessageSujet: Re: Ce que le théâtre doit au quiproquo   Jeu 26 Juil - 18:48

Des grands cris résonnaient dans les appartement du vicomte des Estrilles. Oui c'était bien Alexandre qui hurlait à tort à et à travers contre sa pauvre domestique, Marie. Mais ne vous inquiétez pas, il ressemblait bien plus à un gamin qui faisait une crise de nerf qu'à un homme dangereusement en colère. Le sujet de cette dispute ? Tout simplement la pièce qui serait prochainement jouée en l'honneur de la reine de Navarre. Il ne restait plus beaucoup de temps avant le grand jour, une semaine tout au plus et le français n'avait pas appris une seule ligne de son texte. Car oui, il avait malheureusement été choisi par le roi en personne pour interpréter un rôle... ce qui était de loin de l'enchanter, précisons-le. Sa servante donc, qui était pour lui plus une mère qu'une employée à dire vrai, lui avait gentiment rappelé qu'il serait temps qu'il se mette à travailler sur ses répliques car il ne fallait pas décevoir sa majesté, cela aurait été très mal vu. Mais comme un enfant qui dit non à tout, il refusait, malgré la voix insistante de Marie qui le mettait en garde pratiquement chaque jour et lui proposait même de l'aider. Une fois encore donc, les deux se disputaient sur ce sujet, sa domestique lui soumit alors l'idée d'aller voir madame de Malmö pour qu'elle répète avec lui si cela pouvait l'aider mais il lui répondit aussitôt qu'un mort serait plus expressif que la comtesse. Elle écarquilla grandement les yeux puis d'une voix sévère lui rappela qu'il y avait des pensées que l'on gardait pour soi. Alexandre haussa les épaules comme s'il s'en fichait et lui annonça qu'elle l'exaspérait avant de quitter les lieux en claquant la porte. Notez tout de même que Marie, impossible à faire céder, lui avait glissé ses textes dans la main avant qu'il ne s'enfuit. La français parcourait à présent les couloirs du palais en serrant les lignes qu'il devait apprendre si fort qu'il les avait froissées. Il faisait ce que tout le monde a tendance à faire quand une tâche le rebute : repousser au lendemain. Sauf que, il fallait se rendre à l'évidence, il n'avait guère plus le temps de dire qu'il le ferait un autre jour. Car quoi qu'il en soit, il monterait bel et bien sur scène et le roi la partagerait avec lui, aussi mieux valait ne pas avoir un trou de mémoire. Au fond, il ne savait même pas pourquoi ce qui était pourtant une opportunité tout autant qu'un honneur l'agaçait. L'angoisse d'être mauvais peut être, la gêne de se tenir devant un large public ou bien tout simplement le fait de devoir apprendre par cœur un texte qu'au final les spectateurs n'écouteront pas.

Alexandre poussa un soupir désespéré mais se résigna finalement à suivre les conseils de Marie. Mais non, il n'allait pas rendre visite à la comtesse, hors de question. Il comptait seulement commencer à lire son texte, car oui, en plus de ne pas l'avoir appris, il avait lu la pièce en diagonale. Tout ce qu'il savait était le nom de la pièce, qu'il jouait un certain Clemente amoureux d'une Amalia et que le roi jouait dedans. Après réflexion il décida donc de se rendre au seul endroit désert du palais, la bibliothèque. C'était l'été, tout le monde était dehors à profiter du beau temps et de plus, sans vouloir généraliser, peu de monde lisait réellement à la cour. Et même si, le français avait tout prévu, il était allé se fourrer dans un recoin qu'on pouvait presque dire abandonné, au fond de la salle, tout au bout d'une rangée où aucun livre ne manquait et qui ne devait donc être guère fréquentée. Si avec cela on le retrouvait, il fallait vraiment le vouloir !L'apprenti comédien s'adossa donc à un mur et entama la lecture de la première feuille en sa possession. C'était l'un des personnages principaux, à savoir Anne Boleyn et le roi qui serait sur scène en premier, il aurait donc un moment de répit avant d'y être à son tour. Après de longues minutes voire heures même, il termina enfin et leva la tête en l'air comme s'il remerciait le seigneur de mettre fin à ce calvaire. Non pas qu'il n'aime pas lire même si le théâtre n'était pas son genre préféré, mais là c'était tout de même différent, ce qu'il lisait, il devrait le faire, ce qui rendait la chose insupportable. Cependant, puisqu'il était en si bon chemin, il s'obligea à continuer. Peut être qu'il pourrait tout apprendre d'une traite et en finir avec cette pièce, quitte à ne pas manger !Il hocha solennellement la tête pour sceller ce pacte avec lui-même puis replongea le nez dans ses répliques qu'il échangerait avec sa partenaire, vous savez, la comtesse un peu rigide. Il se forçait tellement qu'il avait l'air d'être absolument concentré par ce qu'il lisait, presque même passionné. Il ne vit donc pas arriver la Amalia des temps modernes j'ai nommé Éloïse du Mauroi. Il fallut un moment à Alexandre pour réaliser mais dès lors qu'il revint à lui, il s'empressa de cacher ses textes derrière lui. Il lui offrit alors tant bien que mal un sourire confus. Il paraissait très gêné, il était à deux doigts de rougir le pauvre. Parce que oui, sans trop savoir pourquoi, il avait honte de ce qu'il faisait et surtout de ce qu'il allait devoir faire. Mais il tenta de reprendre de sa contenance. Il toussa élégamment puis la salua à son tour à l'aide d'une révérence nettement moins jolie.

« Mademoiselle la Baronne, quelle surprise... »

Il voyait bien qu'elle mourrait d'envie de savoir ce qu'il cachait dans ses mains. C'était un côté de sa personnalité que généralement il appréciait beaucoup chez elle, sa curiosité. Mais à vrai dire là il commençait à en avoir peur. D'ailleurs avec cet empressement pour qu'elle ne découvre rien de ses activités secrètes il ne réalisait qu'à présent que cela faisait tout de même un bon moment qu'il n'avait pas revu Éloïse. Depuis... eh bien depuis l'arrivée de ses parents pardi. Ils auraient très mal vu le fait que les deux jeunes gens se côtoient encore puisque son père ne le portait pas dans son cœur.. Ils s'étaient donc éloignés le temps que dure cette visite, cela s'était fait assez naturellement par ailleurs, ils ne s'étaient pas vraiment dit concrètement qu'il valait mieux s'éviter durant un temps. Quoi qu'il en soit elle était malgré tout bien face à elle, dans un sombre recoin. Si quelqu'un les trouvait là il aurait pu aisément croire que les deux complotaient dans l'ombre... ou bien qu'il étaient amants, à voir. Alexandre arqua un sourcil à cette pensée, était-ce vraiment le moment pour songer à de telles choses ? Il se redressa bien correctement puis reprit la conversation d'une voix distinguée, un peu trop d'ailleurs.

« Comment allez-vous ? Cela fait un moment que nous ne nous sommes point parlés. Les moments partagés avec vos parents sont agréables ? Cela doit vous enchanter de les avoir à la cour ! D'ailleurs ne devriez-vous pas être avec eux en ce moment même ? »

Malgré ce qu'ils s'étaient dit la dernière fois, c'en était visiblement reparti pour les discussions futiles et les demandes hypocrites. Mais quoi de mieux que les sujets inintéressants pour ne pas parler de ceux qui embarrassaient. Quoique sa dernière question l'incitait comme à partir au plus vite. Il avait complètement perdu la notion du temps à force de rester dans la bibliothèque mais il avait supposé qu'il l'heure de dîner puisque son ventre criait famine. Puisque ce qu'il souhaitait était surtout qu'elle ne se mette pas à fouiner pour savoir ce qui résidait entre ses mains. Car malheureusement elle était très douée pour avoir ce qu'elle voulait. Aussi s'il la faisait quitter les lieux au plus vite, elle ne découvrirait rien. Il n'osait imaginer ce qu'il se passerait si elle apprenait qu'il avait été convié à jouer dans la pièce que le roi avait organisée lui-même. Elle sauterait probablement de joie et s'empresserait de lui demander de lui montrer de quoi il s'agissait... ce qu'il ne voulait pas voir arriver. Alexandre fronça soudain les sourcils en observant Éloïse d'un regard suspicieux. Comment est-ce qu'elle l'avait trouvé au juste ? Il avait pourtant pris ses précautions en s'isolant à l'endroit le plus improbable du palais ! Il la questionna donc à ce sujet, d'un air très mal assuré cependant.

« Et, si je puis me permettre, que faites-vous ici ? Il fait si beau dehors, c'est dommage de gâcher votre journée ainsi. »

Un incroyable sourire parfaitement raté conclut sa phrase. Pour ne pas lui donner envie d'en savoir plus il faut avouer qu'il s'y prenait très mal. Mais qu'y pouvait-il, c'était comme s'il ne pouvait rien lui cacher parce qu'elle lisait en lui avec ses petits yeux intrigués. Cela le mettait mal à l'aise et elle était bien la seule à réussir à le déstabiliser ainsi. D'ailleurs, qu'est-ce qu'elle faisait là déjà ?
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Eloïse du Mauroi


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MessageSujet: Re: Ce que le théâtre doit au quiproquo   Dim 29 Juil - 11:25

Evidemment qu’elle savait que le Roi organisait un évènement très spécial, et qu’il s’agissait d’une représentation théâtrale ! Bien sûr qu’elle assisterait au spectacle. Eloïse aimait beaucoup le théâtre. Néanmoins, elle ignorait complètement qu’Alexandre ferait partie du spectacle. Le nom des acteurs était un secret fort bien gardé, et la demoiselle était très loin de se douter que son ami de toujours foulerait bientôt les planches. D’ailleurs, si elle en avait eu vent avant ce jour, sans doute aurait-elle été moins chagrinée à présent qu’elle lisait le nom d’une femme en italique sur une page qu’Alexandre s’empressa de cacher. Si elle avait su que ce nom était celui d’un personnage d’une pièce, elle aurait probablement été soulagée. Quant à être au courant du fait que l’actrice qui interpréterait ce rôle serait Erika de Malmö, c’était autre chose. Car la Comtesse aux airs glacé était aux yeux d’Eloïse d’une très grande beauté. Ce genre de beauté impénétrable et légèrement effrayante dont se parent les femmes d’esprit pour se donner des airs de mystère. Sauf qu’Erika de Malmö ne s’en donnait pas l’air. Elle avait réellement quelque chose d’effrayant et de superbe. A côté d’elle, Eloïse avait conscience qu’elle ressemblait à un pauvre petit oiseau plumé et chétif. Cependant, elle aurait pu se rassurer un peu car elle avait cru comprendre qu’Alexandre n’aimait pas particulièrement les femmes aussi froides et cassantes que la Comtesse. Et donc voilà : si seulement elle avait su qu’il s’agissait d’une pièce, d’un personnage fictif, et d’Erika de Malmö, elle ne serait pas entrain de se lamenter intérieurement et de jalouser une « Amé-quelque-chose » imaginaire. Seulement c’était exactement ce qu’elle était entrain de faire. Alexandre, les yeux grands comme des soucoupes, visiblement surpris d’avoir été percé à jour, débita un flot de paroles sur la pluie et le beau temps, de façon parfaitement mécanique. Ce n’était pas pour rassurer la jeune femme, qui, de son côté, ne l’écoutait guère. Elle ne pensait qu’à cette fille. De quoi pouvait-elle bien avoir l’air ? A bien y réfléchir, Eloïse n’avait jamais parlé de ce genre de chose avec Alexandre… Je veux dire de son « genre de femmes ». C’était trop… Eh bien ! Elle n’en avait jamais parlé un point c’est tout. A présent elle le regrettait un peu. Mais, le connaissant, il devait aimer les très belles femmes, car Alexandre s’entourait toujours des plus belles choses, des plus grands livres, des objets les plus précieux. Il avait un grand sens de l’esthétique. Oui oui, lecteur, je sais bien que si vous aviez été dans la tête d’Eloïse, vous auriez voulu lui souffler qu’on ne choisit pas l’amour comme on acquiert un tapis, mais voilà, vous n’y êtes pas, et la pauvre Baronne n’en menait pas large de son côté.
E L O Ï S E – « Tout à fait, mes parents sont très heureux d’être ici, merci. Et oui, en cette saison le climat est absolument délicieux, mais je cherchais simplement… (elle s’arrêta au milieu de sa phrase, soupira, se départit de son air mondain, et reprit avec moins d’entrain et plus de sincérité : ) En réalité je me cache de ma mère. Elle m’infantilise complètement. Cela me rend folle. »

Machinalement, elle se mit à jouer avec une mèche de ses cheveux, devenus impeccables grâce aux soins patients d’Adèle du Mauroi. Mais lui, alors ? Que faisait-il là avec son air coupable et ses feuillets couverts d’une encre de mauvaise qualité ? Elle aurait pu lui poser la question de manière fort impertinente, mais l’expérience lui avait montré que les hommes ont tendance à ne pas desserrer les dents si on les attaque verbalement sans ménagement. Et elle avait vraiment besoin qu’il lui réponde. Et c’est donc là qu’elle se souvint d’un des enseignements de sa mère (oui, quelques uns sont tout de même utiles) : les mouches ne se laissent pas capturer à force de vinaigre. Elle n’était pas certaine que cette image soit appropriée car, d’après elle, les mouches n’étaient pas plus attirées par le miel que par le vinaigre, mais passons… La courtisane finit par sourire à son camarade. C’était un joli sourire, mais pour celui qui la connait si bien, il ne devait rien laisser présager de bon.
E L O Ï S E – « Dites-moi, monsieur, commença-t-elle en se croisant les mains dans le dos et en commençant à marcher autour de lui, lentement, que sont ces feuillets que vous mettez tant de zèle à dissimuler ? Allons ! Je me souviens d’un temps où vous me faisiez lire chacune de vos correspondances… Et moi les miennes. Serais-je devenue indigne d’un tel honneur ? Ou peut-être sommes nous trop grands et trop mûrs pour cela ? Vous pouvez me le dire, si vous penser que je manque de bonne éducation en vous posant ce genre de questions… Si, vous aussi, vous pensez que je suis une sauvageonne, ajouta-t-elle en levant les yeux au ciel. »
Elle pensait s’en être plutôt bien sortie. Elle n’avait pas eu l’air trop empressée. Elle avait semblée juste un peu trop curieuse et légèrement taquine, comme si elle s’amusait gentiment d’embarrasser son ami. Ainsi n’avait-elle pas laissé transparaitre son inquiétude vis-à-vis du correspondant en question. Cependant, comme elle craignait qu’il s’en sorte par une plaisanterie évasive, elle se planta de nouveau devant lui, sourire aux lèvres et sourcil arqué :
E L O Ï S E – « A moins, bien sûr, qu’il ne s’agisse d’un message trop ardent et trop personnel pour être lu par qui que ce soit d’autre que vous. »

Une petite lueur de tristesse s’alluma un court instant dans le regard d’Eloïse mais elle la chassa bien vite. Elle espérait qu’il démentirait. Et peut-être que, dans l’hypothèse où elle aurait vu juste, elle aimerait mieux qu’il démente tout de même. Il y a des vérités qui nous obsèdent mais qu’il vaut mieux feindre d’ignorer, et que l’on ne veut, au fond, pas s’entendre dire. Néanmoins la jeune femme n’en était pas à vouloir ignorer. Elle voulait d’abord voir la tête que ferait Alexandre. Il n’aurait alors nul besoin de dire quoique ce soit. Elle comprendrait. Elle saurait. Alors elle prit son mal en patience et observa le Vicomte. Pour sa rassurer, elle essaya de se demander ce que ces papiers pourraient être d’autre. Une lettre de son père, le Comte des Estrilles ? Pourquoi lui écrirait-il une si longue lettre ? C’est absurde. Les hommes prennent plaisir à écrire de longues lettres uniquement lorsqu’il s’agit d’une lettre à une amante. Et les hommes de l’âge du père d’Alexandre n’ont sans doute plus personne à séduire. Leurs épouses sont allées de désillusion en désillusion et leurs maîtresses sont de vulgaires courtisanes (car aucune jeune fille à marier ayant un tant soit peu de bon sens n’irait batifoler auprès d’un homme déjà marié) n’ayant nul besoin d’être charmées par la plume. Alors, de qui venait cette lettre ? Eloïse se mettait martèle en tête, mais le prénom qu’elle avait aperçu sur l’une des pages ne lui disait absolument rien.

Pour se donner une contenance en attendant qu’Alexandre trouve les mots pour s’extirper de cette vilaine situation (car elle-même ne l’y aiderait guère), elle prit un livre au hasard sur l’étagère la plus proche et commença à le feuilleter. Elle n’en lut que le titre et s’empressa de le reposer pour en prendre un autre, car il s’agissait d’un traité sur la bonne conduite à adopter en société. Un tel ouvrage lui rappellerait incontestablement sa mère, et elle n’en avait absolument pas besoin pour le moment. Le livre qu’elle choisit par la suite était une pièce de théâtre d’un auteur anonyme. Elle lut le nom des personnages en souriant. Vraiment, elle se passionnait pour le théâtre.

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Alexandre Dulis

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MessageSujet: Re: Ce que le théâtre doit au quiproquo   Mar 31 Juil - 4:14

Loin de s'imaginer tout ce qui se tracassait dans l'esprit d’Éloïse, Alexandre écoutait sagement la réponse de celle-ci, d'une oreille distraite ceci dit, sa vie familiale et joyeuse ne l'intéressant finalement pas trop. J'entends par là qu'il savait pertinemment la réponse qu'elle lui apporterait avant même d'avoir posé la question, voilà tout. Mais il eut tort, la baronne lui avoua non sans lassitude qu'elle se cachait de sa mère qui la traitait comme une enfant. En temps normal il lui aurait offert une longue tirade, détaillant point par point le pourquoi du comment dans l'unique but de la rassurer et lui faire relativiser les choses. C'était son rôle depuis toujours, celui de réconforter sa douce amie qui n'en finissait plus de s'indigner du Monde. Il était comme le calme diplomate qui offrait une vision plus calme et apaisante des craintes et colères de la courtisane. Oui, depuis leur enfance il était là pour lui donner une sensation sécurisante lorsqu'elle était à ses côtés et doutait. Cependant voilà, Alexandre n'avait pour le moment qu'une seule chose en tête : cette stupide pièce qu'il devrait jouer et qu'il voulait cacher à Éloïse. Aussi, au lieu de s'attarder sur la fâcheuse manie de sa mère à l'infantiliser comme elle disait, il resta on ne peut plus vague car trop étourdi.

« Oh ? C'est pour votre bien, je suppose. »

Se contenta-t-il de lui répondre d'une voix presque inanimée. Elle aurait pu partir de cette façon, à savoir vexée, même si ce n'était pas ce qu'il avait recherché au départ. Mais non au lieu de cela elle lui offrit un sourire. Sourire qu'il connaissait bien hélas, oui. Celui qui annonçait que mademoiselle avait une idée, une envie surtout et qu'elle parviendrait à ses fins, que cela plaise ou non à celui ou celle sur qui elle jetait son dévolu pour lui faire cracher le morceau. En l’occurrence lui, le français qui arborait malgré lui une attitude de coupable silencieux. Alexandre ferma doucement les yeux et retint un soupir alors qu’Éloïse commença sa ronde autour de lui. Un rapace ? Non, une charmante créature qui déployait habilement ses atouts afin de soutirer les informations qu'elle souhaitait. Elle lui parla du temps ou chacun partageait ses lettres avec l'autre. Un léger sourire étira ses lèvres alors que sa mémoire fit un bond des années en arrière. Il se rappelait, c'était comme une sorte de jeu. Parfois ils se défiaient, pour savoir qui recevaient les plus beaux mots, avec qui on était le plus poli. Et qui des deux, en retour, écrivait le mieux, était le plus courtois et le plus élégant dans sa façon d'écrire. D'ailleurs Alexandre n'avait jamais eu à rougir de ses propos, il se débrouillait plutôt bien même si la baronne était une sérieuse rivale sur ce point. Parfois encore, ils se moquaient tout simplement de ceux qui leur envoyaient des lettres dont la qualité des phrases laissait à désirer. Quoi qu'il en soit cela faisait un moment qu'ils n'avaient pas pratiqué cet échange. Il faut dire que le français ne recevait et n'envoyait que peu de lettres. De sa famille ne lui restait que son père à qui il disait seulement dans l'ensemble que tout se passait bien. Sinon quelques prétendus amis à qui il envoyait les formalités nécessaires de temps à autre. Mais de toute façon elle se méprenait sur toute la ligne, ce n'était pas des lettres mais des textes. Et puis il aperçut comme un échappatoire qu'il saisit immédiatement.

« Sauvageonne, dans un sens oui. Non pas celui qui insinue que vous n'avez aucune manière. Celui qui souligne votre côté insaisissable. Il est difficile voire même impossible de vous apprivoiser. N'est-ce pas ? »

Eh bien sa tentative de diversion tomba à l'eau. L'indomptable baronne, pas dupe, se planta soudain face à lui en le fixant d'un air presque accusateur. Un message trop ardent ? Qu'est-ce qu'elle était encore allé inventer ? Il savait bien que son amie avait une imagination débordante mais parfois elle cherchait des réponses vraiment trop loin. Il la dévisagea d'une mine crispée, véritablement mal à l'aise et incapable de répondre quoi que ce soit de convenable. Il avait définitivement l'air coupable de ce dont elle le dénonçait. Mais, Alexandre plissa les yeux tandis que la courtisane se munissait d'un livre. Car ce n'était pas n'importe lequel, c'était une pièce de théâtre. Subtil moyen de lui faire passer le message peut être ? Un rire nerveux lui échappa. Il crut dès lors que, Éloïse avait trouvé ce qu'il cachait et qu'elle s'était juste amusée à le torturer pour qu'il lui en parle d'elle-même. Peut être même qu'elle était au courant depuis le début, de la pièce, des acteurs et donc de sa passion "ardente" pour Amalia , en conséquence. Il leva les mains comme s'il plaidait coupable en souriant d'une manière résignée. Il croisa par la suite les bras et poussa un soupir las.

« Pourquoi ne pas me dire immédiatement que vous étiez au courant ? Vous savez bien que je n'arrive jamais rien à vous cacher. Cela doit vous amuser de le constater à chaque fois remarque. Cependant les messages ne sont pas ardents. Je dirais plutôt que l'amour que j'ai pour Amalia est... indestructible mais muet. Un peu comme... »

Un peu comme vous et moi, est-ce qu'il avait réellement été sur le point de lui dire cela ? Quelle bêtise cela aurait été ! Quoique... cela aurait pu mettre un terme aux doutes de la pauvre Éloïse qui était en train de lui inventer toute une vie d'amant. Il était tellement loin d'imaginer qu'elle le croyait conversant avec une autre femme ! S'il s'était douté des soupçons de la jeune femme pour sûr qu'il aurait immédiatement démenti. Il ne pensait pas pourvoir la rendre jalouse à l'aide de lettres fictives. Il aurait même eu secrètement peur qu'elle se réjouisse pour lui et l'encourage dans sa nouvelle idylle. Ce qui aurait été affreux vous en conviendrez puisqu’il ne désirait qu'elle. Imaginez un peu qu'à cause de ses mensonges elle se mette à faire de même et trouve par la suite un aimable mari... En tout cas il ne se doutait de rien. Et à cause de cette ignorance il enfonçait le couteau dans la plaie s'en sans rendre compte. Cela devait d'ailleurs être terrible puisqu'à ses yeux il devait avoir l'air de parler librement de sa nouvelle bien-aimée. Hélas ...!

« Vous vous réjouissez n'est-ce pas ? Je sais comme vous raffolez de ce genre d'événement... Mais je dois vous avouer que je ne suis pas aussi enthousiaste que vous. J'ai beau m'y connaître dans ce domaine je ne sais pas si je suis de taille. Le fait que je doive me battre en duel pour la protéger et feindre la mort. Le simple fait de devoir faire semblant de l'aimer ! Sincèrement je crois que je vais avoir du mal. Mais si j'échoue qui sait ce qui m'arrivera... »

Alexandre passa une main dans ses cheveux en soupirant, profondément dépité. Quand ils étaient enfants ils s'amusaient à endosser des rôles. D'une certaine manière c'était à peu près la même chose, ils s’inventaient une vie, une identité, des sentiments. C'était facile avec elle, et surtout intime. Mais là tout allait se jouer en public, avec un roi, une reine et une probablement future reine. Peut être était-ce mieux qu'elle le sache finalement car elle lui apporterait son soutien, elle essaierait de le rassurer même, allez savoir. Tant qu'elle lui offrait un peu de réconfort il verrait peut être ce qu'il voyait comme une épreuve moins difficile à endurer. Il se demanda soudain pourquoi elle n'avait pas été choisie pour interpréter un rôle. Après tout sa large culture était connue de tous et puis elle aurait été tellement plus douée que lui pour tenir correctement un rôle. Certes elle n'allait pas jouer Clemente mais dans ce cas là ils auraient pu choisir un autre homme. Un énième soupir plus tard et puis il avança de quelque pas vers son amie avant de lui tendre ses textes, c'est-à-dire la pièce qui serait jouée... dans très, trop peu de temps.

« Je suppose que vous connaissez déjà l'histoire mais si vous voulez vous rafraîchir la mémoire, je vous fais don de mes " messages trop ardents et trop personnels", je ne les ai que trop lu ! »
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Eloïse du Mauroi


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MessageSujet: Re: Ce que le théâtre doit au quiproquo   Mar 31 Juil - 21:58

En effet, Eloïse aurait pu être vexée de la réponse brève et évasive du jeune homme. Ou, plus précisément, elle aurait pu s’en inquiéter, étant donné que, d’habitude, lorsqu’elle lui parlait de ses petits soucis (que se soit avec sa famille ou qui que ce soit d’autre), il l’écoutait patiemment avant de lui répondre longuement et en détail, et sans discontinuer jusqu’à ce que son amie se sente soulagée. Elle aurait pu penser qu’Amélie hantait trop son esprit pour qu’il puisse s’occuper d’elle, et cela aurait été pour elle une source de grand chagrin. Cependant, elle-même pensait trop à cette jeune femme pour se préoccuper de la qualité de la réponse d’Alexandre au sujet de sa mère. Le jeune homme convint à son tour qu’Eloïse était une sauvageonne, mais dans le sens où il était probablement impossible de l’apprivoiser. Elle ne voulait pas être apprivoisée. De la même manière qu’elle n’essayait pas de domestiquer l’étalon quasi-sauvage dont elle avait fait l’acquisition récemment, elle espérait qu’un homme qui l’aimait vraiment pour ce qu’elle est ne chercherait pas à se la rendre docile ou disciplinée. Elle espérait qu’il pourrait voir en elle la beauté qu’elle-même ne trouvait point, qu’il jurerait délicieux ce qui pour n’importe quel autre semblerait parfaitement insupportable. Et Alexandre avait dit qu’il l’aimait, et qu’il l’attendrait. Au milieu d’un couloir, il n’y a pas si longtemps. Mais il semblait qu’il ait failli à sa parole. Elle ne lui en voulait pas vraiment. Seulement, à présent, elle était convaincue que jamais plus elle n’entendrait de tels mots prononcés à son attention.

Elle n’eut pas le temps de lire la première page du livre qu’elle tenait en main qu’Alexandre émit un rire nerveux. Levant les yeux sur lui, la Baronne s’aperçut que son visage s’était décomposé. Et là, ce qu’il dit fut absolument dramatique et catastropha la demoiselle. « Pourquoi ne pas me dire immédiatement que vous étiez au courant ? ». Il ne démentait pas : il plaidait coupable ! Eloïse s’appuya nonchalamment contre l’étagère la plus proche. Du moins, elle le fit en essayant de rester la plus naturelle possible. Mais elle avait la sensation d’avoir reçu un coup de pied dans le ventre, et cela lui coupait le souffle. Amalia ! Mon Dieu, quel nom charmant ! Pourquoi faut-il que même son nom soit merveilleux ? Il porte en lui toute la mélodie et le raffinement italien. Dès lors, Eloïse devina fort bien de quoi devait avoir l’air cette jeune personne. Elle avait les plus beaux yeux du monde, bleus pâles frangés de longs cils, et des cheveux joliment bouclés d’un blond vénitien scintillant, et de petites mains délicates, et une bouche… oh ! Ne pensons point à sa bouche. Elle écouta douloureusement Alexandre ne pas finir sa phrase. Car il s’arrêta au milieu, mais, pour une fois, Eloïse se refusa à chercher ce qu’en auraient été les derniers mots. Car elle était trop abasourdie, trop malheureuse. Son amour pour Amalia était indestructible. Et comment diable quelque chose d’indestructible avait pu se construire en à peine quatre semaines ? Car, la dernière fois qu’Alexandre lui avait parlé d’amour indestructible, c’était au sujet de l’amour qu’il ressentait pour elle. Faut-il donc croire que même les plus belles choses s’effritent en un rien de temps lorsqu’une personne plus jolie et mieux parée fait son apparition ? Etait-ce donc ce que l’on appelle un « coup de foudre » ? Eloïse avait été ce qu’il avait connu de meilleur jusqu’au jour où il avait touché au divin en apercevant Amalia, était-ce là ce qu’il était entrain de lui faire comprendre ? Notre pauvre courtisane voulait bien croire qu’Alexandre ait trouvé mieux qu’elle. Une femme plus digne de lui (diantre ! Peut-être que cette Amalia était une princesse !). Mais ce qu’elle n’arrivait pas à comprendre, c’était la brutalité et le manque de tact avec lequel son ami de toujours lui annonçait la nouvelle. Etait-il complètement inconscient, ou dans un état second produit par la folie amoureuse qui lui donnait des ailes, ou souhaitait-il vraiment lui faire de la peine ? La jeune femme, sous le choc, essaya de sourire à son ami, mais tout ce qu’elle désirait, à présent, c’était fuir. Et ne jamais plus le revoir. Elle allait prendre son élan pour s’en aller à grandes enjambées, lorsqu’Alexandre s’amusa à retourner le couteau dans la plaie : « Vous vous réjouissez, n’est-ce pas ? Je sais que vous raffolez de ce genre d’évènement… ». Etait-il réellement entrain de lui parler de mariage ? Si vite ! Et comme s’il avait tout à fait oublié sa déclaration d’amour de l’autre jour… Eloïse sentit les larmes lui monter aux yeux. C’était des larmes de colère, aussi curieux que cela puisse paraître. Elle se sentait comme un animal à moitié mort, gisant à terre, à qui Alexandre s’amusait encore à arracher des membres. Alors, elle ressentait ce que l’on appelle l’énergie du désespoir. Cela la réchauffa et l’effaroucha d’un coup.
E L O Ï S E – « Monsieur, je ne sais en vérité s’il me faut me réjouir ou me désoler. Je ne vous savais pas si cruel. Vous m’annoncez la chose ainsi, sans ménagement, et demandez mon approbation… En d’autres circonstances, j’aurais été enchantée de vous savoir aussi heureux… Mais pourquoi ai-je l’impression que vous cherchez à m’humilier en me parlant de tout cela à brûle-pourpoint et sans le moindre prélude ? Je me doute que je suis moins plaisante qu’elle, c’est pourquoi je n’ai pas l’honneur de tenir ce rôle auprès de vous... J’ai compris que vous ne tenez plus à moi comme jadis, mais j’aurais espéré qu’en mémoire de l’affection que vous m’avez portée, vous auriez eu la délicatesse de m’apprendre vos intentions autrement. »

Bouleversée, Eloïse ne comprit pas immédiatement ce qu’Alexandre voulait dire. Elle avait simplement l’impression qu’il l’avait remplacée par quelqu’un qui la surpasse en tout point, sans lui laisser le moindre espoir de récupérer la place qu’elle avait tenue auprès de lui pendant des années. Elle prit d’abord pour de la vantardise cette phrase qu’il prononça le plus naturellement du monde : « J’ai beau m’y connaître dans ce domaine, je ne sais pas si je suis de taille ». Elle allait se lamenter de ne pas reconnaître son ami lorsqu’elle ne comprit absolument plus rien à ce qu’il disait. « Feindre la mort », « Le simple fait de devoir faire semblant de l’aimer »… mais que diable voulait-il dire ? Eloïse essaya de chasser la brume qui stagnait sur son esprit et posa sur Alexandre un regard interloqué. D’abord il l’aimait d’un « amour indestructible » et ensuite il devait faire « semblant de l’aimer ». C’était à n’y rien comprendre. Et puis, chose inouïe, il lui mit dans les mains les lettres écrites par Amalia à son attention. Il lui dit de se rafraichir la mémoire. Alors, la connaissait-elle, cette Amalia ? Un tel nom ne lui disait rien, mais peut-être s’agissait-il d’un pseudonyme… Elle n’était plus certaine, à présent, de vouloir lire le contenu de ces pages. Elle ne comprenait pas pourquoi Alexandre souhaitait tout à coup qu’elle lise quelque chose d’aussi personnel. Cependant, un peu de curiosité mêlée à l’espoir qu’Amalia ait une vilaine plume, Eloïse baissa les yeux vers les fines pages.
LA MANGRAGORE
Adaptation de l’œuvre de Nicolas Machiavel
En l’honneur de Sa Glorieuse Majesté Henry VIII
Plus bas figurait les noms des personnages de la pièce, dont celui, toujours aussi charmant, d’Amalia, dont Clemente était l’amoureux malheureux. Le soulagement que ressentit Eloïse à sa lecture dépassait toute description. Il s’agissait en fait d’un manuscrit de la pièce qui serait donnée dans quelques jours à Whitehall, et non de lettres d’une amante passionnée. La courtisane partit d’un rire joyeux. L’éclat de son rire était le même que celui produit par un millier de perles tombant sur des escaliers de marbre. Il ruisselait gaiement, en souplesse, et rebondissait en écho sur les hauts plafonds de la bibliothèque. A côté du nom d’Amalia, il était précisé que ce personnage serait joué par Erika de Malmö. Le nom d’Alice Butler était rayé. La sage demoiselle d’honneur avait du décliner la proposition de rôle, et le Roi s’était vu dans l’obligation de l’offrir à une autre jeune femme. Ainsi donc, ce serait la dame rousse aux airs frigides qui monterait sur scène en même temps qu’Alexandre.
E L O Ï S E – « Allons donc, cher ami ! Est-ce pour cela que vous vous plaigniez ? Pour ma part, je trouve que jouer dans une pièce doit être fort divertissant, et qui plus est c’est un honneur que vous ayez été choisi par le Roi pour tenir ce rôle. Oh ! Mais il y a des soucis bien plus grand que celui de craindre le ridicule ! »

Le plus grand soucis auquel elle songeait était bien évidemment le fait de perdre définitivement son meilleur ami et son… Peu importe le nom qu’elle lui donnait, elle ne voulait pas perdre son Alexandre. Eloïse feuilleta le manuscrit en souriant, parfaitement remise de ses émotions. Elle chercha une scène où Clemente et Amalia seraient seuls en scène.
E L O Ï S E – « Je suis prête à parier que vous n’avez pas encore daigné apprendre votre texte, gronda-t-elle avec tendresse. Je peux vous aider, moi. Je suis Amalia. Je vous donne la réplique… »
La courtisane s’éclaircit la voix puis commence à lire son texte en mettant le ton :
E L O Ï S E – « Ah ! Monsieur… J’ai reçu ce matin une lettre qui me fait froid dans le dos ! Je crains que mon amour pour Callimaco ne m’ait mise en grand danger… C’est ce traître, Ligurio… Il dit… Il me fera du mal, si… Mais que répond un cœur à l’agonie lorsqu’on lui ordonne de se taire ? Soit je ploie sous la menace et étouffe à force de museler mon amour, soit je... Mais vous avez toujours été de bon conseil, mon ami. Aiguillez-moi, je vous en prie ! »
La journée d’Eloïse avait tout à coup pris un tour bien plus amusant. Malgré la frayeur qu’elle avait eue cinq minutes plus tôt, elle était à présent tout à fait réjouie et d’excellente humeur. Il lui semblait d’ailleurs, pour son bien-être, qu’oublier le quiproquo précédent était la chose la plus appropriée à faire. Sans quoi elle serait frappée de folie dès qu’elle verrait Alexandre adresser la parole à une autre courtisane. Et nul ne veut succomber à une telle jalousie. C’est très peu distingué.
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Alexandre Dulis

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MessageSujet: Re: Ce que le théâtre doit au quiproquo   Jeu 2 Aoû - 13:35

Visiblement Éloïse n'était tout compte fait pas au courant. Qu'elle lise du théâtre dites-vous ? Un pur hasard, une véritable coïncidence qui lui avait joué un mauvais tour. Oh, si elle n'avait été que surprise après tout... Mais son visage avait laissé transparaître mille émotions, aucunement joyeuses soit dit en passant. Dans ses yeux il avait lu l'incompréhension, la tristesse et à présent il y voyait la colère. Il doutait d'ailleurs l'avoir déjà vu à ce point là contrariée. Mais quelle mouche l'avait donc piquée ? Il pouvait comprendre qu'elle soit déçue qu'il ne lui en ait pas parlé. Ou bien qu'elle soit frustrée de ne point avoir été choisie elle aussi. Mais de là à le regarder presque avec dégoût comme s'il lui avait fait la plus horrible des choses, comme s'il avait répété son geste impardonnable... c'était tout de même exagéré. Elle le trouva cruel, disait qu'il souhaitait l'humilier. Alexandre fronça les sourcils en secouant la tête de droite à gauche, absolument perdu et ne comprenant pas comment elle pouvait dire et penser une telle chose de lui. Il voulut protester mais elle ne lui en laissa pas le temps. « Je me doute que je suis moins plaisante qu’elle » continua-t-elle alors, tandis que le français devint pour le moins perplexe. Elle ? La pièce ? Cela n'aurait pas de sens. « Tenir ce rôle auprès de vous. » Qui donc, Erika de Malmö alias Amalia ? Ce n'était pas lui qui avait choisi les rôles, comment pouvait-elle le blâmer pour cela alors qu'il n'avait strictement aucun pouvoir sur les décisions du roi ? Il se contenta de lui donner ses textes car il ne savait trop comment réagir face aux impulsions de son amie. Soit elle avait complètement perdu la tête soit elle...

Alexandre ouvrit la bouche, il avait l'air presque choqué. Dès lors qu'Éloïse eut les papiers en mains, elle changea radicalement d'attitude. La jeune fille scandalisée qui l'assaillait précédemment de reproches disparut. Place à une ô combien charmante Éloïse qui se mit à rire sans retenue comme si elle était devenue la plus heureuse des personnes. Il aurait pu l'écouter des heures ainsi, l'observer jusqu'à la fin des temps à la voir si rayonnante, cela faisait tellement longtemps qu'il ne l'avait pas vu si gaie ! En revanche il ne comprenait toujours pas pourquoi elle adoptait un tel changement de comportement. Et puis il repassa les événements dans sa tête, surtout les dires de la baronne qui petit à petit le menèrent sur une piste, sur la piste, la seule qui était logiquement possible. Il se sentit alors affreusement idiot. Le fait d'avoir une amante, une autre bien-aimée lui paraissait tellement impensable qu'il ne se serait jamais douté qu'elle se soit mise une telle idée dans la tête. Ma foi il comprenait maintenant sa réaction si extrême. Dire une telle chose de cette façon si brutale serait monstrueux, il doutait que quelqu'un puisse réellement le faire, il fallait vraiment être sans cœur. Il se mit à imaginer la scène. Il n'écoutait quasiment pas ce que lui disait Éloïse, à son tour il se mit à rire, d'un rire franc et fort, presque libéré. Parce qu'en plus du fait que ce quiproquo eut été on ne peut plus drôle, cela voulait tout de même aussi dire qu'elle tenait vraiment à lui... qu'on ne lui dise pas le contraire, si cela n'avait pas été de la jalousie alors quoi d'autre ! Alexandre arrêta de rire, ferma un moment les yeux puis les rouvrit en la regardant avec un sourire paisible. En plus d'être content il était fier, très fier... et cela devait d'ailleurs se voir. Il inspira finalement un bon coup et se décida enfin à écouter sa... camarade qui prenait soudainement un air effrayé. « Ah ! Monsieur… J’ai reçu ce matin [...] » Étrangement son discours lui disait quelque chose. Il se souvint vite d'où elle venait de sortir sa tirade. Et cette fois-ci ce fut qui lui qui parut paniqué, mais ce n'était pas joué contrairement à celle qui se prenait pour Amalia. Il secoua les mains pour l'arrêter et d'un geste vif il lui piqua les feuilles qu'elle tenait.

« Je dois vous avouer que, je ne connais pas encore mon texte... Et cela fait des heures que mon esprit n'est envahit que par cette pièce. Par pitié, ne m'infligez pas cela ! Ou alors demandez au roi de jouer Clemente à ma place... vous êtes bien meilleure comédienne que je ne le suis et avec un bon costume, le public n'y verrait que du feu. »


Même s'il le pensait, il savait pertinemment que ce n'était pas possible. C'était, comment appelle-t-on cela déjà ? Du déni. Même si c'était inconcevable c'était tout de même dans un sens assez rassurant de dire une telle chose. Quoi qu'il en soit c'était peine perdue, il ne la connaissait que trop bien, elle insisterait jusqu'à le faire flancher. Elle voulait connaître un secret, elle y parvenait. Et c'était pareil pour le voir faire quelque chose qu'elle désirait. Mais qui ne tente rien n'a rien, il cacha de nouveau ses textes derrière son dos et se colla dos au mur pour qu'elle n'y ait point accès à moins de réussir à le faire bouger, ce qui serait difficile car il était bien plus fort qu'elle ! Physiquement du moins. En attendant qu'elle trouve un moyen de récupérer l'objet de ses désirs Alexandre en profita pour lui sortir son baratin. Après tout il était un plutôt beau parleur même si cela ne fonctionnait que très rarement avec Éloïse.

« Vous savez, je ne voudrais pas vous gâcher le plaisir. Si vous répétez avec moi vous serez au courant de toute l'intrigue, tout savoir à l'avance ce n'est franchement pas agréable. Ce serait dommage de vous ôter ce délice qu'est de découvrir, non ? Parlons d'autre chose, faisons autre chose ! Comme par exemple... eh bien... parlons du dernier livre que vous avez lu tiens, ce sera bien plus intéressant. »


Le fourbe français se munit d'un charmant sourire pour essayer d'être un peu plus convaincant. Il la regarda avec de petits yeux brillants et tout inoffensifs, peut être ainsi baisserait-elle les armes, sait-on jamais. Il devait bien y avoir une chose au monde qui la ferait craquer et oublier son idée de le faire répéter. Une chose oui peut être, mais elle n'était peut être pas non plus en sa possession. Il préférait tout de même tenter car l'idée lui déplaisait assez. D'une il en avait marre d'être plongé dans cette pièce depuis des heures mais surtout le fait qu'elle se mette à jouer Amalia serait légèrement étrange. Tout compte fait il préférait avoir Erika de Malmö en partenaire, avec elle au moins il n'y aurait jamais de sous-entendus donc pas de malaise à craindre. Avec Éloïse c'était différent, leur relation était faite même d'ambiguïté, depuis toujours. Dans un sens on pourrait donc trouver cela plus aisé à jouer mais c'était tout l'inverse, cela deviendrait embarrassant. Si les personnages avaient eu une relation différente certes mais jouer l'amoureux secret et malheureux avec celle qu'il aimait réellement en silence et avec douleur eh bien ce serait étrange, voilà tout, il doutait pouvoir faire la part des choses. S'il était ravi de la voir si enthousiaste il n'aimait pas la raison qui la mettait dans cet état. Pourtant quelque chose lui disait qu'il n'en réchapperait pas... Alexandre poussa un soupir, songeant hélas combien la jeune femme pouvait se montrer coriace.

« Vous pensez qu'il serait déplacé de suggérer un autre homme pour ce rôle ? »


Demanda-t-il d'une petite voix sans trop avoir d'espoir à ce sujet. Oui ce serait déplacé, ce serait pris comme une insulte et Dieu sait qu'il en subirait les conséquences. Il n'avait pas le choix, il devait le faire. En revanche il avait encore le droit de choisir sa façon d'apprendre son texte. Et elle se ferait sans son amie, que cela lui plaise ou non. « Que cela vous plaise ou non. » dit-il à voix haute sans vraiment y faire attention. Il resserra les feuilles dans sa main, un peu plus et il les déchirerait. De cette façon là elle ne pourrait plus les lire remarque, mais il serait bien embêté car il n'avait rien de rechange et ne connaissait pas son texte. Alexandre se demanda combien de temps il allait tenir ainsi, à résister, à cacher ses répliques tandis qu’Éloïse ferait certainement tout pour qu'il se mette à les jouer avec elle. Il plissa les yeux et la défia du regard, l'air de dire « je ne céderai pas. » Elle avait beau être maligne, il n'était pas en reste et elle verrait bien de quoi il était capable, lui aussi.

« Vous n'allez tout de même pas me forcer. Vous n'êtes pas une sauvageonne, si ? »

Il lui sourit de façon provocatrice puis se para d'un air faussement innocent. C'était mesquin de sa part mais peut être que le fait de remettre le sujet de sa mère sur le tapis la ferait s'arrêter net dans son envie de jouer les comédiennes. Oui il était même prêt à la vexer pour ne pas faire ce qu'elle lui demandait. Mais il connaissait sa répartie pour le moins brillante et craignait qu'elle n'inverse la tendance et profite de la situation. Au final il était presque certain de perdre mais à ce jeu mais essayait tout de même de gagner du temps. L'instinct de survie (sans exagérer du tout) peut être.
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Eloïse du Mauroi


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MessageSujet: Re: Ce que le théâtre doit au quiproquo   Ven 17 Aoû - 0:16

Quoique la proposition de son compagnon eut quelque chose de tout à fait scandaleux, Eloïse ne songea point à rougir, et prit plaisir à s’imaginer, ne serait-ce qu’une minute, déguisée en garçon au milieu d’une scène de théâtre royal. Jouer le rôle de Clemente à la place d’Alexandre, et quoi d’autre ! C’était parfaitement inconcevable. Et, pourtant, Eloïse fut amusée de cette proposition saugrenue qui prenait des accents de supplication. Son regard se posa sur la vitre, derrière Alexandre, et la jeune femme leva le menton et s’observa un instant en plissant les yeux. Il aurait fallu dissimuler cette cascade de boucles blondes d’une quelconque manière, mais sans doute serait-elle un garçon très… heu, très distingué, avec un visage fin et des expressions délicates. Et on ne lui donnerait probablement pas plus de quinze ans. Les pensées folles d’Eloïse s’arrêtèrent fort heureusement avant que la demoiselle ait l’idée de se demander si elle parviendrait à séduire des jeunes filles, avec un tel accoutrement. Si elle avait eut des pensées aussi étranges, elle aurait irrévocablement songé à sa mère, et aurait vu la dame prononcer les mots « malsain » et « dégradant », et Dieu sait à quel point ces mots, dans la bouche d’Adèle du Mauroi, sonnaient comme les pires injures du monde. Cependant, l’esprit de la jeune Baronne était incapable de former de telles idées, car elle ne connaissait rien des amours interdites, et de la séduction en général. Tout ce qui concernait ces sujets flottait vaguement dans un coin de son esprit qu’elle ne remuait jamais. Elle ne savait que ce que certaines femmes murmuraient à huis clos, ponctuant leurs commérages d’expressions comme « femmes impies », « mœurs étranges et infâmantes ». Eloïse avait la très vague sensation que rien de ce qui concerne l’amour ne devrait être interdit ou jugé aussi sévèrement, mais elle gardait, sur ce sujet, ses idées pour elle (et c’était bien le seul sujet de conversation qui laissait sceptique et indécise la fière du Mauroi). Elle avouait très humblement être une pauvre néophyte dans le domaine du cœur, et elle laissait volontiers le sien au placard, en attendant une quelconque révélation.
E L O Ï S E – « Voyons, ne faites point le sot… C’est idiot de proposer de telles choses, vous le savez bien, dit-elle avec un peu de tendresse dans la voix malgré le reproche qu’elle tâchait d’exprimer. Et vous serez très beau en Clemente, j’en suis sûre », ajouta-t-elle avant même de s’en rendre compte, et se surprenant elle-même de la façon très libre dont elle venait de lui faire un compliment, comme si cela allait de soi.

Elle fit ensuite une mine dépitée d’enfant que l’on a privé d’un jouet merveilleux, lorsque Alexandre récupéra les feuillets qu’elle tenait dans les mains. Il les cacha dans son dos et s’appuya contre un mur, si bien qu’elle ne pouvait espérer les revoir à moins de s’approcher dangereusement de lui. Pour le moment, elle resta à sa place, jolie avec son petit visage triste. Il décréta qu’il ne voulait point gâcher son plaisir (le cher homme !) en lui permettant de lire le texte qu’il gardait jalousement, et expliqua que le texte le hantait sans qu’il ne soit capable d’apprendre une ligne, et qu’après tout ils feraient mieux de parler d’autre chose, etc. Il en vint à lui demander quel livre elle avait lu en dernier. Eloïse, qui venait de croiser modestement ses petites mains devant elle, adoptait une attitude angélique. Si elle minaudait un peu, peut-être qu’il lui rendrait ses textes. Et si le ton mielleux ne fonctionnait pas, ce serait tant pis pour lui, car il devrait pourtant savoir qu’Eloïse essaie toujours la manière douce avant de se mettre à crier et à remuer ciel et terre pour obtenir ce qu’elle désirait.
E L O Ï S E – « La dernière chose que j’ai lue était un recueil de cantiques, voilà, mentit-elle effrontément tout en gardant sa posture de jeune fille modèle. » Malgré cela, quelque chose de sarcastique avait résonné dans sa voix, comme si elle ricanait intérieurement à l’idée de lire des chants religieux. Non pas qu’elle n’en lisait point. C’est juste qu’elle préférait de loin lire des textes érudits et plus piquants. « Et puis, ajouta-t-elle en baissant légèrement la voix, il ne serait pas de bon ton de renvoyer les textes au Roi en le priant de chercher quelqu’un d’autre… Il semble qu’il n’y ait que la Dame d’Honneur de la Reine qui ait cette prérogative… Vous n’êtes pas Dame d’Honneur de la Reine, que je sache ? s’enquit-elle non sans taquinerie dans le regard. »

Elle fit mine d’arranger un pli de sa robe (elle avait constaté que c’était une manière coquette d’occuper ses mains au cours d’un entretien), ce qui lui permit de baisser les yeux le temps d’effacer ce qu’ils contenaient de malice. En même temps, elle s’étonnait intérieurement de sa bonne humeur et de la spontanéité de ses répliques. Elle avait tout à fait oublié la course folle du matin et la colère qu’elle avait ressentie auprès de sa mère, qui s’obstinait à la traiter en petite fille. En fin de compte, il n’y avait qu’Alexandre qui avait le droit de la traiter en petite fille. Cela lui rappelait toujours de bons souvenirs, et lui permettait de lui rendre la pareille. Elle se riait en son for intérieur de la manière téméraire et décidée qu’Alexandre avait de lui tenir tête. Elle aimait, jadis, le voir résister car elle n’en appréciait que davantage le moment où il capitulait. C’était comme si, à chaque fois, il finissait par se laisser prendre malgré lui à la façon taquine et capricieuse dont Eloïse exigeait les choses. Il faut dire qu’elle n’avait que rarement recours à la colère avec lui, car il cédait avec flegme et bonne volonté aux petits mots gentils et aux demandes insistantes prononcées d’une voix douce. Mais voilà bien longtemps qu’ils n’avaient plus eu ce genre d’entretien, et Eloïse accueillait cette situation inespérée avec un peu de réserve mais beaucoup d’enthousiasme.
A L E X A N D R E – « Vous n’allez tout de même pas me forcer. Vous n’êtes pas une sauvageonne, si ? », demanda le jeune homme d’un ton provoquant.

Le coin des lèvres de la jeune femme frémit, comme une réplique cinglante lui venait sous le coup de la vexation (ce n’était pas très aimable de la part d’Alexandre de remettre le sujet d’Adèle sur le tapis), mais elle s’interdit formellement de dire la première chose qui lui passait par la tête. Car, sous ce dehors avenant et délicat, il ne fallait pas oublier qu’Eloïse restait une femme farouche aux répliques chaudes et implacables. Pourtant, lorsqu’il le fallait vraiment, elle faisait son possible pour se montrer « mignonne », en général lorsqu’elle voulait obtenir quelque chose. Elle appliquait cette méthode sur deux personnes : son père et Alexandre. Le premier, avec son caractère emporté et ses idées bien arrêtées, ne pouvait pourtant pas résister à sa fille lorsqu’elle battait des cils et prenait des airs d’enfant perdue. Quant à Alexandre, il s’avouait vaincu moins vite, mais cela ne saurait tarder.
E L O Ï S E – « Ne vous a-t-on donc jamais conseillé de ne point commencer vos phrases par : « Vous n’êtes pas », car vous pourriez être fort surpris et décontenancé ? Mais, tout ne tient qu’à vous : je serai bien gentille à condition que vous ne vous montriez pas injuste envers moi. Alors, dites-moi, allez-vous me refuser le plaisir de vous donner la réplique, puisque je vous dis que j’en brûle d’envie et que je tiens à vous aider ? Vous savez que je n’aurai pas la joie de monter sur scène, parce que le Roi me garde rancœur d’un évènement passé (et Eloïse, qui n’avait jamais parlé à Alexandre dudit évènement, ne s’appesantit pas davantage sur le sujet), et ce serait bien méchant de me priver de l’occasion de jouer un peu la comédie, n’est-ce pas ? », insista-t-elle en faisant un pas vers le jeune homme, les yeux brillants, et un sourire amusé sur les lèvres.
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